Saint Seiya Lost Canvas: Les immortels

Chapitre Deux: Réincarnations

Doko frappa deux coups à la porte de l'appartement de Shion. Albafica, vêtu de son peignoir, toujours ensommeillé et sexy en diable, vint lui ouvrir. Le lent sourire qui apparut sur les lèvres d'Albafica réchauffa le coeur de Doko. Son épaisse crinière bleue traînait sur ses épaules carrées, ses yeux de la même couleur le toisaient. Albafica devait admettre que Doko avait du charme, habillé d'un jeans troué aux genoux et de son blouson en cuir sous lequel il portait une chemise à carreaux. Les bras croisés, Doko attendait, patiemment, qu'Albafica ouvre la bouche. Las, Albafica s'écarta pour le laisser rentrer et déclara:

- Shion dort paisiblement.

À l'intérieur du studio, Doko se tourna vers Albafica pour lui faire face. La froideur d'Albafica le blessait. Ils étaient amis, non? Albafica agissait comme s'ils n'étaient que deux rivals en amour. Amoureux tous deux de Shion du Bélier. Doko voulait s'excuser et il ne reculerait pas devant cette tâche. L'amour qu'il éprouvait pour Shion comptait, mais jamais il ne voulait faire du mal à Albafica pour autant. Celui-là marcha jusqu'à la cafétière et demanda d'une voix morne:

- Tu veux du café?

- Oui, si tu ne l'empoisonne pas, ironisa Doko, simplement.

Après l'avoir foudroyé du regard, Albafica alluma la cafétière. Immobile, Albafica fit bouillir de l'eau pour son thé. Doko s'installa sur la chaise et attendit qu'Albafica vienne le rejoindre. Muni des deux tasses, Albafica s'assit en face de Doko et il se dévisagèrent comme deux inconnus. C'était donc à ça qu'ils étaient réduits? Doko brisa le silence d'une voix calme:

- On devrait discuter...

- Je ne vois pas de quoi. Tout a été dit. Tu veux Shion, eh bien, bats-toi et fous-moi la paix, lâcha abruptement Albafica en buvant son thé.

- Et nous deux?

- Nous deux? Répèta, froidement, Albafica en le fixant.

- Oui. Nous sommes amis, n'est-ce pas?

- Doko, éternel naïf, je ne serais jamais ami avec toi, ce n'est pas dans ma nature.

- Alors c'est quoi ta nature?

- La solitude, lui répondit, séchement, Albafica.

Sur ce, Shion déambula dans la salle à manger, torse nu et en boxeur. Il s'arrêta en sentant la tension entre Albafica et Doko. Ces deux-là étaient réellement incapable de coexister sans se disputer. Cela fit rire Shion. Doko saisit cette opportunité par faire sa proposition:

- Si on dînait tous les trois?

- Je...

- Bien entendu, le coupa Shion avec enthousiasme.

Le marché n'étant pas loin, Doko proposa d'y aller à pied. Lorsqu'il quitta l'appartement de Shion, Albafica l'ignora totalement et cela lui déplut. Il avait cru qu'il viendrait à bout de leur différent, mais il s'était tronpé manifestement. Qu'est-ce que ce type avait contre lui? Bon, d'accord, il avait été désagréable, mais il s'était excusé et c'était du passé. Pourquoi ne pas tourner la page et avancer? Doko admettait qu'il n'était pas parfait, mais il savait prendre soin des gens qu'il aimait. Et il voulait prendre soin d'Albafica et il savait qu'il le pouvait. Ils seraient amis, il y veillerait personnellement. Devant les légumes, Doko sortit la liste que lui avait fait Albafica et sourit. Des tomates fraîches, de l'ail, des oignons, de la salade, du poulet, des steaks, cette liste était san fin, pensa-t-il à la fois amusé et découragé. Le porte-monnaie à la main, il paya tout. Placé dans plusieurs sacs, les légumes et la viande en main, Doko se dirigea vers la sortie quand une silhouette qu'il connaissait passa devant lui. Ses cheveux blonds courts ondulaient et ses yeux couleurs d'or observaient les allées comme s'il cherchait quelque chose. Il portait un pantalon chic noir et une chemise bleue marine ouverte au col. De belles bottes de cuir marrons couvraient ses pieds. Rapidement, il regarda sa montre. Doko appela l'inconnu sans cacher sa joie:

- Sysiphos!

Vivement, celui-là se retourna et éclata de rire en reconnaisant son vieux compagnon de guerre. Sisyphos s'empresa de le rejoindre. Le sourire aux lèvres, Sisyphos l'aida à charier les paquets. Il s'exclama ssans pouvoir dissimuler son bonheur:

- Viens à la maison, tu vas être fou de joie.

- Une surprise? S'écria Doko, heureux.

- Oui, tu vas grimper au plafond, lui promit Sisyphos en l'entraînant hors du marché.

Ils marchèrent côte à côte en silence car ils se respectaient. Sisyphos le guida vers une ruelle puis ils débouchèrent sur une petite rue. Sisyphos monta une allée puis un perron qui donnait sur une grande maison à la devanture grise et au toit beige. Immense et grandiose, Sisyphos attrapa ses clés et déverrouilla la porte, une fois dans le hall, il cria de sa voix forte:

- Je suis rentré.

Le hall resplendissait de lumière grâce au gigantesque lustre suspendu au plafond. L'escalier central ne finissait pas. Le salon chic avec ses divans en cuir rouge foncé, sa table en acajou et son foyer, tout semblait acceuillant. Les murs beiges invitaient la chaleur. Cette maison respirait la paisibilité.

- Ah, tu es là! S'écria une voix de baryton venant du fond de la maison.

