Problème 6 : La violence.

Il était venu, il l'avait vu et il était reparti. Pourquoi ? Sora n'avait alors rien dit. Peut-être était-ce son regard plein d'amertume qui le fit partir. Ou alors son air fatigué, à l'avoir attendu toute la nuit, espérant ne serait-ce qu'un message de sa part, prouvant qu'il était encore en vie. Sora ne comprenait clairement plus son amant, et toutes ses phases d'attitudes étranges mis bout à bout, lui fit vraiment conclure qu'il était cocu. Par qui ? Pourquoi ? C'était un réel mystère.

C'était samedi, il ne travaillait pas et tout ce qu'il pouvait faire désormais, c'était d'attendre. Attendre le retour de Roxas. Attendre un signe. Attendre, et toujours attendre.

Il zappait, presque d'un air morose, les chaînes à la télévisions. L'image de son époux revenait souvent malgré lui dans son esprit. N'avait-il pas une boucle d'oreille ? Et ce film autour du bras … un tatouage peut-être ?

Il zappait encore et toujours, comme à la recherche d'un programme sauveur, lui expliquant bien gentiment quoi faire dans son cas. Mais rien. Téléachat et dessin animés envahissaient le petit écran. Quelle heure était-il ? 7H43. Et Roxas venait à peine de repartir. À peine … ou peut-être plus longtemps, je ne sais pas.

Prune s'installa à côté de Sora, posa délicatement sa tête sur les genoux de son maître. D'une main lourde et presque vide, il caressa la tête de sa chienne. Son poil était toujours soyeux, sentait toujours aussi bon, mais cela lui faisait mal, comme des coups de couteaux partout, quand il toucha doucement l'animal.

8h39. Toujours aucun signe de Roxas. Il se leva et se fit un café, pour lutter contre le sommeil et retrouva sa position assise – affalée – dans le canapé.

9h24. La télé tournait encore, Sora lui, faisait des crêpes, pour tuer le temps.

10h11. Les crêpes étaient finie et il avait mangé la moitié. Il en avait laissé – volontairement – une part à Roxas, pour qu'il puisse manger en rentrant. Il s'était fait un café aussi.

11h51. L'heure du repas approchait. Sora avait donné à manger à Prune qui se sustentait joyeusement.

12h04. Il devait faire le repas, mais n'en avait pas envie. Il ne bougeait plus, respirait à peine, écoutait le silence de la maison.

12h07. Il se fit finalement un second café, et se réinstalla à sa place.

13h12. Le journal avait commencé et montrait un terrible accident survenue dans le pays voisin.

13h36. Cette fois, c'était la météo qui passait. Il allait pleuvoir demain.

14h01. Un autre café s'imposa.

14h09. Il regarda son téléphone, espérant un message de Roxas, mais rien.

14h26. Encore un café.

14h33. La porte fit du bruit, mais ce n'était pas lui. Prune voulait sortir dans le jardin. Elle avait raison, il faisait beau aujourd'hui. Sora se leva et lui ouvrit la porte.

14h37. Il regardait Prune chasser un papillon dans le jardin.

14h39. Prune trébucha sur elle même.

14h40. Elle rentra, toute penaud et sale.

14h41. Elle prit le bain.

14h46. Elle courut dans la maison, toute folle et joyeuse.

14h47. Elle renversa un vase, vieux et moche.

14h48. Sora nettoyait la bêtise, sous l'œil amusé de sa chienne.

14h51. Elle voulait ressortir, et elle ressortit.

14h59. Elle jouait encore dans le jardin.

15h03. Un bruit de clefs se fit entendre et Prune courut vers la porte d'entrée en aboyant.

15h04. Roxas était là.


