Chapitre 4
PDV Alec
Comme je m'y attendais, Maryse Ligthwood alias notre mère, nous a disputé pour nos dix malheureuses minutes de retard. On avait beau lui expliquer que nous avions un peu perdu la notion du temps et que ce n'était pas volontaire, elle s'en foutait royalement, insistant sur le fait que décidément il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre. Après s'être calmée, elle monta se coucher en ne manquant pas de préciser qu'on sera tous les trois de corvées ce week-end…génial.
« Au moins, nous ne sommes pas interdit de concert » soupira Jace.
« C'est clair » approuva Izzy.
« Au fait Alec! » m'interpella Jace « il s'est passé quoi entre Mag's et Camille ? Il n'avait pas l'air bien … »
« Je ne sais pas, on a pas eu le temps d'en parler » répondis-je un peu mal à l'aise sans vraiment savoir pourquoi. « Je suis claqué, je vais me coucher, bonne nuit les gars » les saluai-je en me dirigeant vers les escaliers.
« J'y vais aussi » dit Izzy en m'emboitant le pas.
Jace, pas fatigué, avait visiblement décidé de se faire une soirée Netflix dans le salon…en pleine semaine…il exagérait. C'était ce genre de comportement qui lui a fait redoubler sa 1ère. Il passait ses nuits à regarder des films et des séries ou à jouer à Guitar Hero sur sa PS4 si bien que les lendemains, il s'endormait en cours. Bien sûr le manque de concentration et de sommeil avait eu raison de ses notes continuellement à la baisse. Notre mère avait été furieuse et honteuse quand le proviseur la convoqua afin de l'alerter de l'attitude de son fils ainé. Elle lui avait immédiatement retiré la télé dans sa chambre puis confisqué sa console. Malheureusement, ses notes ne s'étaient pas améliorées pour autant et son attitude avait même empiré. Il était devenu insolant au lycée et à la maison, ne faisait plus ses devoirs, il nous envoyait Izzy, Max et moi sur les roses pour un rien, les disputes avec nos parents devenaient atomiques. La situation était si ingérable que ma mère décida d'envoyer toute la famille en thérapie ! Six mois plus tard, les tensions étaient retombées. Selon notre psy, Jace passait juste par sa phase de crise d'adolescence… « juste » avait-elle dit comme si ce n'était rien alors que tout le monde avait vécu l'enfer pendant des mois. Je pense que cet épisode nous a vacciné Izzy et moi à l'idée d'en faire une à notre tour.
Allongé sur mon lit après une bonne douche, je tombais littéralement de fatigue. Il était déjà 23h10 mais je refusais de fermer les yeux car j'attendais de recevoir des nouvelles de Magnus.
Son attitude avait été vraiment étrange dans la voiture, pensais-je en vérifiant pour la énième fois mon téléphone. À coup sûr Camille lui a fait une scène parce qu'il devait nous ramener mais une intuition étrange me disait qu'il n'y avait pas que ça.
La sonnerie de mon téléphone m'indiqua un appel entrant via FaceTime, je décrochai immédiatement.
— Hey Mag's, répondis-je en laissant échapper un bâillement.
— Mon pauvre Alexander, tu as l'air exténué...on peut se parler demain tu sais, me proposa-t-il avec un petit sourire qui n'atteignit pas ses yeux.
— Non ça va, ne t'en fais pas… alors avec Camille ? demandai-je sans détour.
— Devine…se contenta-t-il de répondre.
— Hmm, vous vous êtes disputés parce que tu ne pouvais pas rester avec elle ? dis-je en essayant de ne pas mettre trop de dédain dans ma phrase, tant je trouvais l'attitude de sa petite-amie puérile et ridicule.
— Oui ça et pour autre chose...
Voyant qu'il était soudainement devenu un peu mal à l'aise, je me relevai puis m'assis en tailleur sur mon lit afin d'être plus attentif à la suite de la discussion. Je le vis s'allonger sur le sien…ok chacun son truc...
