Hanim Chap 7 : Dragon

Hannibal était déçu. Certes, Zeller et Price, les anciens collègues de Will, avaient réussi à retrouver Dortlich, mais ils n'avaient rien concernant Grutas. Grutas était le pire des trois sbires de Mason, celui qui avait tranché la tête de sa sœur et qui avait gardé un air amusé tout le long du repas. Dortlich n'était pas mieux cependant : il s'était empressé de goûter le ragoût fumant et il s'était montré cruel avec lui à plusieurs reprises. Hannibal rêvait de lui faire regretter ses actes passés, mais il n'allait pas en avoir l'occasion. Alors que Will lui rapportait ce que lui avaient appris ses deux collègues du FBI, la bouche de l'hanim forma une moue dégoûtée et ses yeux étincelèrent de colère.

― Alors, il est mort.

― Oui. Un accident sur le chantier où il travaillait, pour son nouveau propriétaire. Il a été écrasé par une machine et il est mort d'une hémorragie interne. On peut dire que le sort s'est chargé à ta place de le punir pour ce qu'il avait fait, dit Will, en tentant de l'apaiser.

― Ça aurait dû être moi, la main du destin.

― Il a souffert, Hannibal. Il avait de nombreuses fractures et il a agonisé durant une dizaine de minutes. Tiens, voilà le rapport de l'accident.

Hannibal s'empara de la copie du dossier et la lut attentivement, avant de la poser sur la table. Il avait beaucoup de mal à accepter que ça se soit terminé comme ça, sans avoir pu parler à son ancien bourreau, mais il ne pouvait rien y faire.

― Pour Grutas, ils vont continuer à chercher ?

― Oui, ils vont continuer. Ils m'ont demandé si tu pourrais le décrire physiquement, j'ai dit que tu pourrais sans doute faire mieux que ça. Je leur ai montré tes dessins, ils étaient très impressionnés. Et moi, très fier.

Hannibal étira les lèvres en un petit sourire qui découvrit ses canines.

― Merci, Will. Je ferai ça à notre retour.

― Je leur transmettrai au plus vite. Tu es prêt à partir ?

― Je suis prêt.

Le jeune hanim s'étira et suivit son propriétaire à l'extérieur, puis s'installa dans sa voiture. Il regarda distraitement par la fenêtre pendant le trajet, du moins lorsqu'il ne regardait pas le professeur. Il n'avait pas envie de parler de leur rapprochement avec Bedelia, cela ne la regardait pas, mais il trouverait bien un autre sujet de discussion. La mort de Dortlich, par exemple. Une fois arrivé devant la demeure de la psychohanim, il se rapprocha néanmoins inconsciemment du brun, qui le remarqua et lui proposa de rester avec lui pour cette dernière séance. Hannibal accepta et ils se retrouvèrent tous les deux assis face à la blonde au regard glacial. La séance se passa comme toutes les autres, si ce n'était que l'ambiance était tendue et qu'elle fut écourtée. À la fin, Will demanda à Bedelia un document attestant qu'Hannibal était apte à travailler, y compris avec des enfants, car il souhaitait toujours donner des cours. Il s'attendait à ce qu'elle se fasse prier, mais pas à ce qu'elle refuse.

― Hannibal a fait beaucoup de progrès, mais je ne suis pas sûre qu'il soit apte à gérer sa colère en toute circonstance. Je ne vous ferai pas ce document, je suis désolée.

― Vous êtes tout sauf désolée, Bedelia.

― Pensez ce que vous voulez, monsieur Graham. Vous pourrez toujours demander l'attestation à votre docteure pour hanims.

― Elle m'a envoyé vers vous, si vous refusez de donner l'autorisation de travailler à Hannibal, vous savez très bien qu'elle ne la lui donnera pas non plus, ne serait-ce que par prudence.

― Peut-être. Vous n'aurez qu'à consulter un autre psychohanim, dans ce cas.

