Chapitre 7

Attention, scène de violence à la fin du chapitre.

PDV Magnus

Debout sur la scène, je regardais le public avec une légère appréhension, il y avait vraiment beaucoup de monde. J'aperçus ma mère et mon père dans la foule, à leur côté se tenait la mère d'Alec, Izzy et Jace. Le père de Rag' était également présent ainsi que les parents de Simon.

Etta prit le micro.

« Bonsoir à tous, nous vous remercions d'avoir répondu aussi nombreux à ce concert caritatif. Cela fait 20 ans déjà que « All Angels » œuvre afin de permettre à nos orphelins de trouver une famille aimante par le biais de l'adoption. En France, c'est 500 000 nouveaux orphelins que nous recensons tous les 4 ans. Enormément d'enfants, énormément de vies détruites pour malheureusement très peu de moyens et d'aides. C'est à nous de faire diminuer ce nombre, chacun à notre niveau, avec nos ressources, en devenant familles d'accueil, en adoptant ou en faisant des dons. Tous les moyens sont à prendre car nous nous devons de sauver ces vies, nous nous devons de sauver ces anges. La totalité des sommes récoltées ce soir sera reversée aux orphelinats avec lesquels nous travaillons. Je tiens à remercier le groupe « No Need Name » d'avoir accepté de nous offrir le spectacle de ce soir et ce sans contrepartie financière, je tiens à le préciser. Leur présence ce soir est motivée uniquement par l'amour de la musique et l'envie de défendre cette cause qui nous touche tous. Je vous remercie de leur faire un accueil des plus chaleureux et vous souhaite un excellent concert !».

Les lumières se tamisèrent, jetant un coup d'œil à Jace, je lui fis un signe de la tête. Baguettes en l'air, il fit quatre coups afin de donner le signal et le concert débuta. Je ne sais pas si c'était dû à l'effervescence qui régnait dans la salle ou le fait d'avoir nos familles présentes ce soir mais le groupe n'avait jamais aussi bien performé. Rag' et Cat' avaient été exceptionnels sur l'interprétation de « Where you belong » de Kari KIMMEL. On avait eu l'impression que le public avait retenu son souffle pendant tout le morceau, les paroles faisant écho à chacun d'entre nous et plus particulièrement à Clary qui en avait eu les larmes aux yeux. Ce moment avait été magique. Nous venions de terminer notre dernière reprise « Je rêvais d'un autre monde » du groupe Telephone sous les applaudissements et les hurlements du public quand Etta nous demanda si, au vu du succès, nous pouvions en faire une dernière.

« C'est ok pour vous ? » demandai-je aux autres.

Ils hochèrent tous la tête.

« On fait laquelle ? » demanda Cat'.

« J'ai une idée » intervient Simon, « Alec et Mag's pourraient interpréter "On Fire" de Loïc NOTTET en version acoustique » proposa-t-il en nous regardant l'un après l'autre en guise d'approbation.

« Oh yeah ! Trop bon! s'exclama Rag', ça va le faire de ouf ! ».

« Ok pour moi » dit Alec.

J'acquiesçai également, on n'avait pas répété ce morceau mais j'avais suffisamment confiance en notre talent pour ne pas nous ridiculiser. Rag' prit le micro.

« Cher public, vous avez été formidable ce soir et pour vous remercier de votre accueil et de vos généreuses donations nous allons vous offrir une dernière prestation piano-voix. Faites un tonnerre d'applaudissement pour Alec et Magnus ! »

Izzy et Clary, à droite de la scène, se mirent à hurler comme des dingues, je cherchais Camille des yeux mais ne le trouvai pas. Je vis mes parents nous faire des signes d'encouragements; pouces levés, applaudissements et grands sourires, la mère d'Alec le couvrait des yeux avec fierté et amour. Maryse était stricte vis à vis de l'éducation de ses enfants mais je savais aussi qu'elle comprenait et soutenait leur passion pour la musique car cela contribuait à leur bonheur et que c'est tout ce qui lui importait au final.

Je m'installai derrière le clavier de Simon puis ajustai mon micro tandis que les lumières se tamisèrent de nouveau. Alec se plaça au centre de la scène, on échangea un bref regard, je lui fis un petit clin d'oeil accompagné d'un sourire d'encouragement. Dans un silence religieux, j'entamai les premiers accords de la mélodie, quelques secondes plus tard, il commença à chanter.

