Chapitre 15 :
Pilou-Pilou
"Harry ! Pas si vite..." haleta Remus qui lui courait après depuis que le bus les avait conduit à quelques pâtés de maison du Chaudron Baveur. "Attends-moi ! Harry !!!""Pilou-Pilou." répondit Harry.
Il s'arrêta enfin et attendit que son adulte le rattrape. Par la magie du polynectar, Remus avait rétrécit de quelques centimètres et la taille des jambes d'Harry avait doublé en longueur et triplé de volume. Quand il s'était élancé dans sa course effrénée, il avait vite pris une avance convenable et se demandait si la douleur de la potion magique ne vaudrait pas le coup en échangeant son corps de faible constitution contre un adulte aux muscles bourrés d'hormones.
"Pilou… Pilou ?" répéta Remus.
"Pilou-Pilou." confirma l'enfant. "Et toi ?"
"Moi ?"
"Toi !!!" cria l'enfant, agacé.
"Je ne comprends pas ce que tu essaie de me dire, Harry."
Ce qui était plutôt habituel, bien sûr. Mais il ne le rajouta pas, Remus était plutôt intelligent et pas suicidaire.
"Pilou-Pilou !!!" s'énerva Harry.
"Plus doucement..."
"P-p-p-piiiii'louuuuu… Piiiii-iii-iii-lllll'ooouh !!!"
Ils restèrent l'un en face de l'autre, immobiles pendant de longues minutes. Harry n'avait jamais été aussi patient surtout qu'ils s'apprêtaient à visiter le Chemin de Traverse dont il avait souvent entendu parlé sans jamais y mettre les pieds. Remus craignait que de voir autant de magie ne le frustre alors l'enfant avait passé ses nerfs en dessinant des plans puis en construisant des maquettes de plus en plus précises, de plus en plus belles.
"Bon, écoute, je ne veux pas être vexant mais tu as un pudding à place du cerveau." critiqua Harry... et c'était vexant. "Tu réfléchiras en route. On y va !!!"
Cette fois-ci, Remus eut le temps de lui attraper la main avant qu'il ne le largue en plein milieu de la route et l'enfant tira si fort sur son bras qu'il sentit une articulation craquer de manière anormale et plutôt inquiétante. En tant que loup-garou, il n'était pas trop flippé : ses os craquaient à chaque pleine lune.
"On approche… t'as trouvé ?"
"Trouvé quoi, Harry ???"
"Pilou-Pilou !"
"Mais Pilou-Pilou toi-même !!!"
"Oui, ça je sais." répondit Harry. "Et toi ?"
Ah. Enfin... Remus avait un indice pour déchiffrer cette énigme.
Pilou-Pilou toi-même, en parlant d'Harry = je sais, et toi ? Alors… alors… réfléchissons...
"Homme de paille ?" proposa Remus.
"Ok alors moi, Pilou-Pilou et toi, Homme de Paille." résuma Harry. "C'est bien, la bouillie infâme qui te sert de cerveau a fini par comprendre."
"Aaah… oui. Oui, bien sûûûr." assura Remus en hochant vigoureusement la tête.
Comment n'avait-il pas deviné qu'Harry choisirait un surnom aussi ridicule et insensé que Pilou-Pilou ? Enfin... sa mauvaise fois l'avait baptisé Homme de Paille, alors bon.
"Je te propose de commencer par la Ménagerie Magique." dit Harry. "J'y achèterai mon chat. Ensuite, on..."
"Tu ne peux pas."
"Qu'est-ce que ça peut te faire ?! Je ne serai plus là d'ici quelques semaines alors je peux avoir un chat."
Comme Harry avait possédé un noyau magique fonctionnel, il pouvait voir le Chaudron Baveur et il traversa le bar sans jeter le moindre coup d'oeil aux alentours.
"Bonjour ! Enchanté. Ravi de faire votre connaiss'aïe ! Au revoir..."
Vlan. Harry referma la porte menant à la cour arrière et adressa un regard plein d'amertume à Remus... celui qui signifiait qu'il était beaucoup trop social pour un paria.
"La politesse est le camouflage idéal pour être un enfoiré, Pilou-Pilou."
"Alors tu as raison, c'est très utile pour toi."
Remus leva les yeux au ciel, ignora la critique et tapota les pierres qui cachaient le passage jusqu'au Chemin de Traverse du bout de sa baguette. Il oublia d'attraper Harry et le vit disparaître dans la foule.
"Il reviendra quand il sera perdu..." dit-il.