― Au revoir, coupa Will d'un ton sec et il s'en alla, suivit par Hannibal qui avait assisté à l'échange sans dire un mot, mais avait gratifié Bedelia d'un dernier regard de reproche.

Une fois dans la voiture, Will laissa éclater sa colère.

― Quelle horrible femme ! Elle sait bien que je ne pourrais pas t'emmener voir un autre psy tout de suite…

― Ce n'est pas grave, Will. Je peux attendre.

― Mais ce n'est pas juste pour toi.

― On ne peut rien y faire, c'est comme ça, autant le prendre positivement. Moins de travail, plus de temps pour nous.

Même si Hannibal aurait certainement travaillé en même temps que lui, Will apprécia ses efforts pour le réconforter et l'embrassa sur les lèvres. Ils étaient discrets en public, mais ne se cachaient pas non plus. Une fois de retour chez eux, Will fit un peu de sport pour se défouler et Hannibal fit de même, plus pour être avec lui que par goût pour l'exercice physique. L'hanim appréciait néanmoins lorsqu'ils allaient courir ensemble le week-end et encore plus quand ils se rendaient à la piscine, mais ce soir, il se sentait un peu fatigué. Il cessa les exercices avant son maître et le regarda faire, appréciant la vue car ce dernier était torse nu. L'envie de faire un autre type d'exercice ne tarda pas à apparaître, car même si sa période était finie, il avait une libido assez active. Will perçut rapidement son trouble et l'attira contre lui. Ils firent l'amour au milieu du salon et restèrent un moment enlacés avant d'aller prendre une douche. Lorsqu'ils se mirent au lit plusieurs heures plus tard, ils se couchèrent en cuillère, Will contre le dos d'Hannibal.

Le lendemain matin, l'hanim-canin réveilla son amant comme d'habitude et après le petit-déjeuner, lui dit qu'il dessinerait le portrait de Grutas pendant la journée. Will hocha la tête et sourit, ravi que la veille, Hannibal ait totalement oublié le dessin pour une activité commune fort agréable. Au lit, ils s'accordaient merveilleusement bien, très respectueux de leurs désirs. L'excitation due à la découverte du corps et des préférences de l'autre était encore très présente. C'étaient de bons moments, qui les faisaient se détendre et lâcher prise. Mais penser au sexe alors qu'il partait dans quelques minutes n'était pas une très bonne idée. Will arrangea sa cravate, embrassa Hannibal et lui souhaita une bonne journée.

Au travail, il ne se passa rien de notable jusqu'en fin de journée où il vit qu'il avait un appel en absence, provenant du refuge Chilton. Il rappela, même s'il n'était pas certain que quelqu'un lui répondrait à cette heure. Après quelques minutes d'attente, Matthew décrocha.

― Bonsoir, Matthew du refuge Chilton à l'appareil, en quoi puis-je vous aider ?

― Bonsoir Matthew, c'est Will.

― Oh monsieur Graham, je suis content de vous entendre, Frederick a essayé de vous joindre, tout à l'heure.

― Moi aussi, je suis content de t'entendre. J'étais en cours, je n'ai pas pu répondre. Tu sais ce qu'il me veut ?

― Mmh mmh, il voulait avoir des nouvelles d'Hannibal et il souhaitait avoir un entretien avec vous.

― Hannibal va très bien. Pourquoi est-ce qu'il veut me voir ? Je pourrais passer… mercredi après-midi, si ça lui convient ?

― Je note pour mercredi, je vous rappellerais si jamais ce n'est pas possible. Et je ne sais pas pourquoi, il n'a rien voulu me dire.

― Il y a un problème ? Il est encore là ? Si oui, j'aimerais autant que tu me le passes.

Will se méfiait du directeur de l'établissement, même s'il ne voyait pas trop ce qu'il pourrait faire de nuisible contre lui ou son hanim.

― Je vais le chercher… attendez un moment, s'il vous plaît.

Quelques minutes s'écoulèrent avant que la voix bien connue de Chilton ne résonne à l'oreille de l'ex-profiler.

