Bjr je reviens d'entre les morts avec mon chapitre

J'ai reçu une review récemment d'une personne très sympa qui m'a demandé si la fic était toujours en cours eh bien grâce à toi elle l'est, puisque visiblement cette fic intéresse encore une personne sur cette terre ! miracle, donc merci à toi Oratorius

Plus sérieusement j'écris pas mal sur Jujutsu Kaisen et genshin maintenant mais j'aime beaucoup cette fic d'où ma volonté de la finir un jour, préférablement avant la fin des temps

Ma bestie eating-flowers m'a fait remarquer que j'avais pas update depuis un an et trois mois donc c'est un miracle si y'a encore quelqu'un pour lire cette fic mais on sait jamais. Merci à elle d'avoir relu ce chap by the way love u

Bonne lectureeeee


CHAPITRE 4


Kuroo ne savait jamais à quoi s'attendre lorsque Sakusa Kiyoomi passait la porte de son bureau. Son visage n'avait que deux expressions : neutre, celle qu'il garderait probablement si on lui annonçait la mort de l'un de ses employés, et dégoûté, qu'il choisirait sans doute si on lui demandait de prononcer quelques mots à leur enterrement.

Lorsqu'il toqua quatre coups contre le bois de la porte cet après midi là, trois semaines après l'embauche de Kuroo, il avait revêtu la première expression. Kuroo se raidit derrière son écran et lui offrit son sourire le plus aimable. Personne n'aimait que son responsable se pointe sans crier gare une heure avant la fin de la journée. Après avoir refermé la porte derrière lui, Sakusa prit place dans l'un des fauteuils en cuir qui faisaient face au bureau de Kuroo.

— Bonsoir Kuroo, fit Sakusa. J'ai une nouvelle tâche un peu...spéciale, à te confier.

Kuroo acquiesça alors que Sakusa sortait une feuille de papier de la poche intérieure de son costume bleu nuit. Il espéra de toutes ses forces que cette nouvelle mission n'impliquait pas de noter à la main des dizaines de transactions comme la fois précédente.

— Je voudrais que tu épluches ces comptes et que tu me dises si tu trouves quoi que ce soit d'anormal.

Kuroo prit la feuille en fronçant un sourcil.

— Qui s'occupait de ces comptes ? Tu as des doutes sur un de nos employés ?

Sakusa pinça les lèvres.

— Je ne peux rien te dire pour l'instant.

Kuroo tenta d'insister.

— Je serai plus efficace si je savais ce que je cherche.

Sakusa le regarda dans les yeux durant la minute qui sembla être la plus longue de la vie de Kuroo. Ignorant totalement sa question, il lança :

— Tu as une bonne mémoire ?

Kuroo sentit à cet instant précis qu'il avait visé trop bas en demandant au ciel de lui épargner les rapports manuscrits.


— Et il t'a dit que tu devrais tout retenir par coeur ? s'exclama Bokuto. C'est un malade !

Kuroo se massa les tempes.

— Ne parle pas si fort, il est bien capable d'avoir des espions partout.

Il n'avait évidemment rien révélé de confidentiel à Bokuto, il tenait à son job, merci bien. Cependant, il s'était permis au détour d'une seconde bière avec son meilleur ami, d'évoquer la requête encore plus étrange que les dernières que son supérieur lui avait soumise.

Kuroo n'avait jamais été aussi heureux de voir un jeudi se terminer. Prendre sa sacoche en cuir - aussi neuve que son job - éteindre l'écran de son ordinateur et fermer son bureau à double tour était indéniablement le moment le plus apaisant de sa journée. Descendre les quarantes étages qui le séparaient du sol dans l'ascenseur en verre lui faisait toujours l'effet d'une téléportation vers le monde réel - un monde où les gens ne se résumaient pas à une suite de chiffres sur son écran et à la confiance que l'on pouvait avoir dans leurs rentrées d'argent.

