Chapitre 3
Quelques jours plus tard, une nouvelle version de la potion avait été brassée. Comme Draco l'avait supposé, la pierre de lune était un ingrédient apprécié des potionnistes pour sa grande stabilité. La question était maintenant de savoir si son effet serait suffisant pour lui éviter de perdre la mémoire et donc de précieuses minutes au cours de sa transe.
Son maitre était à nouveau venu superviser son essai, mais cette fois-ci, ils seraient mieux préparés. Draco avait métamorphosé une chaise en lit de camp spartiate pour lui éviter de tomber sur le dur sol en pierre. Cela ne changerait rien à l'essai et lui assurerait une convalescence moins douloureuse.
La poudre de pierre de lune avait ajouté un aspect légèrement nacré à la potion, qui avait par ailleurs conservé sa couleur blanche. Un peu moins angoissé que la fois précédente, il saisit le morceau de parchemin posé sur la paillasse à côté de lui, une petite fiole de la potion et s'allongea sur le lit. Il l'avala d'un trait et sentit la même curieuse sensation que la fois précédente. Le noir se fit, le plongeant dans une obscurité angoissante.
Lorsque la lueur aveuglante lui fit plisser les yeux, il ne put s'empêcher de réprimer un léger soupir de soulagement. S'il se souvenait qu'il avait déjà expérimenté ces phénomènes, alors ses modifications avaient fonctionné. L'atterrissage lui aussi se fit avec plus de douceur. Il se retrouva allongé sur le sol de pierre, mais sans avoir chuté avant, ce qui constituait une très agréable différence. Tâtonnant jusqu'à sa poche, il sentit la forme fine et sèche du parchemin qu'il avait emporté.
C'était parfait ! Il avait eu l'idée à peine quelques secondes avant de partir et elle avait fonctionné. Il avait noté dessus quelques questions qu'il voulait posé à son ancien professeur, des conseils pour améliorer sa potion et surtout des informations sur ce qu'il s'était passé pendant la guerre. Mais en relevant la tête, il réalisa que quelque chose n'allait pas.
Une légère brise tiède et parfumée lui caressait le visage. Il n'était pas là où il était censé être. Il n'était pas dans les cachots de Poudlard, où l'air était toujours frais, mais sous la voute céleste. Quelques étoiles commençaient à scintiller dans le crépuscule. Se relevant brusquement, il tenta de comprendre où il se trouvait. Une plateforme ronde de quelques mètres de diamètre, entouré d'un parapet en pierre. Une porte permettait d'accéder à cet endroit. Un frisson d'horreur le parcourut lorsqu'il reconnut enfin cet endroit. Il était assis au sommet de la plus haute tour du château, tout en haut de la tour d'Astronomie.
C'était là que... Qu'il avait faillit à sa mission et que Severus s'était sacrifié pour lui. Qu'il avait tué Albus Dumbledore. Il n'était pas venu à cet endroit depuis des années, mais il se souvenait de chaque détail avec une précision effrayante. Combien de fois s'était-il rejoué la scène ? D'abord en colère contre Severus Snape qui lui avait volé son moment de gloire, puis avec honte lorsqu'il avait compris tout ce qu'il avait fait pour lui.
Il se leva d'un bond pour explorer un peu plus les alentours. Pourquoi était-il là? Pourquoi n'était-il plus dans les cachots ? Snape allait-il venir ? Pour le moment, tout était désert et seul le bruissement de la Forêt Interdite en contrebas brisait le silence. Il se dirigeait vers la porte pour descendre et explorer le reste du château dans l'espoir de croiser quelqu'un lorsqu'il entendit des pas résonner dans les escaliers.
Bientôt, il se trouva face à son ancien directeur, Albus Dumbledore lui-même, dont les yeux bleus pétillaient d'une lueur malicieuse comme à leur habitude. Il n'avait pas changé, même s'il était difficile de dire s'il avait des rides supplémentaires parmi celles qu'ils arboraient avant. Draco ressentit un léger pincement au cœur lorsqu'il se rendit compte qu'il portait la même robe que lors de cette nuit funeste. La dernière fois qu'il l'avait vu. Pourquoi était-il là ? Il voulait voir son ancien professeur de Potions, pas l'homme qu'il avait failli assassiner.
