Chapitre 2 :

Secte Satanique

Driiing. Driiing.

"Bonjour. Avez-vous un instant à m'accorder pour que je vous raconte l'histoire de notre Seigneur des Tén…"

Bang ! La porte du 4 Privet Drive claqua au nez interloqué de Remus Lupin, frôlant de justesse le crâne du bébé qu'il leur amenait dans une poucette. Qu… Quoi ?! Nan mais c'étaient qui, ces rustres ??? Lily et James Potter voulaient VRAIMENT leur confier l'éducation de l'un des jumeaux ?!

Driiing. Driiing.

La voix étouffée d'une femme qu'il identifia comme Pétunia Evans (ou Dursley, peu importait) lui hurla :

"On n'a pas de temps à perdre avec vos conneries religieuses."

"Non mais je viens vous présenter vot..." essaya-t-il à nouveau avant de se faire couper la parole par un dialogue absurde qui le présentait sous le nom de 'témoin de Jéhovah' truc-muche.

Aaah, il y avait visiblement erreur sur la personne. Soulagé, le sorcier déverrouilla leur porte avec un informulé avant d'entrer chez eux. Non, c'était pas vraiment une intrusion par effraction vu qu'il n'y avait aucune effraction. Oui, il aimait jouer avec les mots.

"Bonjour !!!" répéta-t-il après avoir serré les freins de la poucette où Harry dormait à poing fermés, garé dans leur entrée.

Sa voix fit apparaître les deux visages les plus hideux qu'il lui ait été donné de voir et il commença par se demander comment ÇA pouvait avoir un lien de parenté avec la douce et délicate Lily Potter avant de se raisonner : il savait mieux que quiconque qu'il ne fallait pas juger les gens selon leur apparence (en essayant d'oublier qu'ils avaient essayé de défoncer son nez avec le bois de leur porte).

"C'est de l'argent que vous voulez ???" demanda Pétunia avec sa voix criarde, elle lui balança quelques pièces étranges en rajoutant : "Ouste, ouste !!!"

Remus aurait pu s'indigner mais il s'agenouilla pour contempler l'argent en question, fasciné. Ainsi, les moldus possédaient leur propre système économique et monétaire ??? Le monde où il s'apprêtait à laisser Harry était certainement plus intéressant qu'il n'aurait pu l'imaginer... Ça le soulageait.

Il avait été le premier à s'indigner quand James et Lily s'étaient accordé pour laisser leur fils handicapé le plus loin possible de William, le jumeau sain-et-sauf qui avait été nommé Survivant par défaut puisque le Véritable Survivant ne s'était pas uniquement retrouvé affublé d'une blessure en forme d'éclair sur le front. Non, il y avait eut pire... Et on parle quand même d'une défiguration faciale !!!

"C'est... c'est de l'argent ?" demanda-t-il quand même, curieux par nature, sa soif d'apprendre était insatiable.

"Évidemment, vous vivez où ? Au pôle Nord ???"

"Non, Pétunia, réfléchit deux secondes : il veut jouer avec notre pitié, évidemment..."

"Ah oui, bien sûr : vous ne vivez que de l'amour de Dieu !"

"Dieu ?" répéta le sorcier. "Je ne connais pas cette personne… C'est une amie à vous ?"

Pétunia regarda Vernon et Vernon regarda Pétunia, ne comprenant plus trop bien ce qu'il se passait. Il n'y avait qu'une sorte de... de… de Monstre pour être aussi ignorant. La seule chose qui les rassurait était le "Seigneur" évoqué plus tôt car ils étaient sûrs d'une chose : les sorciers n'avaient aucun concept religieux, ils ne connaissent probablement même pas ce mot !

Soudainement, Pétunia pensa à quelques descriptions de la religion judaïque qu'elle avait lu et qui expliquerait pourquoi ce fanatique refusait de prononcer le nom de l'ineffable.

"Ah vous êtes juif ???"

"Euh non, je suis Remus."

"Jamais entendu parler de cette religion." répliqua sèchement Vernon.

"C'est une secte !!!" hurla Pétunia, terrifiée. "Prenez tout, on vous donne même notre maison mais vous n'aurez pas notre liberté de penser."

