Problème 1 : L'ennui.

Le réveil sonnait encore ce matin-là, et Roxas n'avait aucune envie de se lever. Après tout, pourquoi se lever ? Il était dégoûté de la vie qu'il menait, du travail qu'il faisait et de la relation qu'il entretenait maintenant depuis quelques années. Il éteignit le téléphone d'une main lourde, la fatigue déjà présente alors qu'il avait dormi pratiquement dix heures. Il tourna légèrement la tête et constata que son amant, lui, était déjà parti. Cela l'arrangeait, il éviterait une nouvelle dispute. Depuis quelques mois maintenant, tout était sujet d'engueulades et discordes avec Sora, vraiment tout, et ça l'ennuyait beaucoup. Le lit mal fait, le ménage un peu trop bâclé, le linge toujours froissé, les courses oubliées, tout, vraiment tout était sujet de réprimandes. Il ne comprenait pas pourquoi et surtout, ne se sentait pas coupable. Il n'était plus un enfant, à bientôt trente ans.

Il se leva, comme obligé, pour ne pas manquer son travail. Ah parlons-en de celui-ci. Il avait obtenu le diplôme qu'il rêvait tant, en comptabilité, et était devenu expert comptable. Il le regrettait armement, surtout pour ce que ça rapportait. Cela faisait aujourd'hui deux ans qu'il était dans la même boîte et deux ans qu'il faisait juste des photocopies. Des photocopies putain, et rien d'autre ! Il n'avait pas étudié toutes ces années pour finir simple stagiaire agréé de Monsieur le Président de sa boîte. Il détestait son patron, un certain Saïx, aussi froid que strict. Il ne lui faisait pas de cadeau, il en avait marre. Le meilleur dans tout ça ? Sora ne le soutenait pas, ou plutôt jamais, lui disant tous les jours d'aller au travail, que c'était important pour vivre et se faire une place sociale. Mais quel con.

Comme un automate, Roxas se dirigea vers la salle de bains et prit une longue douche, frottant presque à sang son corps, comme pour oublier qu'il retournait en enfer. Enfin, c'était sûrement mieux que de rester chez lui et de croiser Sora.

Sora lui, travaillait en équipe, il faisait les 2*8. Une semaine où il faisait 5h-13h, l'autre où il faisait 13h-21h. Roxas préférait largement quand ce dernier était d'après midi, lui laissant ainsi tout le loisir d'améliorer sa passion, les jeux vidéos.

Il s'habilla et sortit de la pièce. Il descendit doucement les escaliers, très doucement, et alla se faire chauffer un café. C'était un peu son réconfort du matin, comme pour le féliciter de survivre encore aujourd'hui. Il l'avala d'une traite lui brûlant un peu l'œsophage. Il adorait vraiment cette sensation, ça lui donnait le sentiment de toujours être vivant. Il regarda l'heure, 7h29. Il était temps de partir. Il prit son blouson, ses clefs et partit en moto.


Roxas fumait désormais deux paquets de cigarettes par jour, et ça gonflait Sora, qui ne manquait jamais une occasion de lui rappeler.
- Quand vas-tu arrêter ta merde ?
- Jamais.
- Tu vas mourir d'un cancer …
- M'en fous.
Voilà ce à quoi se résumait l'ensemble de leurs échanges ces derniers jours. Vides, moroses et tristes. Ils ne partageaient presque plus rien, les tâches quotidiennes devinrent très vite un calvaire pour Roxas. Tout ça l'ennuyait, vraiment. Non en fait, pas le fait de devoir s'occuper de leur maison ou bien leur petite chienne, Prune, mais le fait de faire ça avec Lui. Roxas s'ennuyait avec Sora. Vraiment.

Un soir, où Sora était du matin, il ne voulut pas rentrer tout de suite. Prétextant un rendez-vous de dernière minute au travail, Roxas se promena en ville, ou plutôt, il laissait sa moto le guider. Il se sentait triste, d'arriver à trente ans et d'être coincé dans une routine affreusement molle. Ce fut à ce moment-là, qu'il trouva ce petit bar, aux couleurs rougeâtres. Le Blender. Il lui avait fait de l'œil, comme un appel à rentrer dedans. Il se gara et entra. L'ambiance était cozy, un petit groupe de personnes jouaient du jazz sur scène, tandis que d'autres, attablées dans un coin, riaient un peu fort. Sans vraiment comprendre pourquoi, Roxas aimait déjà cet endroit.

Au fond de la salle se trouvait quatre bornes d'arcade, avec de bons vieux classiques. Quand il était petit, se souvenait-il en regardant les machines, il adorait jouer à Space Invaders. Il n'était pas le meilleur mais n'était pas non plus très mauvais. Sora lui, il n'aimait pas trop cela, au grand damne de Roxas. Il dût arrêter de geeker, comme les jeunes de nos jours disaient, devant lui. Avec un petit sourire de nostalgie, il s'installa à une table, seul.

Il regardait la salle, encore, comme intrigué par tout ce qui s'y trouvait, comme la grosse horloge steampunk sur le mur, ou bien les néons rouges qui éclairaient la scène. Il sortit son téléphone un instant, comme pour noter l'adresse dessus puis se résigna. Au début, il songeait amener Sora ici, pour pimenter un peu leur vie, voir des gens, faire autre chose, comme pour briser la routine. Mais Sora avait déjà sa vie à lui, ses amis à lui, tout à lui. Il soupira légèrement, quand un grand et chétif inconnu vint à lui.

