Chapitre 17 :

Mauvais présage

"Oh ! Je veux celui-là !!! Il est siii beau. Je peux ? Je peux ?" criait une jeune sorcière de onze ans.

"Je me contenterais du plus cher, Mère." ordonna un jeune garçon aux cheveux blonds caractéristiques de la famille Malfoy.

Il y en avait de toutes les tailles et de toutes les couleurs, partout, du sol au plafond en passant par tous les murs et au-delà.

"Bonjour. Je cherche un hibou… pour mon fils." dit Remus.

"Vous êtes au bon endroit."

"Oui, ça se sent."

Je sais ce que vous pensez : qu'est-ce que je vais bien pouvoir manger ce midi ? Tout le monde se pose cette question… sauf le soir auquel cas, on imagine plutôt notre dîner ou alors le repas du lendemain.

Euh... attendez, c'est pas ça !

Je sais ce que vous pensez : pourquoi Harry ne peut-il pas avoir son chat ? Hé bien parce que Remus Lupin n'avait pas réussi à décrocher le poste d'enseignant de Défense contre les Forces du Mal. Voilà pourquoi.

Peut-être avez-vous besoin d'un peu plus d'explications ? Heureusement que Remus s'est éloigné d'Harry sinon il aurait encore brisé le quatrième mur pour se foutre de vos cerveaux… il s'attaque rarement aux gueules.

Si Remus ne peut pas être Professeur de Défense contre les Forces du Mal alors il ne peut pas aider Harry à maintenir son secret. Et même si Harry est très intelligent, il aura besoin d'aide. Peut-être devra-t-il remplacer un circuit cassé ? Acheter un livre en urgence ? Commander un set de potion pour passer une épreuve ? Les hiboux de l'école ne sont pas assez fiables… certains courriers sont interceptés au vol, aaah, les bonnes farces entre pensionnaires.

Harry doit impérativement avoir son propre moyen de communication et c'est l'une des raisons pour lesquelles il devra renoncer à son chat noir.

"Vous voulez un modèle plutôt commun pour passer inaperçu ? Quelque chose de clinquant, peut-être ? Oooh… on a un tout nouvel arrivage d'Effraies : elles sont magniiifiques."

Remus posa un oeil sur les tarifs... et son coeur manqua un battement.

"Euh... peut-être qu'on pourrait plutôt rechercher quelque chose de... ahem… de moins... cher ? Peut-être ?" proposa-t-il, embarrassé.

"Oh oui, je vois. Nous avons des Chouettes Lapones, elles sont vraiment très efficaces."

Remus suivit le vendeur dans la ménagerie et il vit une grande cage contenant deux Lapones se battant pour une carcasse sanguinolente. L'une avait une patte cassée et il se dit que ça serait parfait... mais la réduction pour ce défaut ne rentrait pas dans ses frais. Du tout.

"Vous m'avez dit que les Lapones ne sont pas les moins chers du marché... c'est ça ?"

"Je n'ai rien dit."

Il y eût un silence gêné.

"Les Lapones sont nos chouettes les moins chères mais nous avons d'autres oiseaux."

L'espoir renaissait !

"Peut-être un colibri ?"

"C'est pour envoyer des courriers et des petits colis." précisa Remus.

"Alors… non. On va éviter les Paons et les Grues, ce sont des oiseaux très nobles. Nous avons des colomba livia ou bien des psittacidae ou bien des vorombes…"

"Je croyais que les vorombes étaient éteints."

"Bravo ! Vous êtes un connaisseur : nous n'avons pas de vorombes, enfin si mais juste un squelette pour décorer notre vitrine."

Remus réfléchit une poignée de secondes… il ne se qualifierait pas de connaisseur, pas en ornithologie en tout cas mais Harry avait une fâcheuse tendance à toujours employer des noms scientifiques ridiculeusement compliqués.

"Je rêve ou vous m'avez sérieusement proposé d'acheter un pigeon ?" demanda-t-il, sans l'ombre d'une hésitation. "Je croyais qu'ils étaient juste capables de retourner à leur pigeonnier : il nous en faudrait une quantité non-négligeable !"

"C'est pour ca qu'ils sont vraiment pas chers… bien sûr, les sorciers ignorent tout du fonctionnement des pigeons voyageurs et c'est pour ça que cette arnaque est si bonne."

"Je ne suis pas un pigeon. Quelle est l'arnaque avec les perruches ?"

"Le bruit ?" proposa le vendeur.

Il n'avait pas l'air vraiment sûr de lui et Remus se demanda s'il n'était pas en train de foutre les pieds dans une autre arnaque… Harry avait fait de lui un connaisseur, en fin de compte mais ses connaissances étaient faillibles.

