Chapitre 8 :
Voltagium
Les machines clignotaient tout autour de lui, le bandage sur son bras le grattait et quand l'infirmière lui demanda s'il avait mal quelque part, Harry lui répondit avec le ton le plus naturel au monde :
"Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat."
Silence gênant.
"Ce n'est pas un tribunal, ici, tu es à l'hôpital."
"Oh." dit-il. "… dans ce cas, j'auto-évalue ma douleur à cyan."
"Cent ? Sur une échelle de 1 à 100 ? Généralement on note sur 10 points, pas en pourcentage."
"Le cyan est une couleur et votre ignorance augmente ma douleur émotionnelle, je risque de passer l'étape critique : alerte noire !!!" hurla-t-il en se tordant de douleur.
Elle échangea un regard interloqué avec son collègue avant de quitter la pièce précipitamment. Non, il n'était pas flippant mais... peut-être valait-il mieux fermer sa porte avant que ses hurlements n'alternent tout l'étage. Et consulter un psychiatre. D'urgence !
"Comment va-t-il ?" demanda Remus Lupin qui attendait nerveusement dans le couloir. "Je peux le voir ?"
"On lui a administré un léger calmant, il vaut mieux attendre un peu..." expliqua l'infirmière. "Par contre, on va le faire rencontrer notre psychiatre avant de le laisser partir, il…."
"Mauvaise idée." interrompit Lupin. "Enfin... ça dépend : votre psychiatre tient-il à son nez ?"
"Euh... Probablement."
"Dans ce cas, évitez."
"Mais c'est pour son bien, il tient des propos incohérents."
"Non, Harry n'est jamais incohérent. Il est juste... au-delà."
"Il dit que sa douleur est… cyan."
Ils s'attendaient à ce qu'on lui réponde "aaah ça, c'est une blague." ou alors "vous avez parfaitement raison, peut-être a-t-il reçu un coup sur la tête." et certainement pas :
"Cyan est égal à trois." prononcé sur un ton tellement condescendant comme s'ils étaient tous idiots et qu'il avait juste dit 1 et 1 = 2.
Peut-être que le problème venait du Père, en fait ?! Il faudrait lui faire voir un psychiatre également, pas le même de toute évidence. Et prévoir une thérapie familiale. C'était grave. Très très grave.
"Laissez-moi le voir, vous n'arriverez pas à communiquer avec lui. Harry est... spécial."
"J'attends le médecin, c'est lui qui décide ce genre de choses."
Un tour de passe-passe et quelques secondes plus tard, Remus entra dans la pièce où Harry l'attendait en résolvant un rubik's cube : il était en train de repeindre méthodiquement toutes les facettes avec de l'acrylique. Rapide. Efficace. À la hauteur de son intellect.
"J'ai bataillé très dur pour pouvoir passer, tu sais ?! Ça n'a pas été facile, j'ai dû user de stratagèmes machiavéli…"
"Tu leur as lancé un sortilège de persuasion." dit Harry sans demander, il le savait.
"… Hum… Ouais. Mais extrêmement bien effectué, je suis assez fier de moi et tu devrais…"
"La magie te rend fainéant."
"Alors… Cyan ?" répéta Remus. "Tu aurais au moins pu convertir ça en chiffres."
"Impossible : leur échelle ne va que de 0 à 10. Ils m'auraient enterré vif si j'avais répondu 500."
"Je t'ai toujours dit qu'utiliser le spectre lumineux pour exprimer la douleur n'était pas ta meilleure idée."
"JE NE VEUX PAS ÊTRE ENTERRÉ VIF !!!"
Remus leva les yeux au ciel, lut les indications médicales sur le lit du patient pour savoir s'ils pouvaient partir et comme il était satisfait, posa des vêtements propres sur les draps.
"On ne peut pas s'en aller." dit Harry. "J'ai le regret de t'annoncer que l'accident a été trop grave, les moldus trop incompétents et... et… on va devoir m'emputer le bras."
"Qu..."
"AAARGH !!! Quelle tristesse !!! Pourquoi moi ?! Cruel destin !!!" pleurnicha Harry.
Ne panique pas, Remus.
Reste fort.
Digne.