C'était plus une prière qu'une affirmation et quelques minutes s'écoulèrent avant qu'il ne doive admettre l'évidence : son petit faon avait trouvé comment s'orienter dans cette rue commerçante abracadabrantesque… cela va sans dire.
"Bonjour. Auriez-vous vu un jeune garçon se promener sans moi ?" demanda Remus en arrivant dans l'animalerie.
"Oui, il y en a eu des dizaines depuis ce matin… aucun doute, ça sent la fin des vacances scolaires."
"Pourquoi c'est aussi cher ?!" se plaignit un garçon d'une voix larmoyante.
"Pilou-Pilou." dit Remus, rassuré. "Ce ne sont pas de simples chats, il s'agit de familiers magiques."
"Oh. Je comprends mieux : je ne PEUX PAS avoir un chat."
"J'ai pourtant tenté de te prévenir."
Harry semblait si désemparé...
"Tu peux avoir un boursouflet, si tu y tiens vraiment."
"Non, ça ne fait rien. Laisse tomber, on va plutôt acheter des livres. C'est bien aussi, les livres..."
Un boursouflet bleu leva ses yeux vers le dénommé Pilou-Pilou et il se jeta sur la vitre de son enclos pour attirer son attention. Il poussa plusieurs petits cris mais fut royalement ignoré.
"Pilou-Pilou. Accepte-tu que je prélève l'argent que tu as gagné dans un de tes trop dangereux combats de robots pour financer une partie de ton matériel scolaire ?" demanda Remus.
"Une partie ?" releva Harry, inquiet.
"Ça ne couvrira pas tous les frais mais… je vais m'arranger."
"Alors je ne peux vraiment pas avoir un chat."
"On peut dire que tu es obstiné."
"Je ne suis pas obstiné, juste très concentré sur mon objectif."
Remus jeta un coup d'oeil vers la banque puis l'animalerie… il soupira. Pas moyen d'acheter un chat et Harry semblait vraiment très désintéressé des boursouflets. Alors il était temps de changer cet objectif.
"J'ai écris sur ce parchemin les sortilèges que j'ai étudié pendant ma 1ère année à Poudlard, tu trouveras le reste du programme scolaire dans les livres que l'école te demande d'acheter. J'aimerai que tu réfléchisse à tout ce qui pourrait être utile dans tes tours de passe-passe."
"De combien est mon budget ?"
"Pour le moment, ne te préoccupe pas de ça. On y réfléchira plus tard..."
Harry commença à lire la liste des sorts et il ricanna. Le lumos était si simple qu'il n'avait jamais pris le temps d'en faire une baguette !
"Je te retrouverais chez Fleury et Bott, la librairie." indiqua Remus. "Je dois passer à la banque des sorciers pour faire un échange et j'irai acheter des robes d'école neuves, il est hors de question que tu ailles à l'école dans des haillons."
"Oh, non. Pitié ! C'est de l'argent inutile, je ferai tout ce que tu voudras pour..."
"J'ai déjà pris tes mesures, tu ne seras pas obligé d'y aller."
"Ah ? Bon, très bien. D'accord... si tu penses que c'est vraiment important."
"Tu es Pilou-Pilou. L'apparence est plus importante que tu ne peux l'imaginer."
Harry songea qu'ils vivaient vraiment dans un monde de merde et que son cerveau trop supérieur s'était certainement trompé de dimension. D'ailleurs, il...
"On ne dit pas merde, c'est pas très joli. Tu as le droit de dire étron, bouse, crotte ou cac…"
"Ta gueule, Homme de Paille." l'arrêta Harry.
De toutes évidences, il n'avait pas pensé tout bas… sans doute avait-il parlé.
"On ne dit pas ta gueule non plus."
"Tu viens de le dire." remarqua l'enfant.
"Merde."
"On dit étron ou bouse ou crotte ou cac…" lista Harry.
"Aaah !" s'écria Remus. "Ça y est, je crois que j'ai compris : tu es horriblement prude."
Harry songea que c'était pas lui, le prude dans cette affaire et il attendit... attendit... attendit... mais constata qu'il avait bel et bien pensé tout bas, cette fois-ci. Il n'y comprenait rien.
"J'abandonne !" cria-t-il.
"Enfin ? Alors j'ai gagné..."
Remus plaça sa dernière pierre sur leur plateau de go, laissé en plan plusieurs années auparavant et Harry fronça les sourcils.
Ah ouais... ok, son adulte était plutôt fort, en fait. Peut-être pas aussi intelligent que lui mais vraiment vraiiiment patient. Après tout, il avait survécu pendant dix ans en sa compagnie.
-Fin du 15ème chapitre-
…à suivre…
