Cet OS a été écrit à l'occasion d'une Nuit du FoF, sur le principe d'une heure pour un thème. Le thème de 21h était "Traitre" et voilà ce qui est sorti de ma petite tête. Les Nuits ont lieu chaque mois, n'hésitez pas à nous rejoindre ! =D
Warning : Injures et violences (ça reste raisonnable à mes yeux, mais bon, je préfère prévenir)
- Sale traitresse ! éructa Greggo en vomissant des gerbes de salive moussue. Putain de trainée !
Vann, jusqu'alors entortillée sur elle-même pour atteindre les ampoules situées bien loin sous le tableau de bord du speeder, sursauta avec violence. Sa tête heurta du métal et elle lâcha un cri en plus de son outil, lequel dégringola tout au fond du moteur avec une série de tintements.
- Sors de là, vermine !
La jeune femme se rengorgea avec difficulté. Autour de ce speeder, il n'y avait qu'elle et Klorr, un Kitonak qui, malgré ses rondeurs improbables, n'en était pas moins de genre masculin. Il n'y avait aucun doute, c'était après elle que Greggo en avait. Elle en perdit ses couleurs, haletante et terrifiée, incapable de se décider à sortir du véhicule.
Le propriétaire décida pour elle. Sa grosse main moite se referma sur sa cheville et tira brutalement pour l'extraire de la carlingue. Elle tenta instinctivement de se raccrocher au siège, mais il lui fut impossible de lutter contre la force brute du géant. Elle ne put que lâcher un autre cri, de douleur plus que de surprise cette fois, alors qu'elle laissait une poignée de cheveux dans un interstice de la mécanique.
- Tu m'as planté un couteau dans le dos, salope ?
La jambe que Greggo ne tenait pas battit l'air avec désespoir. Vann devait se contorsionner pour regarder le visage de son patron, et tout ce qu'elle parvenait à voir, c'était le menton violacé, dégoulinant de bière épaisse, d'un gigantesque monstre en colère. Elle cilla : son sang lui montait déjà à la tête et sa vue se troublait.
- De quoi tu parles ? s'égosilla-t-elle.
- Des putain de flics, à ton avis ! Qu'est-ce que t'as été leur raconter, hein ?
- Mais quels flics ? cria Vann de plus belle, cherchant à couvrir les beuglements avinés de Greggo. Bordel, j'ai pas quitté le garage depuis près d'une semaine, de quoi tu parles ?
Le monstre poussa un rugissement de colère et d'agacement, avant d'envoyer bouler l'humaine qui commencer à peser sur son bras. Le choc avec le sol vida ses poumons, puis Vann glissa jusqu'au corps évidé d'une vieille machine industrielle. Là elle émit un gémissement en réponse à la douleur qui lui vrillait les côtes.
- Me prends pas pour un con, raclure de shpack ! gronda Greggo. Ils étaient plutôt bien renseignés sur un certain trafic de Balistas qui aurait lieu ici. Alors ?
Vann toussa, s'efforçant du mieux qu'elle pouvait à se mettre debout.
- Alors quoi ? cracha-t-elle.
- Alors il manque quatre douilles à l'inventaire, siffla le géant en se rapprochant d'elle. Quatre douilles… Et je sais qu'il y avait un Jedi, ici, ce matin.
Les yeux de la jeune femme roulèrent sur la face du monstre. Elle se rendit compte trop tard que sa réaction avait été trop rapide et pas assez réfléchie. Jusqu'ici, il supposait fortement qu'elle avait craché le morceau – maintenant, il en était certain.
- Je vais te tuer, charogne ! explosa Greggo en se ruant sur elle.
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- Morte, annonça l'adolescent qui la toisait.
La bouche de Vann se resserra en une moue agacée. Obi-Wan, alors âgé de treize ans, la toisait avec dédain. Son sabre d'entrainement pressait sur la poitrine de son adversaire. Il avait gagné ce combat. Il gagnait tous les combats.
Il soupira, roula des yeux et s'éloigna. Tout ça était ridicule. Cette fille n'était qu'un animal sauvage, agressif et borné, terriblement prévisible. Se battre contre elle n'était d'aucun intérêt : il parait toutes ses attaques, ignorait ses bravades, la désarmait avec une facilité déconcertante… Il n'y avait rien qu'elle puisse faire contre lui.
- Maitre, pourquoi est-ce que je ne peux pas me battre contre vous ? demanda-t-il.
Droit comme un I, les mains jointes sur son sabre qu'il tenait bas, le respect qu'il portait à Qui-Gon était sans équivoque. Mais celui-ci, plongé dans la lecture d'un livre magnétique qui semblait compliqué, ne paraissait pas le remarquer. Il agita la main :
- C'est contre elle que je veux que tu te battes, répondit-il avec calme, sans lever les yeux de sa lecture.
- Mais pourquoi ? insista le garçon. Elle est…
Il tourna les yeux vers elle. Vann se massait l'épaule furieusement en traversant la pièce à pas lents, puisque c'était là-bas que son propre sabre d'entrainement avait volé. Elle se gratta la tête et laissa échapper un soupir qui tenait presque de l'aboiement.
- Elle est nulle, conclut Obi-Wan.
- Si c'est ce que tu crois, alors elle pourrait bien te surprendre, mon jeune Padawan.
L'adolescent fronça les sourcils. Sa grimace exprimait clairement ses doutes à ce sujet. Enfin, Qui-Gon leva les yeux et les posa sur son apprenti. Sa douceur et sa tendresse frappèrent Obi-Wan, comme à chaque fois. Son Maître avait cet incroyable capacité à le réconforter et le réchauffer d'un simple regard.
- Tu crois que ce combat est inutile, Obi-Wan, dit-il, mais tu dois bien comprendre qu'aucun combat n'est inutile. Même le plus déséquilibré des combats est important. Il apporte une leçon. A toi de la trouver.
Obi-Wan grimaça à nouveau et jeta un coup d'œil désabusé à la fillette. Celle-ci avait ramassé son arme et s'avançait vers lui, l'air décidé et prête à se battre à nouveau.
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- Redescends, fille de chienne ! rugit Greggo.
Vann, perchée sur le plus haut bras mécanique de l'engin qui lui servait de perchoir, retint sa respiration. Elle avait deux choix : descendre, se faire passer à tabac par son patron et, au mieux, s'en tirer avec quelques contusions ou s'enfuir, vite et loin, et perdre le seul emploi qu'elle avait pu trouver jusque là.
Greggo lâcha un rugissement bestial et une bouteille à moitié pleine s'écrasa juste sous les pieds de la jeune femme, éclaboussant son pantalon. Elle expulsa tout son air. Le choix était finalement facile à prendre : hors de question de se laisser mourir aujourd'hui.
Avisant une fenêtre un peu plus haut, elle sauta les deux petits mètre qui l'en séparait et se faufila au dehors, tâchant d'ignorer les hurlements de fureur qui lui venaient d'en dessous.