"Je ne peux pas vous faire confiance." décréta Remus. "Ces enfants vous réclament."

"Pas du tout, ils ne regardent même pas en notre direction !"

"C'est une formulation polie pour vous demander de dégager."

Enfin seul face à tous ces oiseaux, Remus se dirigea vers le fond de la boutique. D'expérience, il savait que le moins cher était toujours placé aux endroits inaccessibles : trop hauts, trop bas et toujours loin des yeux. C'est comme ça qu'il ramenait souvent de la pâté pour chien, Harry lui assurait que c'était son instinct de loup-garou mais c'était surtout ses combines foireuses foirées.

Son oeil fut très vite attiré par une cage plus petite et puante que les autres, à moitié cachée par une cape de sorcier.

Oiseau à vendre : 10 gallions

PROMOTION DE L'HIVER : 7 gallions !!!

Soldes tout doit disparaître : 5 gallions.

Intrigué, Remus souleva la cape pour lire la fin du panneau... et le bec de l'oiseau traversa les barreaux, il pinça la main à sa portée et poussa un cri.

"CRÔA ! CRÔAAAH !!!"

"AAAH ! Vous avez un corbeau ???" cria quelqu'un, paniqué. "Il y a un corbeau dans cette boutique !!!"

Certains parents attrapèrent les mains de leurs enfants pour les tirer loin de là, un client se pressa de déposer l'argent sur le comptoir pour s'en aller avec son hibou fraîchement acheté et Narcissa Malfoy s'indigna.

"Quand je pense que j'ai acheté mon tout premier hibou dans cette boutique… comme mes soeurs et nos parents ! Notre famille vient dans cette boutique depuis des générations et des générations et des générations. C'est une honte ! Un scandale !"

Très vite, la boutique bourrée de monde se vida. Il ne resta plus que les vendeurs, Remus et quelques moldus confus.

"Qu'est-ce qu'il se passe, maman ?"

"Je ne sais pas... viens, ne restons pas là."

Retirons les moldus confus… sans doute n'ont-ils pas compris pourquoi ils devaient fuir mais la scène était trop impressionnante pour ne pas réagir.

"Vous m'en voulez pour le pigeon, c'est ça ?" grogna le vendeur.

"Qu'est-ce que tu as fait ?!" releva sa collègue aux cheveux gris. "On ne vend pas de pigeon, c'est pour des oeuvres caritatives."

"C'est mon business, ça ne te regarde pas."

"C'est ma boutique, tout me regarde surtout si ça fait fuir notre clientèle."

"Ils reviendront."

"Ça m'étonnerait... il s'agit d'un corbeau, on va perdre tout notre commerce !"

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Prenez-le et on vous offre la cage, les soins et la nourriture... pour une année complète. Non, deux ! Jusqu'à la fin de vos études à Poudlard (offre ne dépassant pas 7 ans, voir conditions supplémentaires sur le contrat)

"Vous donnez cet oiseau ?" s'écria Remus. "Pourquoi vous ne m'en avez pas parlé ???"

"Vous êtes intéressé ? Mmmh…" l'homme sembla réfléchir. "On vous le vend pour 3 gallions !"

Si c'était une blague, elle n'était pas drôle mais rien n'empêchait cet homme de changer les prix sans prévenir pour répondre à la demande. Oui… le système financier des sorciers est à revoir entièrement, à commencer par leur banque mais ce n'est pas le sujet.

"Monsieur, il s'agit d'un corbeau." l'avertit la femme, inquiète.

"Je ne suis ni aveugle ni sourd." répondit Remus. "Les hurlements effrayés criant AU SECOURS, UN CORBEAU m'ont mis la puce à l'oreille, si je puis dire dans une animalerie."

"D'accord alors il est stupide." répliqua le vendeur.

"Augustin, ça suffit ! Il y a eut plusieurs plaintes de clients et puis cette histoire d'arnaque aux pigeons et... tout le reste. Ça ne peut plus continuer…"

Le vendeur qu'on appelait Augustin… sans doute était-ce son prénom, d'ailleurs mais je ne peux pas en être sûr. Comme je ne peux pas savoir s'il est bel et bien vendeur ou s'il fait lui-aussi parti du complot ni s'il est un homme ni… rien, en fait… on va considérer que toutes ces affirmations sont vraies.

"Je démissionne !" dit-il.

Le renvoi lui pendait au nez et de toutes évidences, il n'avait aucune connaissance juridique ni financière ou alors son égo était surdimensionné et il n'agissait plus que pour l'honneur. Ceci est bien regrettable…

"Le corbeau est annonciateur de mauvais présage." l'avertit la vendeuse.