Bokuto était son point d'ancrage favori dans le monde réel. Assis à côté de lui sur le tabouret de bar d'un établissement bondé dont l'odeur de friture allait rendre son costume impossible à remettre pendant des jours, il se sentait plus léger qu'il ne l'avait été depuis des semaines. Il avait beau avoir oublié leur rendez-vous la fois précédente et n'être disponible qu'une fois tous les 36 du mois, Kuroo chérissait chaque instant passé à ses côtés. Sauf lorsqu'il pensait pouvoir finir sa bière sous son nez sans qu'il s'en aperçoive.

— Tu m'en dois une, enfoiré.

— Oh allez, t'es plus riche que moi.

— Tu oses me mentir les yeux dans les yeux ? s'esclaffa Kuroo. C'est pas parce que je porte un costume de pingouin que je suis riche. L'argent des banques, c'est pas nous qui le ramenons chez nous, tu le sais rassure moi ?

Deux autres bières plus tard, Kuroo avait quelque peu revu son jugement.

— En fait, c'est pas moi qui le ramène chez moi, mais si on parle des actionnaires...

Bokuto lui frappa un grand coup dans le dos et Kuroo manqua de rentre les raviolis de crevettes qu'il avait mangés deux heures auparavant.

— Je le savais ! Tous des requins, ces banquiers.

— Employés de banque, si tu permets, bafouilla Kuroo, qui commençait à voir légèrement flou.

Bokuto s'adossa sur sa chaise et rejeta la tête si loin en arrière qu'il manqua de basculer en arrière. Kuroo l'attrappa par le bras in-extremis. Le gérant du bar leur jeta un regard à mi-chemin entre la lassitude et l'envie de les jeter dehors.

— On ferait mieux de rentrer, dit Kuroo. Je travaille demain.

Bokuto éclata de rire.

— On va prendre un mètre de shots, patron.

Le patron en question haussa les épaules avant de sortir les verres. Kuroo sortit son portefeuille et lui tendit sa carte. Il pouvait presque se voir dans le reflet du bar nettoyé jusqu'à ce qu'il brille. Il n'avait pas bonne mine.

— Après celui là, on s'en va, promit-il autant à lui même qu'au barman.

Kuroo et Bokuto quittèrent en effet le bar après avoir terminé le mètre de shots, titubant comme deux saoulards, bras dessus bras dessous. L'air de Tokyo s'était considérablement rafraîchi entre le moment où ils étaient entrés dans le bar et celui où ils l'avaient quitté.

Aucun des deux n'étant en état de conduire, Kuroo tenta de déverouiller son portable pour appeler un taxi et dû s'y reprendre à trois fois avant de parvenir à taper correctement son code. A sa droite, Bokuto bougonnait quelque chose qu'il comprenait à peine.

— On pourrait marcher jusque chez toi non ? proposa Bokuto. J'ai pas envie de rentrer maintenant...

Kuroo soupira.

— On en a pour une heure, à pied.

Bokuto haussa les épaules et ce simple mouvement ramena Kuroo droit dans un milliard de souvenirs de la fac où son meilleur ami avait simplement dit « Et alors ? » et où la soirée s'était terminée de la même façon : par un réveil douloureux.

Kuroo était un adulte de vingt-neuf ans responsable et tout à fait capable de dire non à son meilleur ami lorsqu'il lui faisait une demande déraisonnable. Pas vrai ? Toutefois, ces dernières semaines avaient été particulièrement éprouvantes et une heure de plus avec la personne qu'il appréciait le plus sur cette terre ne se refusait pas vraiment.

Où en tout cas c'est ce qu'il pensait jusqu'à ce que Bokuto lui pose la question fâcheuse, celle à laquelle il tentait vainement de ne plus penser parce qu'il était plus que temps de tourner la page.

— Et avec ce mec odieux de ton travail, ça va ?

Kuroo poussa un long soupir qui en disait long sur sa souffrance au quotidien. Il n'y avait pourtant pas grand chose à dire sur le sujet.

— C'est le néant. On s'échange bien quelques regards assassins quand on se croise dans l'ascenseur, mais nos interactions s'arrêtent là.