« There was a little boy
Too different to belong
Too lonely to be strong

Laying on the ground
He said that falling down
It wouldn't make a sound

So now I'm gonna show ya
'Til the end of time
'Til the end of time

So now you're gonna know, yeah
Why I'm gonna shine
Why I'm gonna shine »

Alec avait une voix magnifique, puissante sans être agressive et légèrement cassée sur les notes graves. Tout en faisant glisser mes doigts sur les touches du clavier, je l'observais attentivement. Il était totalement dans son élément, chanter ne lui demandait aucun effort, c'était comme s'il était né pour ça, pour la musique, pour le public, et probablement que c'était le cas. Lui de nature timide et réservé, il se métamorphosait totalement sur scène et j'aimais être spectateur de cette transformation. Tout en continuant à chanter, il vint se placer à mes côtés afin que nous entamions ensemble le premier refrain.

I'm burnin', I'm on fire
Here I am, inside the flames
I don't care anymore
Don't need your oxygen

Here I am, taming the flames
Not afraid anymore
Strong like a warrior

And when I hit the dust
I'm gonna get back up
And light up like a flare
I'll be burnin', –in'

And when I hit the dust
I'm gonna get back up
And light up like a flare
I'll be burnin', –in' –in'

Lui et moi formions sans aucun doute un duo incroyable. La magie opérait toujours quand nous chantions ou jouions ensemble. Avec le groupe, c'était également le cas, mais il y avait un truc en plus quand nous étions juste lui et moi, une alchimie particulière due à notre complicité, comme à cet instant. On s'échangea un sourire de connivence puis il retourna au centre de la scène pour le couplet suivant.

There was a little girl
From a broken family
With a silent fantasy

Her head was in the sky
Her heart was made of stars
Her skin was made of scars

So now I'm gonna show ya
'Til the end of time
'Til the end of time

So now you're gonna know, yeah
Why I'm gonna shine
Why I'm gonna shine

Le temps s'était à nouveau comme suspendu quand nous entamâmes ensemble le dernier refrain. Nous chantions en harmonie, les yeux rivés l'un à l'autre. C'était comme être enfermé dans une bulle hermétique, un endroit rien qu'à nous...seuls au monde. Sans crier garde, un sentiment étrange commença à m'envahir progressivement. J'avais l'impression qu'Alec me regardait différemment. Dans son regard — ce regard que je connaissais pourtant par coeur — j'avais l'impression d'y lire pour la première fois des émotions nouvelles...c'était quelque peu troublant et perturbant. Mon coeur s'emballa tout à coup, sans que je n'en comprenne la raison.

And when I hit the dust
I'm gonna get back up
And light up like a flare
I'll be burnin', –in'
And when I hit the dust
I'm gonna get back up
And light up like a flare
I'll be burnin', –in' –in'

Les dernières notes s'évanouirent progressivement dans l'espace. Après quelques secondes de silence, les applaudissements explosèrent. Le groupe nous sauta carrément dessus, nous félicitant pour notre duo qui avait été selon eux des plus incroyables. Rag' nous assura qu'on avait mis des frissons à tout le monde. Personnellement, j'étais encore troublé par ce que j'avais lu ou cru lire dans le regard d'Alec…qu'est-ce que c'était d'ailleurs ? J'étais bien incapable de le dire, ce dont j'étais sûr en revanche, c'est que jamais je ne l'avais vu me regarder avec ces yeux-là, ni avec cette intensité.

PDV Alec

Putain, j'étais vraiment trop con ! J'avais été tellement pris dans mon duo avec Magnus que l'espace d'un instant, j'avais baissé ma garde… je m'étais oublié. Mes yeux m'avaient trahi. À travers mon regard, je lui avais montré l'étendue de mon amour pour lui, la puissance de mes sentiments, ces mêmes sentiments qui s'amplifiaient malgré moi, jours après jours et ce depuis 3 ans. À travers mon regard, je lui avais dit "je suis fou de toi" un millier de fois et "je te désire" un million de fois.

C'était l'effervescence autour de nous. Nos parents et certaines personnes du public vinrent personnellement nous féliciter. Izzy et Clary étaient folles de joie, elles nous avaient informé que nous avions gagné de nouveaux abonnés depuis la diffusion en live du concert de ce soir sur notre page Facebook et Instagram. Une fois l'effervescence un peu retombée, nous trinquâmes avec tout le staff, les remerciant de leur accueil ainsi que de leur professionnalisme. Nos familles nous aidèrent à ranger le matériel dans le Van de Simon avant de nous laisser partir à notre after au Jade Wolf. Magnus nous salua à son tour et nous souhaita de passer une bonne fin de soirée, non sans oublier de donner à Jace, Simon et Rag' une tonne de recommandations ou plutôt d'avertissements au cas où ils ne prendraient pas bien soin de sa petite soeur adorée en son absence. Il était tellement protecteur! De mon coté, inutile de préciser que j'évitais soigneusement de croiser son regard depuis la fin de notre duo. J'avais trop peur qu'il ait découvert mon secret et qu'il réalise que Camille avait eu raison de se méfier de moi depuis le début. J'avais vraiment hâte d'être au bar, ce soir j'allais noyer ma connerie dans l'alcool ! Après tout c'était Jace qui conduisait.

