Dès qu'il atteignit le sol de sa chambre, Chat Noir se détransforma et Adrien se jeta sur son lit, face en avant et les bras en croix. Se repassant une fois de plus dans sa tête la scène sa toute fraîche interaction avec Ladybug, il ferma les yeux et se mit à gémir, se traitant mentalement d'imbécile et autres noms d'oiseaux, encore et encore. Tout à coup, il sentit une fourrure douce et chaude contre sa main droite, celle à laquelle il portait son Miraculous.

— Tout va bien, gamin ? s'enquit Plagg d'une voix faussement indifférente.
— Ladybug est Marinette... Marinette est Ladybug... souffla le jeune homme d'une voix agonisante.
— Ah ben c'est pas trop tôt ! s'exclama le kwami d'une voix soulagée. Je me demandais quand est-ce qu'elle accepterait enfin que vous leviez le masque, tous les deux !
— Ben en fait, Plagg... Elle ne l'a pas fait... J'ai deviné tout seul... Et elle... elle me déteste, maintenant...
— Hein ? Elle t'a dit qu'elle te déteste ? Tu es sûr ?
— Elle est partie dès que je lui ai fait comprendre que je savais... Elle avait l'air choquée, et tellement bouleversée... Oh Plagg, je suis le dernier des idiots, je lui ai fait du mal ! Et maintenant, maintenant, elle ne voudra plus jamais me voir...

Le kwami poussa un long soupir exaspéré.

— Peut-être que tu te trompes. Peut-être que ce n'est pas si terrible que ça, assura-t-il.
— J'ai tout gâché... gémit Adrien. Et en plus, avec ce que je lui ai dit ce soir, elle sait sûrement qui je suis, maintenant, et elle ne me laissera plus jamais l'approcher, sous quelque forme que ce soit...
— Allons, gamin, je suis sûr que non.
— Elle ne voulait pas qu'on partage nos identités, et moi, sans réfléchir, j'ai tout fait pour découvrir la sienne...
— Tiens, je croyais que tu voulais respecter son souhait de ne pas le faire ? s'étonna Plagg.
— Oui, bien sûr, mais... Tu comprends, Plagg, elle fixait une affiche de moi d'un air rêveur et... et je n'ai pas pu m'en empêcher...
— Ah oui, ta grande amie Marinette est une si grande fan de toi... glissa Plagg sur un ton malicieux, à la limite de l'ironie.
— Tu... tu crois qu'elle est seulement... qu'elle est seulement une fan ? s'enquit Adrien. Ce soir, à un moment, j'ai eu l'impression que c'était bien plus que ça... J'ai même eu l'impression... mais après tout, je me trompe peut-être, je me trompe sûrement...
— Oui ?
— Tu ne te moqueras pas de moi, hein ?
— Moi ? Oh... rétorqua le kwami avec un air innocent.
— J'ai même eu l'impression que... que j'étais, enfin moi Adrien, le fameux garçon à cause de qui elle ne peut pas aimer Chat Noir... termina-t-il sur un ton rêveur.

Plagg ne put s'empêcher d'éclater de rire.

— Oui, bon, je sais que c'est ridicule, ça va ! grommela Adrien tout en mettant ses deux mains sur sa tête. Je devrais arrêter de prendre mes désirs pour la réalité...

Le kwami écarquilla les yeux en fixant son porteur, avant de ricaner, stupéfait par le niveau d'aveuglement du jeune homme. De toute façon, même s'il l'avait voulu, il n'avait pas le droit d'intervenir entre la porteuse de la Coccinelle et lui.

— Si tu savais comme je m'en veux, Plagg, soupira Adrien. Pas d'avoir découvert qui elle était, ça non, c'est impossible... mais de l'avoir blessée... Je suis tellement bête... Je ne la mérite pas...
— Tu ne t'en veux pas d'avoir découvert qui elle était ? vérifia le kwami avec curiosité.
— C'est la meilleure chose qui me soit arrivée... souffla le jeune homme dans un soupir rêveur. C'est... Je ne sais pas si tu te rends compte, Plagg, mais... les deux filles les plus merveilleuses que je connaisse ne sont en fait qu'une seule... Plagg, elle est littéralement la fille la plus merveilleuse de toute la Terre ! Et moi, moi je ne suis qu'un sombre crétin même pas capable de la respecter... Je ne la mérite pas, tu sais, elle est trop bien pour moi...
— Pauvre de moi... soupira le kwami mélodramatiquement. Je ne pensais pas que tu serais encore pire après avoir découvert qui elle était... Alors comme ça, maintenant que tu sais que Marinette est Ladybug, tu l'aimes ?
— Comment pourrais-je ne pas l'aimer ? murmura le jeune homme avec dévotion. Elle est extraordinaire, elle est intelligente, elle est hyper créative, elle est généreuse, elle est... Pas étonnant qu'elle ait été choisie pour devenir Ladybug ! Et elle est tellement jolie, aussi...
— Attends... je n'arrive pas bien à savoir si tu parles de Ladybug ou de Marinette, là, le provoqua le kwami.
— C'est la même, Plagg ! Alors ce n'est plus la peine de faire semblant avec moi, hein ! Toi, tu le savais depuis longtemps, de toute façon...
— Oh oui. Je sais aussi qu'elle est juste une amie, rappela le petit être avec acidité. Et que, si jamais tu décides de changer de cible et d'oublier Ladybug, ce n'est pas pour te tourner vers Marinette.