Les yeux écarquillés, Doko dévisagea le géant devait lui. C'était imposible! Songea-t-il en clignant des paupières. Aldebaran, chevalier d'or du taureau, se tenait devant lui comme un seul homme. Ses épais cheveux girs traînaient sur ses épaules et ses yeux verts souriaient. Visiblement, voir la mine stoïque de Doko le réjouissait. La bouche de Doko se referma soudainement. ALdebaran, vêtu d'un polo gris assorti à sa chevelure et d'un jeans délavé s'avança. Son regard se posa sévèrement sur Sisyphos qui haussa nochalement les épaules. Son air décontracté contrastait avec l'atmosphère tendu qui régnait. Doko reconnut immadiatement cette sorte de tension. C'était une tension purement sexuelle. Qu'est-ce qui se passait entre Sisyphos et Aldebaran? Pensa Doko en les observant. Sisyphos se tourna vers Aldebran et lui tendit une boîte de chocolat. Souriant, Aldebaran s'exclama:

- Tu n'as pas oublié mes chocholats!

- Non, tu as réussi à dormir? S'enquit Sisyphos en retirant ses bottes.

Impatient, Aldebaran déballait la boîte sans aucune finesse. Amusé, Sisyphos se postant devant lui pour attendre sa réponse qui tardait. Doko, trop surpris par cette scène, restait en retrait. Immobile, il contemplait ses deux amis. Une main sur la hanche avec une moue moqueuse, Sisyphos patientait. Aldebaran soupira et répondit en détournant le regard:

- Non.

- Pourquoi ne pas aller dormir un peu?

- Non, protesta fermement Aldebaran, Doko est là et nous avons sûrement beaucoup à nous dire, rajouta-t-il en toisant Doko, simplement.

Gentiment, Sisyphos rit. Il s'exclama en pivotant vers Doko:

- Viens!

Rapidement, Doko se débarassa de son blouson qu'il accrocha au porte-manteau et le plaça précautionneusement ses bottes à côté de la porte. Sisyphos ouvrit la marche. Doko remarqua le regard d'Aldebaran sur les hanches de Sisyphos. Seigneur, ce gros balourd manquait cruellement de discrétion! Songea Doko, désabusé. Pendant qu'il y était, pourquoi ne se l'imaginait-il pas, nu, étendu dans son lit? C'était sûrement ce qu'il faisait d'ailleurs. Le regard de Doko se posa sur la main d'Aldebaran. Ses longs doigts caressaient l'emballage de la boîte comme s'il la chérissait. Et voilà, ce gros balourd était amoureux fou du loyal et dévoué Sisyphos. Complètement irrécupérable! Sisyphos appartenait à El Cid et ça, toute la terre entière le savait. Personne n'avait besoin d'un dessin pour le savoir. Alors pourquoi Sisyphos avait encouragé Aldebaran dans son délire? À moins qu'il soit particulièrement sadique, il n'avait aucune raison de s'amouracher d'Aldebaran . Surtout si El Cid revenait. Doko sentit des picotements sur sa nuque, il se tourna rapidement et se pétrifia sur place. Asmita de la Vierge descendait le gigantesque escalier en bois, habillé d'un polo noir qui faisait ressortir la blancheur de sa peau et d'un pantalon chic. Ses cheveux blonds attachés en chignon lui donnait un air jeunot. Tout doucement, il chuchota en regard Doko:

- Bonjour.

- Tu n'es plus aveugle! S'exclama bêtement Doko en écarquillant les yeux.

- Non, visiblement! Ironisa Asmita en venant près de lui.

D'un pas rapide, il se plaça près de Doko, tout sourire. Celui-ci lui donna une bonne accolade. Amusé, Asmita s'écria:

- Shion, comment va-t-il?

Doko se rembrunit et le sourire d'Asmita s'effaça lentement. Sisyphos déposa ses paquets et commença à les déservir. Rapidement, Aldebaran s'empara des bières et invita les autres à s'asseoir autour de la table. Aldébaran décapsula les bières et les distribua. Doko porta la sienne à ses lèvres et but quelques gorgées. Tous attendaient impatiemment ce qu'il allait dire. Bizarrement, Doko ne savait pas par ou commencer. Est-ce qu'il devait leur expliquer que Shion du Bélier ne se rapelait de rien. Devait-il ajouter qu'Albafica, la rose empoisonnée, avait brouillé les cartes? Grâce à sa sensibilité exacerbée, Asmita remarqua le trouble chez Doko. D'un ton doux, il demanda:

- Tu n'as pas envie d'en parler, n'est-ce pas?

Les yeux fixés sur sa bouteille, Doko entama son récit:

- Albafica est apparu sur le pallier de ma porte un matin. Quelques minutes plus tard, on a senti le cosmos de Shion. J'ai retrouvé Shion et malheureusement, il ne se rappelle de rien. Par contre, il est toujours raide dingue d'Albafica.

- Et lui? S'enquit en posant sa bière.

- Il est ambigu car il n'est plus comme avant.

- Que veux-tu dire? Demanda Aldebaran, inquiet.

- Il vous racontera lui-même, lâcha Doko, amèrement.

En riant, Asmita s'écria:

- Qu'as-tu fait, Doko?

Impassible, Doko répondit:

- J'ai demandé à Athéna de réincarner Shion.

Blême, Doko noya sa tristesse dans la bière. Doko noya sa tristesse dans la bière. Calmement, Sisyphos lui expliqua:

- Tu as provoqué tout ça.

- J'ai quoi?

- Provoqué tout ça, se moqua Aldebaran en riant à gorge déployée.

- C'est une blague, c'est ça?

- Non, fit Asmita en l'observant, mélancolique.

- Bon divine! Lâcha, abruptement, Doko, épouvanté.

D'un geste de la main, Asmita le rassura tendrement:

- Je te remercie. Grâce à toi, je vois enfin et j'ai une vie heureuse. Si tu veux, je pourrais essayer d'aider Shion avec sa mémoire.

- D'accord, merci, lui dit Doko, ému.

- Et pour en revenir à Albafica...

- Aldebaran, si tu veux, je peux l'amener avec Shion, proposa Doko simplement.

Joyeux, Sisyphos tapa des mains et s'exclama en bondissant sur ses pieds:

- C'est parfait. Venez souper demain!

- À demain soir, fit Doko en se levant. Je dois y retourner. Ils doivent être inquiets.

