Bonjour à tous! Voici le chapitre 11 riche en Malec!

Merci encore pour vos commentaires et vos encouragements ;)

Bonne lecture!

Chapitre 11

PDV Alec

Déjà 10 jours que j'étais hospitalisé à Raziel et il me tardait de quitter cet endroit. Mes examens médicaux avaient été positifs donc j'avais pu commencer sans tarder ma rééducation pluridisciplinaire qui comprenait la kinésithérapie, l'ergothérapie et l'orthophonie. Tout ceci était vraiment fastidieux mais au moins, on m'avait enfin retiré mes bandages à la tête pour mon plus grand plaisir.

Le Dr Aldertree disait que je réagissais bien aux différentes stimulations. Je lui avais demandé de me donner plus de précisions sur l'état de ma main, il m'avait expliqué que j'avais deux doigts ainsi que l'os de la pomme fracturés et que je devrais garder le plâtre pendant cinq semaines avant de commencer la rééducation. Ma jambe aussi était dans le plâtre pour deux longs mois à cause de ma fracture au tibia. J'essayais de voir le bon côté des choses, ma main allait guérir, je pourrais bientôt recommencer à jouer, mes hématomes et mes bleus commençaient déjà à s'estomper puis... j'étais en vie. J'avais également reçu la visite d'un professionnel de l'écoute et de l'aide psychologique afin de programmer mes futures séances de psychothérapie. Pour être franc, j'angoissais un peu à l'idée de revivre tout ça.

Ma mère m'avait appris que je n'avais pas été abusé sexuellement. Même si j''avais été soulagé de l'apprendre, ces sales types avaient tout de même posé leurs mains sur moi...sur mon sexe...ce souvenir me hantera jusqu'à la fin de mes jours c'était certain. Elle m'avait également dit que c'était un jeune homme du nom de Rafael SANTIAGO qui était intervenu et qui avait appelé les secours. Je n'imaginais que trop bien ce qu'il se serait produit s'il n'était pas arrivé à temps, raison pour laquelle j'avais demandé à mes parents de me programmer une rencontre avec lui afin de le remercier. Il m'avait sauvé la vie, je lui en serai éternellement reconnaissant.

Hier, un inspecteur de police répondant au nom de Luke Garroway, m'avait rendu visite lui aussi...oui, j'étais devenu très populaire dernièrement. Il m'avait expliqué que pour poursuivre mes agresseurs en justice il fallait que je porte plainte et bien sûr que je lui donne les détails de ce qu'il s'était passé cette nuit-là. Je n'étais pas encore prêt à en parler. J'avais juste envie de mettre toute cette histoire derrière moi …en même temps… je n'arrivais pas à m'enlever de la tête que ce n'était peut-être pas une agression au hasard. Ces hommes me connaissaient, ils étaient au courant de mon homosexualité et franchement on ne pouvait pas dire que c'était une chose qui se lisait sur mon visage puis il y avait eu cette phrase que l'un deux avait dite avant de me briser la main « Ça c'est une demande spéciale ». Ça signifiait bien que quelqu'un avait commandité tout ça mais qui ? et pourquoi ? Je ne pensais pas avoir d'ennemis. Bon, j'en connaissais bien une qui ne me supportait pas mais il y avait aussi le SMS que j'avais reçu de Magnus me demandant de le rejoindre à l'arrière du bar alors qu'il n'y était visiblement pas. Je n'avais pas les idées très claires au début mais là, toute cette histoire me paraissait de plus en plus étrange.

Le groupe passait me voir tous les jours les bras chargés de cadeaux ou de truc à manger. Ils me racontaient ce qu'il se passait au lycée pendant mon absence et m'apportaient mes devoirs. J'essayais tant bien que mal de ne pas accumuler du retard car je passais mon Bac dans 4 mois et avais bien l'intention de l'obtenir et d'entrer à la Fac. Je ne laisserai pas cette mésaventure ruiner mes plans, j'étais plus fort que ça…du moins je l'espérais.