"C'est terrible !!! Tragique !!!" poursuivait l'enfant, une main sur le coeur et les larmes aux yeux. "Et... et... J'ai dessiné ma nouvelle main de robot moi-même, tu veux la voir ?! Là j'ai mis un lance-grenade. Là, y'a un grille-pain pour avoir des toasts toujours frais... Et là, y'a DES FUSÉES !!! J'ai mis des fusées. T'as vu ? T'as vu ?"
"Alors c'était ça, tout ce cinéma ?!" questionna Remus qui avait failli avoir une attaque (une de plus...). "Non, Harry, pour la millième fois : tu n'auras pas une main-robot !"
"Roooh aller, sois sympa : laisse-moi me faire emputer un membre !!!"
"Non."
"Juste le bras…"
"Non."
"… une jambe ?"
"Non."
"Un… un ongle ?"
"N… Euh... oui, un ongle. Si tu veux."
"YOUPIII !!!"
Harry sortit le coupe-ongle de sa poche et clic : il coupa l'ongle de son pouce qui le dérangeait à chaque fois qu'il remontait ses lunettes. Désormais, il serait plus efficace avec ce léger ajustement qui faciliterait grandement la maniabilité des outils plus finement tenu entre ses doigts, libéré du lourd poids d'un ongle trop long.
"Petit pas pour un ongle mais grand pas pour un scientifique !" hurla-t-il joyeusement.
Remus passa sa tête dans l'encadrement de la porte :
"Tout compte fait..." appela-t-il, désespéré. "… vous pouvez faire venir votre psychiatre."
Un médecin arriva précipitamment, suivit par deux internes et un brancardier.
"… euh, ce n'était pas siii urgent, vous savez ?!"
"BENZAI JE SUIS UN CACTUUUS !!!" cria Harry.
"… je retire ce que j'ai dit."
Ils s'arrêtèrent devant la porte d'en face et Remus réalisa qu'ils étaient dans un hôpital : il était temps de libérer la chambre au lieu de s'amuser avec des joutes verbales, de vrai urgences attendaient. Sauf qu'ils n'étaient pas arrêté devant la porte d'en face… pas vraiment. Ils venaient les voir, eux. Ça ne présageait rien de bon.
"Harry Lupin ?!" demanda le médecin.
"C'est moi. J'ai gagné un concourt ? C'est quoi cette fois-ci : sciences ou littérature ? Non. Non, ne dites rien. Je vais deviner..."
"On va te faire descendre dans le bloc opératoire. Il y a des complications."
Harry essaya d'analyser la situation : l'écran du bipper à la ceinture du médecin indiquait H qu'il traduisait par Hémorragie ET il ressentait des douleurs au crâne (source : stupidité ambiante) et à la vessie (source : besoin d'uriner) = il souffrait d'une hémorragie, facile. Comment ? Pourquoi ? Oh… Peut-être que... l'une des potions qu'il avait inventé avait la faculté d'absorber de la matière 》 avait explosé sous la fenêtre 》 avait absorbé des éclats de verre 》 avait réagit avec l'acide chlorhydrique 》 s'était transformé en gaz 》 avait été inhalé par lui 》avait circulé dans son corps 》s'était retrouvé attiré par son noyau magique brisé 》 avait cessé de faire de l'effet 》et donc...
"J'ai un éclat de verre dans le ventre." déduisit-il calmement.
"C'est du métal." rectifia le médecin. "… attends une seconde… comment tu sais ça ?!"
Du métal ?! DU MÉTAL ??? Mais... mais le seul métal qui aurait tenu très exactement six heures et trente-trois minutes, c'était... oh. Non.
"Ce n'est pas n'importe quel métal : c'est du Voltagium."
"Du Voltagium ? C'est quoi ça, le Voltagium ?"
"C'est une source d'énergie éternelle." répondit Harry.
"Ça n'existe pas."
"Bien sûr que si puisque je l'ai inventé."
Inutile de préciser qu'il n'avait jamais pu le faire fonctionner : ce n'était pas un échec, plutôt une future réussite et laissons au futur ce qui lui appartient.
"Ne t'inquiète pas, p'tit. On va te le retirer. Tout se passera bien."
"Vous ne connaissez pas les propriétés du Voltagium." contredit Harry. "Il me reste trente-et-une minute à vivre et dans trente-deux minutes… je serai mort."
-Fin du 8ème chapitre-
…à suivre…