"Tout ?" répéta Remus avec un rictus, il allait jouer à son jeu préféré : piéger la personne lambda avec ses propres mots.

"Oui oui : prenez tout." assura l'un.

"On vous l'offre." renchérit l'autre.

Le couple avait tellement peur de Remus que ce dernier avait l'impression de s'être transformé en Seigneur des Ténèbres ou pire : en loup-garou. On retiendra donc que les religions sont pires que Lord Voldemort.

"Je ne vous demande Rien." promis-t-il avant de préciser : "Rien à part une toute petite chose : cinq minutes. Je vous demande de m'écouter pendant cinq minutes. Après, vous aurez tout le loisir de me foutre à la porte de votre domicile et vous ne me reverrez plus jamais." puis il rajouta très vite sans respirer entre les mots : "Offre soumise à condition, on n'est jamais à l'abri d'un accident du destin."

Peut-être que ces cinq minutes auraient pu se transformer en minutes DBZ mais premièrement, c'est un anachronisme, deuxièmement, ni Pétunia ni Vernon Dursley n'étaient du genre à s'intéresser à la japanimation et troisièmement, pas des moindres, Remus Lupin vivait carrément dans un autre monde !

"Bon." commença-t-il. "Avez-vous déjà entendu parler du Seigneur des Ténèbres ?"

"Oh mon dieu : c'est une secte satanique !!!"

"Soyons forts. Pour Dudley."

Le Loup ayant signé un contrat d'alternance avec la Lune fronça les sourcils, interloqué.

"Excusez-moi, monsieur Dursley : êtes-vous écossais ?"

"Bien sûr que non, je suis un anglais pure souche." dit-il fièrement, persuadé d'être de sang royal par une connexion logique que seul son cerveau étriqué pouvait établir. "Pourquoi ?!"

"Parce que je ne comprend strictement RIEN à ce que vous bargouinez." expliqua Remus qui ne comprenait ni "secte" ni "satanique" et il ne savait toujours pas qui était Dieu !!!" (évidemment, il était loin d'être le seul et... il ignorait même qu'il rejoignait 100% des êtres humains, pour la première fois de sa vie) "Bref, reprenons : le Seigneur des Ténèbres …rajoutons satanique si ça vous fait plaisir… était un tyran assoiffé de sang désirant vous effacer de la surface du globe pour satisfaire sa vision d'un monde plus pur."

"Nous sommes catholiques, peut-être pas entièrement Aryen mais nous ne sommes pas concerné par les exterminations de masse."

"Vous êtes les premiers en ligne de mire pour n'importe quelle extinction de masse, au contraire."

Pétunia et Vernon décidèrent d'hocher la tête sans y croire : la peur est la première étape de l'endoctrinement.

"Hier soir, votre neveu a fait quelque chose d'exceptionnel : sauvant le Monde en bravant l'impossible et il vient à peine de fêter son 1er anniversaire."

Survivre à un sortilège de mort, sauver toute sa famille (et des milliards d'autres sorciers) et pulvériser le Seigneur des Ténèbres : en une seule seconde, Harry Potter était devenu le Sorcier le plus Puissant de l'Univers. Joli CV, hein ?! Et il venait à peine de fêter son premier anniversaire... Attendez quelques mois que sa dernière dent ne finisse par pousser et il prendrait la place du Ministre de la Magie (enfin, sa "place"… uniquement si on remplaçait le fauteuil de cuir par une chaise haute, évidemment)

"Neveu ??? Neveu ???"

"On ne peut pas avoir de neveu : la soeur de Vernon ne peut pas avoir d'enfant et moi... moi je suis fille unique."

"Lily Evans." dit simplement Remus.

Soudain, ils comprirent : Pétunia et Vernon savaient que le sorcier savait et le sorcier savait qu'ils s'avaient qu'il savait mais ce qu'ils ignoraient tous, c'est que ce que Pétunia et Vernon savaient, Remus le savait peut-être aussi mais sans savoir qu'ils savaient qu'il savait qu'ils savaient qu'il savait et... et franchement ? Voilà.

"Sortez de chez nous, c'est une violation de domicile."