"Bonsoir Draco. Je suis heureux de te voir.
- Professeur. Je ne m'attendais pas à vous voir. Pourquoi est-ce vous qui...
- Je ne sais pas, mon garçon. Mais j'ai ressenti ton appel, donc je suis là.
- Je suis désolé. Ce n'est pas vous que je pensais voir. Je ne vous ai pas appelé. Savez-vous si le professeur Snape va venir ?
- Non, je ne crois pas. Il m'a expliqué ce que tu voulais faire et je trouve ton idée admirable. Dangereuse, bien sûr, mais belle.
- Merci." Marmonna Draco, un peu gêné.
Il triturait le morceau de parchemin qui était toujours dans sa poche, ces questions qu'il avait préparées et qui resteraient sans réponse. Que pouvait lui apporter Dumbledore ?
" Vous dites que vous avez été appelé, mais pouvez-vous m'en dire plus ? Savez-vous où nous sommes ?
- Cet appel est comme un besoin irrépressible de venir ici. J'en ai longuement parlé avec Severus et maintenant, je comprends mieux ce qu'il voulait dire par ce besoin incompréhensible. Je viens de le ressentir à mon tour et c'est assez étonnant. Je savais que je devais venir. Mais j'ignorais que c'était pour toi. Et pour le lieu où nous sommes, je crois que c'est assez limpide, n'est-ce pas ? Le lieu où tu m'as vu pour la dernière fois.
- Mais nous n'y sommes pas réellement, si ?
- Je crois que c'est une construction de ton esprit. Avec Severus, nous avons d'abord pensé que vous vous étiez rencontrés dans les limbes, mais cette hypothèse me parait fausse.
- Pourquoi ?
- Je ne pense pas que tu sois mort, tout simplement. Tu es plongé dans un état de transe particulièrement réaliste, mais ce n'est pas la mort. Tu ne t'es pas empoisonné avec ta potion, sinon ton maître t'aurait empêché de la tester. Je n'arrive pas à m'expliquer comment le choix de la rencontre se fait, en revanche.
- Vous avez dit que vous en parliez avec le professeur Snape, peut être que vous vouliez savoir comment les choses se passaient et que ce n'est pas moi qui ait choisi de vous appeler, mais vous qui vouliez venir.
- C'est une très bonne remarque mon garçon, digne du futur maitre que tu ambitionnes d'être. Mais je ne pensais pas être appelé un jour, en particulier par toi.
- Vous avez une meilleure idée ?
- La magie peut parfois réagir de bien étrange manière. Elle est ancrée si profondément en nous qu'elle peut peut-être voir au-delà de nos désirs conscients.
- Je ne comprends pas.
- Peut-être que ta magie a senti que tu voulais me rencontrer. Ou que tu en avais besoin.
- Non, je n'en avais pas besoin. Je voulais voir le professeur Snape, pas vous." Sentant qu'il commençait à s'énerver, Draco respira profondément pour se calmer un peu. Il reprit d'un ton un peu plus poli "Depuis cette nuit-là, j'ai tout fait pour ne plus penser à vous et je dois dire que c'était plutôt avec succès. Je n'ai pas pensé à ce soir-là depuis des mois."
Le regard de Dumbledore se fit plus pétillant alors.
" C'est peut-être la clé. Tu ne veux pas y penser, alors ta magie t'y oblige. Pourquoi t'empêches-tu d'y penser ?
- Je suis certain que ce n'est pas ça, mais si ça vous intéresse, je ne suis pas d'accord avec vous. J'ai ouvert une brèche pour permettre l'entrée des Mangemorts et j'ai travaillé pendant des mois dessus. Ce n'était pas un accident, c'était prémédité.
- Mais tu n'avais pas le choix, Draco. Et tu n'as rien fait de définitif. Ce n'est pas toi qui m'a tué, mais Severus lui-même.
- Je le voulais, je le désirais ardemment, mais je ne l'ai pas fait pour de mauvaises raisons. Vous qui avez tant prôné l'amour et le pardon, vous ne pouvez pas comprendre. Je n'ai pas soudain été pris de remords.
