Le néant qui l'avait englouti se faisait de plus en plus dense. Chaque seconde qui passait (où était-ce des heures?) l'angoissait davantage. Il ne contrôlait plus rien, il ne sentait plus son corps et l'obscurité qui le menaçait le plongeait dans l'inconnu. C'était donc cela la mort ? Pas de long tunnel au bout duquel une lumière l'attendait ? Non, juste la noirceur et la peur. Rien d'autre.

Soudain, il se sentit comme délivré de cette étreinte angoissante. Ce fut comme une explosion de lumière qui l'obligea à plisser les yeux pour tenter de distinguer quelque chose. Puis l'obscurité revint à nouveau l'envelopper. Mais cette fois, c'était différent, il se trouvait dans un endroit sombre, où il ne parvenait à distinguer que les formes étranges qui l'entouraient. Où était-il ? Et surtout, que faisait-il là ?

Totalement désorienté, il tenta prudemment de se lever, mais chaque partie de son corps lui faisait mal, comme si un troupeau d'hippogriffes s'était servi de lui comme paillasson. Sa tête tournait mais un dernier effort de volonté lui permit de rester en position assise.

En se concentrant, malgré le mal de tête lancinant qui le gagnait, il parvint à reconnaître les cachots de Poudlard. Plus précisément, la salle de potion du temps du Professeur Snape. Tout était à sa place, exactement comme dans ses souvenirs. Les chaudrons qui attendaient que des élèves brassent, les bocaux aux contenus répugnants sur les murs et même cette légère odeur de plantes et de vase mélangées. Elle n'était pas très agréable mais était pour lui une sorte de madeleine de Proust. C'était là qu'il avait découvert la beauté du brassage des potions. Même si, selon son père, il s'agissait d'un art mineur, il s'était vite rendu compte que c'était l'exact opposé. Les potions permettaient d'obtenir le pouvoir plus sûrement que n'importe quel sort.

Maintenant qu'il savait où il était, il fallait qu'il sache pourquoi. Comme lorsque l'on se réveille dans un endroit inconnu, il savait qu'il était là pour une bonne raison, mais ne parvenait pas à se souvenir laquelle.

Un bruit de pas de l'autre côté de la pièce lui fit lever la têt et dégainer sa baguette. Ami ou ennemi, il ne fallait surtout pas se laisser surprendre.

Pourtant, la surprise fut bien là. Debout devant lui, exactement fidèle à ses souvenirs se tenait...

- Professeur Snape ? Mais... Mais vous êtes mort !

- Bonsoir Draco. C'est vrai, j'ai quitté le monde des vivants, mais je crois que tu as besoin de moi, n'est-ce pas ?

- Je ne sais pas. Je... Ecoutez, je ne sais pas ce qu'il se passe, mais je sais qu'il est impossible de parler avec les morts.

- Si je suis ici, c'est que tu l'as demandé. Même sans le savoir, tu m'as appelé.

- Où sommes-nous ? Et où étiez-vous ? Comment ai-je pu vous appeler sans le savoir ?

- Du calme. Je ne sais pas non plus ce qu'il s'est passé. J'ai seulement été attiré ici. Manifestement, nous sommes dans les cachots de Poudlard.

- Attendez... Je crois que je me souviens de certaines choses. Je travaillais sur une potion...

- C'est déjà une piste. Pourquoi faisais-tu cela ?

- Pour... Ma maîtrise. Je dois inventer une potion."

A ces mots, il vit les sourcils de son professeur se soulever. Un instant, il crut voir dans ses yeux une étincelle de satisfaction.

- Tu passes le diplôme de Maître des Potions. C'est intéressant, tu avais le potentiel pour cela. Je l'ai vu tout de suite. Lucius ne doit pas en être ravi.

- Pourtant, Granger avait toujours des meilleures notes que moi. Répondit Draco en ignorant ostensiblement la seconde remarque.

- Elle travaillait plus et donnait les bonnes réponses. Mais elle ne comprenait pas réellement les potions, contrairement à toi. Et qui est ton maitre ? Cela n'a pas dû être simple d'en trouver un qui accepte cette tâche.

- Maître Grove. Il est assez réputé et vient...

- Du pays de Galles. Je le connais. C'est un bon maître, tu as de la chance.