À ce moment-là, Harry commença à pleurer dans sa poucette et Remus se dit qu'il avait le goût du timing. Parfait.

"Vous entendez ça ? C'est votre neveu qui pleure parce que vous le rejettez avant même d'avoir voulu le rencontrer."

"Votre Seigneur machin-bidule-chouette, ça n'a rien de religieux, n'est-ce pas ? C'est le nom d'un sorcier."

"Oui." avoua-t-il. "Mais…"

"Ça nous concerne en rien, rien."

"Prenez votre bébé et fichez le camp."

Remus décida d'abréger son récit :

"Harry Potter a vaincu la Mort et a libéré le Monde de l'emprise du Seigneur des Ténèbres mais... mais... il en a payé le prix."

"Ouais, on voit ça : il est complètement défiguré par cet éclair bizarre. Cet enfant est et restera éternellement moche."

"CET ENFANT NOUS A TOUS SAUVÉ, VOUS LUI DEVEZ LE RESPECT ÉTERNEL !!!"

La moue de dégoût était clair : même pas en rêve. Ah, ça joue les malins ??? Très bien, il n'avait plus qu'une chose à leur dire et leur regard changerait à tout jamais. Ils allaient adopter ce petit garçon et le chérir comme le leur, peut-être même plus encore.

"Harry Potter est un héro dans nos coeurs…" (et seulement leurs coeurs, à Lily et James Potter, Albus Dumbledore et lui-même puisque Sirius Black avait décidé de partir à la chasse-mort-au-rat et que William Potter avait officiellement pris la place de son jumeau, ils avaient besoin d'une arme fonctionnelle pour une prophétie-à-la-noix-de-courgette) "… et il a fait malgré lui le sacrifice ultime : son noyau magique est brisé, irrémédiablement."

"Bah donnez lui à manger un autre fruit magique, en espérant qu'il ne casse pas encore le noyau, cet abruti."

"Harry Potter a définitivement perdu toute trace de magie en lui. Nous appelons ça des Cracmols. Il est comme vous, c'est pour cette raison que vous devez lui ouvrir votre toit et votre…"

Bang ! Il n'eut même pas le temps de finir sa phase qu'il se retrouva dehors avec un bébé Harry affamé et les deux pires êtres humains qui lui ait été donné de voir claquèrent leur porte, définitivement.

"… coeur." termina-t-il, dans le vide.

"C'EST ÇA, OUAIS !!!" ricannèrent-ils. "Foutez-le dans un orphelinat s'il vous fait tellement honte, ce Cracmol mais ne revenez plus jamais arnaquer d'honnêtes gens."

Remus sortit de sa poche sa marionette de loup en peluche qu'il enfilait toujours sur sa main pour communiquer avec les jumeaux.

"Chuuut mon petit faon, regarde le gentil Lunard. Ça ne sert à rien de pleurer. ils ne te méritent pas. Et tu sais quoi ?! Tes parents non plus. Personne n'a comprit…"

Pendant un instant, il envisagea de le kidnapper avant de se rappeler qu'il renfermait un dangereux monstre en lui et qu'il serait directement envoyé à Azkaban si on le surprenait à s'occuper d'un enfant.

"On va trouver une solution, petit faon. Je te le promet."

Sans doute aurait-il dû commencer par éviter de le ramener chez lui même si c'était uniquement pour lui donner un biberon de lait et de la purée avant le voyage vers l'orphelinat... Oh et il aurait vraiment dû ne pas le laisser faire sa sieste digestive dans son salon. Et surtout, surtout, il n'aurait jamais dû prononcer cette phrase quelques heures plus tard en voyant la nuit tomber :

"Bon, je te garde mais c'est seulement pour une nuit. UNE nuit, c'est tout. Après on reprend les choses sérieuses : direction l'orphelinat. Une seule nuit, petit faon et… Bon, c'est d'accord, viens dans ma chambre mais hors de question que tu t'installe sur mon lit. Et c'est la dernière fois."

Après tout, ce n'était que pour une nuit, une seule. Qu'est-ce qu'il risquait ???

"Bonzour Mumus." marmona son petit faon, deux ans plus tard.

Ah. Merde.

-Fin du 2ème chapitre-

…à suivre…