- Attends, je vais te donner des fleurs pour Albafica et des chocolats pour Shion, dit Sisyphos en filant vers une pièce au fond.

Aldebaran leva les yeux au ciel et Doko rit de bonheur.

Doko revint chez Shion sous la pluie et dans la noirceur, chargé de présents. Shion vint lui ouvrir avec un souire tremblotant. Vêtu d'un pantalon noir chic et d'une chemise en soie, il était ravissant. Ses cheveux blonds traînaient sur ses épaules et ses yeux lui souriaient gentiment. Rapidement, il lui prit les paquets des mains. Doko rentra et se débarassa de son blouson trempé et de ses souliers boueux. En furie, Albafica apparut devant lui. Sa chevelure bleuté virevoltait autour de son visage de madone, ses yeux du même bleu le foudroyaient du regard. Ses mains s'agitaientdans tous les sens. Élégant dans son jeans délavé et son polo noir, Albafica resplendissait mémorablement. Doko se régalait de cette vision enchanteresse quand Albafica l'apostropha violement:

- Où étais-tu?

Après avoir sursauté, Doko pouffa et amena ses commissions dans la cuisine. Aussi rapide que l'éclair, Albafica le suivit. Patiemment, Doko commença à défaire ses paquets. Dressé comme un piquet, Albafica attendait sa réponse.

- Sisyphos, Aldebaran et Asmita sont réincarnés aussi, dit-il tout d'un bloc en rangeant la laitue.

La colère d'Albafica tomba d'un coup.

- Mais comment est-ce possible?

- Je ne sais pas.

À l'écoute, Shion observait Albafixa et Doko avec attention.

- Tu as provoqué ça, l'apostropha Albafica, durement.

Sans se départir de son sourire, Doko ignora gentiment Albafica. Puis il lui donna un vase contenant des roses.

- De la part de Sisyphos.

Albafica le prit et déclara d'un ton doux:

- Merci, je vais le mettre sur la terrasse.

- Ne me remercie pas. Demain, on ira souper tous les trois et tu le remercieras.

Sans un mot, Albafica disparut dans sa chambre qui menait à la terrasse. Shion attrappa la boîte de chocolat que lui tendait Doko, tout sourire.

- De la part de Sisyphos, annonça doucement Doko en riant. Tu le rencontreras demain.

- Pourquoi m'offre-t-il ça alors que je ne le connais pas? S'enquit Shion, pensif.

- Dans ta vie précédente, vous étiez bon amis.

- C'est si complexe...

- Un jour, tout te reviendra. Pour le moment, écoute ton coeur, il te guidera.

- Sur ce, Doko n'a pas tort, lui dit Albafica en revenant. Que voulez-vous manger?

- J'aimerais manger des pâtes, avoua Doko en se servant une bière.

Shion le poursuivit et saisit un coca dans le réfrigérateur. Pendant ce temps, Albafica extirpait les légumes et les tomates. Rapidement, il jeta la viande dans un chaudron et mélangea les légumes. Délicatement, il brassa sa préparation. Doko ne pouvait détacher ses yeux de lui et Shion remarqua en buvant son coca-cola, silencieusement. Doko s'installa à la table et feuilleta le journal pendant qu'il sirotait sa bière. Shion entretenait calmement Albafica qui faisait semblant de s'intéresser à la discussion.

Le souper fut une réussite. Albafica excellait, visiblement, au jardinage et à la cuisine. Après avoir terminé son repas, Shion s'excusa et s'exila dans sa chambre. Poli, Albafica proposa à Doko de lui faire une tasse de café avant qu'il ne regagne son appartement. Doko en profita pour l'aider à faire la vaiselle. Côte à côte, Albafica et Doko nettoyait et séchaient la coutellerie usée de Shion. Perspicace, Doko sentait qu'Albafica était tracassé. Les lèvres pincées, il fixait ostentoirement les assiettes.

- Albafica, que se passe-t-il?

Tout doucement, le visage d'Albafica se tourna vers lui. La crainte se lisait dans ses yeux et ses lèvres tremblaient. Albafica chuchota d'une petite voix:

- Je ne suis pas habitué à cotôyer beaucoup de gens.

- Il y a un début à tout, lui expliqua Doko en lui effleurant le bras.

- Non, s'emporta Albafica en le repoussant.

Mû par une impulsion subite, Doko embrassa Albafica sur les lèvres. C'était un baiser réconfort, rien de plus, mais la chaleur et la passion qui les parcourut, les laissèrent pantois. Albafica, les yeux rivés sur Doko cherchait une trace quelconque de regrets. Il ne trouva qu'un visage impassible. Rapidement, Doko s'essuya les lèvres comme s'il avait été brûlé et courut à la porte d'entrée. Celle-ci claqua avant qu'Albafica n'eût le temps de réagir. Les larmes remplirent ses yeux et ruisselèrent sur ses joues. Il s'enferma, brusquement, dans sa chambre. Secoué par les sanglots, il se laissa choir sur le lit duveteux.

Shion ouvrit la porte à Doko qui transportait des cafés du bistro d'en face. Gentiment, il les tendit à Shion et lui précisa lequel contenait le thé d'Albafica. Doko retira son manteau et ses bottes Vêtu d'un polo bleu ciel et d'un jeans délavé, Shion savourait une première gorgée de café corsé. Doko passa une main dans sa chevelure brune pour la discipliner un peu et gagna la salle à manger Après avoir pris un muffin dans le panier, il s'installa dans une chaise. Affamé, Doko termina son muffin. Il goûta son café. Tranquillement, il demanda mal à l'aise:

- Tu as vu Albafica?

- Pas depuis hier quand je vous ai laissé, répondit Shion en buvant son café.

- Il est très matinal, pourtant.