Magnus lui, passait ses soirées dans ma chambre d'hôpital. Je ne savais pas comment il se débrouillait pour ne pas qu'on le jette dehors…surement grâce à sa mère, pensai-je après coup. Accompagné de sa guitare, il me gratifiait de concerts privés. Il m'interprétait tous les morceaux que je désirais, je n'avais qu'à demander et ne m'en privais pas. Ces moments étaient merveilleux et précieux, lui, moi et notre musique. Rien d'autre. Je vivais ma passion à travers lui et étais conscient de la chance que j'avais de l'avoir à mes côtés dans cette épreuve. Quelque chose avait changé entre nous, notre relation avait "évolué". Magnus avait de plus en plus de gestes attentionnés envers moi comme, remonter mon oreiller afin de m'assurer que j'étais bien installé. Ça me faisait sourire à chaque fois. Il était plus tactile qu'avant aussi, il me prenait souvent la main, me caressait les cheveux ou bien la joue. Tous ces petits gestes déclenchaient en moi des vagues de frissons, de désir et aussi de l'espoir. J'étais heureux de constater qu'il me faisait toujours autant d'effet…que mon agression ne m'avait pas privé de ça. Je me sentais vivant grâce à lui, grâce aux sensations qu'il me procurait. Parfois, je le surprenais à m'observer avec un regard attendrissant…je ne savais pas trop quoi penser de tout ce changement d'attitude chez lui...surtout, je ne voulais pas me faire de fausses idées. Il avait failli me perdre, il était normal qu'il ait envie de prendre soin de moi. Je n'oubliais pas qu'il sortait avec Camille, bien qu'il ne me parlait plus d'elle dernièrement ce que je trouvais étrange mais bon…je n'allais pas m'en plaindre.

Me sortant de mes pensées, le Dr Aldertree arriva dans ma chambre accompagné d'un jeune homme qui semblait avoir à peu près mon âge. Ce dernier était grand et brun. Il portait une chemise blanche sous un trench noir, un pantalon noir également bien taillé, des Robelli en cuir noir Oxford, ce qui me fit sourire…mon père avait les mêmes. De toutes évidence, il ne s'habillait pas du tout comme un jeune de notre âge, son look était soigné et classe. Trop occupé à le détailler, je n'avais pas remarqué qu'il m'observait également. Ses yeux étaient d'un noir profond et intense…je me sentis rougir, gêné par sa façon de me regarder.

« Bonjour Alec » me salua le Dr Aldertree. « Je te présente Rafael SANTIAGO… ».

Il n'avait besoin d'en dire plus. C'était donc lui mon sauveur, conclus-je surpris. Je ne l'avais pas imaginé ainsi...aussi beau.

« Bonjour » dis-je en me ressaisissant. « Je suis ravi de te rencontrer. Selon les rumeurs populaires, je te dois beaucoup! » plaisantai-je.

Il sourit.

« Ce ne sont pas que des rumeurs » me répondit-il en me faisant un clin d'œil.

Ah tiens, comme Magnus, pensai-je.

« Je vais vous laissez discuter un moment » s'excusa le Dr Aldertree en s'en allant.

« Je t'en prie, tu peux t'assoir » lui proposai-je en désignant le fauteuil.

« Merci. Je suis ravi de te voir en forme. Quand je t'ai trouvé, j'ai bien cru qu'il était trop tard… » me dit-il sur un ton rempli de compassion.

« Ouais » dis-je de nouveau mal à l'aise « J'ai eu une belle frayeur. Donc... tu m'as trouvé et j'imagine que …enfin, que tu m'as... vu ... » bredouillai-je, les joues rouges.

Il fronça les sourcils ne comprenant pas dans l'immédiat où je voulais en venir. Après une minute, la lumière fut.

« Oh…oui mais juste une seconde » me rassura-t-il « la première chose que j'ai faite est de te rhabiller puis j'ai appelé les secours ».

Un silence pesant s'installa.

« Écoute Alexander… » commença-t-il.

« C'est Alec » le corrigeai-je aussitôt… « je préfère qu'on m'appelle Alec ».

« Très bien, Alec » me dit-il avec un petit sourire « Tu n'as pas à avoir honte ou à être gêné. Tu es la victime dans cette histoire, ce sont tes agresseurs les lâches, ce sont à eux d'avoir honte, toi tu es fort. Regarde-toi, tu reviens de loin, tu es un survivant ! » me dit-il sans me quitter des yeux et avec conviction.

Ses mots me touchèrent.

« Merci Rafael » lui répondis-je. « J'ai une grosse dette envers toi ».