- C'est vrai ? Il a fallu que j'insiste, mais il a finalement accepté. Comment l'avez-vous connu ?

- Il a été mon maître, à moi aussi, il y a bien des années. Avant que... Que je n'entre au service du Seigneur des Ténèbres.

- Il ne me l'a jamais dit. S'exclama Draco, totalement stupéfait.

- Je ne pense pas qu'il s'en vante. J'ai assez mal tourné après.

- Mais vous avez été le plus jeune maître des Potions depuis les cinq derniers siècles.

- Pour ce que ça m'a servi... Et quel est ton chef-d'œuvre ?

- Je ne sais pas. Je n'arrive pas à m'en souvenir."

Il sentait une colère sourde monter en lui. Il était là pour une bonne raison, il le savait, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Et intuitivement, il sentait que cette réponse était importante, qu'il devait absolument s'en souvenir. Et la présence de son ancien professeur n'y était surement pas étrangère. Il était mort depuis plus de cinq ans et il avait soigneusement évité de penser à lui récemment. Pourtant, il était là, devant lui, et lui proposait de l'aider. Comme avant, lors de sa dernière année à Poudlard. Quand il avait totalement perdu le contrôle. Quand il était encore temps de renoncer...

- Vous pouvez m'aider. C'est cela... Je crée une potion qui vous permettrait de m'aider...

- Pourrais-tu être plus précis ? T'aider à faire quoi ?

- A ne pas m'enrôler chez les mangemorts. C'est cela ! Je veux créer une potion qui permette de parler avec les morts, et de bénéficier de leur expérience. C'est pour cela que j'ai besoin de vous.

-Il semble que tu y sois déjà parvenu puisque je suis ici, à te parler. De quoi as-tu besoin de plus ?

- Il manque tant de paramètres. Je n'avais pas prévu cette perte de mémoire... Et puis, j'ignore combien de temps cette potion fera effet.

- Pardon ? Tu as bu une potion expérimentale sans en connaitre précisément tous les effets ? Et Maître Grove t'a laissé faire cela ?

- J'ai fait des calculs, mais je ne suis pas totalement certain...

- Mais tu es complètement inconscient, par Merlin ! Tu es peut-être coincé ici pour toujours. Et moi avec.

- Non, je...

- Silence ! Je pensais que tu étais un véritable Serpentard, mais ce genre de comportement me fait douter.

- Je suis désolé, professeur.

- Et que feras ta famille si tu ne reviens pas ? As-tu pensé à eux ?

- Ma famille...

Son rire amer n'échappa au professeur.

- Ma famille n'existe plus. Tout ce que vous avez connu, Monsieur, n'existe plus.

- Que veux-tu dire ?

- Mon père est interné à Sainte Mangouste, ma mère n'est pas dans un état plus brillant et le manoir est totalement laissé à l'abandon. La grande famille Malfoy n'a pas survécu à la guerre. Ou plutôt à la paix...

- Lucius est interné ? Que s'est-il passé ?

- Après la guerre, il a... Il a baissé les bras et s'est laissé aller. Il n'était plus lui-même et je l'ai retrouvé un jour alors qu'il faisait une crise de folie. Nous avons tenté de l'aider, mais c'était impossible. Je crois qu'en fait, il s'en veut.

- De ce qu'il a fait pendant la guerre ? Il n'était pas le pire d'entre nous.

- Non. De ce qu'il vous a fait. A vous.

-Il ne m'a rien fait.

- Il ne cessait de hurler votre nom lors de sa première crise. Il s'accusait de vous avoir tué, mais lorsque je lui en ai parlé ensuite, il a fait en sorte d'éluder les questions. Vous savez comme il peut être parfois.

- Mais ce n'est pas lui qui m'a tué. C'est le Maître et son satané serpent. Lucius m'a conduit à lui, c'est tout.

- Il savait que ce qu'il allait se passer.

- Mais il ne pouvait pas l'éviter. Il a fait ce qu'il pensait être le moins dangereux pour lui et ses proches.

- Vous le défendez ?

- Je n'ai pas à le juger. J'ai eu le temps d'y repenser et c'est vrai que je lui en voulais. Mais maintenant, je le comprends. J'ai fait pareil que lui, bien des années avant. Nous pouvons sacrifier quelqu'un pour en protéger d'autres, ce n'est pas incompatible.