Sur ses pieds, Doko marcha jusqu'à la chambre, occupé par Albafica. Il frappa deux coups à la porte. Aucun son ne lui parvint. Impatiemment, Doko ouvrit la porte et resta pétrifié. Albafica gisait, nu sur son lit, recouvert de roses empoisonnées. Sans réfléchir, Doko fonça vers le lit et souleva le corps inanimé d'Albafica. En deux pas, il fut dans la salle de bain. Il déposa son fardeau dans la baignoir. Rapidement, il fit couler de l'eau chaude et froide sur lui et frictionna ses membres engourdis. Alerté par tant de remue-ménage, Shion accourut, dépité.

- Reste avec lui, je vais jeter les roses, dit Doko en se précipitant dans la chambre.

Rageur, il saisit les draps et les enroula vivement avant de jeter le tout dans un sac en plastique. Comment a-t-il pu être aussi inconscient? Songea Doko revenant sur ses pas. Shion, toujours immobile, les yeux rivés sur Albafica, pâlissait à vue d'oeil. Doko le rassura doucement:

- Il n'est pas mort, seulement inconscient.

Lentement, Albafica ouvrit ses grands yeux et en un coup de vent, Shion lui administra une gifle monumentale. Puis Doko cria, hors de lui:

- Qu'est-ce qui t'a pris?

- De quoi parles-tu? S'exclama Albafica, la voix haute perchée.

- DES ROSES! Éructa Doko en le saisissant par les épaules pour le secouer comme un prunier.

- Comment oses-tu me crier ainsi après? Et toi, me gifler? Laissez-moi tranquille, à la fin!

- Tu fais chier, largua Doko en le relâchant.

- Lave-toi et viens nous rejoindre, marmonna Shion en sortant.

Il referma la porte sans la claquer. Doko s'assit sur le bord du bain et observa attentivement Albafica qui baissa les yeux, mal à l'aise.

- Je suis nu, tu sais?

- Et alors? Tu n'as pas répondu à ma question. Si tu voulais te suicider, il fallait le dire, je t'aurais aider.

Ébahi, Albafica leva la tête et remarqua le sourire en coin de Doko. Tous deux éclatèrent de rire. Cela leur fit le plus grand bien. Tranquillement, Doko noua les cheveux d'Albafica en chignon au dessus de sa tête et se redressa. D'un ton doux, il chuchota:

- Lave-toi et viens nous rejoindre.

Sans perdre de temps, Doko s'enfuit. Seul, Albafica se lava paisiblement. Une fois propre, il se dirigea vers sa chambre et mit ses vêtements pour travailler. Il défit son chignon et ses cheveux cascadèrent sur ses épaules. Habillé d'un jean noir et d'un polo gris, il rejoignit Shion et Doko qui préparait le petit déjeûner. Albafica remarqua à quel point Shion paraissait de plus en plus à l'aise avec Doko. Visiblement, même s'il ne se souvenait plus de lui, sa douceur le réconfortait. Silencieusement, Albafica s'assit à la table et Doko lui servit une tasse de thé réchauffé au four. Albafica mangea un mufin en savourant son thé brûlant. Son muffin aux canneberges goûtait terriblement bon. Doko lui amena une part d'omelette avec deux tranches de pain et Shion s'installa à la table. Quelques minutes plus tard, Doko l'imitait. En silence, ils mangèrent. Subitement, Albafica marmonna, coupable:

- Je m'excuse pour ce qui est arrivé, cela ne se reproduira plus.

- Je l'espère pour toi, car la prochaine fois, je te mettrais mon poing à la figure plutôt que ma main, le prévint froidement Shion en terminant son plat. Je descend, viens quand tu auras fini.

Sur ce, Shion disparut les laissant tous les deux.

- Toi aussi, tu me mettras ton poing à la figure? Demanda Albafica, sarcastique.

En riant, Doko dégusta son plat. Puis il se leva et rangea sa vaiselle. Gentiment, Doko lui pressa l'épaule et s'éloigna laissant la question flottée dans l'air.

Pendant que Shion fermait le gaz bar, Albafica dormait contre un vieux saule. Recouvert de son manteau, Albafica sommeillait tranquillement. Le soleil couchant l'éclairait. À l'abri de tous regards, il se sentait paisible. La chaleur ne l'incommodait pas grâce à cette brise fraîche périodique. Confortable, il soupira de bien-être. Il aimait ces moments de solitude. Un peu plus loin, Doko débarquait de sa moto. Il percevait la présence d'Albafica, mais ne le voyait guère. D'un pas lent, il se dirigea vers Shion qui l'acceuillait tout sourire. Doko, frais comme une rose, portait un pantalon de lin blanc et une chemise bleu ciel légère. Shion lui expliqua rapidement:

- Je monte me changer. Veux-tu aller chercher Albafica? Il roupille derrière.

Après avoir hoché simplement de la tête, Doko marcha vers la cour arrière. Estomaqué, il s'immobilisa. Resplendissant de beauté, Albafica, allongé contre l'arbre, se reposait. Lentement, Doko s'approcha et s'agenouilla pour le réveiller. Il le secoua délicatement. Les yeux bleus d'Albafica s'ouvrirent, doucement, et se posèrent sur lui. Un lent sourire apparut sur ses lèvres ourlées. Cela réchauffa le coeur de Doko. Celui-là s'assit près de l'ancien chevalier d'or des poissons et décrèta:

- Je me sens un peu mal.

- À propos? S'enquit Albafica en se redressant pour s'asseoir, lui aussi.

- Du baiser...

- Oh ça! On m'embrasse tous les jours, ironisa Albafica avec moquerie.

En riant, Doko lui donna une claque sur l'épaule. Tout sourire, il reprit.

- Doko, ne t'en fais pas. Je sais que tu faisais ça dans le seul but de me réconforter.

- Content qu'il y en ait un de nous deux qui comprenne quoique ce soit, marmonna Doko, amusé.

Ce fut autour d'Albafica de lui donner une claque sur le bras.

- Belle aux bois dormants, il faut te changer.

- Oui, il faut que je prenne une douche aussi, avoua Albafica en se levant.