- Alors que s'est-il passé ?
- Je ne voulais pas car... J'étais déçu. J'avais travaillé avec tant d'acharnement, prit tant de risques pour arriver à ce moment. Ce devait être mon heure de gloire, mon triomphe et la réhabilitation de ma famille. Mais vous étiez là, tellement affaibli... Je ne pouvais pas vous tuer sans que vous ne vous défendiez. Je voulais la gloire, pas l'assassinat en catimini d'un vieil homme épuisé. Ça manquait de panache.
- Tu tremblais, Draco, je t'ai vu. Tu n'étais pas un assassin, pas à ce moment-là.
- Si ! Je tremblais car j'étais déçu ! Ce devait être mon premier meurtre, il devait être particulier. Si j'avais voulu, j'aurais participé à une expédition contre quelques moldus et j'aurais ainsi terminé mon initiation. Mais non, il fallait que ce soit spécial.
- Tu as raison, ce sont de mauvaises raisons, mais le principal est le résultat. Tu n'as pas lancé ce sort. C'est ce qui t'a permis de garder une âme pure. Combien de fois as-tu vu des mangemorts confirmés tuer de sang-froid des personnes sans défense ? Des enfants ? Tu n'étais pas comme eux. Et c'est là le principal.
- Vous croyez réellement à ce que vous dites ?
- Bien sûr. Ton honnêteté te fait honneur, mais tu as fait le meilleur choix que tu pouvais faire ce soir-là. Tu voulais faire cela pour ta famille et pour répondre à leurs attentes pour toi. Aujourd'hui, tu te rends compte des erreurs que tu as faites."
Un silence songeur s'installa. Draco réfléchissait à ce qu'il venait d'entendre. D'un côté, il voulait croire aux paroles de son ancien professeur, mais il avait passé tant de temps à regretter ses choix de cette époque qu'il ne savait plus que penser. C'est le vieil homme qui brisa à nouveau le silence :
"As-tu remarqué que nous parlons depuis un bon moment, mais que le soleil n'est toujours pas couché ? Il semble que ce crépuscule ne doive jamais se terminer."
Draco leva les yeux vers son ancien directeur dans l'espoir qu'il lui explique le sens de ces mystérieuses paroles mais celui-ci avait la tête levée et regardait attentivement les quelques étoiles qui brillaient au-dessus d'eux. Alors que jusqu'à présent, il avait été assez clair dans ses explications, voilà que son ancienne habitude de parler par énigmes revenait. Mais avant qu'il n'ait pu parler, Draco commença en sentir sa vision s'assombrir à nouveau. Sa transe était en train de s'achever. Dumbledore sembla le sentir aussi car il se retourna vers lui, et un air inhabituellement sérieux sur le visage, il lui dit :
"Je te pardonne Draco. De tous les mauvais choix que tu as fait, je te pardonne."
Ce furent les dernières paroles qu'il entendit avant de perdre totalement conscience. Elles résonnèrent dans ses oreilles pendant longtemps, bien après que le familier voile noir se soit abattu sur ses yeux.
Lorsqu'il se réveilla, il était toujours installé sur son lit de camp, dans les souterrains du manoir Malfoy. Son maître à côté de lui avait métamorphosé un tabouret en fauteuil plus confortable et était occupé à lire ses notes. Il leva les yeux lorsque son jeune élève commença à s'agiter, mais il aurait aimé avoir un peu plus de temps pour aller au bout de sa lecture. Il avait eu sous les yeux les recherches d'un véritable potionniste et cela confirmait ce qu'il savait déjà depuis longtemps. Draco avait largement le niveau pour passer la maitrise, il ne restait plus qu'à savoir si sa réputation ne serait pas trop encombrante pour les sorciers réputés très conservateurs du Cercle Britannique des Maitres des Potions.
Lorsqu'il se leva pour l'examiner d'un peu plus près, Maitre Grove vit que le jeune Draco était bien trop pâle, lui qui l'était déjà naturellement faisait peine à voir. Il n'avait pas subit la même chute brutale que la première fois, mais il semblait malgré tout singulièrement affaibli. Au bout de quelques secondes, il eut un violent haut le cœur et le maître eut à peine le temps d'attirer une bassine à lui.