- Mais qu'est-ce...

Alors qu'il ouvrait la bouche pour répondre, Draco sentit une brusque faiblesse dans ses membres et il s'effondra sur le sol froid du cachot. En quelques secondes, il perdit conscience, seule la voix de plus en plus lointaine de son ancien professeur qui l'appelait retenait son attention. Bientôt, ce ne fut à nouveau que le néant.

Lorsqu'il se réveilla, il sentit la douceur d'un oreiller sous sa tête. Définitivement plus confortable que le sol des cachots, songea-t-il. Cependant, les douleurs qu'il avait ressenti étaient toujours présentes, à son grand désarroi. Il tenta de remuer un bras mais la douleur lui arracha un gémissement. Immédiatement après, il entendit du bruit. Quelque chose se rapprochait de lui et il ne pouvait rien faire pour se protéger. Même ouvrir les yeux semblait être un effort surhumain.

- Monsieur Malfoy ! Draco ! Est-ce que ça va ? Ouvrez les yeux ou faites moi un signe !

La voix chargée d'angoisse qui lui parlait fut rapidement identifiée comme étant celle de son maître, le professeur Grove. Il semblait être revenu dans le présent, c'était déjà ça. Il hocha la tête faiblement, mais ce fut suffisant pour que l'autre le remarque. Tentant une fois de plus d'ouvrir les yeux, il y parvint mais les referma immédiatement après. La lumière était insupportable, pourquoi quelqu'un s'amusait à lancer un Lumos Maxima dans la chambre d'un convalescent ?

Finalement, le troisième essai fut le bon. Il vit qu'il était bien revenu dans sa chambre et que son maître veillait. Il remarqua distraitement que des parchemins couverts de notes s'étalaient autour du fauteuil dans lequel son maître avait pris place. La sensation familière d'un sortilège de diagnostic le prit soudain, comme si un agréable courant d'air frais le parcourait.

- Bien, Mr Malfoy, pouvez-vous parler ?

- Un peu. Coassa-t-il.

- Que s'est-il passé, décrivez-moi en détails.

Draco plissa le front en se concentrant. Les souvenirs revenaient par flashs sans aucune logique, comme un rêve dont on tente de se souvenir mais dont les bribes nous échappent dès qu'on tente de les attraper. Mais visiblement, son récit convenait à son professeur qui le notait avec précision. Il haussa légèrement les sourcils de surprise lorsqu'il apprit l'identité de son visiteur. Ne voulait pas perdre les fils de ses pensées déjà éparses, Draco résista à l'envie de questionner d'avantage son maître sur sa relation avec le professeur Snape. Lorsqu'enfin, il se tut, le parchemin était couvert d'une écriture serrée et pointue. Il n'aurait plus que ça pour travailler à l'amélioration de cette potion.

- Maître, combien de temps ai-je été là-bas ?

- Vous avez bu la potion il y a environ deux heures.

- Deux heures ? Mais je suis resté à peine dix minutes avec le professeur Snape !

- Le temps s'écoule peut-être différemment.

- Ou étais-je ?

- Je n'en sais rien. Une légende raconte qu'il existerait un lieu où les vivants et les morts peuvent se rencontrer, ce sont les limbes. Mais votre récit me porte à croire que ce n'est pas exactement cela. Vous n'êtes pas mort, même provisoirement.

- Que s'est-il passé ?

- A peine quelques secondes après avoir bu la potion, vous vous êtes effondré et avez commencé à convulser. Je vous surveillais et à part ces tremblements incontrôlables, vous n'aviez rien. Il m'a fallu l'aide des deux elfes pour vous ramener là et vous avez fini par vous calmer. Ensuite, vous ne bougiez plus, comme si vous dormiez, mais très profondément. Quelques minutes avant votre réveil, vous avez commencé à vous agiter. Vous auriez tout aussi bien pu faire une sieste sans que je ne puisse voir la différence.

Tous ses membres fourbus lui indiquaient que non, sans le moindre doute possible, il n'avait pas fait une paisible sieste. Il avait l'impression d'avoir subi les Doloris de la pire époque de la guerre, quand le maître ne maitrisait plus ses excès de colère.