Tout parlant de tout et de rien, Doko et Albafica gagnèrent l'immeuble. Devant la porte, Doko retint Albafica par le bras d'une poigne ferme. Leurs regards s'accrochèrent. Les lèvres d'Albafica tremblèrent légèrement comme si elle attendaient impatiemment un baiser. À deux doigts de céder à la pulsion de l'embrasser sauvagement., il le relâcha et Albafica s'enfuit à l'intérieur, le laissant seul sur le palier. Doko inspira profondément et rentra dans l'appartement. Il verrouilla la porte et rejoignit la cuisinìère pour se faire du café. Shion, vêtu d'une chemise noire et d'un pantalon chic revint et s'assit à la table pour attendre Albafica.

- Tu me ferais une tasse, Doko?

- Oui, bien sûr.

Doko prépara deux lattés et s'installa en face de Shion qui lui souriait distraitement.

- Tu peux m'expliquer pourquoi Albafica aime tant les roses, demanda Shion délicatement en savourant sa tasse de café.

- Dans le passé, il a grandi avec elles et elles le protégeaient, lui expliqua simplement Doko en haussant les épaules.

À pieds, il se rendirent chez Sisyphos. L'atmosphère du voyage fut délicieuse en tout point. Albafica, entre Doko et Shion, leur parlait des clients du gaz bar qu'il servait. Parfois, Shion émettait un commentaire qui les faisait éclater de rire. Devant la bâtisse où habitaient Sisyphos, Aldebaran et Asmita, Albafica sentit monter une pointe d'anxiété. Son coeur battait à la chamade et ses oreilles bourdonnaient. Pour le soutenir, Doko le mainteanit par le bras. La peur le paralysait totalement. À tâtons, il avança, flanqué de Shion et Doko, vers la porte immense en bois. Celle-ci s'ouvrit à la volée et Asmita apparut portant un t-shirt gris et un jeans bleu délavé. Shion, aux côtés d'Albafica, recula d'un bond, effrayé. Gentiment, Asmita lui tendit la main. Shion la saisit timidement. Hésitant, Asmita dévisagea Albafica. Doko lui signifia d'un geste de la main qu'il pouvait le toucher. Amsita serra Albafica dans ses bras avec effusion. Celui-là parut vraiment gêné. Amusé, Asmita les relâcha et les laissa entrer. Pendant qu'ils ôtaient leurs souliers, Sisyphos, les mains couvertes de farine, arriva. Il les salua rapidement et leur indiqua qu'Aldebaran buvait au salon. Heureux, Doko traîna Albafica et Shion au salon. Ils trouvèrent Aldebaran confortablement installé sur un divan, les pieds sur la table basse. Tranquillement, il sirotait un verre de scotch. Lorsqu'il apperçut Doko, il bondti sur ses pieds et l'acceuillit chaleureusement. Puis il fit le même rituel pour Albafica et Shion. Généreusement, Aldebaran leur servit du sherry, du whisky et du scotch. Assis tous ensemble, ils commencèrent à discuter. Sisyphos les rejoignit en dernier et participa, activement, à la discussion.

Pendant qu'ils discutaient, Doko ne put s'empêcher de remarquer le regard insistant d'Aldebaran à l'égard de Sysiphos. Cela le mettait mal à l'aise. Pour lui, Sysiphos appartenait à El Cid en tout point. Tout entier et pour toujours. Comment Aldebaran pouvait-il envisager une relation avec un homme déjà pris? Surtout aussi épris que Sysiphos l'était. Certes, ce n'était pas son dilemme, mais c'était ses amis et ils ne voulait pas les voir s'entredéchirer pour rien. Pour une amourette ou même pire une liaison. Si ce n'était pas sérieux pourquoi s'écorcher? Songea Doko en terminant de boire son scotch. Sysiphos se leva à ce moment-là prétextant le besoin de fumer. Doko saisit cette opportunité. Après tout, ils devaient causer. Cette situation n'était pas saine du tout. Sur ses pieds, Doko précéda Sysiphos à l'extérieur. L'air frais ébourrifa les cheveux épais de Doko, celui-là les ramena derrière ses oreilles. Tranquillement, Sysiphos extirpa son paquet de cigarettes et en tendit une à Doko. Il les alluma et Sysiphos s'installa sur un banc en face de la fenêtre du salon. Rapidement, Sysiphos jeta un regard vers Aldébaran en tirant une bouffée de sa cigarette. Doko observa la scène avec un détachement feint. Peu dupe, Sysiphos rit cyniqument. Un rire nerveux qui surprit quelque peu comprendre pourquoi Doko décida qu'il devait savoir le fin mot de cette histoire, il demanda d'un ton calme, mais légèrement sec:

- Qu'est-ce qui se passe avec Aldebaran?

Sysiphos fuma lentement, inspira profondément et lâcha, exaspéré par tant de curiosité:

- On fait l'amour. Si on peut appeler ça comme ça.

- Comment? Largua abruptement Doko, abasourdi.

En riant, Sysiphos lança un regard ironique èa Doko.

- La même chose que tu faisais à Shion à une époque, sursura Sysiphos, froidement.

- TU NE PEUX PAS! S'emporta Doko avec force.

- Vraiment?

- El Cid va revenir...

- Quand il sera là, je verrais.

- Et Aldebaran? S'enquit Doko, soucieux de son grand ami.

- C'est un grand garçon.

- Mais...

Aldebaran apparut sur le seuil, il avertit de sa voix de baryton aux deux fumeurs que le souper était servi. Sysiphos écrasa sa cigarette sur le ciment et rentra. Les yeux de Doko se posèrent durement sur Aldebaran. Celui-là évita précautionneusement son regard. Doko vint pour articuler un mot et Aldebaran leva la main pour le réduire au silence.

- Ce n'est pas de tes affaires, Doko, décréta Aldebaran en rentrant à son tour.

