Quel meilleur titre pour conclure une histoire de loups-garous, n'est-ce pas ? ;) Avec, cette fois, non pas un ni deux, mais trois génériques !
Katymyny : Faut dire que le personnage de Ron n'est pas le plus gâté par le canon non plus... Y en a d'autres à qui c'est l'idée d'une romance entre eux qui fait peur ;)
Eudore : Enfin la fin, tu veux dire ? Je suis bien d'accord !
Chapitre 40 - Morsures
« If I should stay,
I would only be in your way… »
Alors qu'à Budapest le soleil dorait les toits d'un Palais de la Science enfin rendu à son habituel silence dominical, la nuit californienne s'égrenait au rythme des numéros du Nightingale. Il y avait eu un peu d'écrémage depuis que certains espions avaient perdu leur couverture, mais dans l'ensemble les choses rentraient doucement dans l'ordre.
Des travaux rapides avaient remis à neuf le couloir de l'étage. Quelque peu méfiante après l'« accident de gaz », la clientèle moldue commençait à revenir, accueillie par un Chadwick plus charmant et vigilant que jamais. Quant à la salle réservée aux clients du monde magique, elle était pleine presque tous les soirs, sans doute grâce à sa fréquentation assidue par le gouverneur de l'État lui-même. Silver Douglas était en effet venu y fêter sa réélection et s'y montrait régulièrement ; vu le rôle que l'incident du Nightingale avait joué dans sa reconduction au pouvoir, c'était la moindre des choses, estimait Narcissa. Debout dans un coin de la salle principale, elle faisait mine de suivre le déroulement du spectacle, mais ni les prouesses du contorsionniste, ni la musique qui les accompagnait ne parvenaient à attirer son attention ; elle avait l'esprit ailleurs.
« Bittersweet memories
That is all I'm taking with me… »
Elle vit passer Drago qui faisait une ronde de sécurité, une main glissée à l'intérieur de sa veste où se dissimulait sa nouvelle baguette. Leur nouvelle baguette. Hors de question de demander à cet infect Goyle de leur envoyer celle dont il avait la garde : ils refusaient de s'humilier davantage devant lui. Fort heureusement, les fabricants américains proposaient des instruments tout à fait convenables, pourvu qu'on y mette le prix.
Ils ne manquaient pas d'agents de sécurité au point que Drago doive les remplacer ; il ne parvenait tout simplement pas à se trouver un autre rôle que celui de fils de la patronne. Et si l'équipe obéissait à ses ordres, Narcissa savait que le personnel s'interrogeait sur sa légitimité à en donner, sans parler de son utilité. Elle se demandait parfois s'il ne finirait pas par l'abandonner lui aussi, comme ce lâche de Pinkerton, et pourrait-elle lui en vouloir ? Il gâchait son potentiel, à tourner ainsi en rond.
« I hope life treats you kind
And I hope you have all you've dreamed of… »
Elle avait reçu un hibou ce matin, un vieil oiseau au plumage mité et à la provenance aisément devinable. Tracés dans une encre au rabais à l'aide d'une mauvaise plume qui faisait des taches, les mots de Lucius restaient gravés en elle comme au fer rouge :
« Nous nous sommes juré fidélité pour le meilleur et pour le pire. Pour toi, ce n'étaient peut-être que des mots, mais je n'ai pas l'habitude de prendre à la légère les serments faits à ma propre famille. Se détourner des siens lorsqu'ils deviennent gênants n'est pas seulement déloyal et indigne, cela témoigne aussi d'un cruel manque de cœur. Autant de défauts que je n'aurais pas cru trouver chez toi ; mais la guerre nous a tous abîmés, et la vie parmi les Moldus doit elle aussi laisser des traces. Dans moins d'un an, tu pourras retrouver ta place au sein du monde magique, et j'espère que tu retrouveras également ton bon sens. Je sais qu'il te faudra du temps avant d'accepter de me revoir, sans parler de reprendre la vie conjugale. Sache cependant que, quoi que l'avenir nous réserve, le divorce n'est pas une option. »
Pour autant que Narcissa se souvienne, Lucius n'avait jamais jugé déloyal ou indigne le fait d'avoir banni Andromeda de leur vie, aussi ses reproches lui semblaient-ils risibles. Risibles mais aussi vexants, car elle estimait au contraire s'être montrée extrêmement loyale ; et lui, qui avait précipité leur ruine, osait lui faire la leçon ! « J'espère que tu retrouveras ton bon sens », « le divorce n'est pas une option » : pour qui se prenait-il ? Elle ne lui demandait pas sa permission !