Sentant la fatigue s'accentuer, il ferma les yeux, et sombra peu à peu dans le sommeil. Son maître tenta de l'appeler, mais il était tellement épuisé, son corps n'était que douleur. Il n'avait pas la force de résister.

Il lui fallut plusieurs jours pour se remettre complétement de cette première tentative. Tout n'était pas parfait, loin de là, mais il avait malgré tout atteint son objectif principal : convoquer un mort et pouvoir communiquer avec lui. Il allait falloir travailler sur le côté aléatoire de cette rencontre mais en priorité sur les effets secondaires. Draco profita de sa convalescence pour lister les améliorations à faire pour que cette potion soit fin prête pour la fin du mois d'août. Lorsqu'un matin, sa mère vint lui rendre visite, elle le découvrit endormi, une plume à la main, entouré de parchemins et une grosse tache d'encre sur les draps. Elle lui fit la morale sur les bienfaits du repos, le replongeant des années en arrière, lorsqu'il n'était qu'un enfant et que tout allait encore bien dans sa vie.

Mais malgré ces remontrances maternelles, il poursuivit son travail. Il n'avait pas une minute à perdre et il avait déjà connu bien pire que cela en terme de fatigue. Le douloureux souvenir de sa sixième année à Poudlard était encore vivace dans sa mémoire.

Il passait maintenant la majeure partie de son temps dans la bibliothèque familiale. Celle-ci était immense, mais il découvrait chaque jour de nouveaux ouvrages qui lui étaient grandement utiles. Il réalisait seulement maintenant la quantité de connaissances en tous genres que ses ancêtres avaient accumulé dans cet endroit. Jamais, en toute une vie, il ne pourrait tout découvrir.

Un matin, alors qu'il était plongé dans son travail pour diminuer les effets secondaires, l'elfe-majordome vint le voir. Il leva la tête, un peu surpris car il avait demandé à ne pas être dérangé. Celui-ci annonça l'arrivée d'un visiteur.

- Qui est-ce ?

- Monsieur Harry Potter, Maître.

- Harry Potter ? Que fait-il ici ?

- Je l'ignore Maître, il a demandé à vous voir.

- Bon, fais le attendre dans le petit salon. J'arrive dans cinq minutes.

- Oui Maître.

Il exécuta une révérence et s'en fut. Draco était totalement stupéfait. Il n'avait pas vu Potter depuis des mois et il n'avait aucune raison de lui rendre visite. Ils se croisaient parfois lors de cérémonies officielles, mais Draco s'arrangeait toujours pour les éviter. Malgré la reconnaissance de son innocence, il devait toujours composer avec les regards haineux des autres sorciers. Il se rendit dans sa chambre, le temps d'enfiler une robe ayant un peu plus fière allure que ses vêtements de travail ordinaires puis se rendit dans le salon où l'attendait déjà son ancienne Némésis. Celui-ci se retourna en entendant la porte s'ouvrir.

- Bonjour Potter.

- Bonjour.

- Que fais-tu ici ?

- Je... Je suis venu te voir.

Draco haussa un sourcil à ces mots.

- Ca faisait longtemps que je n'avais pas eu de tes nouvelles et... Je m'inquiétais pour toi.

- Tu t'inquiétais ?

- Oui. Enfin... Je sais qu'en ce moment, c'est un peu compliqué pour toi avec... ton père, et tout ça. Donc je me demandais si tu arrivais à faire face. C'était sans doute idiot, tu as l'air d'aller bien...

- En effet, c'était idiot. Je fais face à tout ça, comme tu dis. Je poursuis ma route, sans avoir besoin d'un Potter pour me protéger. Je travaille pour obtenir ma maîtrise mais je ne le claironne pas sur les toits, contrairement à d'autres. Au fait, ajouta-t-il d'un ton perfide, j'ai entendu dire que tu avais eu ton diplôme d'auror.

Il remarqua un léger rosissement sur ses pommettes. Tous les journaux d'Angleterre avaient parlé de ça, pendant des jours. Il devinait que ce n'était pas du fait de Potter, et cela lui faisait plaisir de le mettre mal à l'aise. Mais cette façon de s'ingérer dans ses affaires l'énervait donc il se vengeait en appuyant là où ça faisait mal. Classique, mais efficace.