« Non, tu ne me dois rien Alec » dit-il avant de reprendre avec un petit sourire en coin « mais… si tu tiens vraiment à me remercier, permets-moi de revenir te rendre visite et de m'assurer que tu te remettes bien puis si tu as besoin de discuter, je suis là ».

« Merci infiniment » lui dis-je en souriant « tu peux revenir quand tu veux ».

« C'est parfait » me dit-il en me faisant un autre clin d'œil.

Il s'apprêtait à s'en aller quand j'entendis toquer à la porte. Magnus debout dans l'encadrement de la porte, venait d'arriver avec un gros sac de course dans les bras.

« Mag's ! » m'exclamai-je en lui faisant un sourire éclatant.

Je ne m'attendais pas à le voir si tôt, il avait dû sécher sa dernière heure de cours.

« Bonjour Alexander… » me dit-il en dévisageant Rafael.

Il s'avança puis posa le sac sur la petite table d'appoint.

« Mag's, je te présente Rafael SANTIAGO… c'est lui qui m'a trouvé et appelé les secours… » expliquai-je en faisant les présentations.

« Oh, enchanté » fit-il en lui tendant la main avant de rajouter « merci de lui avoir sauvé la vie».

Rafael lui tendit la main à son tour.

« Mais de rien…tout le plaisir était pour moi. Ce n'est pas tous les jours que j'ai l'occasion de venir en aide à un jeune homme en détresse aussi mignon! » s'exclama-t-il avec un large sourire.

Je rêve! Il venait vraiment de dire ça ?!

Je rougis derechef. Une lueur étrange traversa le regard de Magnus. Il m'observa quelques secondes puis se retourna de nouveau vers Rafael.

« Quoiqu'il en soit… merci. Bien, je ne voudrais pas être impoli mais Alexander doit se reposer alors… ». Il indiqua la porte des yeux.

Hein ? Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Je n'étais pas fatigué...

« Oui bien sûr, je m'apprêtais à m'en aller de toutes les façons. Enchanté d'avoir fait ta connaissance Mag's ».

« C'est Magnus » répondit mon meilleur ami un peu sur la défensive.

« Oh pardon, Magnus. À très bientôt Alec » dit-il en insistant sur le "très".

Sur ce, il s'en alla me laissant encore plus mal à l'aise qu'au début.

C'est moi où je venais de me faire draguer par mon sauveur ?

PDV Magnus

Occupé à vider le sac de course que j'avais apporté, je ruminais dans mon coin. Non mais sérieux... ce mec tiré à quatre épingles se prenait pour qui ? Draguer Alexander aussi ouvertement sous MES yeux ! Il lui avait certes sauvé la vie mais cela ne lui donnait pas le droit de vouloir lui mettre le grappin dessus!

Quel crétin, pensai-je...avec son look de trentenaire à la noix…

« Qu'est-ce que tu as Mag's ? Ces oranges ne t'ont rien fait tu sais » me taquina Alec depuis son lit.

Il est vrai qu'à chaque fois que j'en retirais une du sac, je la déposais avec toute ma frustration sur la table. Je tentai de me calmer en prenant une profonde inspiration.

J'avais quitté les cours plus tôt aujourd'hui puis étais parti au supermarché acheter certaines choses qu'aimaient bien Alec dans le but de lui faire plaisir. Kinders, Granolas, Lays goût barbecue, Haribo, oui que de la mal bouffe ! J'avais aussi pris quelques fruits, des carottes à croquer et des magazines de musique. La semaine avait été difficile, Camille me harcelait au téléphone tous les jours, elle avait même débarqué chez moi un soir mais par chance j'étais à l'hôpital à ce moment -là. Mon père lui avait simplement dit que j'étais sorti. Elle devait bien se douter que je passais mon temps à l'hôpital avec Alec mais je la voyais difficilement venir ici pour me faire une scène.

Avec le groupe, on avait pris la décision finale de ne pas interroger Tessa de peur d'élever les soupçons mais j'en avais tellement marre ! Marre de devoir faire semblant d'être encore avec Camille, surtout que tout ce que je faisais ces derniers temps, c'était l'éviter donc il était clair que je n'étais pas près de trouver un indice sur l'identité de son complice. Tout ceci ne rimait plus à rien, j'en avais marre de cacher la vérité à Alec sur son agression, il était en droit de savoir qui avait orchestré tout ça. Une fois dans la confidence, je me disais qu'on trouverait tous ensemble un moyen de faire tomber Camille. Et puis par dessus tout, j'en avais marre de cacher mes sentiments à Alec. J'avais envie de lui dire que je suis absolument et désespérément amoureux de lui et que j'espérais que ce soit réciproque.