Rien à voir avec leur première rencontrent, où ils auraient mieux fait de ne pas autant interagir l'un avec l'autre. Kuroo sentit ses joues s'échauffer - il avait décidément trop bu d'alcool ce soir, mais pas de surprise de ce côté là. S'il seulement il avait reposé le dernier verre et le liquide bleu qui s'écrasait sur ses parois, il en serait resté là.

Au lieu de cela, il se tourna vers Bokuto et ouvrit sa bouche pour lui parler de Daishou pendant une demi-heure entière. Alors que les rues de Tokyo défilaient sous leurs pieds et que Kuroo les guidait machinalement jusque chez lui, il parla à son meilleur ami de la façon dont Daishou avait de dégager sa mèche de devant ses yeux comme un petit prétentieux à la Drago Malefoy, de la voix qu'il prenait lorsqu'il s'adressait à lui comme s'il était en train de parler à un demeuré, de ses costumes qui n'étaient jamais d'une couleur normale, de la fois où il s'était ramené avec un sac en véritable peau de serpent, de son culot de lui faire une scène dans les toilettes de la boîte alors que lui-même l'avait emballé dans des toilettes la veille au soir.

— Non mais tu te rends compte de l'audace de ce type ? s'écria Kuroo en donnant un coup de pied dans la poubelle de quelqu'un.

— Mec, soupira Bokuto. On est arrivés, sors tes clés je meurs de froid.

Kuroo baissa les yeux vers la poubelle qui était en effet la sienne. Il déverouilla la porte d'entrée de son immeuble et les deux amis s'engouffrèrent dans le hall chauffé en soupirant de soulagement. Pratiquement affalés l'un sur l'autre dans l'ascenseur, ils ne bougèrent pas d'un pouce avant que celui ci ne s'arrête à l'étage de Kuroo.

— Tu sais, mumura ce dernier, ses longues jambes allongées en travers du canapé de Kuroo, alors qu'il buvait une tisane, tu penses encore beaucoup à ce type pour un coup d'un soir.

Allongé confortablement dans son fauteuil préféré, la tête renversée et les yeux rivés sur son plafond, Kuroo secoua la tête.

— Quand je suis bourré je me mets à rager, tu sais bien. Tout ira mieux demain matin.

Bokuto jeta un oeil à l'horloge allumée au dessus de la cuisine ouverte de Kuroo.

— Toi et moi on saura que demain ça sera horrible, mec. Et tu devrais arrêter de repenser à ce type. Peut-être que c'était un bon coup, mais tu vois bien qu'il en vaut pas la peine. C'est un pauvre type.

Kuroo acquiesça en prenant une nouvelle gorgée de sa tisane.

— T'as sûrement raison.

Il l'espérait presque. Histoire de se convaincre totalement qu'il n'avait rien à regretter.


Daishou regardait sa liste de tâches dans le coin supérieur droit de son écran d'un air assassin. Peut-être que s'il espérait assez fort, ses yeux se changeraient en lasers et pulvériseraient son écran, et sa mission du jour avec. Son cauchemar tenait en trois mots : Rdv Kuroo Tetsurou. Il lui avait envoyé un message le matin même pour lui signifier qu'il avait besoin de ses services et qu'il espérait qu'il puisse libérer une heure sur son emploi du temps de l'après-midi. Le tout avec délicatesse et subtilité, évidemment.

Le chargé de patrimoine pensait avoir passé l'âge où, anxieux, il espérait presque que les destinataires de ses emails ne répondent jamais histoire de ne pas avoir à poursuivre ces échanges impersonnels et qui le mettaient mal à l'aise. Il était depuis longtemps passé maître dans l'art de donner l'impression que tous ces échanges étaient le moment le plus agréable de sa journée et que rien ne le passionnait plus que de gérer la fortune de millionnaires avides de gagner encore plus d'argent. Il n'avait plus l'âge de craindre qui que ce soit, et encore moins quelqu'un de moins important que lui dans la hiérarchie de la banque.

Pourtant, lorsque l'îcone de sa messagerie s'illumina en rouge, il prit une longue inspiration.

Dis moi que tu es pris cet après-midi, dis moi que tu es pris cet après-midi...