― Monsieur Graham, bonsoir.

― Oui, bonsoir. Qu'est-ce que vous voulez ? demanda Will, n'essayant même pas d'être aimable.

― J'irai droit au but : j'ai besoin de vous. Matthew m'a dit que tout allait bien avec Hannibal, or, vu l'état dans lequel il était en partant d'ici, je n'aurais jamais parié sur un rétablissement. Je pensais qu'il vous mordrait dans la semaine. Mais peu importe. J'ai des problèmes avec Randall. Il se comporte parfaitement bien maintenant, côtoyer les autres hanims du refuge l'a sociabilisé, mais à chaque fois qu'il y a des visites, il se montre agressif.

― Et vous voulez que je vienne l'observer, pour vous dire pourquoi son comportement change lors des visites, c'est ça ?

― C'est ça.

― Qu'est-ce que j'y gagne ?

― Ma profonde reconnaissance et la satisfaction d'avoir aidé un hanim ? Il ne trouvera jamais de propriétaire, à cette allure-là.

― Je suis très occupé et vous êtes psychohanim, vous devriez pouvoir vous débrouiller tout seul.

― Si je vous appelle, c'est que je ne sais plus quoi faire. Ne vous faites pas prier Graham, qu'est-ce que vous voulez, de l'argent ?

Will sourit, songeant immédiatement à la situation d'Hannibal.

― Seulement un document déclarant qu'Hannibal est apte à travailler. Je me suis brouillé avec sa psychohanim, alors elle refuse de nous le fournir.

― Très bien. Venez avec Hannibal, je lui ferai faire quelques tests et nous pourrons conclure notre petit arrangement.

― À mercredi, docteur Chilton.

Will rentra chez lui et mit Hannibal au courant de leur future visite chez le directeur du refuge. L'hanim ne parut pas redouter d'y retourner. Le professeur l'interrogea sur ses sentiments et Hannibal lui répondit qu'il ne portait pas Chilton dans son cœur, puisqu'il l'aurait fait euthanasier sans même tenter de lui venir en aide. C'était toujours la procédure dans le cas où un hanim commettait un meurtre, mais ça ne rendait pas le ressentiment d'Hannibal moins fort et il n'appréciait pas non plus Matthew, qui aurait été l'exécuteur de cette décision, même si ce dernier ne faisait qu'obéir à son maître.

Will se rappela aussi que son compagnon était nu dans une cellule lorsqu'il l'avait rencontré et il avait conclu à ce moment qu'il avait été puni, sans doute pour son comportement agressif. Néanmoins, il posa la question à Hannibal, qui fit un petit mouvement négatif de la tête. S'il était nu, c'était tout simplement parce qu'il avait été récupéré ainsi chez Mason et qu'il ne s'était pas laissé approcher ensuite. Il avait été enfermé presque directement dans une cellule étroite et Chilton n'avait sans doute pas jugé utile de lui fournir des vêtements alors qu'il allait être euthanasié très bientôt. Hannibal promit néanmoins à Will que son ressentiment n'aurait aucune incidence sur son comportement : il serait sage comme une image.

Le mercredi, avant d'entrer dans l'établissement, Will repensa à ces événements et une forte envie de faire disparaître le sourire parfait de Chilton lui vint, mais il resta calme, prenant une profonde inspiration avant de franchir les portes. Il avait besoin d'obtenir ce fichu papier pour Hannibal et il l'obtiendrait, il était déterminé. Ils furent accueillis par Matthew, qui lui sourit largement et ouvrit ses ailes avant de lui serrer la main en roucoulant son nom, mais qui se montra nettement plus froid avec Hannibal. L'hanim ailé salua ce dernier d'un simple signe de tête et prit soin de se tenir assez loin de lui. Il le nargua tout de même un peu en se tenant plus près que nécessaire de Will, mais cessa vite son petit jeu quand l'hanim-canin lui montra les crocs alors que le professeur ne les regardait pas. Matthew entra avec eux dans le bureau de Chilton et vint passer ses bras autour du cou de celui-ci puis frotta son nez sur sa joue avant de se tenir sagement à ses côtés. Cette fois, Frederick ne releva même pas : il savait que Will était au courant pour lui et l'hanim-faucon.