Augustin claqua la porte en quittant la boutique. Il ne resta plus que la vieille propriétaire et Remus qui ne semblait pas le moins du monde effrayé par le corbeau. Lui-même était un mauvais présage, après tout... et il ne craignait pas les miroirs, sauf quand ils se brisent mais rappelons que les sorciers sont très superstitieux.

"Je suis au courant." dit-il avec un calme légendaire.

"Ce n'est pas le pire... ils absorbent notre magie. À très faible dose, bien sûr et un sorcier ne risque rien tant qu'il n'est pas en contact prolongé avec l'oiseau. La légende raconte qu'au Moyen-Âge, les corbeaux ont été utilisés en masse comme familiers magiques et qu'ils seraient à l'origine des premiers cas de cracmol."

Remus regarda l'oiseau qui avait failli détruire sa main et les yeux noirs le scrutèrent avec une intelligence rare… et beaucoup de méfiance.

"Vous ne dites rien ?" insista la vieille femme, désemparé.

Il n'y eût aucune réponse ce qui était la meilleure réponse à cette question.

"Aucun commentaire ?" dit-elle.

"Les légendes se déroulent toujours pendant le Moyen-Âge, c'est un incroyable fourre-tout."

Il n'y croyait pas ou du moins, c'est de que laissait comprendre son affirmation. Les cas d'absorption de magie étaient réels mais le corbeau prélève uniquement la magie de son propriétaire, jamais les sorciers environnants… ce qui était très rassurant. Enfin, non : c'est vraiment très inquiétant mais plutôt rassurant dans ce cas très précis et extrêmement rare.

"Est-ce vrai ?" demanda-t-il.

"Nos dernières recherches ont prouvés que..."

"Non, pas ça." coupa Remus. "Il trouvera sa nourriture tout seul mais… si je prends cet oiseau, gratuitement, j'aurai accès à des soins ?"

"C'est garanti."

Le contrat était magique donc inviolable mais… ce bout de papier ne servirait à rien dans le monde moldu et où peut-on trouver un animagicomage qui accepterait de s'occuper d'un corbeau ?! Si Harry avait été là, il l'aurait signalé mais il était beaucoup trop occupé à faire fuir les clients d'une certaine boutique de potions.

"Alors… je le prends." dit Remus.

"Crôah ? Crôaaah !"

Le corbeau s'agita dans sa cage trop petite pour lui... on ne l'avait plus regardé depuis une éternité, il était simplement posé là et attendait que la vie ne passe. De plus en plus ignoré, il mangeait trop peu et mourrait lentement dans ses propres déjections.

"Si vous craignez tant les corbeaux… pourquoi en gardez-vous un spécimen dans votre boutique ?"

"Un voyageur nous l'a donné quand il était encore dans son oeuf… il semblait plutôt pressé de s'en débarrasser. Je crois que j'ai toujours su ce dont il s'agissait mais je veux donner une chance à ceux auxquels personne ne croit."

Persuadée de perdre sa boutique, elle offrit à Remus la plus belle de toutes les cages de transport : des barreaux en or massifs, plutôt compacte, elle possédait plusieurs cabanes en pierre dont deux, plus grandes à l'intérieur et qui cachaient une grande volière intérieure. William Potter en personne se pâmerait devant cette merveille !

"J'aime bien votre philosophie…" marmona Remus, songeur. "Vous venez de perdre votre vendeur, je suppose que vous aurez bientôt besoin d'un remplaçant ?"

"Hélas... ce corbeau est annonciateur d'un grand malheur et en ce qui me concerne, c'est la perte de ma boutique. Ça a déjà commencé."

"Admettons que j'arrange ce problème… est-ce que vous seriez prête à me donner une chance pour ce poste ?"

Dans la rue, on entendait encore des cris indignés et des pleurs choqués : l'histoire du corbeau maléfique dans la boutique d'hiboux se répandait comme une traînée de poudre (sans doute finirait-elle par exploser dans une boutique de potion, pas très loin, d'ailleurs).

"Je ne vois vraiment pas comment vous pourriez vous y prendre…" dit-elle, sceptique.

"Moi non plus, il nous faudrait un tour de magie." admis Remus.

"Un… un sortilège d'amnésie ? C'est de la folie !"

"Oh non, pardon : je me suis mal exprimé. Ce n'est pas le genre de magie dont vous avez l'habitude… en fait, je faisais plutôt allusion à de la Prestidigitation."

-Fin du 17ème chapitre-

…à suivre…