Même enfermé dans ce trou immonde, Lucius se croyait encore le chef de famille, se dit-elle avec dédain tandis que la voix chaude de la chanteuse vibrait de passion. Mais ni son fils ni elle n'avaient besoin de chef. En fait, c'était Lucius qui avait besoin d'eux. Cela, elle le concevait ; mais elle n'était pas disposée à s'embarrasser de lui plus longtemps.
«And I will always love you… »*
lll
La lumière du jour filtrait à travers les stores quand il se réveilla. Il faisait lourd dans la chambre, signe que dehors le soleil chauffait les toits à blanc : il devait être tard. Dans la pénombre, il tourna la tête vers l'oreiller à côté du sien : vide. Le matelas était tiède, mais dans cette atmosphère ça n'avait rien d'étonnant. Il tendit l'oreille ; un pigeon roucoulait au-dehors, un faible bouillonnement provenait des chaudrons dans la pièce adjacente. Le reste n'était que silence, à peine troublé par son soupir ténu. Elle était partie.
Il mit du temps à sortir du lit. À quoi bon se lever ? On était dimanche, et personne ne l'attendait pour le petit déjeuner. Il n'enfouit pas le nez dans son oreiller : il détestait les clichés de ce genre. En outre, il n'en avait pas besoin pour sentir son odeur.
Il prit appui sur un coude pour se redresser et repoussa d'une main les cheveux qui lui tombaient dans les yeux. Lorsque ses doigts entrèrent en contact avec son crâne, il se souvint de ses doigts à elle, après, effectuant doucement un geste semblable ponctué d'une délicate rotation du poignet pour faire retomber les cheveux sur le côté.
« Là ! » avait-elle déclaré avec un sourire espiègle, et il avait senti une curieuse crispation au niveau de son estomac à la pensée que son aspect puisse la satisfaire. Curieuse, mais pas désagréable. Encore essoufflé, il s'était contenté de la contempler en silence, allongée près de lui. Dans la lumière des chandelles, sa peau prenait de subtiles nuances miellées par endroits, crémeuses à d'autres moins exposés au soleil, et ses lèvres, pour une fois, étaient framboise.
« Dis-le-lui », avait intimé à Rogue une voix intérieure qui ressemblait fort à celle de Roman.
Mais il s'était tu.
Il finit par se lever dans l'obscurité étouffante et revêtit son peignoir, par habitude plus que par nécessité, avant de sortir de la chambre. Les stores étaient ouverts dans la pièce à vivre où le soleil entrait à flots par les fenêtres basses. Les yeux blessés par cette clarté trop vive, il traversa à l'aveuglette pour se réfugier dans la fraîcheur de la salle de bains.
Le miroir lui renvoya un regard morne sur fond de visage pâle. La cicatrice sur son cou était presque invisible, désormais. Légère, sa main aux ongles vernis y avait glissé depuis la tempe de Rogue, et son sourire s'était fait approbateur.
« Vous mettez toujours de l'onguent de temps en temps, hein ? Ça peut pas faire de mal. »
Toujours, comme en ce moment même où il tendait le cou pour mieux voir la vieille marque laissée par Nagini avant d'y appliquer la pommade.
Sa main avait ensuite filé le long du torse de Rogue jusqu'à son flanc droit, où les vestiges de l'attaque des sarbacanes du lac Prespa dessinaient comme une petite constellation rosée sur la peau.
« Qu'est-ce que vous ne m'aurez pas fait faire, quand même ! » avait-elle soupiré en secouant sa tête aux cheveux noirs tellement plus jolis quand elle n'essayait pas de les coiffer. Son maquillage, estompé par la nuit, lui faisait un regard brumeux.