Lorsque Daishou cliqua sur l'icône rouge en forme d'enveloppe, il fut une fois de plus déçu.

Bonjour Daishou-san,

Je suis disponible à dix-sept heures, si ça te convient.

Kuroo

Daishou renversa la tête en arrière dans son fauteuil et passa une main dans ses cheveux, ruinant sa coiffure au passage. Il n'était que onze heures et il lui fallait déjà ressortir son peigne.

— Quelle journée de merde, marmonna t-il en bricolant un mail aussi court que celui de Kuroo pour lui répondre que l'horaire lui convenait.

Il décala deux rendez-vous et téléphona à Oikawa pour lui demander s'il était libre pour déjeûner.

— Alors, c'est cet après-midi que commence ta formidable collaboration avec Kuroo ? lança Oikawa en lui faisant un clin d'oeil.

Si Daishou n'avait pas été en train de déguster les meilleurs raviolis aux légumes de tout Tokyo avec, il lui aurait volontiers planté ses deux baguettes dans les yeux.

— J'ai envie de me tirer une balle dans la tête, fit Daishou en avalant un autre ravioli.

Oikawa tendit le bras pour lui en voler un, mais Daishou l'en dissuada d'un seul regard.

— Oh allez, ça va pas être si terrible que ça.

— Tu parles, gromella Daishou en prenant une gorgée de son thé glacé.

Il oublait toujours que le thé de cet établissement n'était pas du tout sucré et avait par conséquent un goût infâme. A l'image de cette journée, pour rester dans le thème.

— Parlons plutôt de moi, dit Oikawa, qui n'avait aucun mal à recentrer la conversation sur sa personne préférée après Akaashi : lui-même. Je vais demander à Akaashi de m'épouser.

Daishou leva les yeux au ciel. Oikawa disait ça depuis des années. Il n'en croyait pas un mot. Il était maudit et devrait l'entendre parler de son amour pour son assistant jusqu'à la fin des temps, inutile d'essayer de lui faire croire que son calvaire allait prendre fin.

— Voyez-vous ça, ricana Daishou.

— Moque-toi si tu veux, mais je vais vraiment le faire, répliqua Oikawa en pointant l'une de ses baguettes vers Daishou d'un air menaçant.

Daishou posa son verre et croisa les bras.

— Et qu'est-ce qui t'as convaincu ?

Oikawa eut un sourire béat qui lui donna l'air encore plus stupide que d'ordinaire, mais Daishou ne put s'empêcher de l'envier l'espace d'un instant.

— Hier soir avant que tu m'appelles, il s'est passé quelque chose. On plaisantait, un peu comme d'habitude, et je pense que si le téléphone n'avait pas sonné je l'aurai carrément embrassé. Je l'aime, c'est plus fort que moi.

Daishou acquiesça. S'il avait pu se plaindre à Mika il l'aurait fait, cependant elle était la source de ses malheurs, la veille.

— Et comment tu vas t'y prendre ?

Oikawa lui fit un clin d'oeil.

— Grâce à mon charme irrésistible, je n'ai pas besoin de plan.

Kuroo n'était pas nerveux. Il avait manqué d'avoir une crise cardiaque en voyant l'email de Daishou le matin même et s'était presque persuadé que les six shots de tequila banane de la veille lui donnaient à présent des hallucinations en plus d'une migraine que les antalgiques parvenaient à peine à calmer. Il aurait dû anticiper avec un peu plus d'angoisse sa prochaine entrevue en tête à tête avec lui vu comme la dernière s'était déroulée, mais peut être étais-ce le mélange de fatigue et de sa dernière conversation avec Bokuto, quoi qu'il en soit, il ne se laisserait certainement pas intimider par Daishou, quoiqu'il puisse bien avoir à lui demander.

Lorsque ce dernier entra dans son bureau, à dix-huit heures et pas une minute de plus, sans frapper qui plus est, Kuroo lui offrit un sourire poli, le plus large qu'il pouvait lui offrir à ce stade de sa migraine.

— Bonsoir.