Il était évident qu'avec une telle réaction, cela signifiait que la potion n'était toujours pas prête et que des recherches devaient encore être menées pour déterminer la cause de ces effets secondaires. Pourtant, les notes qu'il avait eu le temps de lire ne permettaient pas de prévoir une telle réaction. Enfin, c'était le travail de Draco et il devait le faire seul. Le maître n'était même pas supposer lire son travail avant la présentation finale.
Avoir éliminé les restes de potion semblait avoir fait du bien à Draco car celui-ci avait repris quelques couleurs, mais son front était toujours couvert de sueur et il semblait un peu hagard. Estimant préférable de le ramener dans sa chambre plutôt que de l'interroger, Maitre Grove appela les elfes à la rescousse. Le plus vieux d'entre eux, il ignorait son nom, étouffa un gémissement lorsqu'il vit l'état dans lequel se trouvait son pauvre maitre. En lui ordonnant de le faire transplaner directement à l'étage, Maitre Grove s'évitait la fatigue de le faire léviter sur toute la distance qui séparait les cachots de l'étage des chambres, mais il limitait aussi le risque de croiser Mrs Malfoy et donc de l'inquiéter. Il ne l'avait que rarement vue, mais elle semblait plongée dans un état de fatigue considérable.
Lorsqu'il revint quelques heures plus tard pour l'interroger sur ce qu'il avait vu, Maitre Grove trouva son jeune apprenti assis à sa table de travail, plusieurs rouleaux de parchemins posés à côté de lui et entièrement couverts de notes. Il en saisit un au hasard et après un hochement de tête approbateur de la part du jeune homme, il commença à le lire. C'était absolument fascinant. Si ce qui était écrit était vrai, alors les avancées dans le domaine de la nécromancie était tout à fait extraordinaires. Il restait encore un peu de travail, mais ce travail était déjà digne de figurer dans les revues les plus prestigieuses. Apres une brève discussion concernant ses prochains objectifs, il quitta le manoir, rassuré quant à l'avancée du travail.
Le lendemain, de lourds nuages gris s'amoncelèrent dans le ciel de cette fin juillet. Draco se sentait encore un peu faible, malgré ce qu'il avait soutenu à son maitre et sentait qu'il n'avait pas suffisamment d'énergie pour continuer ses travaux. Il proposa alors à sa mère de se rendre à Londres pour rendre visite à son père. Une étincelle de joie éclaira brièvement son regard avant d'être à nouveau masquée par sa tristesse habituelle. Cependant, cette fois-ci, Draco avait pris la précaution de contacter les médicomages de l'hôpital avant de s'y rendre afin d'éviter une nouvelle déception. La réponse était arrivée quelques minutes plus tôt : Lucius était lucide et attendait leur visite avec joie.
Ils utilisèrent donc la cheminée du grand salon pour rejoindre l'hôpital et passer quelques heures auprès de cet homme dont la vie n'était plus rythmée que par leurs visites. En remontant les longs couloirs à l'odeur entêtante de désinfectant et de désespoir, il n'en menait pas large. Il venait par devoir filial et parce que sa mère en avait besoin, mais il n'était pas certain que sans cela, il aurait eu la force de venir. Cette aile du bâtiment était plus colorée que le reste, tout était fait pour rendre l'atmosphère plus conviviale et intime. Les patients qui étaient admis ici avaient peu de chance d'en repartir, il fallait qu'ils se sentent en sécurité. Mais cette odeur tenace rappelait toujours où ils se trouvaient.
Au bout d'un couloir, la troisième porte sur la droite était celle de Lucius. Ils entrèrent discrètement et Draco constata avec soulagement que l'état de son père était stable. Il n'avait pas le regard absent de ses mauvais jours, celui qu'il avait appris à tant détester.
