Chapitre 25 :

Uranium / Cobalt

"Pourquoi un corbeau ressemble-t-il a un bureau ?"

Les élèves de Serdaigle étaient tous réunis devant le heurtoir en forme d'aigle qui pourrait leur ouvrir le passage... à une seule condition : ils devaient répondre à l'énigme.

"Euh... c'est Alice au Pays des Merveilles, ça. C'est pas une vrai énigme." commenta le blondinet aux cheveux de porc-épic.

"Waw, bravo petit génie." plaisanta le Préfet. "C'est quoi ton nom ?"

"Je m'appelle Michael... Michael Corner."

Harry hocha contentieusement la tête avant de gribouiller dans son petit calepin, à moitié trempé. Ça c'est parce qu'on avait voulu le noyer dans le lac, certainement un rituel de courage pour les courageux. C'est pas pour se vanter mais Harry se considérait comme quelqu'un d'extrêmement courageux : il avait déjà mangé un cactus pour ne pas peiner Rem's qui avait semblé euphorique d'avoir pu acheter un légume rare pour pas grand-chose.

"Hé ! Toi, je t'interdis d'écrire des trucs sur moi !!!"

Sans prévenir, il se jeta à la gorge d'Harry pour lui arracher son calepin des mains : c'est là qu'il notait tous les résultats de ses expériences ou ses observations qu'il ne comprenait pas (encore) mais qui finiraient bien par servir un jour ou l'autre, parfois pour allumer un feu ou ramasser du poison.

"Ça suffit, vous deux."

"C'EST QU'UN CRÉTIIIN !!!" hurla Michael. "Donne-moi ça !"

"La connaissance est la première étape sur le chemin de la souffrance." prévint calmement Harry. "Toi qui lira ces mots : es-tu certain d'assumer entièrement les conséquences de tes actes ?"

"ABRUUUTI !!!"

Harry prit ça pour un consentement alors il lui frappa la tête avec son carnet : ça, c'était l'étape 0 sur le chemin de la souffrance... et si celui que tout le monde appelait Michael s'entaillait le pouce avec une des rares feuilles sèches alors on passerait aux décimales.

"Michael est un idiot." lut-il, à voix haute et son visage s'empourpra. "COMMENT OSES-TU, ESPÈCE DE... DE..."

"Lutter contre cette souffrance n'est pas la solution, tu dois-outch."

Il lui avait frappé dans le nez, fort. Heureusement, ses gestes manquaient de précision : Harry avait suffisamment été frappé par ses camarades de classe pour reconnaître ceux qui s'y connaissaient ou pas. Malheureusement, son coup manquait de précision : il n'y connaissait que dalle et risquerait de le blesser plus fort par ignorance si les coups venaient à se répéter.

"Tu vas devoir prendre des leçons de boxe, ce coup de poing était désastreux." constata Harry.

"MAIS TU VAS PAS LA FERMER, GROOOS NAAAZ-"

Il avait relevé son poing pour lui asséner un nouveau coup mais tout son corps était figé. Magie, de toute évidence : le préfet n'en pouvait déjà plus... pauvre de lui.

"Ça suffit." dit-il d'une voix douce mais ferme. "Vous deux, arrêtez de vous battre."

"Ma magie accidentelle m'a toujours sauvé." dit Harry, un large sourire aux lèvres.

Les mensonges avaient commencé dès qu'il avait enfilé le Choixpeau Magique, prétendant être un vrai sorcier mais c'était la première fois qu'il mentait sur sa condition avec des mots. Il n'avait été qu'un figurant jusqu'ici et il venait de s'élever au rang d'acteur.

"Euh... non, ça c'était moi." dit le Préfet. "Vous deux, vous ne répondrez à cette énigme que lorsque je l'aurai décidé."

"Est-ce encore une démonstration de hiérarchie ? J'aime écraser mes supérieurs, ce n'est qu'une quête d'égalité... dois-je m'en occuper dès ce soir ?" demanda Harry, lasse.

"Tu pourras commencer quand le soleil sera levé." confirma le Préfet (sept ans à vivre avec les aigles nous apprennent à fixer des règles claires mais jamais absolues). "Oh et bien sûr, le soleil est déjà levé quelque part dans le monde mais je parle d'ici, très exactement là où je me tiens."