- Alors mon chou, t'es nouveau ici ? Tu ne commandes pas ?
Roxas fut tiré de ses pensées, et regarda d'un air un peu dubitatif l'homme. Au vue de sa tenu, il était serveur ici, mais autant de familiarité ? Il n'en avait clairement pas l'habitude, le petit Roxas, dans sa vie si parfaite et si rangée. Il commanda une pression, il n'en avait jamais goûté, et regarda l'homme partir au bar. Il y avait une étiquette sur sa veste, portant son nom. Un certain Deryx, ou Demyx … Roxas ne savait plus et pour avouer, il s'en fichait un peu. Le serveur revint et lui donna sa bière en échange de l'argent que le blond lui tendait.

La demie avait une jolie couleur ambrée mais ça sentait fort, et mauvais. Le curieux y déposa ses lèvres pour goûter. C'était dégueulasse. Il regrettait déjà son café, son doux café, son précieux café.

Son portable continuait de vibrer dans sa poche, encore Sora, il l'attendait de pieds fermes à la maison, mais le malheureux ne voulait toujours pas rentrer. Il se sentait vraiment bien ici.

- Putain, c'est qui ce con qui a pris notre table !? s'écria une voix.
- Oh, oh calme … ! Il n'y a pas écrit notre nom dessus, tout le monde est libre de s'asseoir où il veut … ! tenta de raisonner une autre personne.
- Foutaise, ici c'est chez nous.
Un homme vint s'écraser à côté de Roxas, ses yeux ambrés et colériques posés dessus. Le blond se sentit mal à l'aise, comme une envie de s'excuser et s'enfuir quand un autre, à la crinière de feu, posa sa main dessus.
- Je suis désolé … mon ami a quelques manières très … particulières. s'excusa-t-il.
- T'excuses pas, connard, et laisse le se barrer, l'autre ne devrait pas tarder. Il est de trop ici. Cracha l'autre.
- Vanitas … soupira le grand, d'un air totalement dépassé par ce qu'il se passait.
Roxas aussi, d'ailleurs, était dépassé par ce qu'il venait d'arriver. Deux hommes aux allures étranges étaient là, assis, à la même table que lui. Il a toujours été sociable, et n'avait jamais eu de mal à se lier d'amitié avec d'autres personnes. Au lycée d'ailleurs, il avait un groupe d'amis qu'il ne quittait jamais, seulement, le temps passa, et les liens se rompirent. C'était triste, mais c'était la vérité, la transition à l'âge adulte était parfois difficile.

L'un était très grand, plutôt sportif, avec de magnifiques cheveux rouges et des yeux émeraudes à couper le souffle. L'autre était le portrait craché de Sora, à quelques exceptions près, comme ses yeux, qui étaient ambrés, ou bien sa tignasse, aussi sombre que la nuit, sans oublier son allure et son vocabulaire.
- Ben, joignez-vous à moi, sinon … si d'habitude vous êtes ici … bafoua finalement le petit blond.
- Vraiment ?
Un soulagement se fut ressentir dans la voix du grand et sans vraiment se faire prier, il s'installa à table. En tendant la main gentiment, il se présenta. Lea, c'était son prénom. Il avait un air un peu grunge punk, comme on n'en faisait plus aujourd'hui, ça plaisait à Roxas, ça sortait de tous ces gens en costard-cravates qu'il croisait à longueur de journée. Il présenta officiellement le second, Vanitas. Le blond sourit et se présenta à son tour. La soirée s'annonçait bien.


Le temps passait à une vitesse folle, avec ces personnes atypiques. L'autre qui devait venir, en vérité, était un petit bout de femme, d'une vingtaine d'années, brune aux yeux bleus. Xion, c'était son prénom. Ils avaient parlé tous ensemble de tout et n'importe quoi, surtout musique, en vérité. Lea aimait la batterie, tandis que Vanitas était plutôt branché guitare. Xion préférait, quant à elle, chanter. Roxas lui ? Il ne savait pas jouer. Enfin si, mais pas de ce genre d'instrument là. Il avait fait du piano, étant petit, qu'il avait vite abandonné, tellement cela l'ennuyait.

De fil en aiguille, sans savoir d'où cela venait réellement, le grand proposa de se revoir plus souvent. Vanitas bougonna, mais ne refusa pas pour autant. Xion accepta sans hésitation, mais le blond, qu'allait-il dire ? Il venait juste de se rencontrer, et ils voulaient déjà le revoir, ici, dans Le Blender, il n'était jamais sorti de sa zone de confort, et pourtant, il accepta. « Cool » lui avait lancé Lea en lui donnant un bout de papier. Roxas le regarda et constata que dessus, d'une écriture un peu sagouin, était écrit son numéro. Le grand, en rougissant un peu, affirma que c'était pour les jours où ils étaient là, tout ça. Roxas avait juste souri à ce moment-là, ne sachant pas trop quoi répondre. Il était probablement flatté, d'avoir su susciter l'intérêt d'un bellâtre comme lui, et s'était même vu retirer son alliance durant la soirée. Pas doute sur cela, Lea ne le laissait pas indifférent.


Il était déjà plus de 23h quand Roxas rentra enfin de sa sortie improvisée. Il avait repris goût à la vie, retrouvé un peu la joie de vivre, cassé la routine. Il tourna les clefs doucement dans la serrure, comme pour éviter de réveiller son époux. Il avait quand même pris la précaution de remettre sa bague, ne savait-on jamais. Il entra, se déchaussa avant de ne constater qu'il était nez-à-nez avec lui. Et merde. Là, ça sentait vraiment pas bon.

Poings sur les hanches, regard vexé et lèvres pincées entre ses dents, le bougre l'avait attendu jusque là alors qu'il se levait le lendemain à 4h, et au vue de sa posture, ils n'étaient pas prêts de se coucher maintenant.

Maudit était-il, ce foutu Sora et ses principes à la con, il ne pouvait pas dormir comme tout le monde ?