Adrien poussa un grand cri et se roula en boule dans son lit, les mains sur le visage.

— C'est pas vrai ! Mais quel imbécile j'ai été, quel imbécile ! C'est certain, si jamais elle ressentait vraiment quelque chose pour moi, c'est complètement fichu, maintenant...

Face à ce spectacle qu'il trouvait désolant, le kwami se tapa le front avec l'une de ses pattes. Ces humains, décidément...

— Tu ne crois pas que tu devrais lui en parler, d'abord, avant de sauter aux conclusions comme ça ? remarqua-t-il.
— Elle ne voudra jamais ! se lamenta le jeune homme.
— Ah ben c'est sûr que ça ne marchera pas, si tu n'essayes pas...
— Tu... tu crois que j'ai une chance qu'elle m'écoute ?
— Mais oui. Ça fait combien de mois que vous travaillez en équipe, tous les deux ? Je suis sûr que vous arriverez à parler de tout ça. Je suis même certain qu'elle te pardonnera.
— Vraiment ? vérifia Adrien avec une folle note d'espoir dans la voix.
— Vraiment.
— Tu penses que... que j'ai une petite chance qu'elle arrête de me détester ?
— Je doute fortement qu'elle te déteste.
— Tu dis ça pour me faire plaisir, contra le jeune homme sur un ton boudeur.
— Si je voulais te faire plaisir, j'irais dans ton sens.
— Plagg !
— Je suis prêt à parier toute ma réserve de camembert qu'elle ne te déteste pas. Là, tu me crois, maintenant ? assura finalement le kwami sur un ton bougon.

Désarçonné, Adrien le fixa intensément tout en se redressant dans son lit. Plagg le surprenait parfois, malgré tout le temps qu'ils avaient déjà passé ensemble. Sans prévenir, il attrapa brusquement le petit être et le serra contre lui.

— Merci... merci... merci Plagg ! s'écria-t-il d'une voix émue.
— Oui, bon, ça va, hein ! On ne va pas en faire tout un fromage ! contra le kwami sur un ton faussement indifférent, avant de finir par se dégager du câlin impromptu.
— Qu'est-ce que je dois faire, à ton avis ? souffla Adrien d'une voix pleine d'espoir.
— Lui parler, bien sûr.
— Je ne suis pas sûr qu'elle m'écoute...
— Tu lui as dit ce que tu ressentais pour elle ?
— Elle le sait, on en a déjà parlé plus d'une fois...
— Ladybug sait ce que Chat Noir ressent pour elle. Et Marinette ?
— Ah... Euh... Mais... mais je ne sais pas comment je peux lui en parler... Je vais la faire fuir.

Plagg soupira avec agacement.

— Elle ? Franchement, je ne crois pas. Enfin pas sur la durée. De toute façon, il va bien falloir que vous mettiez les choses au clair. Sinon, vous allez vraiment avoir du mal à fonctionner en équipe contre les akumas, et ça, ça peut vraiment être un problème...
— Si j'avais su que ça se passerait aussi mal, je n'aurais jamais cherché à savoir qui elle était, jamais... se lamenta Adrien.
— Oh, ça va, gamin, arrête de te plaindre ! Pfff... merci Tikki, franchement ! s'exclama-t-il sur un ton agacé.
— Hein ? Tikki ? C'est pas le nom de la kwami de Ladybug ? Enfin, de Marinette...
— Si.
— Mais... mais qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ? Je ne comprends pas ! l'interrogea le jeune homme, les sourcils froncés.

Le petit être soupira longuement.