Il l'avait revue alors, surgissant de nulle part tandis qu'il se vidait de son sang dans l'escalier d'une auberge moldue ; ses gestes précis, sa résolution, l'âpreté de sa voix tendue par la concentration. Un sauvetage rapide et efficace tel celui qu'elle avait assuré dans la Cabane hurlante, autrefois, tandis qu'il était inconscient.
« Dis-le-lui ! » avait ordonné la voix de Roman, mais elle avait ensuite, du bout du pied, effleuré son mollet jusqu'à une autre cicatrice.
« Et ça, c'est quoi ?
– Touffu.
– Touffu ?
– Le chien à trois têtes qui gardait le miroir du Risèd. »
Sa mine perplexe avait étonné Rogue.
« C'était le premier haut fait de l'illustre Potter. Je pensais qu'il vous l'aurait raconté.
– Un chien à trois têtes, ça me dit rien. C'est quoi, cette histoire ? »
Et il s'était retrouvé, nu comme un ver, à trois heures du matin, à lui raconter ce qu'il savait de cette pénible affaire. Elle l'écoutait parler, vive et gentiment railleuse, comme naguère lorsqu'il la préparait aux BUSE : un public agréable. Malgré sa vie aventureuse, sa peau à elle ne semblait pas plus marquée qu'au jour de sa naissance. Connaissant sa réputation, il aurait dû s'en étonner plus tôt ; mais il lui avait fallu la voir se jeter sur un loup-garou en furie pour comprendre ce que témérité signifiait vraiment.
« Dis-le-lui ! » le pressait Roman dans sa tête.
Mais elle changea de position pour se mettre plus à l'aise, et sa hanche arrondie, et son pied sur sa jambe, et sa douceur sous ses doigts, absorbèrent bientôt toute son attention.
En plus d'une mine sinistre, il avait un bouton au coin des lèvres, constata-t-il dans son miroir. Merveilleuse vision pour une merveilleuse matinée. Il grogna et quitta la salle de bains d'un pas lourd pour aller chercher sa baguette afin de soigner cette ulcération douloureuse.
Devant la porte de la chambre, il marqua un temps d'arrêt. C'était tout contre cette porte que ses mains avaient trouvé réponse à la question soulevée par cette robe si audacieuse. Une révélation qui l'avait fait frémir, même s'il s'y attendait un peu.
« Démon », avait-il murmuré à son oreille avec ce qu'il lui restait de souffle, et elle avait pouffé de rire entre ses bras.
D'un coup de baguette, il ouvrit la fenêtre pour aérer la chambre. La vue du lit défait, le drap tout tire-bouchonné, lui arracha un nouveau grognement : il s'en occuperait plus tard.
Quand elle s'était endormie, il avait éteint les chandelles et était resté allongé dans le noir, à l'écouter respirer. Il se demandait comment se passerait le lendemain : y aurait-il de l'embarras entre eux, ou plutôt un thé, un café et, peut-être, des croissants ? À rêvasser ainsi, il avait sombré à son tour sans s'en apercevoir… Il se demanda soudain si Roman, lui aussi, se trouvait condamné à un petit déjeuner solitaire. Certes, elle avait un Portoloin à prendre ; mais elle aurait au moins pu le réveiller au lieu de disparaître sans laisser de traces, comme elle le faisait avec les inconnus.
La baguette dans sa poche, il regagna le living-room. En dépit des chaudrons qui bouillonnaient paresseusement dans leur coin, il y faisait un peu plus frais. S'approchant pour jeter un œil aux préparations en cours – baume anti-brûlures et potion Tue-loup pour Roman –, il s'aperçut que la fenêtre la plus proche était entrouverte. Du temps où il partageait son laboratoire dans la maison Faraday, elle lui faisait la guerre quand il omettait d'aérer, habitué qu'il était à l'atmosphère confinée des cachots de Poudlard. Il l'imagina dans la pâle lumière du petit matin, se glissant entre les chaudrons pour chasser ces vapeurs malsaines avant de s'en aller. S'il était assez tôt, elle avait dû trouver le temps de se changer à son hôtel avant de rejoindre l'agence de Portoloins ; peut-être avait-elle aussi pris un petit déjeuner ?