Il y a quelques jours, je n'en aurais pas douté… j'étais même confiant. Je l'avais observé. J'avais observé ses réactions à mes légères caresses, à mes regards. Je ne lui étais pas indifférent et surtout j'avais remarqué les regards que lui m'adressaient en retour. Tant tôt fuyants et timides, tant tôt intenses et brûlants. Je me suis demandé s'il m'avait toujours regardé ainsi. Et puis j'ai repensé à ce que j'avais ressenti lors de notre duo au concert de l'agence « All Angels », à ce que j'avais lu dans son regard. Oui, tous ces signes m'avaient rassuré sauf qu'en le voyant avec ce Rafael tout à l'heure, j'avais eu une sensation étrange. Il avait rougi devant ses avances et ça m'avait blessé. Peut-être qu'au final je me faisais des films à propos d'Alec…peut-être que j'avais tellement envie et besoin qu'il partage mes sentiments que j'avais imaginé toutes ces réciprocités.

« Bon, tu vas me dire ce que tu as à la fin !» s'agaça-t-il en me ramenant sur terre.

Eh merde

Prenant une profonde inspiration, je me retournai vers lui.

« Ok...j'ai quelque chose à te dire » lui avouai-je.

Je quittai le sac de course et allai m'assoir à ses côtés sur le lit. Il me regardait faire anxieusement. Je pris derechef sa main dans ma mienne car il m'était devenu impossible de ne pas le toucher. Ça m'était comme vitale désormais. Je me lançai.

« On n'a pas encore eu l'occasion d'aborder le sujet mais je sais que tu as reçu un SMS de moi te demandant de me rejoindre à l'arrière du bar ce soir-là ».

Il y eut un silence.

« Oui. C'est vrai...mais tu n'étais pas là » finit-il par dire.

« Non, pour la simple et bonne raison que ce n'est pas moi qui t'ai envoyé ce SMS ».

Je le vis froncer légèrement les sourcils, il se mit à réfléchir à ce que je venais de lui révéler.

« Camille » conclut-il sans aucune émotion particulière.

J'étais un peu troublé par son attitude, le savait-il déjà ?

« Alec…tu ne sembles pas surpris » lui fis-je remarquer.

« Je t'avouerai que j'avais déjà pas mal réfléchi à tout ça » admit-il.

Je le vis prendre une profonde inspiration. Il me regarda un bref instant avant de fixer son regard sur le mur blanc attenant à la porte d'entrée de la chambre. Il se mit à le fixer intensément comme s'il y voyait une chose accessible à lui seul. Je sentais que ça lui demandait du courage mais qu'il était prêt à se confier à moi sur ce qu'il avait vécu cette nuit-là. Sans m'en rendre compte, je me mis à retenir mon souffle.

« J'étais à notre table habituelle avec Clary quand j'ai reçu ton SMS...enfin le SMS. Sur le moment, j'avais hésité à te rejoindre pour…pour une raison stupide bref… finalement je me suis décidé à y aller parce qu'il s'agissait de toi après tout... » dit-il en haussant les épaules comme si ça expliquait tout.

Il continua.

« Une fois à l'arrière du bar, j'ai rapidement constaté que j'étais seul. Il faisait sombre et il y avait du brouillard mais je ne me sentais pas particulièrement en danger car tu m'avais dit que tu m'attendais-là et je n'avais aucune raison de douter de toi. Après une minute, ne te voyant toujours pas je me suis décidé à t'appeler… c'est à ce moment-là que j'ai entendu un bruit surgissant derrière moi. À peine avais-je eu le temps de me retourner qu'un violent coup de poing m'atterrissait sur le visage puis le temps de réaliser ce qu'il se passait, on me trainait vers le fond de la ruelle… »

Les yeux toujours rivés au mur, il s'arrêta un instant. Il faisait de son mieux afin de contrôler sa respiration qui s'était légèrement accélérée. Après une minute, il reprit.