Daishou prit place dans le fauteuil et lui adressa un signe de tête.

— Je me doute que tu n'as aucune envie de me voir, et crois moi c'est réciproque, mais je n'ai pas vraiment eu le choix.

Kuroo se massa les tempes et décida de le laisser continuer sur sa lancée. Daishou avait posé un dossier devant lui sur son bureau et gardait les yeux rivés dessus alors qu'il poursuivait :

— Je dois m'occuper d'un portefeuille de clients très importants et ma hiérarchie a spécialement demandé à ce que je travaille avec l'un des analystes de ton service. Et donc...

Kuroo esquissa un sourire en croisant les bras.

— Et donc Mika t'a dit qu'elle était submergée de boulot alors que moi, c'est bien connu que je me la coule douce.

Daishou leva enfin les yeux pour les plonger dans les siens et Kuroo y entrevit pour la première fois en trois semaines autre choses que du mépris.

— Il paraît que tu es doué. Et j'ai besoin de quelqu'un de compétent.

— Tout le monde l'est ici, je crois.

Un quart de sourire apparut sur les lèvres de Daishou, comme si Kuroo venait de lui annoncer qu'il croyait dur comme fer au Père Noël.

— C'est une idée reçue, j'en ai bien peur.

— ça doit être vraiment important, pour que tu ailles jusqu'à venir demander mon aide alors que tu as clairement envie de me tuer à chaque fois que tu me croises.

— Je passe bien moins de temps à penser à toi que ce tu as l'air de t'imaginer, répliqua Daishou.

C'est dommage, songea Kuroo. Parce que moi, j'ai encore la rage.

— Je dois dire que ça me fait de la peine d'entendre ça. Moi qui pensait que tu m'avais choisi spécialement pour mes talents hors du commun, plaisanta Kuroo.

— Kuroo, soupira Daishou. J'ai pas la journée devant moi. Tu prends le job, oui ou non ?

Kuroo considéra le dossier posé sur son bureau, puis l'expression de Daishou, sensiblement différente de celle dont il avait l'habitude sur ce visage. Il savait à quoi il ressemblait les yeux mi-clos, les sourcils froncés, et maintenant lorsqu'il était en mauvaise posture. Quel était l'enjeu de ces dossiers, exactement ? Et pouvait-il même se permettre de refuser ?

Kuroo songea aux instructions loufoques de Sakusa et à tout ce qu'il devrait mémoriser dans les prochaines semaines, puis à la pile de dossiers déjà entassés sur son bureau. Enfin, il avisa à nouveau les épaules légèrement voûtées de Daishou et sa main refermée sous la forme d'un poing, sur son bureau.

— D'accord, répondit Kuroo. Montre moi ça.

Daishou releva immédiatement les yeux vers lui et posa une main possessive sur son dossier.

— Pas si vite. Je vais t'expliquer exactement comment on va procéder. Réserve ton lundi matin la semaine prochaine, on a du pain sur la planche.

Sur ces mots, il reprit son dossier et quitta la pièce sans plus de cérémonie.

Kuroo serra les dents et retint l'envie d'envoyer valser tout ce qui se trouvait sur son bureau. Il avait réussi à l'avoir. Juste quand il avait pensé entrevoir une once de vulnérabilité sur le visage de Daishou, ce dernier s'était révélé n'être qu'un acteur digne d'un Oscar. Il aurait dû refuser. Ou en tout cas négocier d'autres termes que ceux que Daishou avait l'air d'avoir compris : qu'il serait le seul à décider de la façon dont ils géreraient ce dossier.

Ce type n'était qu'un serpent, une pourriture de la pire espèce, et il avait tenté de croire que ça n'était pas l'entière vérité. Mais serpent ou non, Kuroo serait prêt à sortir les griffes la fois suivante, Daishou pouvait compter là dessus.

Il ne laisserait pas une seconde personne lui donner des ordres mystérieux sans lui donner le moindre contexte sur ce qu'il était en train de faire.