Harry pinça ses lèvres : ça, c'était un supérieur hiérarchique comme il n'en avait jamais vu. Intéressant... il hocha la tête pour confirmer.

"Alors, à tour de rôle : pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ?"

"Ce n'est pas une énigme." répéta Michael.

"Réponse incorrecte." dit le heurtoir en forme d'aigle. "Suivant ?"

"Euh... je n'ai pas compris : en quoi est-ce que c'est censé nous aider ?" demanda la japonaise, interloquée.

"Réponse incorrecte."

"Je demanderai cela à mes parents." annonça solennellement le garçon aux bouclettes d'or. "Ils m'apporteront la réponse... nous sommes incroyablement riches."

"Réponse incorrecte."

Il y eût un silence. Le reste réfléchissait... mmmh...

"Ça vient d'Alice aux Pays des Merveilles, on est bien d'accord ?" demanda un garçon qui portait des genouillères et un bandeau en éponge sur la tête.

"Réponse incorrecte."

"Mais ce n'était pas une réponse !!!" se plaignit le garçon aux yeux noirs marqués d'un liner noir et surmonté d'un far à paupière... noir.

"Réponse incorrecte."

"Comment on fait pour qu'il s'arrête ?! Il ne va quand même pas retenir tout ce qu'on lui dit ?"

"Vous avez déjà donné une réponse incorrecte, passez votre tour."

Il ne restait plus que les filles... enfin... non, il y avait aussi ce gars un peu efféminé qui tenait une grande fleur noire dans ses mains et puis... euh... y'avait aussi Morag. Personne n'a jamais su ce que ce prénom cachait : fille ou garçon ? on peut pas vraiment dire que son physique aide, dans cette situation embarrassante pour toute l'école (sauf pour lui... sauf pour elle... sauf pour Harry parce qu'il est vraiment à part).

"Voici votre première leçon : ce heurtoir ne fait aucune différence entre une conversation et les réponses de ses énigmes. Vous devrez réfléchir en silence... pour ne pas dormir sur le palier."

"T'aurais pas pu nous le dire avant ?!" grogna Michael.

"Si, j'aurai pu... mais c'est moins drôle."

Il se tourna vers ceux qui n'avaient encore rien dit pour apprendre à les connaître, ça sert aussi à ça, les énigmes du heurtoir : la connaissance sous toutes ses formes, parfois sociales.

"Est-ce que tu as une idée, toi ?"

La fille aux couettes rousses se figea, ses tâches de rousseurs disparurent dans la rougeur de sa gêne et elle cacha son visage dans les manches larges de sa robe d'école.

"Je... je ne sais pas, désolée." marmona-t-elle.

"Réponse incorrecte."

"Tu peux parler, maintenant : dès que le heurtoir invalide votre réponse, ça ouvre votre droit à la parole car il ne considère que vos premiers mots." expliqua le préfet. "Désolé de t'avoir pris en exemple... c'est quoi ton prénom ?"

"M... m... m... Man... Mandy."

"Et toi, c'est quoi ton prénom ?" demanda-t-il à la fille aux longs cheveux noirs, à moitié cramés.

Elle se contenta de le fixer avec ses grands yeux bleus, froide et sans la moindre émotion... d'ailleurs, elle réfléchissait encore : c'est comme s'il ne lui avait pas parlé.

"C'est bien, tu n'es pas tombée dans mon piège. Tu feras une excellente Ouvreuse, j'en suis persuadé."

"Ouvreuse ?" répéta le garçon à la fleur, la voix pleine de curiosité avant de plaquer une main sur sa bouche... merde.

"Réponse incorrecte."

"Oh zut. Je..." dit-il, honteux.

"Haha, ça ne fait rien. Tu verras que cette erreur nous arrive à tous, de temps en temps et vous êtes encore tous novices." le rassura le Préfet. "Tu as la possibilité de partager tes idées avec les Potentiels : on nomme ainsi ceux qui n'ont pas encore donné de réponse au heurtoir. As-tu quelque chose à proposer ?"

"On peut... y mettre ses idées noires ?" dit-il.

"On peut y mettre des idées noires." répéta la fille indienne qui avait un regard voilé de tristesse.

"Intéressant." répondit le heurtoir. "Développe."