Nous arrivâmes au Jade Wolf avec une idée plus que claire en tête : FAIRE. LA. FÊTE!

Le bar était plein à craquer et il y avait déjà une ambiance de folie.

« Bonsoir les jeunes ! » nous salut Jonathan « Je vous ai gardez votre table habituelle » nous dit-il.

« Tu gères mec ! » le félicita Rag' en lui tapant dans la main.

Jonathan était le gérant du bar et un ami du père de Magnus et Clary. On venait souvent ici après nos concerts ou quand on avait besoin de décompresser un peu.

« Il n'est pas avec vous le jeune Bane ? » questionna Jonathan.

Il parlait de Magnus…

« Non, pas ce soir mais la jeune Bane est là ! » pérora Clary tout sourire.

Jonathan lui fit un clin d'œil.

« Alors qu'est-ce que je vous sers ? » nous demanda-t-il.

« Bières pour les mecs et cocktails sans alcool pour ces demoiselles » décida Jace.

Techniquement seule Jace, Simon et Rag' avaient déjà 18 ans et pouvaient donc consommer de l'alcool. J'étais le seul des mecs de la bande à être né en fin d'année…j'aurais officiellement mes 18 ans le 10 Septembre, je n'avais jamais autant attendu un anniversaire de toute ma vie! Jonathan fermait les yeux pour moi, après tout, je n'exagérais jamais puis je ne conduisais pas.

L'after battait son plein, Cat', Izzy et Jace se déhanchaient sur la piste de dance, Rag' et Simon jouaient aux fléchettes. Clary et moi étions seuls à table à siroter nos verres.

« Je peux te poser une question Alec ? » me demanda-t-elle sans préambule.

« Non, tu n'auras pas de ma bière, ton frère me tuerait ! » la taquinai-je.

« Ah ah…très drôle ! Ce n'est pas ça, c'est au sujet de TON frère. Euh...lui arrive t-il de te parler de moi ? Parfois…je veux dire…je n'arrive pas savoir si je lui plais. »

Eh merde, pensai-je.

« Clary, ça fait des années que vous vous tournez autour alors oui je pense que tu lui plais »

« C'est aussi ce que je pensais mais à chaque fois qu'on se retrouve seul tous les deux, il se conduit comme un simple ami ».

« Il ne veut peut-être pas te brusquer. Tu sais, Jace à enchainer les conquêtes mais avec toi c'est différent, je pense qu'il ne veut pas prendre le risque de tout gâcher en allant trop vite ».

« Si ce n'est que ça, je comprends. Merci Alec » me dit-elle en souriant avant de reprendre « Et toi alors, personne en vue ? »

Je manquai de m'étouffer avec la bière que j'étais entrain de boire.

« Moi ? Non... » mentis-je.

Elle me regarda étrangement.

« Tu sais, ce duo avec mon frère…c'était intense...très intense » souligna-t-elle.

Ok! sans transition, pensai-je.

« Vous étiez beaux à voir, vous étiez comme...connectés » poursuivi-t-elle.

« On répète souvent ensemble tu sais, c'est normal » répondis-je mal à l'aise.

« Ouais... si tu le dis » fit-elle sur un ton qui voulait clairement dire : Prends-moi pour une idiote!

Mon téléphone se mit à vibrer dans ma poche. Sauvez! pensai-je en le sortant rapidement. Je vis qu'un message de Magnus venait d'arriver. Et merde! Je me mis aussitôt à paniquer.

Clary m'observait attentivement du coin de l'œil.

« Tout va bien ? » s'inquiéta-t-elle.

« Oui... je crois » répondis-je d'un air absent. Prenant mon courage à deux mains, je me décidai à lire le SMS.

De Magnus : Alec, je suis dans la ruelle à l'arrière du bar. Rejoins-moi s'il te plait, il faut qu'on discute.

Eh re-merde! il sait, c'est sûr! Pour quelles autres raisons aurait-il fait la route jusqu'ici, alors qu'il était censé passer la soirée chez Camille?

Je pourrais faire semblant de ne pas avoir lu son SMS, me souffla ma mauvaise conscience. Ouais et le laisser poireauter dans cette ruelle par ce froid ? me souffla ma bonne conscience.

Inspirant un bon coup, je terminai ma bière cul sec puis informa Clary que je me rendais aux toilettes histoire d'éviter toutes questions supplémentaires de sa part. Elle avait déjà des soupçons me concernant alors autant faire profil bas.

Arrivé à l'arrière du bar je ne vis personne. Il faisait sombre et le brouillard prenait progressivement possession des lieux à cette heure reculée de la nuit.

« Mag's, t'es là ? » dis-je prudemment.

Pas de réponse.