- Bon. Eh bien, j'ai l'impression que tu vas bien. Je ne vais pas te déranger plus longtemps alors.

- C'est ça. Retourne sauver le monde sorcier, et mes amitiés à Weasley.

Sans un regard en arrière, il quitta le petit salon. L'entretien n'avait pas duré cinq minutes, mais il l'avait profondément agacé. Sous prétexte qu'il lui avait sauvé la mise devant le Magenmagot, il s'octroyait le droit de le surveiller. Pire, Draco soupçonnait le Survivant d'être venu jeter un coup d'œil en douce pour surveiller ses activités. C'était peut-être de la paranoïa, mais il avait appris très tôt à écouter son instinct.

Il retourna dans la bibliothèque, mais là où il trouvait habituellement une atmosphère apaisante et rassurante, il se sentait maintenant oppressé par ces hautes rangées de livres interminables. Il devait sortir, bouger, faire quelque chose. Rester ici ne lui apporterait rien de bon.

Agacé par cette rencontre, il décida de quitter le manoir. Peut-être qu'une sortie dans le parc lui ferait du bien. La chaleur du soleil n'était plus aussi intense que les jours précédents et était devenue tout à fait supportable. Il errait au milieu des parterres en friches, ressassant les paroles de Potter. Mais pour qui se prenait-il à la fin ? Il lui devait la liberté, mais ce n'était pas une raison pour s'imposer ainsi chez lui. S'il avait eu un minimum de savoir vivre, il ne serait pas venu sans invitation ou au moins sans prévenir. Les bases de la bonne éducation disparaissaient de plus en plus rapidement.

Lorsqu'il remarqua que c'était la troisième fois qu'il faisait le tour du même massif, il comprit qu'il devait faire quelque chose pour se calmer. Cela n'avait pas de sens de s'énerver ainsi. Cela le répugnait, mais il devait utiliser ses capacités d'occlumens. Depuis la fin de la guerre, il évitait de pratiquer cet art, cela lui rappelait de trop mauvais souvenirs, en particulier concernant celle qui le lui avait enseigné.

Il ferma les yeux, chercha un souvenir heureux et le laissa l'envahir progressivement. Sentant ses muscles se détendre progressivement à mesure qu'il le visualisait, il tenta de contrôler sa respiration. Les feuilles d'un grand saule chantaient sur sa droite, des oiseaux piaillaient tout autour de lui.

Le calme se faisait en lui lorsqu'une idée le frappa de plein fouet. Un souvenir plus précisément. C'était la voix du professeur Snape, au cours de sa cinquième année qui égrenait les propriétés de la poudre de pierres de Lune. Celles-ci étaient couramment utilisées dans les potions agissant sur la mémoire. Peut-être qu'en en ajoutant dans sa propre préparation, cela lui éviterait de perdre du temps au cours de la transe. Son principal intérêt était d'ailleurs de n'avoir presque aucune interaction, lui permettant d'être utilisée dans de nombreuses circonstances. C'était presque trop beau pour être vrai. Il hésita un instant avant de revenir dans la bibliothèque. Après tout, les livres n'allaient pas disparaitre s'il restait quelques minutes de plus dehors, et cela lui ferait sûrement du bien. Oui, c'était une bonne idée, définitivement.

Il se dirigea alors vers l'ancienne orangerie qui n'avait pas vu une plante depuis des lustres et s'y installa après avoir matérialisé une chaise longue. Il était bien, il avait la possibilité d'avancer sur son projet, tout allait bien.

Tout ? Non. Il ne resta là que quelques secondes avant de sentir un étrange sentiment de culpabilité. Il était là à fainéanter, tandis que tout le monde pensait qu'il travaillait d'arrache-pied. Sa mère fondait des espoirs sur lui. Maître Grove aussi. Et le professeur Snape peut-être aussi, il avait semblé fier lorsqu'il lui avait décrit sa nouvelle vie. Il ne devait pas leur faire ça. Il ne pouvait pas les décevoir.

Il retourna dans la sombre fraicheur du manoir. La bibliothèque était à nouveau ce havre de paix et avait perdu cette aura menaçante qui l'avait chassé quelques dizaines de minutes plus tôt. Saisissant un épais grimoire dans une étagère, il reprit son travail dans le silence confortable de la bibliothèque.