Cette fic est écrite dans le cadre des Nuits du FoF, sur le thème "Radis", en une heure.
Et voilà pour le second thème de la nuit, qui est aussi le second chapitre.
Petite précision, au niveau de l'aspect UA je vais surement reprends beaucoup de concept du livre, mais aussi en ajouter d'autres si j'ai des idées – comme ici, avec les Secrets. S'il y a besoin d'explications j'en donnerai, mais sinon, c'est que les éléments évoqués seront développés plus tard, ou qu'il n'y a pas besoin de les expliquer.
Bonne lecture !
Les chemins cachés
Dans La maison, il y a des chemins. Les couloirs, d'abord. Et les escaliers. Ce sont les premiers qu'on trouve, les plus évidents, ceux qu'on emprunte tous les jours. Les plus simples à prendre, en théorie. Quand on ne s'appelle pas Saltimbanque, et que Souffle n'a pas emprunté notre fauteuil pour faire la course avec un des Oiseaux quelque part dans La maison. Mais en théorie, nombres de choses ne devraient pas se passer comment elles se passent. En théorie, Flammèche ne devrait pas fumer. Sans cœur ne devrait pas être ici, puisque son corps marche bien. Vanité se serait déjà pris une bonne baigne de la part de ses nombreux camarades, à trop jouer de sa verve. En théorie, oui, les choses ne se passeraient pas comme elles sont en train de se passer. Bien heureusement pour Vanité.
Vanité, justement, se promène au hasard des chemins de la maison. Il est sorti dehors, dans la petite cours externe. Celle qui donne sur l'extérieur, et toutes ces maisons blanches sagement alignées. L'extérieur qui ressemble à un mirage. Il y trainait encore, il n'y a pas si longtemps.
Vanité se promène sur les chemins, parce qu'il a vu Ciel sortir précipitamment, un paquet contre son torse. Alors une fois dehors, il emprunte un autre type de chemin : les Secrets. Les Secrets sont des sentiers que Souffle adore, quand il n'est pas occupé à voler le fauteuil roulant des autres. Pas des sentiers au sens forestier du terme, puisqu'il existe des Secrets à l'intérieur de La maison. Ce sont des voies cachées, dissimulées, qui mènent vers des lieux encore inconnus ou peu fréquentés. Parfois, ce sont aussi des raccourcis, comme le Secret que Lune, un Oiseau bien taciturne, a découvert pour accéder aux cuisines. Et des Secrets, apparemment, Ciel en connait un. Il enjambe une caisse entreposée devant le mince passage qui tient écartés deux bâtiments de la maison, et il se faufile dans ce maigre interstice sans faire de bruit, son trésor entre les mains.
Vanité hésite. Il attend d'abord, craignant d'être surpris. Mais il réalise bien vite qu'il ne pourra pas passer sans aide. S'il veut découvrir où mène ce Secret, il va lui falloir un coup de main. Un coup de main de Log, bien évidemment.
Souffle, il est trop intenable. Ciel, exclu d'office. Saltimbanque, tout autant coincé que lui dans ce genre de situation. Sans cœur, il préfère encore ne pas y penser. L'illusionniste, trop fragile.
Il reste Flammèche. Un seul bras, mais ils devraient pouvoir faire avec.
« - Yo. »
C'est ce que Vanité lâche en entrant dans la chambre où le rouquin se trouve, en train de parler avec des Rats. Yo, ça veut dire viens. Le grand monstre comprend. Il salue ses interlocuteurs avant de rejoindre Vanité dans un coin calme du bâtiment. Ici, il n'y a que La maison pour les entendre.
« - Qu'est-ce tu veux ? » Flammèche demande en s'en allumant une.
« - Ton aide.
- Bah putain, si on m'avait dit que tu la demanderais un jour ! »
Il rit. Tire un taffe. En propose une à Vanité qui refuse en secouant la tête.
« - J'ai trouvé un Secret.
- Sérieux ? » soudain, l'intérêt vient peindre les yeux de l'allumé. « Où ça ?
- Dans la cours, derrière les caisses.