« Je ne comprenais pas vraiment ce qui était en train de se produire mais je hurlais et je me débattais. Un des gars m'a traité de sale pédale, je me suis alors demandé comment il savait que j'étais gay et j'en ai déduis que ce passage à tabac devait être un acte homophobe. Ils continuaient à s'acharner sur moi, cachés derrière leur cagoule. L'un d'eux m'a frappé violemment la tête contre le mur, j'ai senti le sang couler sur ma nuque... ils déversaient sans relâche toute leur haine sur moi et je me souviens que je n'avais plus qu'un souhait; mourir...mourir pour ne plus rien ressentir… »

Je tressaillis en entendant Alec prononcer cette dernière phrase. Écouter son récit m'était douloureux mais je me devais d'être courageux...comme lui.

Il poursuivit.

« Ensuite, l'un d'eux s'est rapproché de mon visage et m'a murmuré à l'oreille "ça c'est une demande spéciale" avant de me briser la main. Cette douleur-là fut la pire...elle allait bien au-delà de la douleur physique. J'ai pensé au groupe, à tout ce que la musique représentait pour moi, pour nous. Ils avaient fait bien plus que de me fracturer la main, ils avaient brisé tout mon être, toute mon âme, toute ma vie.C'est en ressassant cette phrase que j'ai compris après coup, que cette attaque avait été personnelle… » .

Il s'arrêta de nouveau avant de trouver le courage de continuer le récit de son cauchemar. Moi, je n'osais plus bouger, j'étais comme paralysé. Tout était silencieux autour de nous rendant le moment inquiétant et lourd.

« Je continuais de les supplier » reprit-il « de les supplier de me tuer mais ils en avaient pas terminé avec moi. C'est là qu'ils m'ont dit qu'ils allaient me montrer ce qu'était un homme… un vrai. Alors ils...ils ont commencé à me déshabiller….ils m'ont retiré mon jean…puis…mon boxer. Je n'ai pas senti la morsure du froid glaciale sur ma peau pendant qu'ils me déshabillaient...non... ce que j'ai senti c'est une main froide et calleuse qui s'emparait de mon sexe… j'avais envie de vomir, je priais le ciel pour que la mort me prenne enfin, je ne voulais pas être conscient pour ce qui allait suivre...je le savais... j'allais être violé et perdre ma virginité de la plus répugnante des manières. Ils allaient m'anéantir, me retirer mon innocence. Et là, à cet instant précis où j'avais perdu tout espoir, j'entendis une voix qui hurlait au loin d'arrêter mais j'étais trop faible, je n'avais plus la force de lutter alors j'ai sombré dans l'inconscience. Je me souviens avoir été envahi par une sérénité immense au moment de mon évanouissement, là au moins je me sentais en sécurité, là au moins je ne ressentais plus rien et c'est tout ce qui m'importait...ne plus rien ressentir » termina-t-il dans un souffle.

Le temps s'était suspendu autour de nous. C'était la première fois qu'Alec racontait l'enfer qu'il avait vécu et ça avait été bien pire que tout ce que j'avais pu imaginer. J'avais l'estomac retourné, les nausées menaçaient de nouveau, ma bouche était sèche, je manquais d'air.

Alec n'osait pas me regarder. Je ne savais pas non plus comment réagir. Je ne voulais pas le brusquer. Il continuait à fixer le mur blanc…immobile…l'air absent. Il clignait à peine des yeux...je ne l'avais jamais vu ainsi et commençai à m'inquiéter.

Pourquoi ne réagissait-il pas? Où était-il?

C'est là que la réalité me frappa. Il n'était plus avec moi. Physiquement, il était dans cette chambre avec moi mais son esprit lui, était resté coincé là-bas…dans cette ruelle sombre et glaciale. Paniqué, mon coeur s'accéléra. Je ne savais pas quoi faire pour le sortir de là.

Mon amour, reviens-moi, le suppliai-je silencieusement en faisant une légère pression sur sa main.

Aucune réaction.

« Alexander… regarde-moi » lui dis-je doucement comme si je m'adressais à un agneau blessé.

Le regard dans le vague, léthargique, il fixait toujours le mur. Des larmes silencieuses se mirent à couler sur ses joues. Mon coeur se mit à saigner. Je souffrais de le voir ainsi...brisé, détruit.

Je pris une profonde inspiration.

Non Mag's, tu ne dois pas abandonner! m'encourageai-je. Tu dois être fort, aussi fort que lui l'a été.