Tout à coup, je sentis une présence derrière moi. À peine le temps de réagir, un poing s'écrasa violemment sur mon visage. Sonné par le choc, je ne réalisai pas tout de suite qu'on me trainait vers le fond de ruelle.

« Arrêtez! » hurlai-je tout me débattant « Fichez moi la paix! Qu'est-ce que vous me voulez ?! Lâchez-moi ! ».

Je vis qu'ils étaient plusieurs et portaient des cagoules. Dans la confusion due au choc, je n'arrivais pas à distinguer combien ils étaient exactement.

« Tu vas la fermer salle pédale ! » cracha un des gars.

Quoi ? Comment savent-ils que je suis gay? pensai-je choqué. C'était ça la raison de cette attaque ?

J'essayais de me relever en prenant appuis sur le mur derrière moi, quand l'un deux m'assena un violemment coup à la jambe gauche. Mort de douleur, je m'écroulai de nouveau sur le bitume glacial. Une décharge de coups de pieds s'abattis ensuite sur mon corps, mes côtes, mon dos, mes jambes, ils me frappaient sans relâche en m'invectivant de tous les noms, j'essayais de me protéger en mettant mais bras devant mon visage, mais l'un deux me les écarta violemment me déboitant presque l'épaule. La douleur irradiait de partout, je souffrais tant que je ne distinguais plus où ils continuaient à me frapper. Tout ce que je savais c'est qu'ils s'acharnaient sur moi impitoyablement et qu'ils allaient finir par me tuer.

« Au secours ! » hurlais-je à la mort avec le peu de force qu'il me restait « Aidez-moi je vous en supplie ! ».

Un nouveau coup de pied à l'estomac me coupa le souffle.

« Il faut qu'il la ferme, on va finir par se faire repérer » entendis-je l'un d'eux dire.

« À l'aide ! » hurlai-je de nouveau.

Quelqu'un m'attrapa par les cheveux et me frappa violemment la tête contre le mur, un bourdonnement sourd puis un sifflement raisonnèrent dans mes oreilles, je sentis un liquide chaud et gluant couler le long de ma nuque...du sang, pensai-je.

Ma vue se brouilla.

« Pi..tié..pi..tié..arrêtez... » les suppliai-je en pleurant toutes les larmes de mon corps.

J'étais perdu et désespéré. Je ne comprenais pas pourquoi on me faisait subir cet enfer, pourquoi je subissais tout ça, pourquoi ces hommes s'acharnaient sur moi de la sorte. J'avais terriblement mal, mal à la tête, mal aux côtes, mal à ma jambe, mal à l'âme. J'avais envie de vomir, je voulais que la douleur cesse, que tout ceci prenne fin.

Pitié…tuez-moi, finis-je par penser.

Et alors que je pensais ne pas pouvoir ressentir plus de souffrance, l'un d'eux se rapprocha de moi et me chuchota à l'oreille :

« ça c'est une demande spéciale »

...et à ces mots, il me brisa la main.

« Nooooooonn! », hurlai-je en continuant de pleurer « tuez-moi!…tuez-moi! » les suppliai-je.

Je ne voulais plus rien ressentir, je voulais tout oublier, je voulais que tout s'arrête et à ce stade, seule la mort pouvait m'apporter cet apaisement.

« Patience…ce n'est pas encore l'heure, avant, on va te montrer ce qu'est un homme, un vrai » me chuchota l'un d'eux à l'oreille en commençant à défaire le bouton de mon jean.

« Pitié…arrêtez…pas...ça...pas...ça » dis-je dans un souffle comprenant ce qu'ils avaient en tête.

Je n'avais plus la force de lutter, tout était que douleur, souffrance, affliction. Je voulais tellement en finir, je voulais que mon coeur cesse de battre avant qu'on ne me brise à jamais...que ces hommes m'achèvent de la plus répugnante des façons.

Je sentis qu'on me baissait mon jean puis mon boxer, une main glaciale comme l'enfer dans lequel je me trouvais, s'empara de mon sexe. Mon corps se révulsa et je vomis toute ma détresse sur le bitume.

Mes larmes étaient intarissables. Je pleurais toutes les larmes de mon corps, j'allais me faire violer dans cette ruelle sombre, j'allais perdre ma virginité de la pire des façons.

Je veux mourir…je veux mourir…pitié…pitié…tuez-moi…tuez-moi…me répétai-je sans cesse.

Enfin, je sentis que mes forces me quittaient. Mon rythme cardiaque se mit à ralentir, une sensation de flottement commença à m'envahir progressivement, je la laissais prendre possession de mon corps avec le plus grand plaisir. Mon heure était venue.

Magnus…je t'aime, pensai-je une dernière fois avant de fermer les yeux.

« Arrêtez ! Qu'est-ce que vous faites ! » entendis-je une voix hurler au loin avant de sombrer enfin dans l'inconscience.

Fin du chapitre.