Akaashi avait ressenti dès le matin que cette journée allait être différente des autres. Oikawa n'était jamais en retard, pour commencer. Il passait peut-être trop de temps à faire la queue au Starbucks à sa pause de dix heures, mais il parvenait toujours à arriver avant Akaashi, qui se levait déjà aux aurores.

Pas question que je sois ce genre de patron qui arrive après son assistant, avait déclaré Oikawa lors de sa première semaine.

Si vous croyez que je serai le genre d'assistant qui vivra bien le fait d'arriver après son patron, avait pensé Akaashi.

Il s'était arrangé pour arriver une heure entière avant le début de ses heures normales de travail ce jour-là, simplement pour prouver à Oikawa qu'il avait tort. Et lorsqu'il avait découvert Oikawa à moitié endormi sur son fauteuil, il avait su qu'il avait pour une fois affaire à plus fou que lui. Ils avaient depuis trouvé un compromis, qui était d'arriver à peu près à la même heure : quinze minutes avant l'horaire normal.

Akaashi se prenait constamment des regards affligés de Kenma lorsqu'il mentionnait ses divers rituels avec Oikawa, qui n'étaient que des prétextes pour se faire un peu plus exploiter selon lui.

Je suis chef d'entreprise, je sais ces choses-là.

Akaashi s'était bien gardé de rétorquer à Kenma qu'ils ne travaillaient pas tout à fait dans le même milieu. Avoir ce débat avec son meilleur ami lors des rares moments de tranquillité qu'ils pouvaient passer ensemble était loin de l'intéresser.

Et cela aurait impliqué de lui parler d'Oikawa, de la relation si spéciale - trop spéciale - qu'ils entretenaient, et qui était en partie responsable du fait qu'Akaashi ne voyait pas autant d'inconvénients qu'une personne normale à rester plus tard au travail.

Ce matin-là, Oikawa était non seulement arrivé en retard, mais il lui avait également apporté son thé préféré, qui était vendu dans un salon de thé à plusieurs rues des bureaux de Nohebi, et qui, à la connaissance d'Akaashi ne prenaient pas de commande à emporter. Il n'avait toutefois pas de mal à imaginer que la jeune femme derrière le comptoir ait accepté de faire une exception pour les beaux yeux d'Oikawa - surtout qu'il avait ses lunettes sur les yeux ce matin-là.

— Qu'est-ce que j'ai fait de si exceptionnel pour mériter ça ? lui avait demandé Akaashi après l'avoir remercié.

Ce thé au jasmin était une merveille et il réchauffait doucement ses paumes.

— Tu illumines mes journées, tout simplement, avait répondu tranquillement Oikawa en allant s'asseoir à son bureau comme si de rien était.

Akaashi n'avait rien fait de productif pendant toute l'heure qui avait suivi. Trop occupé à observer Oikawa du coin de l'oeil afin de deviner ce qu'il avait en tête. Ce dernier se contentait de lui sourire lorsqu'il le prenait sur le fait.

Oikawa étant sorti déjeuner avec un Daishou qui semblait décidément passer de plus en plus de mauvaises journées, Akaashi avait passé sa propre pause déjeuner à psychoter devant un plateau de sushi qu'il s'était fait livrer à l'accueil de Nohebi.

— Sashimi saumon et tempura de crevettes ? On est d'humeur pensive, Akaashi ? lui avait lancé Sugawara, qui prétendait pouvoir lire l'humeur des employés de la boîte dans leurs choix de plats.

Akaashi avait été à deux doigts de lui rétorquer qu'il pouvait très bien trouver le formulaire de confidentialité dans laquelle figurait sans doute une clause qui l'interdisait de regarder dans leurs sacs en papiers, mais Sugawara n'ayant visiblement rien à faire de sa vie, il aurait été capable de l'éplucher et de lui prouver qu'il avait tort.

Toujours était-il que lorsque le soleil avait enfin décliné sur Tokyo, Akaashi avait été presque soulagé en constatant que rien d'étrange ne s'était produit malgré ce pressentiment qui avait plané au-dessus de sa tête toute la journée.