Sauf que la situation m'échappait, Alec était toujours dans son état second. Je commençai sérieusement à paniquer. Je n'aurais pas dû aborder le sujet... c'était trop tôt.

Putain Magnus! Tu es trop con! culpabilisai-je.

Mon cerveau tournait à toute vitesse, il fallait que je trouve une solution rapidement, appeler une infirmière peut-être ? Doucement, je mis mon index sous son menton et l'obligeai à tourner la tête vers moi. Ce que je vis me glaça le sang. Son expression était sombre, ses yeux étaient éteints, sans vie. Pas d'éclat dans le regard, juste de la noirceur. Des larmes commencèrent à couler sur mes joues. Il fallait que je le ramène quoiqu'il m'en coûte.

« Reviens-moi… je t'en supplie…mon amour…j'ai besoin de toi…reviens-moi… » le suppliai-je à voix haute.

J'appuyai mon front contre le sien puis fermai les yeux.

« Sayang… » lui murmurai-je.

Mon cœur battait à tout rompre. Emprisonnant son visage entre mes mains, j'appuyai mes lèvres sur les siennes avec douceur et délicatesse. Je restai ainsi sans bouger, les yeux toujours fermés, j'attendais, j'espérais. Je priais pour qu'il me revienne, pour qu'il me fasse un signe… pour qu'il sorte de sa torpeur. Le temps semblait s'écouler au ralenti, minutes après minutes, secondes après secondes, l'attente était interminable. J'avais perdu toute notion du temps et de l'espace. Le monde pouvait bien s'effondrer en cet instant, si Alec ne me revenait pas, plus rien n'aurait de l'importance. Subitement, alors que je commençais à désespérer, une timide pression se fit sentir sur mes lèvres, un souffle chaud me caressa le visage.

« Mag's… » entendis-je chuchoter contre mes lèvres… « embrasse-moi… ».

Des frissons me parcoururent tout le corps. Est-ce que je rêvais ? "Embrasse-moi"... les mots raisonnaient encore dans mon esprit…

« Mag's » entendis-je de nouveau.

Ouvrant les yeux, je me reculai légèrement afin de contempler le visage de Mon Amour. Je ne rêvais pas, il était bien là. Le regard expressif de nouveau. Les yeux brûlant de désirs inassouvis, d'une passion trop longtemps retenue, d'un amour caché. Mes doutes et mes angoissent s'envolèrent dans la seconde. Dans ce regard là, j'avais trouvé ma vérité…Alexander partageait mes sentiments.

Sans me faire prier plus longtemps, mes lèvres retrouvèrent les siennes. Je commençai à les mouver puis lentement passai ma main derrière sa nuque pour approfondir notre baiser. C'était divin, jamais un baiser ne m'avait fait autant d'effet. C'était donc ce qu'on ressentait qu'on on avait trouvé LA personne, l'être tant attendu...l'âme soeur. Ses lèvres étaient douces, pleines, parfaites et salées à cause des larmes versées. J'absorbais chacun de ses souffles, c'était incroyable. Précautionneusement, il fit glisser ses doigts le long de mon ventre, me procurant au passage une vague de plaisir. Resserrant ma main autour de sa nuque, je l'embrassai plus fougueusement.

Comment avais-je pu être aveugle à ce point? Comment avais-je pu ne pas remarquer l'effet qu'il me faisait? Ses lèvres s'entrouvrirent légèrement, j'en profitai pour aller titiller le bout de sa langue, je la goutais, la savourais. Tant de sensations différentes, tant de saveurs différentes, j'en avais le tournis…

Par l'ange, j'ai tellement envie de lui! pensai-je.

J'en avais tellement envie que ça en était presque douloureux mais il fallait que je retrouve mes esprits. Il fallait que je m'arrête, ça allait trop vite.

Avec toute la volonté dont j'étais capable, je fis une dernière pression sur ses lèvres puis lentement, je rompis notre baiser.

Alexander, les joues rouges et le souffle court semblait déconnecté et ailleurs mais je ne m'inquiétais pas cette fois car un magnifique sourire illuminait son visage. Il me regardait avec lubricité…ses lèvres étaient légèrement gonflées...lèvres dont j'en connaissais la saveur désormais...

« Waouh…incroyable... » fit-il encore sous l'effet de notre baiser.

Je lui souris tendrement à mon tour puis l'embrassai au coin des lèvres.