Il touilla son baume anti-brûlures et baissa le feu sous le chaudron avant de passer derrière le comptoir du coin cuisine. Il avait besoin d'un café, d'un café serré, pour finir de se réveiller.
L'habituel tas de vaisselle l'attendait dans l'évier. Il y piocha une tasse pas trop sale et la rinça sommairement avant d'y verser le liquide brûlant, noir et amer comme il l'aimait. Sur le rebord de l'évier, il remarqua un verre dans lequel quelques gouttes d'eau résistaient à l'évaporation. Il portait de légères traces de rouge à lèvres couleur framboise. Il ne l'avait pas entendue se servir à boire ; elle se déplaçait pieds nus sans doute, silencieuse comme une ombre, comme il savait l'être lui-même.
Pensif, il porta la tasse à ses lèvres et grimaça aussitôt de douleur : il avait oublié ce satané bouton de fièvre ! Abandonnant son café, il fila à la salle de bains pour le faire disparaître sans plus attendre.
L'irritation se trouvait en bordure de sa lèvre inférieure, près de la commissure. Tirant sa baguette de sa poche, il l'examina avec attention dans le miroir. Il ne s'agissait pas d'un bouton, tout compte fait : c'était une petite coupure bénigne, d'un rouge violacé. Avec prudence, il l'effleura du bout de son index et, brusquement, se souvint.
La deuxième fois, au beau milieu de l'action, elle l'avait mordu : un coup de dents rapide et inattendu, une douleur délicieuse qui l'avait aiguillonné au moment précis où il en avait besoin. Il revit son regard où se reflétaient les chandelles, son sourire triomphant ; il sentit à nouveau le goût léger du sang dans sa bouche et sa propre fierté – stupide, peut-être – d'avoir mené la tâche à bien, une fois encore.
On ne manquerait pas de remarquer sa lèvre tuméfiée demain, au bureau ; les plus observateurs de ses collègues verraient bien que cette marque n'était pas un bouton. Après le spectacle qu'ils avaient donné lors du bal, les spéculateurs, Roman en tête, ne se priveraient pas de tirer de ce faisceau d'indices des conclusions affolantes. Affolantes et flatteuses pour quelqu'un qui ne se distinguait ni par son charme ravageur, ni par le nombre de ses conquêtes.
Rangeant sa baguette sans l'avoir utilisée, il retourna dans le séjour. Le café avait tiédi ; il le dégusta lentement, prenant garde à ménager sa lèvre sensible. Une brise douce et parfumée entrait par la fenêtre ouverte. Une abeille égarée bourdonnait près des chaudrons ; elle fit un détour pour renifler sa tasse, avant de repartir par où elle était venue. Le soleil dorait le carrelage, le bois des meubles chatoyait. L'été était-il aussi radieux à Londres ?
Il ouvrit une autre fenêtre et se pencha pour contempler à l'extérieur la rue pavée, tranquille et paisible sous un ciel éblouissant, les toits pointus du quartier magique et, au-delà, le ruban argenté du Danube. Une mélodie lui monta aux lèvres, celle pour laquelle Roman manifestait tant de goût qu'il ne pouvait s'empêcher de la chanter en toute circonstance. Tout bas, sans même s'en apercevoir, Rogue se mit à fredonner.
« Mmh mmh mmh…
Mmh mmh mmh…
It's a new dawn
It's a new day
It's a new life for me
And I'm feeling good »**
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Son sac de voyage jeté sur l'épaule, Alifair arpentait d'un pas allègre le pavé londonien. Un calme endormi régnait sur le Chemin de Traverse ; la plupart des boutiques étaient fermées et il était encore trop tôt pour manger une glace au salon de thé. En passant devant l'immeuble qui abritait l'étude de Me Reubrock, Alifair songea qu'elle devrait aller le voir bientôt pour discuter de la prochaine extension de la gamme Indésirable. Ce n'était pas le tout de régler les détails techniques avec son Thierry préféré : il fallait aussi s'assurer de la légalité de l'opération. Au départ, en effet, elle avait demandé l'autorisation des gens pour mettre leur photo sur des T-shirts puis des posters, pas sur des cahiers, stylos, mugs et trousses à crayons.