― Bonjour, docteur Chilton. Comment fait-on ? Vous restez ici avec Hannibal pour faire les tests et je vais voir Randall avec Matthew ? demanda Will.

― Non, non, allez-y tous les trois et ensuite vous viendrez avec Hannibal pour le document, d'accord ?

Will acquiesça, se doutant que Chilton redoutait de se retrouver seul à seul avec l'hanim-doberman.

― Très bien, faisons comme ça. Je vais agir comme si j'étais là pour adopter un hanim, pour voir comment Randall réagit. Vous dites qu'en dehors des visites, il est parfaitement calme ?

― Oui, totalement. Regardez...

Le directeur lui montra un écran où l'on voyait Randall en train de discuter avec son voisin de cellule, puis s'installer sur son lit pour lire un peu, très calme en apparence. Comme d'habitude, voir le dénuement des cellules, quasi sans objets personnels et ne disposant que du minimum de confort, serra le cœur de Will, mais il n'était pas là pour craquer et repartir avec un nouveau compagnon. Il se concentra sur Randall qui échappa un moment à leur vue pour se rendre aux toilettes (chaque cellule en avait, avec des parois garantissant l'intimité de l'hanim) puis il retourna au lit et tira le rideau qui l'entourait (chaque lit en disposait, à nouveau pour des questions d'intimité), voulant probablement faire la sieste. Il se redressa aussitôt qu'une visite fut annoncée et lorsque Matthew emmena Will devant sa cellule, il avait le poil tout hérissé. Will ne tenta pas de lui parler, mais continua de l'observer discrètement alors qu'ils faisaient le tour des cellules, sans s'attarder pour ne pas donner de faux espoirs aux hanims présents. Il fit un petit signe à Hannibal qui comprit ce qu'il attendait de lui et l'hanim-canin alla discuter avec Randall qui se montra méfiant mais relativement loquace. Will était fier de son compagnon qui posait exactement les questions qu'il fallait et nota toutes les réactions de Randall, qui se refermait comme une huître dès qu'on abordait la question de l'adoption, mais parlait très volontiers et en très bon terme du refuge et de Matthew.

Lorsque Will retourna dans le bureau de Chilton, il s'assit et lui expliqua :

― Il n'est pas opposé à l'adoption en elle-même. Ça lui fait sans doute un peu peur parce qu'il a vécu livré à lui-même, sans maître, pendant un moment, mais il serait déjà parti s'il n'était pas aussi attaché à Matthew. Ils ont passé beaucoup de temps ensemble, non ?

― Oui, j'ai demandé à Matthew de lui réapprendre… les codes du savoir-vivre en société et sa présence semblait l'apaiser et lui être bénéfique. C'était une erreur ?

― Non, c'est très bien, mais Randall est un hanim-loup, il a besoin de repères et comme Matthew est celui qui a, après vous, le plus d'autorité ici, il le prend pour son chef de meute. Et comme un membre de sa famille. Il ne veut pas se faire adopter, parce qu'il ne veut pas partir.

― D'accord… soupira Frederick, puis il demanda ce qu'il était possible de faire pour arranger ça.

― Je crois que… le mieux à faire, serait de renoncer à le faire adopter. Matthew est seul comme gardien, ce serait bien qu'il ait un collègue. En plus, Randall voit bien dans l'obscurité et a une ouïe et un flair développés, il ferait un bon gardien de nuit.

― Il y a des sonnettes dans chaque cellule en cas de problème la nuit, les pensionnaires n'ont qu'à sonner et Matthew peut arriver en quelques minutes, puisque nous vivons ici, lui et moi.