Ils restèrent ensemble quelques heures que Draco eut toutes les peines du monde à remplir. Il parlait de ses projets, mais il savait que son père ne cautionnait pas sa nouvelle vie. Comme le professeur Snape l'avait souligné, son choix d'étudier les potions n'était pas suffisamment prestigieux aux yeux de son père. Mais d'un autre côté, ils n'avaient pas vraiment d'autres sujets de discussion. Narcissa ne faisait rien de ses journées et Lucius ne se souvenait pas de la moitié des siennes. Ces visites constituaient des épreuves de plus en plus dures pour le jeune homme, mais il ne pouvait pas abandonner son père.
Lorsque Narcissa commença à montrer des signes de lassitude, Draco commença à ressembler ses affaires pour partir. Dans quelques minutes, son épreuve serait terminée. Mais alors que sa mère était déjà dans le couloir, son père l'interpella une dernière fois :
"Que se passe-t-il, père ?
- Attends, je voudrais te dire certaines choses. Non ! Ne l'appelle pas, je préfère que ta mère ne le sache pas." L'interpella-t-il lorsqu'il vit son fils prêt à rappeler sa mère.
" Je voulais te dire que... Ce que tu fais avec ta potion est une bonne chose. Peut-être que si je l'avais eue, je n'aurais pas fait certains de ces choix.
- Oh ! Et bien... Merci, père. Mais je pensais que vous désapprouviez ?
- C'est le cas. La vraie puissance ne se trouve pas au fond d'un chaudron, dans des cachots mal chauffés. Mais ce que tu fais est important. La passion que tu mets dans tes recherches est surprenante.
- Je le fais parce que j'ai la sensation de pouvoir être utile aux générations futures. Pour qu'elles ne reproduisent pas les mêmes erreurs que moi.
- Quelles erreurs ? Demanda Lucius sans pouvoir masquer sa surprise.
- Entrer parmi les mangemorts, me mettre au service du Seigneur des Ténèbres en pensant que ça m'apporterait la gloire et le pouvoir.
- Pourquoi penses-tu que ce sont des erreurs ? Pour faire des erreurs, il faut avoir le choix. Tu sais, j'ai beaucoup de temps pour réfléchir ici, et je réalise que j'ai fait avec toi ce que mon père avait fait avant moi.
- Que voulez-vous dire ?
- Je t'ai élevé dans cette ambition. Je voulais que tu suives mes traces comme moi j'avais suivi celles de mon père. La faute est mienne. Toi, tu as fait ce qu'on attendait de toi. Je ne t'ai pas laissé le choix."
Pour la première fois, Draco dévisagea son père, dans l'espoir de comprendre ce qu'il voulait dire par ces mots étranges. C'était ce qui se rapprochait le plus d'excuses de sa part. Lorsqu'ils étaient ensemble, ils faisaient en sorte d'éviter de parler de la guerre, des choix qu'ils avaient fait. Au fond de lui, Draco savait qu'il avait fait ce à quoi il était destiné et que son père ne lui avait jamais laissé la possibilité d'un autre destin, mais jamais il ne l'avait évoqué avec tant de franchise.
En observant attentivement ces yeux gris autrefois si expressifs, il remarqua qu'ils étaient profondément enfoncés dans leurs orbites et surtout totalement vides. Plus rien ne transparaissait et ce constat lui fit monter la bile à la gorge. Où était passé son père toujours si sûr de lui, son roc, son héros ? Il n'y avait plus qu'un homme prématurément usé par la vie, vieillit avant l'âge et surtout profondément résigné.
En rentrant au manoir, Draco était songeur. Il ne remarqua pas les coup d'œil inquiets que sa mère lui lançait de temps en temps. Elle ne savait pas ce qu'ils s'étaient dit dans la chambre avant leur départ, mais cela avait sans aucun doute bouleversé son fils. Lucius pouvait parfois avoir des mots très durs et Draco en avait longtemps souffert, mais quelque chose lui disait que ce n'était pas cela. Il ne semblait pas triste, plutôt préoccupé, comme s'il devait prendre une décision et qu'il hésitait profondément. Elle ne lui posa pas de questions, il était devenu un homme, il était fort et n'avait plus besoin de ses conseils.
Elle avait perdu le droit de le guider lorsqu'elle avait laissé son mari le présenter au Seigneur des Ténèbres pour son initiation.