Épouvanté, Doko s'installa sur le banc, fouilla ses poches pour prendre une nouvelle cigarette. Perdu dans la contemplation des alentours, il ne remarqua pas la présence d'Albafica. D'après son observation, Albafica jugea que Doko ne semblait pas dans son état normal. Visiblement, il avait remarqué que Sysiphos et Aldebaran entretenaient une liaison et cela ne lui plaisait guère. Albafica s'assit à ses côtés, le sourire aux lèvres, et le taquina gentiment:

- Tu n'aimes pas voir tes amis heureux?

- Comme si tu y connaissais quelque chose, ironisa Doko avec un sourire en coin.

Moqueur, Albafica rit. Détendu, Doko se tourna vers son nouvel ami. Albafica lui dédia son plus beau sourire et à ce moment précis, Doko sut pourquoi Shion avait aimé Albafica des siècles plus tôt.

Assis sur le divan en face de la fenêtre, Shion voyait la scène d'un oeil mauvais. Il détestait l'idée qu'Albafica puisse s'éprendre de Doko. Égoïstement, Shion voulait Albafica pour lui, seul. En aucun cas, il comptait le partager. Ce n'était pas complexe, il aimait Albafica d'un amour aveugle. Un amour bon et vierge. L'idée que Doko souille la pureté de cette créature divine le révoltait. Albafica menait une vie à ses côtés, il n'avait pas besoin de Doko. Pourtant, Shion voyait bien que c'était faux. Asmita qui observait la scène du coin de l'oeil quitta sa chaise berçante pour s'approcher. Il avait aperçu le regard perçant que Shion avait lancé à Doko. Asmita n'était pas dupe pour deux sous. La jalousie transperçait le coeur de Shion.

- Tu veux un cocktail? Lui demanda aimablement Asmita en lui tendant une tequilla.

Poliment, Shion la prit, y trempa les lèvres et sourit, conquis.

- C'est délicieux, merci, fit-il en laissant s'asseoir près de lui.

Le sourire d'Asmita, doux et prévenant, réchauffa, tranquillement, Shion. Celui-là sirotait, silencieusement, son cocktail en observant Asmita de la Vierge. Gentiment, Asmita l'entretenait de son métier de conférencier auprès des personnes avec un handicap visuel. Shion ne put s'empêcher de lui demander s'il avait déjà été aveugle et Asmita lui répondit que oui. Par contre, il s'abstint de lui parler de sa vie antérieur. Ce n'était ni le lieux, ni le moment. Il ne fallait pas appeuré le pauvre Shion si rationnel, si carthésien. Ils parlèrent ainsi à bâtons rompus. Les yeux de Shion rivés sur Asmita l'empêchaient de voir la scène entre Albafica et Doko. En même temps, il apprenait à connaître une nouvelle personne. Du moins, c'était ce qu'il croyait. Alderan les reservit puis s'exila à la cuisine après s'être assuré que Shion et Asmita pouvaient se débrouiller. Dès qu'Aldebaran rentra dans la cuisine où Sysiphos préparait le gâteau, celui-ci frisonna. Aldebaran vit les épaules de Sysiphos s'affaisser. La cuisine petite et bien rangée avait de la difficulté à contenir les deux chevalier d'Athéna. Machinalement, Sysiphos ouvrit la porte du vieux four et y glissa son gâteau. Il mit la muniterie et pivota sur lui-même pour faire face à Aldebaran. Vêtu d'un polo noir et d'un jeans bleu délavé, il paraissait encore plus imposant. Tandis que Sysiphos mourrait de nervosité, Aldebaran bouillonnait de passion. Ses yeux vifs contemplaient avec convoitise l'objet de son désir. Splendide dans un pantalon bleu marine chic et une chemise en soie pâle. Lentement, Sysiphos croisa les bras sur son torse svelte. Doko avait semé la graine du doute dans son esprit. Cette relation semblait plus malsaine à présent. Si El Cid revenait comme expliquerait-il la situation? Et surtout Aldebaran dans tout ça? C'était si injuste et Sysiphos était la droiture même. Aldebaran marcha vers lui et tenta de le toucher. Rapidement, Sysiphos s'écarta comme s'il s'était brûlé. Inquiet, Aldebaran le fixa. Sysiphos releva le visage et le toisa fièrement. Dans ses yeux se lisaient la résolution de le quitter et Aldebaran ne put le supporter. Avant même que Sysiphos ne dise un mot, Aldebaran lâcha abrptement:

- Tu n'as pas réellement envie de me quitter!

Cyniquement, Sysiphos déclara:

- Je vais te quitter un jour ou un autre de toute façon.

- El Cid ne vaut pas plus que moi, jura-t-il en lui saisissant le bras pour l'empêcher de s'enfuir.

- S'il te plaît...

- Non, je refuse que tu me quittes parce que tu te sens mal, le coupa Aldebaran en se penchant vers Sysiphos.

Patiemment, Aldebaran posa sa bouche ferme sur celle ourlée de Sysiphos. Le baiser tendre d'Aldebaran vint à bout des résistances de Sysiphos. Celui-là fondit dans ses bras puissants. Lorsque Aldebaran s'écarta, enfin, Sysiphos comprit que ses résolutions venaient de voler en éclats. Aldebaran saisit les plats et partit.

Albafica riait lorsque Asmita vint les avertir que le souper était servi. Doko se redressa et Albafica le retint par le bras, pendant un moment. Leurs yeux se rencontrèrent. Lentement, Il raffermit sa prise et lui sourit avec une sincérité qui toucha Doko. Un peu gêné, Albafica bredouilla maladroitement:

- Merci, Doko.

- Pourquoi? S'enquit simplement Doko.

Amusé, Albafica renversa la tête pour le fixer.

- Tu es un très bon ami.

Doko rit et lâcha moqueur:

- Tu n'es pas mal, non plus.