― Un incident peut toujours arriver. Un hanim qui fait un malaise et qui n'est pas capable d'appuyer sur la sonnette d'alarme, ou une sonnette défectueuse… Et puis, je pense que Matthew l'a aussi incité à gronder lorsque les visiteurs sont là.

Frederick se tourna vers Matthew qui se mordilla la lèvre inférieure puis lui fit un petit sourire contrit, en agitant un peu les ailes à la manière d'un haussement d'épaules. Le directeur soupira, puis lui demanda :

― Tu veux vraiment qu'il reste ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

― J'ai essayé… Tu n'écoutais pas, tu ne pensais qu'à le vendre. Ce n'est pas facile pour moi de me faire des amis ici. Ils savent… ce que je fais à ceux qui ne peuvent pas être adoptés et ils ne voient plus que ça en moi. Randall s'en fiche, lui. S'il te plaît, Frederick... Je sais qu'il vaut beaucoup d'argent, mais pense au prestige, si tu avais deux hanims aussi rares que nous...

Will se mordit légèrement l'intérieur de la joue pour ne pas sourire en voyant Matthew essayer d'embobiner son propriétaire, mais ce dernier, même s'il était sensible à la flatterie et avait un fort ego, n'était pas dupe.

― Pas la peine d'avancer de tels arguments. C'est d'accord, Randall reste avec nous. Tu le formeras, céda Chilton.

― Merci, chéri ! s'exclama l'hanim-faucon, et il embrassa le directeur sur la bouche.

― Matthew ! le réprimanda ce dernier, mais il n'obtint qu'un sourire absolument pas repentant de la part de celui-ci.

― Nous considérons donc avoir rempli notre part du marché. À votre tour, monsieur le directeur, intervint Hannibal qui était bien moins sensible que Will aux échanges affectueux du couple.

― Je te laisse, Frederick, je vais annoncer la bonne nouvelle à Randall.

Chilton ouvrit la bouche pour protester, mais Matthew filait déjà. Heureusement pour ses nerfs, Frederick ne se retrouva pas seul avec Hannibal, puisque Will était toujours là. Il lui fit passer une série de tests psychologiques tout ce qu'il y a de plus classiques, que l'hanim-canin réussit sans peine. Il rédigea ensuite le document qui lui permettrait de travailler, avant de le signer.

― Nous sommes quittes, dit le directeur.

― Merci. Si jamais vous avez à nouveau besoin de moi pour un hanim, je viendrais.

Chilton hocha la tête et serra la main du professeur, puis fit un petit signe à Hannibal qui lui répondit avec réticence. Une fois de retour dans la Volvo, l'hanim-doberman se tourna vers son propriétaire et dit :

― C'est quand même curieux qu'il n'ait pas deviné tout seul...

― Parfois, les choses sont moins évidentes quand on les a juste sous les yeux. Et puis il se focalisait sur ce qu'il voulait, vendre Randall, plutôt que sur la résolution du problème.

― Mmh, je pense surtout qu'il n'est pas très compétent, comme psychohanim.

Will sourit, n'en pensant pas moins, puis embrassa doucement son compagnon avant de prendre la route. Au soir, lorsqu'ils se mirent au lit, il caressa longuement ses oreilles et lui demanda qui les lui avait coupées afin de les rendre pointues. Lors de leur rencontre, Hannibal n'avait pas voulu lui répondre à ce sujet et ensuite, Will s'était focalisé sur ce qui était le plus urgent et avait laissé sa curiosité de côté. À présent qu'ils étaient plus proches que jamais, il se disait qu'il pouvait raisonnablement tenter d'en savoir plus.

― Ce sont les éducateurs, lorsque j'étais à l'école. Ils disaient que c'était plus esthétique… Ils m'auraient coupé la queue aussi, si je n'avais pas mordu celui qui me tenait. J'ai couru et il se trouve que c'était le jour des adoptions. Lady Murasaki était là… C'était la plus jolie femme que j'avais jamais vu. Je me suis réfugié auprès d'elle, nous avons discuté et elle a décidé de faire de moi son hanim.