Elle se tourna vers lui et leva un sourcil pour écouter ce qu'il avait à dire.

"Le bureau... on écrit dessus. Et... euh peut-être qu'il est noir ?" balbutia-t-il. "Alooors... euh... c'est comme un corbeau qui est noir et porte malheur."

"Je répète ce qu'il dit." dit la fille en espérant que ça suffise.

"Je crains qu'il ne faille répéter." informa le Préfet.

Mais il fut interrompu par le heurtoir qui accepta de considérer la réflexion du garçon... ce n'était pas suffisant.

"Réponse incomplète."

Le préfet ouvrit grand la bouche : ON POUVAIT COPIER/COLLER LA RÉPONSE D'UN CAMARADE ??? Ça, c'était une information qui allait changer la vie de nombreux Serdaigle ! Incroyable... mise à part les deux catastrophes (Harry et Michael), cette promotion était déjà très intéressante.

"Il nous reste plus que deux Potentiels : l'un de vous a-t-il une idée avant que je doive me tourner vers Harry Potter ?! Pour être très honnête, ça m'arrangerait bien que l'un de vous trouve la réponse..."

"Attends mais... tu ne sais même pas ?!" s'étonna le garçon aux genouillères.

La fille aux cheveux cramés se pencha vers le garçon timide à la fleur pour chuchoter quelque chose dans le creux de son oreille.

"Lisa a l'impression qu'il n'existe pas de réponse." répéta-t-il.

Ils se tournèrent tous vers le heurtoir... qui resta silencieux : il n'avait pas entendu ce que Lisa avait dit alors ça ne comptait pas. Brillant.

"Développe." dit le Préfet d'un ton qui ressemblait étrangement au heurtoir.

"Est-ce qu'il existe une réponse unique et absolue ou bien tout ceci n'est-il qu'un test pour nous pousser à réfléchir ?" demanda-t-elle par le biais du garçon.

"Je n'ai compris ça qu'à mon premier Halloween ici, bravo Lisa." encouragea le Préfet. "S'il ne s'agit que d'une ode à l'intellect... veux-tu partager tes idées avec nous ?"

Elle secoua la tête et désigna Morag et Harry du menton : si elle ouvrait leur salle commune maintenant, elle ne pourrait pas connaître leur réponse, à eux. Les génies sont souvent très casse-couilles... hélas.

"S'il te plaît, tu es notre dernier Potentiel à part Lisa et Harry... donne-nous une réponse !"

"Je m'en fiche." dit Morag.

"Nooooon."

Désemparé, le Préfet se tourna vers Harry Potter : adieu la logique... adieu l'accessibilité... adieu tout le reste... et le pire, dans tout ça, c'est qu'il savait probablement comment ouvrir cette porte.

"Harry, je te remercie d'avoir respecté ma demande contrairement à ton petit camarade..."

"JE NE SUIS PAS PETIT !!! Regardez-le, le maigrichon : il est beaucoup plus petit que moi."

"Peut-être mais je m'en fiche : vous êtes tous des crevettes, de ma hauteur."

Ils s'agitèrent tous les uns après les autres, un peu mal à l'aise de devoir écouter Harry, ce grand fou et peut-être un peu inquiets de se retrouver bloquer sur le palier dès le premier soir.

"J'hésite..." marmona Harry. "Il y a de nombreuses réponses à cette question."

"Tu te fiches de nous, ou quoi ?!" cria l'un des garçons qui avaient répondu par erreur, au tout début.

"Je me fiche de bien des choses..." marmona Harry. "Edgar Allan Poe."

"Développe." dit le Heurtoir.

"Il a écrit sur l'un et l'autre." dit sagement Harry. "N'ouvre pas la porte tout de suite, j'en ai d'autres." réclamma-t-il.

Il tenta d'ignorer les "frimeur" qu'il entendit... avant, ils disaient tous "idiot" : avait-il progressé ou régressé ?

"Si j'étais poète, je dirai : un porte-plume sur un porte-feuille. Si j'étais linguistique, je dirais : le corbeau suit le bureau et les deux tombent à l'eau. Mais je suis surtout un scientifique alors... le résultat est égal à Uranium / Cobalt."

