Kento Nanami poussa un long soupir. Cette journée n'en finissait pas. Qu'avaient donc tous ces fléaux aujourd'hui ? On lui avait annoncé deux fléaux de classe deux et quelques inférieurs qui pullulaient autour. Certainement pas un essaim de classe trois et pas moins de sept classes deux. A peine en avait-il tué un qu'un autre prenait sa place.

C'était agaçant.

Évidemment, ses adversaires ne lui posaient pas le moindre souci, à part lui faire perdre un temps fou. Il avait horreur de perdre du temps de la sorte. Il desserra sa cravate et accéléra le mouvement. Il songea un instant qu'un exorciste ayant des sorts touchants un grand nombre d'ennemis aurait été tout désigné pour cette mission.

Enfin, il n'allait pas remettre les ordres en causes maintenant.

Impitoyable, il frappa ses opposants les uns après les autres avec une précision terrifiante. Enfin, il frappa le dernier fléau. Un vrai carnage. Il remit sa lame à sa place et resserra le nœud de sa cravate. Il chercha des yeux ou il avait bien pu abandonner sa veste et alla la récupérer des pas las. Il l'enfila exploitant ses muscles fatigués.

Soudain, il se figea.

Il s'était débarrassé de tous les fléaux. Il en était certain. Un lent tour sur lui-même lui confirma qu'il était seul. Pourtant, la sensation persistante d'être observé était bien là. Il sentait le poids d'un regard appuyer sur ses épaules. Qui que ce soit, cette personne avait en stock pas mal d'énergie occulte. Il n'aimait pas cela. Est-ce que cet amas de fléaux n'avait pour unique objectif que de l'affaiblir ? Son véritable adversaire attendant dans l'ombre pour lui porter le coup de grâce ? Il serait sans doute déçu. Certes, il avait combattu un certain nombre d'adversaires, mais il était plus endurant que cela.

Il fit un bon sur le côté et dégaina son arme en sentant un objet chargé d'énergie occulte frôler son visage. Ainsi, l'observation était terminée. En jetant un coup d'œil en arrière, il constata que la cible était en fait un fléau qui s'approchait discrètement de lui pendant que son esprit était ailleurs.

Cette personne venait de le protéger ?

— Soyez plus prudent à l'avenir, Nanami Kento.

Il eut juste le temps de voir une silhouette sortir d'un recoin et s'échapper vers la sortie. Il se dépêcha de sortir du bâtiment. La rue était déserte. Il grimaça. Voilà une remontre bien étrange…

Pendant plusieurs mois, il sentit le poids de ce regard lors de la plupart de ses missions. S'il avait cru cela possible, il aurait été certain d'être maudit. Il découvrit enfin qui s'amusait à le suivre que bien plus tard. Lors d'une mission qui le laissa grièvement blessé. Alors qu'il pensait s'être vidé de son sang, il se réveilla dans un lit confortable avec toutes ses blessures soignées. Sans aucun souvenir de comment il était arrivé ici bien entendu.

Tout du long de sa convalescence, il ne rencontra personne. Qui que ce soit, cette personne s'arrangeait pour passer pendant son sommeil. Sommeil qui résultait sans nul doute d'un sort. Il avait toujours eu le sommeil très léger, blessé ou non.

Quand il fut en état de sortir, on lui indiqua simplement qu'une femme était venue deux fois par jour et avait payé la réservation de la chambre d'hôtel. Il ne savait rien d'autre que le fait qu'elle n'était pas spécialement son ennemie et qu'elle n'était pas trop mauvaise en soin.

Il ragea de ne pas avoir réussi à en découvrir plus. Elle semblait insaisissable. Il détestait cela.

— Un café ça vous dit ?

Il redressa brusquement la tête pour faire face à une jeune femme tout sourire qui devait être à peine plus jeune que lui. Elle avait une longue chevelure rousse, des yeux bruns et portait une robe fleurit.

— Excusez-moi, mais je n'ai pas de temps à vous accorder.

— Ooh, j'aurai pourtant cru que vous auriez apprécié faire ma connaissance, se désola-t-elle. Tant pis pour moi ou pour vous après tous vos efforts. Au revoir !

Il poussa un soupir d'agacement. Ce n'était vraiment pas le jour. Puis, un instant plus tard, il réalisa ses paroles. « Après tout vos efforts, » c'était elle ! Elle était venue à lui après tout ce temps et il l'avait envoyé promener compromettant toutes ses chances de découvrir de quoi il en retournait et ce qu'elle lui voulait. Quel idiot !

Évidemment, elle avait déjà disparu quand il s'en rendit compte.

Il espérait que son « à bientôt » n'était pas qu'une formule de politesse et qu'il la reverrait réellement. Elle avait su piquer sa curiosité. Il voulait savoir.