― Je suis heureux que tu sois tombé sur elle. Et que ce soit interdit, maintenant, de couper la queue ou les oreilles des hanims...

― Moi aussi. Peu à peu, les nôtres gagnent en droits, mais c'est encore bien lent.

― Bien trop à mon goût, oui. Est-ce que tu v...

Will décrocha son téléphone, s'attendant à un appel de Jimmy ou de Brian. Il reconnut tout de suite la voix de Jack Crawford et fut tenté de raccrocher. Jack voulait le voir, le plus rapidement possible. Will lui demanda des précisions, lui rappelant qu'il ne souhaitait plus prendre part à la moindre enquête, mais le gourou du FBI sut le convaincre : ils avaient un taré en liberté, s'attaquant à des familles entières, leurs hanims compris. Will accepta que Jack vienne leur rendre visite le lendemain en soirée, et il passa une très mauvaise nuit, malgré la présence rassurante d'Hannibal.

Le lendemain, comme prévu, Jack se présenta tardivement à sa porte, un dossier sous le bras. Il salua poliment Hannibal qui continua à dessiner dans le salon pendant que lui et Will s'installaient dans la cuisine. Jack éparpilla sur la table des photos bien difficiles à regarder, montrant trois familles dont tous les membres avaient été taillés en pièces et pour certains, partiellement dévorés.

― Est-ce que vous savez quelle arme a été utilisée ?

― Malheureusement non. Ça ressemble fort à des coups de griffes, mais un animal ne ferait pas ça...

Jack pressa l'index sur l'une des photos, montrant les morceaux de miroir brisé recouvrant le visage des victimes.

― Peut-être quelqu'un accompagné d'un animal. Ou bien un hanim ?

― Aucun hanim connu n'a de griffes de cette taille. Le mieux serait que vous veniez voir la dernière scène de crime, Will.

― J'imagine que je n'ai pas tellement le choix. J'irai, mais je ne m'impliquerai pas. Hors de question d'aller sur le terrain, comme avec Hobbs. J'analyserai vos scènes de crime, je vous aiderai autant que possible, mais ça s'arrêtera là.

― Marché conclu ! Est-ce que votre hanim vous accompagnera ? Les hanims-canin peuvent être très utiles sur ce genre d'enquête.

― J'en discuterai avec Hannibal. À bientôt, Jack.

― Bonne soirée, Will, répondit Jack, puis il posa sa main sur son épaule.

Will détesta le geste, qui semblait ancrer dans la réalité leur accord. Il lui sembla sentir les doigts sur son épaule encore un moment après son départ et il rumina un moment. Hannibal le réconforta de son mieux et le questionna aussi bien sur l'enquête que sur ses ressentis. Il aborda aussi la question de sa participation, mais Will se montra très réticent. Avec son passif, il ne voulait pas l'exposer à un tel étalage de violence, mais l'hanim lui assura que tout irait bien. De plus, il n'avait aucune envie de le laisser seul face à une situation aussi difficile. L'affaire Hobbs l'avait fortement affecté et Hannibal espérait que ce serait moins le cas si Will était soutenu par quelqu'un de proche pendant l'enquête. Et qui serait plus à même de l'aider que son dévoué hanim ?

― Très bien. Mais au moindre souci, on arrête. Toi comme moi, on ne prend pas de risques inconsidérés.

― Nous serons prudents.

Will sourit et se blottit contre Hannibal. Il essaya d'oublier un peu « Le tueur de familles » pendant la soirée et y parvint plus ou moins. Il passa une nuit calme et se prépara mentalement à retourner sur une scène de crime le lendemain matin. L'université était déjà au courant qu'il n'assurerait pas les cours de criminologie pendant un certain temps, Jack s'étant occupé de tout.