D'un geste brusque, Doko écrasa sa cigarette et ouvrit la porte pour laisser passer Albafica. Une fois à l'intérieur, Doko remarqua le regard meurtrier de Shion. Aldebaran leur indiqua les places à prendre. Shion et Asmita furent côte à côte en face d'Albafica et Doko. Sysiphos et Aldebaran au bout de la table, l'un à en face de l'autre. Par chance, la salle à manger était immense. La table faite en bois massif, les chaises capitaines et la coutellerie chic démontrait que Sysiphos avait du goût et de l'argent. Les chandeliers placés au centre de la table éclairait la pièce. Dehors, il se mit à pleuvoir et le son de la pluie envahit la pièce. Sysiphos plasmodia la prière à Athéna. Aldebaran se servit généreusement. Asmita l'imita et tendit le plat de poulet à Shion. Quand tous eurent pris leur part, Doko ouvrit une bouteille de bordeau qu'il avait amené. Il versa des verres à tous et ils trinquèrent, joyeusement. Albafica trempa les lèvres et sourit. Doko savait, décidément, choisir un vin. Tranquillement, les chevaliers d'Athéna buvaient et parlaient, librement, du passé.Shion écoutait, attentivement, avide d'en apprendre davantage sur son passé. Bizarrement, cela l'enchantait en tout point. Son passé l'intriguait. Shion remarqua tout de même le regard admiratif d'Albafica vers Doko. Celui-là sourit tendrement à Albafica, en retour. Le pincement de jalousie qu'il avait ressenti resurgit. Asmita remarqua le changement d'attitude de Shion. L'amour pour Albafica et la haine pour Doko dévoraient le coeur de Shion. Déçu et triste de cette situation, Asmita détourna le regard. Subitement, il vit que Sysiphos fixait étrangement Doko. Alors, il comprit. Doko commençait à ressentir des sentiments pour Albafica. Comment cela avait-il bien pu se produire? Songea Asmita en jouant avec son morceau de poulet. Cela tournait au cauchemard. Sysiphos, les yeux braqués sur Doko, ne s'aperçut pas qu'Aldebaran le dévisageant lui. Soucieux, Aldebaran se demandait ce que la vie allait leur amener. Si El Cid revenait, que ferait-il? Il se battrait pour Sysiphos, il le savait, mais parviendrait-il à gagner? El Cid et Sysiphos vivaient une histoire d'amour intemporelle comme Doko et Shion à une certaine époque. Cette époque était révolue. Est-ce que cela signifiait qu'Aldebaran avait sa chance? Pensa Asmita en fronçant les sourcils et Albafica? Songeur, Asmita se dit qu'il allait être témoin de choses qu'il aurait préféré ne pas voir.

Après le repas savoureux que Sysiphos avait concocté, Aldebaran et Doko s'exilèrent au salon pour déguster du sherry. Installés confortablement dans des divans moelleux, Aldebaran et Doko buvaient, tranquillement, leurs boissons. Tous deux ne savaient pas par où commencer leur conversation. Est-ce qu'il devaient parler de la relation d'Aldebaran avec Sysiphos ou de celle de Doko avec Albafica? C'était si difficile de parler sans juger. Pensif, Doko observa le feu qui brûlait dans la cheminée. Aldebaran était son meilleur ami après Shion, bien sûr. Aldebaran était son meilleur ami après Shion, bien sûr. Aldebaran était son meilleur ami après Shion, bien sûr. Aldebaran se jeta à l'eau le premier.

- Il y a quelque chose entre toi et la rose empoisonnée? S'enquit-il en toisant Doko.

Moqueur, Doko ne put s'empêcher d'éclater d'un rire sonore qui détendit l'atmosphère. Cela fit sourire Aldebaran qui était plutôt crispé.

- Rien qui ressemble à ce qui se passe entre Sysiphos et toi, le taquina Doko en clignant d'un oeil.

Le rouge monta aux joues d'Aldebaran ce qui fit pouffer Doko. Aldebaran le foudroya du regard pour le faire taire. Doko but quelques gorgées de sherry, pour retrouver son sérieux, sous le coup d'oeil réprobateur d'Aldebaran d'un ton ferme.

- À qui ne plairais-je pas? Ironisa Doko en terminant son verre.

- Ce que tu peux être prétentieux! S'exclama Aldebaran en riant.

- J'avoue que je le suis un peu. Mais Albafica n'est pas amoureux, il est simplement curieux. Il n'a jamais été en contact avec personne, lui rappela Doko simplement.

- Tu as raison sur ce point, admit Aldebaran en leur resservant du sherry.

Doucement, Doko trempa ses lèvres. Songeur, il pensa aux commentaires d'Aldebaran. Si la rose empoisonnée éprouvait des sentiments pour lui, que ferait-il? Doko se savait épris de Shion du Bélier pourtant un doute subsistait. Albafica l'intriguait en tout point. Sa beauté, sa bonté et sa douceur le séduisaient. Albafica n'était pas seulement beau à l'extérieur, il l'était à l'intérieur aussi. Cela enchantait Doko et le perturbait aussi. Ses réflexions l'empêchaient de voir qu'Aldebaran le fixait, ouvertement, avec cynisme. Pour lui, l'explication de Doko ne voulait rien dire. C'était si insignifiant qu'Aldebaran avait eu de la misère à ne pas lui rire au nez. D'accord, Albafica n'avait jamais côtoyé personne, mais il pouvait savoir s'il aimait ou pas, tout de même! C'était absurde de prétendre le contraire. Et Aldebaran n'était pas aveugle, Albafica en pinçait, sérieusement, pour Doko. Et celui-ci ne s'en apercevait même pas. Quel genre d'énargumène était-il? Aldebaran le mit tout de même en garde:

- Fais attention, il est plus innocent que tu le penses. Il ne sait pas du tout dans quoi il s'embarque.

- Ne t'inquiète pas, je sais, lui répondit Doko en terminant son verre de sherry.