"Correct. Correct. Correct." répéta le Heurtoir dans un crôassement joyeux. "Vous pouvez tous entrer..."

Harry sentit un coup dans ses côtes alors il se tourna vers le garçon aux genouillères mais ce dernier le fusillait du regard... oh, c'était une bousculade, pas une accolade : maigre différence.

"On sait qui est le faillot, cette année." remarqua Michael, encore lui.

Ils rirent... pas tous mais presque et Harry était trop lent, socialement pour comprendre qui le détestait et qui pouvait encore le supporter. Rem's lui avait fait promettre de se faire un ami... c'était la mission la plus dangereuse de toute sa vie.

"Pas mal." commenta Lisa.

"C'est ironique ?"

Elle le toisa, en silence.

"Tu es ce genre de personne, hein ?! Ça risque d'être un peu plus compliqué que prévu... bonne nuit."

Et elle disparu sans se retourner : amie ? rivale ? ou danger mortel ? Pourquoi n'y avait-il aucun manuel pour ce genre de choses ???

-Fin du 25ème chapitre-

...à suivre...


Suite à certains commentaires d'incompréhension face à ce chapitre, j'ai compris que j'étais allé un peu loin dans les interprétations... vous pouvez essayer de résoudre les réponses d'Harry face à cette énigme et trouver d'autres réponses mais je vais quand même éclairer ce texte.

... si ça vous amuse de décortiquer le texte et réfléchir, ne lisez pas la suite...

... nan mais sérieux : c'est comme lire les réponses d'une énigme sans y réfléchir, on se spoil la vie !

Voici les réponses explicitées de l'énigme :

Pourquoi un corbeau ressemble-t-il a un bureau ?"

La réponse du gamin à la fleur :

"On peut y mettre des idées noires."

Voici ce qui a intrigué le Heurtoir : on peut y mettre ses idées noires parce qu'un bureau est l'un des supports de l'écrivain, il peut être relié aux artistes maudits. Le corbeau est un animal qui est un présage de mauvais augure, dans cette histoire.

"Le bureau... on écrit dessus. Et... euh peut-être qu'il est noir ?" balbutia-t-il. "Alooors... euh... c'est comme un corbeau qui est noir et porte malheur."

Il a invalidé cette réponse parce qu'elle était trop vague et il s'est malheureusement trop focalisé sur des suppositions : un bureau peut-être noir comme un corbeau. Ce n'est pas satisfaisant parce qu'à ce compte là, n'importe quelle réponse pourrait ouvrir la porte avec assez d'assurance.

Les réponses d'Harry :

Edgar Allan Poe [...] a écrit sur l'un et l'autre : cet auteur a effectivement écrit un poème nommé 'Le Corbeau' et probablement sur un bureau, c'est ce que font les auteurs.

Un porte-plume sur un porte-feuille : le corbeau est le porte plume (c'est un oiseau qui porte les plumes) et le bureau est un porte-feuille (c'est une surface où l'on pose des feuilles)

Le corbeau suit le bureau : par ordre alphabétique, bureau est juste avant corbeau.

... les deux tombent à l'eau : ça rime en [O].

Le résultat est égal à Uranium / Cobalt :

Si on divise le BUREAU / CORBEAU (pourquoi on ferait une chose pareille ? j'en sais rien, demandez à Harry), on peut simplifier la fraction en supprimant les lettres qui se répètent sur le numérateur et le dénominateur : BUREA / RBEAU. Il ne reste plus que U / CO = Uranium / Cobalt (selon le tableau périodique).


ATTENTION : en écrivant les formules, je me suis rendu compte d'une erreur de calcul donc j'ai tout réintelectualisé pour offrir un nouveau résultat. Avant, ce chapitre s'appelait 'Égal à 1 /2' je remercie donc ceux qui m'ont poussé à expliciter ce passage : Uranium / Cobalt est un résultat nettement plus intéressant.


Toutes ces réponses sont absolument absurde et un peu logiques... cette fanfiction sera souvent comme ça : stupidement logique.

Je n'aime pas prendre mes lecteurs pour des imbéciles donc je ne vais pas toujours expliciter les pensées d'Harry mais n'hésitez pas à me signaler quand je vais trop loin... une petite mise au point ne fera pas de mal, de temps en temps (et à moi aussi).