— C'est elle qui tient à ce que ses Ladybug ne révèlent leur identité à personne, pas même aux autres super héros, pas même à Chat Noir. Enfin, en tout cas, qu'elles ne révèlent pas qui elles sont sous le masque aussi longtemps que possible, parce que généralement, ils finissent par savoir... Je lui ai déjà dit que ce n'était pas forcément une bonne chose. Elle le sait, pourtant, que ses Ladybug et mes Chat Noir forment des équipes bien plus efficaces lorsqu'ils savent qui ils sont... Mais bon, elle a même convaincu maître Fu, avec son idée stupide, alors...
— Hein ? Mais... mais... mais pourquoi, pourquoi elle ne veut pas... ?
— C'est une vieille histoire... soupira le kwami. Une très vieille histoire, à l'échelle de vos vies humaines... Enfin, pour faire bref, Tikki a perdu l'une de ses Ladybug à cause de cela, une fois...
— À cause d'un Chat Noir ? s'inquiéta Adrien.
— Non. Enfin pas directement. À cause d'un des autres porteurs de Miraculous, qui a mal tourné... Ce Chat Noir et cette Ladybug sont morts quasiment en même temps, d'ailleurs, en voulant se protéger l'un l'autre, parce qu'ils s'aimaient... Ce qui est idiot, parce que c'est quasiment toujours le cas. Mais bon, ses Ladybug meurent beaucoup moins souvent de mort violente que mes Chat Noir...

Le jeune homme écarquilla les yeux quelques instants, tentant d'assimiler ce que son compagnon venait de lui dire.

— Les... les Chat Noir meurent souvent de mort violente ? s'inquiéta-t-il.
— Oh, pas tous, loin de là, rassure-toi gamin ! lui assura le kwami sur un ton bravache. Mais il y en a un certain nombre qui ont affronté des ennemis autrement plus redoutables que le Papillon...

Adrien déglutit, mal à l'aise, et se raccrocha à l'autre chose qui l'avait interpellé, dans ce que son kwami venait de dire.

— Mais... mais sinon, tu voulais dire que les Ladybug et les Chat Noir s'aiment presque toujours, c'est bien ça ?
— Hum, j'ai dit ça ? vérifia le kwami sur un ton bougon.
— C'est ce que j'ai compris... souffla le jeune homme avec tant d'espoir dans la voix que Plagg n'eut pas le cœur de camper sur ses positions.
— Mouais, bon, d'accord, c'est ce que j'ai dit... C'est parce que, normalement, ce sont des âmes-sœurs qui sont choisies pour porter ces deux Miraculous, grommela-t-il. Tikki et moi sommes complémentaires, comme le Yin et le Yang, nous fonctionnons toujours mieux en binôme... et c'est encore plus efficace lorsque c'est aussi le cas de nos porteurs.
— Alors ça veut dire que Marinette et moi... commença-t-il avec une folle note d'enthousiasme dans la voix.
— Ça veut dire que vous êtes complémentaires, gamin, l'arrêta Plagg d'une voix ferme afin de ne pas lui donner trop d'espoir. D'ailleurs, tu as vu quelle équipe efficace vous formez, tous les deux ? Ce n'est pas seulement lié à vos Miraculous, c'est avant tout votre propre dynamique.
— Mais peut-être... peut-être qu'elle m'aime... et qu'elle m'aime pour de bon ? Maintenant que je sais qui elle est, je n'imagine même pas pouvoir aimer quelqu'un d'autre un jour... soupira-t-il avec un air particulièrement énamouré.
— Arrête de rêver et va te coucher, grommela le kwami. Il va d'abord falloir que tu parles avec elle et que tu mettes les choses au point.

Le jeune homme soupira, son kwami avait raison. Il réfléchit, hésita un bon moment, puis finit par attraper son téléphone. Il contempla longuement la photo de Marinette, sur le contact correspondant, glissant son doigt dessus sans réfléchir pour souligner les traits de la jeune fille, l'admirant en son for intérieur. Avant de finir par se décider à appuyer sur le bouton de la messagerie.

« Marinette, tout va bien ? »

Il fixa le téléphone de longues minutes sans obtenir de réponse, jusqu'au moment où Plagg vint l'interrompre en lui réclamant encore du camembert. Adrien reprit ensuite son téléphone pour envoyer un autre message.

« Je comprends que tu sois fâchée contre moi... Je suis le dernier des crétins... Je suis tellement, tellement désolé, Marinette... est-ce que tu accepteras de me reparler, un jour ? »

— Va te coucher, elle doit déjà dormir ! s'écria Plagg sur un ton bourru. Tu la verras demain, de toute façon !

À reculons, le jeune homme finit par aller se coucher, mais il eut beaucoup de mal à trouver le sommeil. D'autant plus qu'il n'avait toujours pas reçu de réponse à ses messages.