Sora s'approcha à son tour près de la porte d'entrée, auprès de son époux. Mais cette fois-ci, il avait senti, ce parfum qui lui était inconnu. Cette eau de toilettes infâme, qui lui brûla les narines. Ce cache misère qui empestait à plein nez, une autre personne trop proche de Roxas. Il observait son amour, sans aucune émotion, avec ses yeux bleus si vides. Le blond le regarda en retour, sans rien dire. Un silence s'installa entre eux. Seule Prune mettait de l'ambiance dans cette maison si froide.

- Des crêpes ? Finit-il par demander.

- Non merci.

- Café ?

- Non.

- Tu vas repartir .. ?

- Oui.

- Je ne veux pas que tu partes, ordonna-t-il.

- Je suis majeur et vacciné, je fais ce que je veux.

Les mots étaient prononcés, et sûrement pensés. Roxas partait pour la chambre, voulant prendre des habits propres. Il avait pris un sac de voyage, tout cela sous les yeux tristes et faibles de Sora. Il ne broncha pas pour autant et préparait sa valisette. Trois tee-shirts, autant en boxers et chaussettes, un jeans et son déodorant composèrent le sac.

- Tu vas où ?

- Tu me saoules avec tes questions.

- C'est normal de s'inquiéter pour celui qu'on aime, non ?

La colère montait petit à petit dans le cœur de Sora, mais ne pouvait rien faire actuellement, juste observer.

- Tu me saoules. Répéta alors Roxas.

- Tu me trompes, affirma Sora.

- Non.

- Tu aimes quelqu'un d'autre.

- Non.

- Tu as envisagé d'aller voir ailleurs.

- Non.

Roxas ne faisait que nier, sans argumenter une seule fois. Sora voulait insister, il le souhait vraiment, mais sans réellement comprendre pourquoi, il avait plaqué le blond sur le lit.

- Avoue. Insista-t-il.

- Avouer ce que je n'ai pas fait ? Super.

- Ce parfum n'est pas le tien.

- Bravo, mais j'ai des collègues et des amis, tu as oublié ?

Son amour restait froid, distant, même dans ses réponses. Il ne montrait à aucun moment de la gêne, du mensonge, ou bien une envie de se dégager de cette posture désagréable.

- Tu mens, réaffirma-t-il, en serrant davantage les poignées de Roxas.

- Tu me fais mal.

- Je ne te lâcherais pas tant que tu n'auras pas avoué !

Cette fois, il avait crié, sans vraiment s'en rendre compte au début. C'était l'air vexé de l'autre, qui le mit sur la voie.

- Je n'ai rien à avouer, putain !

Il essaya de se dégager de l'emprise de Sora, mais n'y arrivait pas. Le châtain le maintenait de plus en plus fortement. Le regard de ce dernier était glacial, comme une épée prête à trancher la gorge. Mais ce ne fut pas ses yeux, qui frappèrent violemment le visage de Roxas, mais bien son poing. Pourquoi ? Pourquoi avait-il fait cela ?

Quelques larmes s'échappèrent des yeux bleus de Roxas. Sora s'éloigna aussi sec de lui, le laissant se redresser. Son visage était déjà si enflé et rouge, laissant presque apparaître un coquard. Le blond avait toujours marqué si vite.

Le percé se leva du lit et repoussa violemment Sora, qui s'approchait pour s'excuser de son acte. Le châtain culpabilisait énormément et n'avait aucune raison réelle pour justifier et pardonner son crime. Roxas prit son sac, se dirigea vers la porte et marqua un temps d'arrêt.

- Oui, je t'ai trompé, non je ne l'aime pas, et non je ne vois personne d'autre, c'est ça que tu voulais entendre !? Hé bien tu l'as entendu ! Si je suis rentré si tard, c'est qu'il me fallait du temps, pour réaliser, comprendre et simplement prendre du recul sur la situation ! Résultat, t'as encore tout foutu en l'air ! Je … Je t'aimais mais plus maintenant !

Il claqua la porte de la chambre en sortant, laissant de nouveau, un Sora, ici, comme un con.