Le notaire en profiterait certainement pour relancer le sujet du testament, ce qui agaçait sa cliente par avance. Franchement, vu l'engagement personnel du Ministre en faveur des droits des minorités, comment le gobelin trouvait-il encore à redire au fait qu'Alifair ait désigné Crickey comme son héritière ? Non seulement ce n'était pas impossible d'un point de vue juridique – bien qu'aberrant, tenait-il à préciser –, mais c'était aussi tout à fait conforme aux règles de transmission du patrimoine Faraday inventeurs : en tant que première elfe à accéder à de hautes responsabilités politiques, pionnière de la redécouverte de l'histoire de son espèce par le public britannique, et possible artisan de son émancipation, Crickey s'avérait aussi digne du nom de Faraday que cet aventurier de colonel Fennimore.
« Outre le traumatisme, on ne peut présager des conséquences magiques de ce paradoxe : rendre un elfe propriétaire de lui-même ! » avertissait Me Reubrock.
Pour Alifair, les conséquences étaient aussi simples qu'évidentes : Crickey se retrouverait libre, ni plus ni moins. D'une façon certes un peu brutale, car l'elfe ignorait tout des dernières volontés de sa maîtresse, et celle-ci espérait fort qu'elle ne les découvrirait pas avant de très nombreuses années. Quant au traumatisme, elle savait bien que cet hypocrite de notaire s'en fichait comme d'une guigne. Mais si la position de la commissaire à l'émancipation des elfes évoluait avec le temps, la Moldue ne serait que trop heureuse de la libérer de son vivant, ce qui, sans doute, résoudrait le paradoxe.
Sur ces entrefaites, Alifair franchit l'arche qui ouvrait sur la petite arrière-cour du Chaudron Baveur. Il faisait tellement beau que s'enfermer, ne fût-ce qu'une demi-heure, dans cette atmosphère enfumée lui parut criminel, et elle se félicita d'avoir plutôt donné rendez-vous à Lissa dans un pub moldu doté d'une jolie terrasse.
Lorsqu'Alifair la rejoignit, la jeune sorcière avait déjà choisi une table à l'ombre d'un parasol. En plus d'être un camouflage parfait, sa courte robe à fleurs et ses sandalettes lui allaient à ravir.
« Ouf ! Ça fait du bien de s'asseoir ! soupira la Moldue en prenant place en face d'elle, une chope de bière fraîche à la main.
– Alors, ce bal ? attaqua aussitôt Lissa. Je n'ai jamais eu l'occasion d'y aller mais j'en ai entendu parler : il paraît que c'est quelque chose ! »
Alifair confirma avec force détails enthousiastes qui firent rapidement baisser le niveau de sa boisson : par cette chaleur, parler donnait bigrement soif !
« Je note que tu ne me racontes pas tout, insinua Lissa au bout d'un moment. Tu as rencontré quelqu'un ? Ne me dis pas que tu es rentrée toute seule comme une gentille fille bien sage ? »
Elle-même plutôt du genre sage, Lissa était toujours déconcertée par l'aisance avec laquelle Alifair envisageait les rencontres d'un soir ; elle l'enviait même un peu, sans l'approuver tout à fait.
« Disons que j'ai trouvé de quoi me mettre sous la dent, répondit la Moldue d'un air mystérieux, c'est tout ce que tu as besoin de savoir. »
Elle ne doutait pas que la jeune sorcière aurait adoré être mise au courant des talents cachés du défunt maître des potions de Poudlard. Si un jour Rogue acceptait de revenir d'entre les morts, Alifair savait qu'elle ne pourrait pas longtemps tenir sa langue : la perspective d'une conversation grivoise avec son amie serait bien trop tentante !
