Cette fic est écrite dans le cadre des 24h du FoF. Le prompt était Parle-moi de moi (Merci Milou !)

Je profite des 24h du Fof pour avancer un peu ça, surtout que le thème se prêtait à certaines idées que j'ai pour cette histoire. Si vous ne comprenez pas, c'est normal. Vous êtes comme Vanité. Pas d'inquiétude. Même moi, je suis pas trop sûr de savoir où j'ai mis les pieds.

En passant, merci à Ima pour ses reviews ! Et aux gens qui lisent de manière générale !

Bonne lecture !


La voix

D'abord, Vanité a entendu un rire. Un truc un peu égaré, ensommeillé, impossible de savoir à qui c'était. Puis il a perçu l'odeur de la clope. La fumée douce qui s'élevait dans la pièce, invisible pour tous excepté ses narines. Il s'est redressé. Pas de Flammèche dans son lit. Bien sûr. Tous les autres dormaient, ou au moins faisaient-ils semblant.

Encore un rire. Comme des mots. Quelque chose de flou. Et Vanité, la curiosité, c'est un de ses vilains défauts. Il se redresse, tend le bras pour rapprocher son fauteuil et se glisse dessus comme une limace, d'une lenteur extrême. Le noir et la fatigue l'aveuglent, mais avec un peu d'effort, il réussit à faire avancer son fauteuil dans le couloir. Le rouquin n'est pas loin. Pour fumer, il s'est terré dans les toilettes, là où les éducateurs font semblant de ne rien voir. La clope imprègne les murs presque autant que l'odeur de pisse. Le noiraud a connu plus ragoutant.

« - Mesquin. »

Il sent un sourire dans ces mots, une expression qui s'étire tout doucement et qui se rapproche du rire.

« - Oh, fais pas semblant. Bien sûr que tu l'es. Tu serais pas venu, sinon. »

Vanité n'entend aucune réponse. Aussi, il croit d'abord qu'on l'a découvert. Sur ses gardes, il tend l'oreille, guette la prochaine réplique, prêt à en cracher une bien sentie. Il a un nom à défendre, le bougre.

Mais rien ne vient. Le plus étrange, c'est encore que la voix de Flammèche raisonne à nouveau au bout de quelques secondes.

« - Taciturne. Ouais, c'est ça, taciturne. Un peu comme Lune. »

Ah. Là, c'est déjà un peu plus flippant. Soit il parle tout seul, auquel cas l'ébouriffé n'est pas bien sûr de saisir l'utilité d'une telle occupation, soit il existe une option qu'il n'a pas envisagée, et qu'il préfère encore ne pas trouver. A moins que le brûlé n'ait mis la main sur un moyen de communication quelconque, un téléphone peut-être, mais allez savoir où il a pu trouver ça ici sans que personne ne soit au courant.

Vanité se fait plus attentif, cherchant un grésillement, un moindre son qui trahirait l'objet. Rien.

« - Ecoute, c'est toi qui m'a posé la question. »

Là au moins, le louveteau est certain qu'il ne s'adresse pas à lui. Et ça n'est pas vraiment rassurant, au final. Il risquait quoi à ce que Flammèche le découvre ? Ça n'est pas la première fois qu'il épie, et les autres le savent bien.

« - Entêté. Toi aussi on aurait dû t'appeler Mule. »

Encore un rire.

« - Non, bien sûr. T'imagines bien, y a trop de gens à qui ça irait, ça. »

Mais à qui, alors ? A qui il peut bien parler, si ça n'est pas à lui-même ? A qui sont adressés ces mots sans queue ni tête, ces mots que Vanité peine à assembler ? Parce que le discours que Flammèche tient implique une réponse. Ce ne sont pas des paroles jetées dans le vent.

« - Mm. Nébuleux. Ça te va bien, ce mot. »

Plus il parle, et plus l'épieur pense à Lune. Mais il connait la voix de Lune, il aurait reconnu le jeune oiseau de nuit.

« - Cruel. »

Sa voix est plus franche, soudaine. Presque tranchante de malice, mielleuse. Ce timbre imbibé de venin, Vanité ne le retrouve pas souvent dans la bouche de Flammèche. Il ne l'aime pas beaucoup. A ses excès effrayants, le jeune homme préfère la tendresse taquine de ce qui se rapproche le plus d'un ami pour lui ici, même si ami n'est pas vraiment le mot. Il n'a pas vraiment d'ami. Quoi que, Saltimbanque l'appelle toujours Mon pote. Mais il doit dire ça à tout le monde, lui.

« - Si. »

Silence.

« - C'est toi qui est parti. Ne fais pas comme si tu ne le savais pas. »

Rire.

« - Qu'est-ce que j'en savais, moi, que Souffle allait intervenir ? Tu aurais dû le prévoir. »

Souffle ? Plus l'autre parle, et moins le roulant comprend l'enjeu de cette conversation. Il ne s'est pas mis à parler en dormant, au moins ? C'est encore l'explication la plus probable. C'est bien arrivé à leur conteur préféré une ou deux fois, depuis qu'il est ici.

« - C'est ta faute. Fais avec. »

Du bruit. Sur ses gardes Vanité roule en arrière, sans cesser d'écouter la conversation. S'il sait que Flammèche ne lui reprochera rien, il préfère encore éviter d'avoir à lui faire face dans cette situation.

Quoi qu'il pourrait lui demander directement ce qu'il fait ici, à parler tout seul dans les toilettes.

« - Encore ? Elle t'a rendu narcissique et loquace, ma parole. »

Des sourires dans sa voix. Des sourires qui ne rassurent pas.

« - Seul. Ça, ça te correspond bien, tu trouves pas ? »

Il attend une réponse que Vanité n'entendra jamais. Mais soudain, c'est comme une grande peur qui noue le ventre de l'espion. Un froid étrange, une angoisse qu'il ne comprend pas, sans origine. C'est là brusquement, dans son torse. Il inspire. La nausée lui vient. Il recule vivement son fauteuil, percute la poubelle et sort avant que le rouquin n'ait l'idée de quitter son toilette. Encore, il inspire. Expire. Inspire. Son ventre se calme, son cœur retrouve un rythme acceptable et sa tête cesse petit à petit de tourner.

Mais il lui reste quelque chose. Une frayeur, souvenir de ce qui l'a inexplicablement pris aux tripes. Et il est certain que les mots de Flammèche ne sont pas étrangers à cette sensation.


Voilà. Comme toujours, si question il y a n'hésitez pas à les poser. Et si vous voulez participer aux 24h de la nuit du Fof, ça continue jusqu'au 15 Juillet alors n'hésitez pas à venir !