- Ah. Faut que je t'aide à passer, c'est ça ?
- Ouais.
- On va voir si ça peut s'faire. »
Quelques minutes après, ils sont tous les deux devant le chemin découvert. Flammèche fronce les sourcils. Vanité tend l'oreille. Il espère que Ciel est parti. Il n'entend rien, mais le muet n'est pas le membre le plus bruyant du groupe.
« - Ah ouais, ton fauteuil passe vraiment pas là. T'es sûr de vouloir y aller ? J'peux faire l'aller-retour et te raconter ce que j'ai vu, si tu veux.
- Non. J'veux voir.
- C'est chaud.
- C'est ton domaine, alors. »
Le rouquin rit. Il s'approche, essaye de pousser la caisse d'une main, sans succès.
« - T'es vraiment sûr de vouloir rentrer là-dedans ? A tous les coups c'est juste le coin bécot et baise d'un des groupes, y aura rien d'intéressant.
- C'est pas ça. »
Il a vu Ciel s'y rendre. Et Ciel n'est pas connu pour ses tendances bécot baise.
« - T'as l'air sur de toi. » Flammèche remarque en l'observant un peu plus attentivement.
« - Je l'suis.
- Comment t'as trouvé cet endroit ?
- Fais-moi passer et j'te le dit.
- C'est Mule qu'on aurait dû t'appeler, en fait.
- Trop tard.
- Oh, méfie-toi. On en a renommé plus d'un. »
La grande tige finit par s'approcher. Il observe son petit camarade, semble peser le pour et le contre, puis il passe un bras autour de lui pour le poser sur la caisse. Il la franchit d'abord avant de le récupérer ensuite, et le noiraud se laisse trimbaler le long du couloir. Ça débouche sur un interstice un peu plus grand, assez pour que le soleil puisse se frayer un chemin jusqu'au sol. Encadré de mur et de hais. Un coin isolé. Flammèche le pose sur le sol herbeux, un chouia déçu.
« - Tu vois, j'te l'avais dit. C'est juste un coin où les gens viennent s'emballer en douce pour échapper aux rumeurs, ou pour avoir un peu d'intimité.
- Non. C'est pas juste ça. »
Vanité a d'abord pensé comme l'autre, en voyant l'endroit. Rien, pas d'autre accès, pas une sortie secrète qui mènerait dehors, juste cette espèce de petit espace entre le bâtiment principal et l'autre, plus petit, détaché du reste. Mais, en baissant les yeux au sol, il l'a vu. La terre retournée. Les petites pousses qui tranchent avec l'herbe ni vraiment verte ni vraiment jaune. Le carré de potager, caché contre le mur. Alors il se traine à la force de ses bras jusqu'à ce trésor, et il l'observe. Un potager.
Ici, perdu entre deux murs, à peine nourri par le soleil, un potager. Un miracle. Ciel fait des miracles.
« - Wow ! » le brûlé s'approche en remarquant la surprise, étonné. « Bah ça ! Y en a vraiment un qu'est venu planter ses trucs ici ?
- On dirait. C'est possible ?
- Bah, Saltimbanque a bien réussi à faire rentrer sa décoloration pour cheveux grâce aux éducateurs. Alors des graines et deux trois outils, si tu demandes poliment, pourquoi pas. »
Ils se penchent ensemble vers les végétaux qui poussent courageusement. Une rangée de salade, une de radis, une dernière qui ressemble à des carottes. C'est incongru.
« - Qui a un livre de jardinage, chez nous ?
- Aucune idée. »
Ça n'est pas vrai. Vanité sait, parce qu'il a vu Ciel venir ici, son précieux sac de graines entre les pattes. Il sait, mais il ne dira pas. Il détient le secret de quelqu'un d'autre, et l'idée d'être seul à savoir le charme étrangement. Ce sera son secret à lui aussi, maintenant. Et puis, sait-on jamais, les informations sont monnaie précieuse entre les murs de La maison. Et il ne faut pas gaspiller son argent inutilement.
Voilà ! J'espère que cet OS vous a fait passer un bon moment ! Review ?