La discussion roula ensuite sur l'anniversaire de Lissa puis les dernières nouvelles de leurs connaissances communes.
« Argus m'a envoyé une carte postale de Bali, annonça la jeune sorcière. Tu vas sûrement en recevoir une, toi aussi. Apparemment, Miss Teigne aime beaucoup la cuisine locale ! Et George a fait paraître une annonce dans la Gazette pour se trouver un adjoint et remplacer son frère.
– Je suis drôlement contente que Ron ait décidé de sauter le pas, déclara Alifair. En plus, il est super équipé avec cette tente magique !
– Je ne suis pas sûre qu'il soit très fixé sur son itinéraire, fit Lissa, songeuse. La dernière fois, il parlait de l'Espagne, mais il me semble que je ne sais plus qui l'a vu acheter un billet de Portoloin pour Varsovie… »
Alifair avala de travers. La Pologne et la Hongrie ne possédaient certes pas de frontière commune, la couverture de l'ancien professeur de Ron n'en serait pas moins compromise si les deux se retrouvaient dans la même aire géographique ; et si par malheur ils venaient à se croiser, sur qui ledit professeur ferait-il retomber la faute ?
« L'Espagne, c'est bien, décréta Alifair avec fermeté en espérant ainsi infléchir le cours de l'avenir. Soleil, plage, tapas, corrida : c'est quand même plus exotique.
– En parlant d'exotisme, rebondit Lissa, il paraît que Pip et son nouveau patron sont allés traîner du côté de l'Allée des Embrumes…
– Non ! Qu'est-ce qu'il lui prend d'emmener un elfe libre dans un endroit pareil ? s'indigna Alifair. Il veut qu'on lui coupe la gorge ?
– Osborne était absolument ravi, à ce qu'on dit, objecta Lissa. Va savoir lequel des deux encanaille l'autre… »
Leurs verres vides, elles rentrèrent un instant afin de passer une nouvelle commande. La chaîne stéréo du pub diffusait une musique moldue qu'Alifair écouta distraitement tout en déchiffrant la carte des boissons affichée au mur.
« Je crois que je vais prendre un cocktail, décida-t-elle. Et toi ? »
Lissa ne répondit pas. Bien loin de se soucier de l'apéritif, elle semblait avoir complètement oublié ce qu'elles faisaient là. Les yeux brillants, elle se pencha vers Alifair pour lui murmurer avec excitation :
« J'adore cette chanson ! Tu la connaissais ? C'est quoi, le titre ? Je la veux à mon anniversaire ! »
« Oh, oh, oh, go totally crazy
Forget I'm a lady
Men's shirts, short skirts
Oh, oh, oh, really go wild
Yeah, doin' it in style
Oh, oh, oh, get in the action
Feel the attraction
Color my hair, do what I dare
Oh, oh, oh, I wanna be free
Yeah, to feel the way I feel
Man, I feel like a woman! »***
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Scène post-générique
« Il va mieux, n'est-ce pas, docteur ? »
En cette belle après-midi d'été, Maddie van der Waals rendait visite à son frère. Elle arriva en même temps que le médecin venu pour un contrôle. Ce fut Marisol qui leur ouvrit car Nate prenait l'air dans le jardin. Avant de le rejoindre, Maddie en profita pour glisser quelques mots au praticien.
« Mieux, oui, on peut dire ça, répondit prudemment ce dernier. Mais n'allez pas croire qu'il soit sorti d'affaire.
– Tout de même, il a pu rentrer chez lui et reprendre une vie presque normale, souligna-t-elle.
– Il est autonome pour les tâches du quotidien, nuança le médecin. Il ne se perd plus dans le quartier et il devrait bientôt pouvoir reprendre le volant, ce qui constitue un net progrès. Mais il reste très confus. Il se prend pour un acteur.
– Il est acteur, répliqua Maddie.