— Qu'est ce qui ne va pas Mag's ? Nous savons tous les deux que je n'apprécie pas particulièrement Camille mais ça ne m'empêche pas d'être un bon ami pour toi, tu peux tout me dire et tu le sais, l'encourageai-je en souriant afin de le détendre.
— Oui, tu es un ami en or Alexander, le meilleur, me dit-il en me fixant intensément.
Je bougeai nerveusement puis déglutis face à la densité de son regard qui me rappela à quel point il me faisait de l'effet et ce, même à travers un appel vidéo. Il poursuivit.
— En fait, Camille nous trouve trop…— il chercha ses mots un instant— proche—, finit-il par dire avant de déballer toute l'histoire d'un trait. Visiblement, je te fais passer toi et le groupe avant elle et notre relation de couple, elle se sent délaissée. Depuis son changement de lycée, on se voit moins puis entre la préparation du concert, les cours, et nos activités, je n'ai pas eu de temps à lui consacrer. Ce soir ce fut la goutte de trop visiblement…elle a vraiment pété un plomb et elle m'a demandé de faire un choix entre ...
Il ne termina pas sa phrase et d'ailleurs ce n'était pas nécessaire car je savais. C'était évident que tôt ou tard elle lui imposerait ça.
Accusant le coup, je n'avais pas décroché un mot, je regardais partout sauf dans sa direction. L'appel en FaceTime s'avérait soudainement très handicapant car je n'avais qu'une envie, me cacher sous mon oreiller et hurler. Or Magnus observait chacune de mes réactions, il attendait que je lui dise quelque chose, peut-être du style : « on peut essayer de se voir moins pendant un temps, Camille a besoin de toi, c'est ta petite-amie et je comprends ». Oui, c'est ce qu'un bon ami devrait dire non ? Sauf je n'avais ABSOLUMENT PAS ENVIE qu'il s'éloigne de moi !
Prenant mon courage à deux mains, mes yeux se posèrent enfin sur son magnifique visage aux traits délicats. J'étais bien obligé d'admettre que cette situation lui faisait du mal, je voyais qu'il était déchiré entre Camille et moi et c'était malsain, je ne pouvais pas être égoïste…pas avec lui.
— Mag's, peut-être que…peut-être que ce serait mieux qu'on…je ne sais pas...qu'on passe moins de temps ensemble…. pendant quelque temps. Juste histoire que les choses se calment entre vous… ça la rassurait …je pense, m'entendis-je dire en bafouillant alors que je luttais de toutes mes forces pour retenir les larmes qui me montaient aux yeux.
— Alec, commença-t-il en se relevant pour se mettre dans la même position que moi.
Ses yeux s'accrochèrent de nouveaux aux miens et son regard se fit encore plus intense. À cet instant, je sentis une douce chaleur prendre possession de mon corps. Tout en lui m'attirait comme les papillons étaient attirés par les flammes; ses yeux, ses lèvres, son sourire, sa façon de me regarder, ses mimiques...allais-je moi aussi finir par me brûler les ailes? De toute évidence oui et pourtant je craquais irrémédiablement pour ce mec et n'avais pas envie que ce sentiment disparaisse.
— Tu en es sûr ? me demanda-t-il en me ramenant à la réalité. Je ne veux pas t'imposer ce choix et surtout je ne veux pas que tu te sentes trahis ou abandonné par moi à ton tour et…et puis merde! Je n'ai pas envie de choisir ! Je suis amoureux de Camille mais elle exagère sur ce coup-là ! J'imagine qu'elle a peur de me perdre mais nous avons toujours fonctionné ainsi toi et moi, nous avons toujours été proche et ça n'avait pas l'air de la déranger plus que ça avant alors peut-être que c'est à moi d'améliorer ma conduite en tant que petit-ami, je dois apprendre à faire la part des choses et apprendre à me dégager du temps pour elle sans avoir à sacrifier l'un de vous deux..