Avant de partir, Asmita demanda à Shion s'il voulait souper avec lui au restaurant le lendemain. Shion accepta, très heureux. Inquiet de la réaction de Doko, Albafica lui jeta un coup d'oeil. Doko ne semblait pas du tout jaloux, au contraire, il paraissait apprécier qu'Asmita prenne en charge Shion. Cela le rassura quelque peu Albafica. Il savait que Doko aimait Shion plus qu'il ne s'aimait lui-même. Un amour tendre, désespéré et terriblement passionné. À cette idée, Albafica culpabilisait. Ne faisait-il pas du charme, outrageusement, à Doko de la balance? Il ne le faisait pas volontairement, mais il ne pouvait pas s'en empêcher non plus. Qu'est-ce qu'il ressentait pour Doko, en plus? À part une profonde fascination? C'était si ambigue qu'il n'arrivait pas à mettre les mots sur ses sentiment ni sur ses émotions. Il n'était tout de même pas amoureux de Doko de la balance? C'était tordu et improbable. Plus il réfléchissait plus ses sourcils se fronçaient. Doko le remarqua et lui saisit le bras. Surpris, Albafica sursauta et l'observa, gêné. Il ne s'attendait pas à ce que Doko s'apercoive de son malaise. Nerveux, il se tortilla les doigts et ce fut Aldebaran qui coupa court à ses scénarios d'anxiété et de paranoïa.

- Doko, peut-être pourrais-tu amener Albafica avec toi, samedi? Sysiphos et moi allons au cinéma et au restaurant. Une sortie à quatre pourrait être très profitable, proposa Aldebaran tout sourire.

Albafica blêmit et tenta de se soustraire, mais Doko s'empressa d'accepter. Albafica se résigna, connaissant la tenacité de Doko. Dans la vie, il y avait des combats qu'on ne pouvait gagner et celui-ci en était un. Résiliant, Albafica salua Aldebran, Sysiphos et Asmita. Celui-là retint sa main et lui réitéra son offre d'aide s'il voulait quoique ce soit. Asmita compatissait à son nouveau statut puisque le sien l'était aussi. Poliment, Albafica le remercia, tout en acceptant volontiers. Shion et Doko entourèrent Albafica et, ensemble, ils prirent le chemin du retour. Infatiguable, Shion parlait de ce que faisait Asmita et à quel point son métier devait être passionnant. Doko l'écoutait d'une oreille, ses yeux s'égaraient sur les traits d'Albafica. Paisible, Albafica marchait. Il fixait le sol et parfois, le ciel, réfléchissant à cette soirée merveilleuse. L'idée de passer un peu de temps avec Aldebaran et Sysiphos ne lui déplaisait pas. Il les trouvait très intéressants et généreux. Cela avait toujours été ainsi. Avant, ils n'auraient pas pu les connaître parce qu'il était toxique. Cette nouvelle vie lui offrait de belles possibilités et il comptait vivre au maximum. Certes, il n'allait pas sauter d'une falaise, mais il sociabiliserait le plus qu'il pourrait. L'idée d'être de nouveau dans la solitude ne l'enchantait plus. C'était des chevaliers comme lui, il avait le droit d'être avec eux. Albafica réalisait que la vie était morne sans Doko, Shion, Sysiphos, Aldebaran et Asmita. Maintenant, une deuxième vie commençait et il comptait se l'approrier totalement.

Arrivés à l'appartement, Shion prit congé. Albafica proposa une tasse de café à Doko qui accepta avec enthousiasme. Cela le détendrait et il pourrait parler calmement avec Albafica. Cette soirée s'était avérée plus formidable et enrichissante qu'il ne l'aurait cru. Doko s'installa confortablement à la table pendant qu'Albafica infusait le thé et préparait le café. D'un oeil aiguisé, Doko observa le balancement des hanches d'Albafica. Quelques minutes plus tard, Albafica revenait avec deux tasses brûlantes. Albafica s'assit en face de Doko et commença à siroter son thé. Les yeux d'Albafica rivés à sa tasse ne voyait pas le regard insistant de Doko. Lorsque Albafica leva la tête, il sourit timidement à Doko. Tout doucement, Albafica demanda:

- Qu'est-ce qu'il y a, Doko?

Après avoir inspirté profondément, Doko se lança tristement:

- Et si cela ne revenait pas?

Albafica comprit tout de suite de quoi il parlait, Doko avait peur de ne jamais retrouver Shion. Le Shion dont il était amoureux pas cette pâle copie. Tranquillement, Albafica lui saisit la main et la pressa tendrement. Doko soupira, las.

- Tu ne dois pas l'abandonner, chuchota Albafica d'un ton ferme.

- Je l'aime toujours. Simplement, lui, il ne ressent rien pour moi.

- C'est faux! S'emporta Albafica en hochant vigoureusement la tête en signe de négation.

Moqueur, Doko sourit et cela réchauffa le coeur d'Albafica. Il savait qu'il ferait n'importe quoi pour Doko et cela l'effraya en tout point. Doko termina sa tasse de café. Il se redressa et déclara en embrassant Albafica sur le front:

- On se voit, demain. Merci pour tout.

Albafica se leva et le reconduit à la porte. Dès que Doko fut parti, il verrouilla la porte et s'y adossa, songeur.

Shion avait tout entendu, caché derrière sa porte. La tristesse et la douleur dans la voix de Doko. Cela l'avait chagriné. Doko l'aimait et il était incapable de lui retourner ses sentiments. Cela le blessait, lui aussi. De se savoir tant aimé sans pouvoir rien donner en retour était douloureux et navrant. Il devait absolument changé cela. Comment? Il se le demandait. Pour lui, Doko était un parfait inconnu et c'était difficile. Pendant qu'il réfléchissait, il s'avançait lentement vers la fenêtre. Ses yeux virent Doko enfourché sa moto et son coeur s'emballa. Doko jeta un coup d'oeil vers lui et sourit avant de mettre son casque. Doko lui envoya la main et Shion l'imita. Shion regarda Doko disparaître sur la route et ferma le volet de sa fenêtre. Calmement, il repoussa les draps et enleva son peignoir. Nu, il se glissa dans son lit. Résolu à connaître Doko davantage, Shion se dit qu'Albafica serait son meilleur allié. Content et satisfait de ses nouvelles résolutions, Shion se positionna sur le ventre et s'assoupit tranquillement. Il rêva de Doko de la Balance et un sourire illumina son visage.

Fin chapitre deux