Un peu avant midi, le couple se mit en route, laissant le GPS les guider jusqu'à l'adresse que le supérieur de Jimmy et Brian leur avait donnée. Les deux scientifiques avaient déjà fait leur office sur les lieux, recueillant empreintes, sang, cheveux et tout ce qu'il pouvait être utile d'analyser. Ils étaient néanmoins présents devant la maison, faisant de grands signes à Will pour lui indiquer où il pouvait se garer. Ils saluèrent Hannibal avec enthousiasme mais ne tentèrent pas de le toucher, son regard les en dissuadant immédiatement. Ils expliquèrent qu'ils avaient décidé de venir les accueillir et les soutenir. Les deux amis leur firent un petit résumé de ce que les analyses avaient donné. Ils avaient les empreintes du tueur, qui n'avait visiblement pas cherché à les dissimuler, mais le sang et les cheveux trouvés sur les lieux appartenaient uniquement aux victimes. Les empreintes n'avaient rien donné dans le fichier, évidemment. Un détail particulier avait toutefois retenu leur intérêt : les plaies résultant des morsures étaient infectées par de nombreuses bactéries et un éclat de dent avait été retrouvé à l'intérieur de l'une d'elle. Les empreintes étaient humaines, la dent, pas le moins du monde. Ils ne savaient pas de quelle espèce elle provenait.

Will les remercia d'être là ainsi que pour les informations, même s'il allait avoir besoin d'être seul un moment dans la maison. Hannibal lui aussi resta dehors tandis que son compagnon suivait le chemin ensanglanté laissé par le tueur. Will avait déjà vu les corps en photo mais la réalité qu'il avait sous les yeux était infiniment plus choquante. L'odeur était difficilement supportable, mais il prit le temps d'examiner aussi bien les lieux que les cadavres de chacun des membres de la famille : les parents, les deux enfants et un tout jeune hanim-chat. Le tueur s'était acharné sur ce dernier. Les yeux fermés, il imagina les sensations et les motivations du meurtrier. Les coups de griffes sur les murs lui renvoyaient l'image d'un animal furieux et terrifié, se sentant aussi pris au piège que la pauvre famille avait pu l'être. Il avait dépensé beaucoup d'énergie à tourner en rond dans la demeure, à poursuivre ses habitants, à les tuer et à briser de nombreux objets sur son passage. Il avait eu faim ensuite et plutôt que de se tourner vers le frigo qui contenait encore de la nourriture intacte, dont de nombreux petits fromages, il s'était tourné vers les corps. Les traces de dents étaient celles d'un animal. Il n'y avait pourtant qu'un seul responsable, ce qu'il expliqua aux trois hommes restés à l'extérieur :

― Votre coupable est un hanim.

― Mais il n'existe aucun hanim avec des griffes ou des dents de cette taille, protesta Jimmy.

― Ce n'est pas un hanim conventionnel. C'est une espèce interdite. Probablement un reptile. Les traces trouvées au mur ici et ici… ce sont des coups de queue. Il y aura peut-être des écailles ou quelque chose de semblable sur les autres scènes de crime.

― Ça colle parfaitement. Et il y a une espèce de reptile qui perd ses dents qui repoussent régulièrement. Dont la gueule est pleine de bactéries et qui est également venimeux. On n'a pas pensé à analyser le sang directement dans les plaies, songea Brian à haute voix.

― Tu es en train de dire que notre Tueur de familles est un hanim varan ? Qui ferait une chose pareille ? On sait que ces espèces ne font pas de bons hanims, la nature animale prend totalement le dessus, répondit Jimmy.

― Quelqu'un qui a les connaissances pour le faire, déjà. On devrait s'intéresser à toutes les personnes qui se sont fait virer d'un laboratoire de création d'hanims, tous ceux qui s'intéressent de près à la possibilité de créer de nouvelles espèces… Ou s'y intéressaient, c'est interdit depuis longtemps. Merde, un dragon de Komodo… Il doit être immense.

― Si on se fie à la hauteur des coups de griffes, il fait plus de deux mètres. C'est une chance… Quelqu'un l'apercevra peut-être. Les trois familles qu'il a éliminées se trouvent sur une zone restreinte, il habite sûrement quelque part dans les environs. Il s'est peut-être échappé de… chez lui. Ou la personne qui le retenait est morte. Il s'est passé quelque chose, un déclencheur… expliqua Will.