– Je veux dire qu'il se prend pour un autre acteur… Comment s'appelle-t-il, déjà ? Ils se ressemblent pas mal, c'est vrai, mais l'autre est beaucoup plus jeune. »
Confortablement installé sur un transat au bord de la piscine, une carafe de citronnade à portée de main, Nate lisait un numéro de Spiderman. Il les accueillit avec chaleur et Maddie se sentit aussitôt rassurée : il avait bien meilleure mine que la dernière fois qu'elle l'avait vu.
« Bonjour, mon ange, le salua-t-elle avec tendresse. Comment tu te sens ?
– Est-ce que vous savez qui je suis ? » attaqua aussitôt le médecin en s'asseyant près de son patient.
Nate gloussa de rire.
« Évidemment que je sais qui vous êtes, docteur !
– Et elle ? insista le médecin en montrant la jeune femme.
– C'est ma sœur, répondit Nate d'un air amusé. Maggie.
– Maddie, corrigea le médecin.
– Peu importe, balaya-t-elle, agacée. Ce n'est qu'un nom. »
Nate était manifestement redevenu lui-même ; quelle importance s'il s'embrouillait un peu dans les prénoms ? Si c'était là la seule séquelle qu'il conservait un mois après son accident, Maddie ne voyait pas pourquoi le docteur se montrait si pessimiste.
Appuyée contre la carafe de citronnade, une carte postale attira son attention.
« C'est le London Bridge ? s'informa-t-elle.
– Tower Bridge, corrigea Nate. C'est Pip qui me l'a envoyée.
– L'ancien chauffeur des Malefoy ? s'étonna Maddie. Celui qui a disparu du jour au lendemain sans même donner sa démission ? Ils ne l'ont donc pas enterré sous les plates-bandes, au temps pour moi. Je ne savais pas que vous étiez proches.
– Vous vous souvenez de Pip ? demanda le médecin en scrutant Nate avec attention. Ou simplement d'avoir lu son nom sur la carte ? »
Démasqué, le jeune homme hésita puis baissa la tête. Son enjouement semblait s'être subitement envolé. Le cœur de Maddie chavira dans sa poitrine et elle lança au médecin un regard chargé de reproches. Celui-ci préféra mettre les choses au clair.
« Et vous, reprit-il, pouvez-vous nous dire qui vous êtes ?
– Moi ? s'étonna Nate. Ce n'est pas parce que j'ai oublié Pip que je perds la boule !
– Personne n'a dit ça, répliqua tranquillement le médecin. Mais il vous est arrivé de ne plus très bien vous rappeler qui vous étiez, vous le savez. »
Nate soupira. À chacune de ses visites, le docteur lui posait la même question, et chaque fois il se trompait dans la réponse. Comme s'il lui était impossible d'enregistrer cette information pourtant capitale entre toutes. Il se concentra sur le nom qui lui vint spontanément à l'esprit, espérant que cette fois serait la bonne.
« Je m'appelle Jake… Jake Gyllenhaal. »****
Au regard qu'échangèrent Maddie et le médecin, Nate comprit qu'il s'était encore trompé.
* I will always love you, chanson de Dolly Parton, dans l'interprétation de Whitney Houston.
** Feeling good, chanson écrite par Anthony Newley et Leslie Bricusse, interprétée notamment par Nina Simone.
*** Man! I feel like a woman!, chanson de Shania Twain.
**** La réponse à l'énigme du début que tout le monde a oubliée :)
Un dernier mot pour vous remercier tous et toutes de m'avoir suivie jusqu'ici, certains depuis presque 4 ans (le début de cette histoire), voire depuis la toute première rencontre d'Alifair avec un loup-garou, le 28 février 2016... C'est fou ce que le temps passe vite !
J'espère que vous aurez pris plaisir à cette nouvelle aventure. Si quelques-uns se lancent un jour dans une relecture et constatent des incohérences, n'hésitez pas à me les signaler : je finis par oublier des choses, moi aussi :)
Vous l'aurez remarqué, un certain nombre de questions restent sans réponse : Narcissa obtiendra-t-elle le divorce ? Les elfes britanniques gagneront-ils leur émancipation ? Roman s'est-il lui aussi réveillé tout seul ? Rogue et Alifair se retrouveront-ils ? Je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez :)