« C'est toi, qui est incroyable » lui dis-je en appuyant de nouveau mon front contre le sien.

On resta ainsi un moment sans bouger, sans parler, savourant simplement le contact de l'un et de l'autre. Finalement, je rompis le silence.

« Alexander » lui dis-je…« tu m'as vraiment fait peur tout à l'heure. J'ai cru… »

« Je sais... » me coupa-t-il doucement en relevant la tête « c'était bizarre, je t'entendais mais j'étais comme coincé dans mes souvenirs, je n'arrivais pas à revenir jusqu'à ce que… »

« ...je pose mes lèvres sur les tiennes » devinai-je, en terminant sa phrase.

Il se mit à rougir derechef.

« Ce fut comme un électrochoc. Je l'ai ressenti dans chaque parcelle de mon corps. Je n'arrive toujours pas à croire que ça ce soit produit…j'en ai tellement rêvé...si tu savais ».

Sa confession m'interpella.

« Depuis quand Alexander…depuis quand me caches-tu tous ces sentiments que tu éprouves pour moi ? » l'interrogeai-je.

Il baissa la tête, mal à l'aise.

« 3 ans… » avoua-t-il si doucement que j'ai cru que j'avais rêvé.

Je le regardai choqué et confus à la fois.

« Mais…je ne sortais même pas avec Camille à l'époque… pourquoi ne m'avoir rien dit ? »

Je l'entendis prendre une profonde inspiration puis il releva la tête. Ses yeux se rivèrent aux miens.

« Je ne sais pas. J'avais peur de te perdre peut-être, peur que tu me rejettes…que tu ne m'aimes pas comme moi je t'aime ».

Je ne pouvais que le comprendre. Depuis que j'avais ouvert les yeux sur mes propres sentiments pour lui, les mêmes pensées m'avaient traversées l'esprit. Je pris sa main dans la mienne.

« Je te comprends…passer de l'amitié à l'amour ce n'est pas évident. On aura surement d'autres moments de doute, on devra probablement surmonter des épreuves, apprendre à se redécouvrir au sein d'une relation amoureuse mais Alexander…je suis amoureux de toi moi aussi... alors je suis prêt à relever tous les défis qui se mettront sur notre route. Je sais que j'ai été aveugle, que j'ai mis du temps à comprendre que ce je ressentais pour toi était plus que de l'amitié. J'ai été stupide et je n'imagine pas à quel point tu as dû souffrir de me voir avec Camille et tous les autres ces trois dernières années. Je ne savais pas, je n'avais pas compris… jamais je ne te ferais souffrir intentionnellement et ça tu le sais. C'est cliché mais avoir failli te perdre m'a fait prendre conscience que tu avais élu domicile dans mon âme, dans ma tête et dans mon cœur. Aujourd'hui, je suis prêt à être tiens si tu veux de moi car moi, je sais que je veux que tu sois miens ».

Je n'avais pas prévu de lui dire tout ça ce soir, les mots étaient sortis avant même que je ne le réalise mais tant pis, il fallait que je lui ouvre mon cœur.

Alec, les yeux brillants de larmes retenues s'approcha lentement de mon visage puis posa ses lèvres sur les miennes avec douceur. Elles commencèrent à bouger en rythme. Il glissa sa main gauche sous mon t-shirt et commença à me caresser le flan puis le ventre avant de remonter vers mon torse. Ses doigts étaient magiques et me procuraient des sensations prodigieuses. Il rompit notre baiser mais plongea son regard dans le mien.

« Je te veux Mag's. Tout mon corps te désir. Tu es dans chaque fibre de ma chair, dans chaque pore de ma peau. Je t'aime comme il n'est pas possible d'aimer…je t'attends depuis si longtemps, aujourd'hui sache que tu fais de moi le plus heureux des hommes en m'acceptant ».

« Mon amour… » fis-je ému à mon tour.

On avait pas besoin d'en dire plus. Nos lèvres se retrouvèrent pour un baiser passionné, riche de promesses et d'espoir pour notre avenir ensemble.

PDV Camille

Une heure que j'essayais de joindre Magnus sur son téléphone portable mais TOUJOURS RIEN! Je tombais directement sur sa messagerie vocale. Enervée, je balançai le téléphone à travers la chambre de ma meilleure amie.