À chaque fois que je l'entendais dire être amoureux de Camille, c'était comme un coup de poignard en plein cœur. J'avais surtout envie de lui dire que c'était à elle de s'adapter à nous et pas l'inverse, qu'il n'avait rien à se reprocher ! Malheureusement, je devais bien admettre que je comprenais Camille car moi aussi j'étais amoureux de Magnus, moi aussi j'éprouvais cette jalousie, moi aussi je voulais le garder uniquement pour moi sauf qu'un élément crucial changeait la donne… lui, il l'aimait elle…pas moi. Au fond je savais que c'était à moi de m'éloigner. Prenant une profonde inspiration, je fis donc mon devoir de meilleur ami en endurant ce supplice que je m'étais moi-même affligé.
— Tu ne me sacrifies pas, c'est moi qui te le propose Mag's. Je sais que tu souffres de cette situation, ce n'est pas la première fois que vous vous disputez à cause de notre amitié mais jamais elle ne t'avait imposé de choisir jusqu'à ce aujourd'hui... elle doit vraiment être à la limite. Es-tu prêt à la perdre ? Je ne pense pas, autrement nous aurions une toute autre discussion à l'heure actuelle. Écoute, je ne le fais pas pour elle, je le fais pour toi, pour que tu puisses vivre ta relation plus sereinement, pour que tu sois plus heureux et aussi pour que tu ne me reproches pas un jour d'avoir tout fait capoter entre vous! esseyai-je de plaisanter.
Je le vis être interloqué par cette dernière phrase. Je pouvais lire dans ses yeux qu'il me criait que jamais il n'oserait me reprocher une chose pareille!
— Tu le sais Mag's... je sacrifierai tout pour toi, dis-je la voix nouée.
J'étais vraiment trop con de lui dire tout ça et pourtant je pensais chacun de ces mots qui me meurtrissait le coeur car son bonheur à lui, était plus important à mes yeux, que mon propre bonheur.
— Moi aussi Alec, je sacrifierai tout pour toi, murmura-t-il après un instant. Tu m'as toujours soutenu et épaulé. Je sais que je peux compter sur toi à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Je n'imagine plus ma vie sans toi et ce depuis un moment déjà. Tu sais, je suis reconnaissant envers mes parents de nous avoir fait déménager en France car grâce à ça, nous nous sommes rencontrés toi et moi et en 6 ans, je n'ai jamais regretté une seule seconde cette rencontre. Il faut que tu comprennes, qu'en dépit de ce que l'on s'apprête à faire et du choix que je suis entrain de faire, la place que tu occupes dans ma vie est à part et ce peu importe de qui je suis amoureux. Ne doute jamais que tu détiens une place spéciale et à part dans mon coeur Alec, me dit-il en ne me quittant pas des yeux. Tu sais que je t'aime, ajouta-t-il sérieusement.
Bien sûr, je savais tout ça. Ce n'était pas la première fois que Magnus me disait que j'étais spécial pour lui et qu'il m'aimait. Il me disait qu'il m'aimait comme je le disais à Jace, Izzy ou Max…comme à un frère et honnêtement à chaque fois, ces deux petits mots me laissaient une sensation douce et amère en même temps.
— Je t'aime aussi, lui répondis-je lentement en m'allongeant à nouveau dans mon lit.
Si seulement il savait ce que ce cachait réellement derrière mes je t'aime, pensai-je tristement.
— Du coup, enchainai-je. C'est quoi l'idée? On se verra au lycée, en cours d'art et de musique et aux répétitions ? lui demandai-je afin d'avoir une idée claire du calvaire qui m'attendait les jours à venir.
— Oui, j'imagine que ce sera ça. On ralentira sur nos sorties habituelles, nos séances de sport ensemble et on évitera de passer la nuit chez l'un ou chez l'autre pendant un certain temps, précisa-t-il.
— Ok...me contentai-je de répondre.
Je l'entendis soupirer longuement.