― Est-ce que nous pouvons aller voir ensemble ? demanda Hannibal.

Après tout, il était venu pour tenter d'apporter son aide dans l'enquête en plus de soutenir Will. Ce dernier accepta, tout en le mettant en garde sur ce qu'il allait voir une fois dans la maison, lorsque ses deux amis scientifiques ne pouvaient plus l'entendre. Il le mit en garde en particulier par rapport à l'hanim-félin, dont le jeune âge lui rappellerait peut-être sa sœur. Malgré cet avertissement, Hannibal insista pour faire ce pourquoi il était venu. Il inspecta les lieux et huma l'air à de nombreuses reprises, reconnaissant un parfum floral par-dessus l'odeur extrêmement présente du sang. Ce n'était pas un parfum artificiel qu'aurait pu utiliser l'un des habitants de la maison, mais une odeur plus douce, plus discrète de plusieurs espèces de fleurs. Hannibal parvint à en reconnaître trois, donnant leurs noms à Jimmy et Brian lorsqu'ils ressortirent de la maison. Il ne semblait pas particulièrement sous le choc de la vision d'horreur offerte par les corps, mais il avait tout de même été plus rapide pour examiner celui de l'hanim de la famille et ceux des enfants.

Malheureusement pour eux, l'odeur florale laissée par le Dragon était composée de fleurs assez communes, mais leur présence en nombre sur une habitation située dans la zone de recherche pourrait indiquer le lieu de vie du tueur. Jimmy et Brian se chargèrent de faire un tour dans le quartier, tandis que Will et Hannibal visitaient les deux autres domiciles où le Dragon avait fait des victimes. La vue perçante d'Hannibal permit de trouver une écaille logée entre deux lattes de plancher, et une autre dent. Jack les rejoignit devant le dernier domicile.

Le gourou semblait satisfait de l'avancée de l'enquête, mais un détail l'intriguait : les éclats de miroir.

― Pourquoi fait-il ça ? Pourquoi placer ces morceaux de miroir sur les yeux de ses victimes ?

― Il n'arrive pas à se regarder dans une glace. On lui a sûrement fait détester son image… Il se sent aussi brisé et éparpillé que le sont ces éclats. Il voudrait qu'on le regarde tel qu'il est, mais personne ne le peut. Et surtout pas ses victimes, expliqua Will.

― Pourquoi ? demanda à nouveau Jack, l'invitant à poursuivre.

― Ils ont une vie parfaite. Ils sont beaux, riches, unis… ils ont tout ce qui lui manque. En particulier les hanims, ils étaient tous appréciés et choyés, répondit Hannibal.

― Il a conscience de ça ? Je croyais que c'était davantage un animal qu'un être proche de l'humain. Les hanims-reptiles sont interdits pour cette raison, rappela Jack.

― Il est différent. S'il avait été incapable de se contrôler, par nature, il aurait tué beaucoup plus tôt. Il s'en serait pris à son créateur, ou à la personne avec qui il vivait. C'est peut-être ce qui est arrivé, mais récemment. Je n'en suis pas sûr.

― On cherche quelqu'un qui est décédé il y a peu, ou qui a disparu. Un lien avec un laboratoire pour hanims et ces trois espèces de fleurs sur la façade ou dans le jardin de la maison, résuma Jack, en mentionnant lesdites espèces.

Ils avaient obtenu des informations précises en peu de temps. Will ne doutait pas qu'il trouverait le Dragon sans difficulté. Tout ce qu'il espérait, c'était que ce serait le cas avant qu'il ne tue à nouveau.


Notes : un million d'excuses pour le temps de publication (presque un an owo) entre ce chapitre et le précédent. Il reste un (ou deux) chapitre(s) grand maximum.

Merci à Maeglin Surion pour la correction et les encouragements !