« Hey !» s'exclama Tessa « As-tu perdu la tête ? »

« Il est entrain de m'échapper Tess' ! Ça fait plus d'une semaine qu'il me sert des excuses vaseuses et qu'il évite mes appels ! »

« Calme toi Cam', tu sais bien qu'il est normal qu'il soit préoccupé, son meilleur ami a failli mourir. Ne réagirais-tu pas de la même façon s'il s'agissait de moi ? ».

Je soupirai de frustration.

« C'est différent ».

« Et en quoi ? » me demanda-t-elle.

« Toi, tu ne cherches pas à m'éloigner de Magnus ! »

« Alec non plus! » protesta-t-elle.

On avait déjà eu cette conversation un bon million de fois et à chaque fois nous étions en désaccord.

« Cam', tu m'as dit que tu avais un plan pour éloigner Alec de Magnus. Dis-moi que tu ne l'as pas mis à exécution et que tu n'as rien à voir dans cette agression ».

« Je te rappelle que j'étais avec Mag's quand ça s'est produit…chaudement dans ses bras » me défendis-je en répondant de manière détournée à sa question.

« Ouais…je sais mais … ».

« Écoute Tess', je sais que j'ai dit que je le détestais mais pas au point de vouloir le tuer! ».

Ce n'était pas vraiment un mensonge, je voulais juste lui donner une leçon…une leçon mémorable.

Mon téléphone se mit à sonner à l'autre bout de la pièce, je me levai précipitamment en espérant que ce soit Magnus…je fus déçue de voir qu'il s'agissait de Rafael.

— Ciao Principessa! me salua-t-il chaleureusement.

— Ciao Raf, tout va bien ? lui demandai-je

— Oui. La phase 2 du plan est en marche. J'ai rendu visite à ton petit Alec en début d'après-midi et je pense que je ne l'ai pas laissé indifférent …je crois même l'avoir vu rougir, m'informa-t-il en rigolant.

— Tu crois ? Je te rappelle qu'il faudra faire bien plus que de ne pas le laisser indifférent , bougonnai-je.

Tessa me regarda en fronçant les sourcils.

— Oui et bien avec ton petit-ami dans les pattes, ça ne sera pas si évident ! répondit-il un brin agacé.

— Quoi? Il était là ? m'exclamai-je qu'à moitié surprise en fait.

— Oui et il s'est montré très protecteur envers Alec et m'a pratiquement jeté dehors quand je l'ai dragué devant lui !

J'étais de plus en plus furieuse devant les révélations de Rafael.

— Il faut que tu accélères les choses Raf ! m'agaçai-je.

— Je ferais mon possible mais ça ne va pas être facile de les séparer. Même moi j'ai pu remarquer qu'il y avait un truc de spécial entre eux. Ils ont l'air vraiment proches. D'ailleurs, savais-tu que ton petit-ami avait l'exclusivité sur le fait d'appeler Alec par son prénom complet ? me questionna-t-il en éclatant de rire.

— Pardon? C'est quoi encore cette histoire Raf !

Cette fois, j'étais vraiment à bout de nerfs et n'allais pas tarder à exploser.

— Que je t'explique. Alec m'a demandé de ne pas l'appeler Alexander car il préférait qu'on l'appelle par son diminutif Alec. Pourtant quand ton mec est arrivé, il l'a appelé Alexander plusieurs fois devant moi et visiblement ça n'avait pas l'air de le déranger ! J'ai trouvé ça assez fort et c'est ainsi que j'ai compris que le seul qui avait le droit de l'appeler ainsi c'était ton boy très cher…je comprends que tu aies été jalouse au point de vouloir le faire dégager…ça plus l'histoire du tatouage… fa caldo !.

J'étais maintenant hors de moi, de plus Rafael semblait prendre tout ceci comme un jeu... la situation m'échappait totalement! Finalement il aurait mieux fait de mourir ce sale petit con d'Alec ! Magnus aurait été dévasté mais je l'aurais réconforté, il aurait retrouvé le sourire dans mes bras et m'aurait été reconnaissant. Il me fallait un plan pour inverser la situation et ce urgemment. Je connaissais les points faibles de Magnus, sa gentillesse, sa compassion... j'allais m'en servir à mon avantage.

Je ne vais pas te laisser gagner Alec, jamais, plutôt en crever!

Fin du chapitre 11.