— C'est bizarre, reprit-il après un moment. J'ai l'impression qu'on est en train de rompre ou un truc du genre, me dit-il en fronçant les sourcils comme si lui-même ne comprenait pas trop ce qui était en train de se passer.
— Oui… c'est nul hein, tu me largues avant même qu'on ait été en couple ! lui dis-je sous le ton de la plaisanterie alors que toute cette situation me donnait vraiment envie de vomir.
Décidément, je m'épatais. Je devenais sacrément doué pour lui cacher mes émotions.
Un sourire fugace illumina son visage mais très vite il se mit à me fixer étrangement.
— Si nous étions en couple Alexander, jamais je ne te laisserai partir, me dit-il en retrouvant son assurance et son charisme légendaire.
Sa voix profonde et séductrice mélangée à cette phrase me rendirent toute chose. Je rougis derechef.
Par tous les anges! Avais-je bien entendu? Il me taquinait comme d'habitude..oui c'est ça...Et sans me laisser le temps de répondre, il enchaina.
— J'ai une idée ! Tu te souviens de cette chose qu'on s'était promis de faire après l'obtention de nos diplômes ? me demanda-t-il.
— Oui… évidemment, lui répondis-je avec un sourire nostalgique.
— Ça va te paraître fou mais je voudrais qu'on le fasse samedi avant le concert, qu'en dis-tu ?
— Quoi ?! m'exclamai-je abasourdi. Euh… attends, tu en es sûr ? Et si on a trop mal pour jouer après on fait comment ? paniquai-je.
— Allez Alec ! On le fera le matin et le concert c'est le soir, ça ira la douleur sera pratiquement partie je te le promets ! me dit-il les yeux pétillants d'avancent…ces yeux qui pourraient me faire accepter n'importe quoi. Mais ce qui me décida fut ce qu'il dit après …
— C'est important Alec, ainsi à chaque fois qu'on le regardera on saura que notre amitié est indéfectible. Tu auras toujours une partie de moi avec toi et moi, une partie de toi avec moi et ce à jamais.
Encore une fois, Magnus me prouvait à quel point il tenait à nous, à ce lien qui nous unissait. Indirectement, c'était sa façon à lui de me dire qu'il ne choisissait pas Camille…du moins pas totalement.
— C'est magnifique ce que tu viens de dire…merci Mag's, c'est d'accord faisons-le, acceptai-je la voix chargée d'émotions.
— Super! s'exclama-t-il aux anges avant de continuer. Tu sais, inutile de me remercier, je pense chaque mot. D'ailleurs, ce serait plutôt à moi de le faire, à moi te de remercier pour la personne formidable que tu es, pour ton amitié inconditionnelle, pour ta confiance, pour le confident que tu es, j'ai tellement de chance de t'avoir dans ma vie…et puis merci de ne pas m'en vouloir pour Camille.
—Pas de problème… dis-je dans un murmure, n'ayant pas la force de dire autre chose.
Ma gorge était nouée par les larmes qui menaçaient de nouveau. Il dû s'en rendre compte car je le vis froncer légèrement les sourcils.
— Ça va aller? s'inquiéta-t-il.
— Oui... je suis juste épuisé, mentis-je.
— Je comprends, ce fut une longue journée riche en émotion alors je vais te laisser te reposer. Il est tard. Bonne nuit Alexander, me souhaita-t-il.
— Bonne nuit Magnus, dis-je en raccrochant aussitôt.
Déposant mon téléphone sur ma table de chevet, je n'en pouvais plus de tout garder à l'intérieure alors mes larmes commencèrent à couler sur mes joues. Oui, j'avais choisi l'amitié mais cette décision était en train de me tuer. Je devais absolument aller de l'avant et essayer de l'oublier. Magnus était amoureux de Camille et seule cette vérité comptait, seul son bonheur comptait.
N'ayant pas envie de dormir, je me décidai à commencer ma dissertation : « L'amour ou l'amitié : un choix ? »
Il était évident que j'avais définitivement choisi l'amitié.
Fin du chapitre 4!