Il s'apprêtait à quitter le bureau - cinq minutes avant l'heure habituelle, un miracle, rendu possible par sa peur maladive que son pressentiment se réalise - lorsqu'Oikawa l'interpella au moment où il passa devant son bureau. Le coeur d'Akaashi fit un bond dans sa poitrine.

Putain.

Il n'entendit que d'une oreille ce qu'Oikawa lui disait, trop concentré sur sa main qui s'était posée sur son bras, et sur son visage qui s'était lentement rapproché du sien, comme pour lui murmurer un secret. Figé sur place, il s'exhorta au calme alors que ses yeux plongeaient dans ceux d'Oikawa.

Il savait ce qu'Oikawa avait en tête. Leurs visages étaient si proches qu'il pouvaient presque sentir son souffle se mêler au sien, il avait pleinement conscience qu'il lui suffirait de lever la tête pour prendre les devants sur ce qu'il aurait tôt ou tard décidé de faire.

Il s'était imaginé cette scène tant de fois. Oikawa l'embrasserait si tendrement qu'il serait incapable d'y résister, à en juger par la douceur qui émanait toujours de son regard dès que ses yeux se posaient sur Akaashi.

Et pourtant, peu importe à quel point il en mourrait d'envie, il lui était impossible de céder. Pour autant, il ne pouvait pas envisager de faire comme si de rien n'était.

— Oikawa-san, lança-t-il d'un ton qu'il voulait décidé, affrontant les grands yeux bruns d'Oikawa qui le regardaient avec toute la tendresse du monde. Je pense qu'il serait bon de rétablir un certain professionnalisme dans nos relations.

Akaashi détourna immédiatement le regard de peur qu'Oikawa ne parvienne à y déchiffrer ce qui se tramait dans son esprit à cet instant précis.

Il aurait adoré lui dire oui. Rien ne lui aurait fait plus plaisir que d'accepter ce qui était probablement une invitation à dîner, de franchir cette ligne autour de laquelle ils dansaient constamment. Mais l'un d'eux devait être raisonnable.

En baissant les yeux, il n'avait également pas à voir le visage probablement désemparé de son supérieur, pour qui il avait des sentiments qui dépassaient largement le respect et l'admiration.

Cependant, loin de laisser éclater son incompréhension ou sa colère, Oikawa se contenta de déclarer :

— Oh, je suis désolé Akaashi !

Akaashi secoua la tête et s'apprêta à le rassurer, en lui disant qu'il n'y avait pas de quoi s'excuser, mais Oikawa ne lui en laissa pas l'occasion. Il recula d'un pas et secoua la tête avec un léger rire.

—Pardon si tu as mal interprété ma conduite. C'est vrai que je peux être un peu envahissant mais bon, je suis comme ça, je ne me rends pas toujours compte. Je n'ai jamais voulu te mettre dans l'embarras, en tout cas. Et tu peux dormir sur tes deux oreilles, je suis marié à mon travail, après tout.

Akaashi en resta stupéfait. Il jouait la comédie, c'était évident. Il était impossible d'interpréter sa conduite depuis leur première rencontre sous cet angle, d'imputer les gestes qu'il avait eu à son égard à son simple caractère exubérant.

Mais il lui offrait une porte de sortie. Et elle était presque convaincante. Son sourire faussement gêné, la façon dont il s'était immédiatement éloigné de lui, l'air désolé : il était doué, on pouvait lui reconnaître ça.

— Pas de problème, finit par lâcher Akaashi. Tant que tout est clair entre nous.

— Comme de l'eau de roche, dit Oikawa en lui faisant un clin d'œil. Bonne soirée Akaashi !

Sur ces mots, il passa l'encadrement de la porte et partit sans se retourner.

Akaashi laissa échapper un soupir et jeta un dernier regard à leur bureau désert, qui n'avait pas bougé d'un pouce depuis le début de leur échange. On ne pouvait pas en dire autant de sa relation avec son supérieur.


hahahaha rip Oikawa

Anyway j'espère que ça vous a plu et surtout hésitez pas à laisser une review sinon je vais encore mettre un an et trois mois a update

bisous je vous aime fort ceux qui laissent des reviews

Aeli