Bonjour à tous ! Voici le chapitre 14.
Bonne lecture !
Chapitre 14
PDV Magnus
Rangeant mon téléphone dans ma poche, j'étais soulagé que la conversation avec Alec n'ait pas trop dégénéré. En tant que meilleurs amis, on avait toujours eu une confiance aveugle l'un envers l'autre, il fallait absolument qu'on atteigne ce même niveau de confiance au sein notre relation de couple. J'avais conscience que la tâche risquait d'être ardue car on était encore en phase d'adaptation, on se redécouvrait et la jalousie, le manque d'assurance et les doutes ne faisaient que compliquer les choses mais j'étais convaincu qu'on s'en sortirait. Alec et moi étions soudés et liés par notre amour, par notre besoin presque viscéral d'être ensemble. J'espérais que rien ne nous serait insurmontable.
« Magnus ? »
Pris dans mes pensées, je n'avais pas entendu arriver le Dr Herondale.
« Oh excusez-moi, j'étais distrait » m'excusai-je.
« Pas de problème, Camille est réveillée. Tu devrais aller la voir, chambre 612 » me dit-elle en me faisant un sourire amical.
« D'accord, merci ».
Je me levai, partis en direction de la chambre indiquée, pris une profonde inspiration puis poussai la porte.
Allongée sur son lit, Camille avait repris des couleurs. Une perfusion était toujours appliquée à son bras mais elle n'était plus sous oxygène. Ses yeux s'illuminèrent quand elle me vit entrer, je pris place sur le fauteuil situé à côté du lit.
« Alors, comment te sens-tu ? » lui demandai-je pour entamer la conversation.
« Mieux, maintenant que tu es près de moi » me répondit-elle.
Génial...ça n'allait pas du tout être facile de le lui annoncer.
Je poussai un long soupire de frustration.
Pense à Alec Mag's, respire et pense à lui…m'encourageai-je.
« Camille, je ne sais pas pourquoi tu as fait tout ça mais c'était stupide. Tu voulais mettre fin à tes jours c'est ça ? C'était une tentative de suicide ? » lui demandai-je sans détour, ce que je regrettai aussitôt.
La rupture Mag's! Concentre-toi sur la rupture! Pourquoi lui posais-je toutes ces questions !? Ce que je pouvais être agaçant à toujours m'inquiéter pour tout le monde ! Camille n'était plus mon problème. Ma mère avait raison, je ne suis pas responsable d'elle.
Elle m'observa un moment puis se décida à me répondre. La réponse ne m'intéressait plus vraiment mais je décidai de l'écouter néanmoins.
« Je ne sais pas ce que c'était. Je me sentais seule et je voulais juste tout oublier pendant un moment, je n'ai pas réfléchi mais tu es arrivé Mon Cœur et tu m'as sauvé. Je sais que notre relation bat un peu de l'ail depuis quelques temps mais on va pouvoir effacer cette mauvaise phase et tout recommencer. Je t'aime tellement, je ferais tout pour que ça aille de nouveau entre nous, pour qu'on se retrouve comme avant ».
Plus Camille parlait; plus le dégout m'envahissait. Chaque mot qu'elle avait prononcé me donnait envie de vomir et de lui sauter à la gorge…oui les deux. Comment osait-elle dire qu'elle m'aimait après ce qu'elle avait fait subir à Alexander?! Sachant à quel point il compte pour moi ! C'est ÇA qu'elle appelait AIMER ?! La colère monta en moi féroce et puissante, il était grand temps qu'elle arrête son petit jeu pervers.
« Tu ne fais que mentir Camille » crachai-je avec aversion.
Elle me regarda sans comprendre.
« Quoi ? Mon cœur... je te le jure, je t'aime ce n'est pas un mensonge et… »
« Ferme-là ! » l'assenai-je.
Elle eut un petit sursaut de surprise. J'étais complètement hors de moi maintenant, elle me prenait vraiment pour un con ma parole !
« Dis-moi une chose Camille… » commençai-je.
La tonalité de ma voix était froide et menaçante, mon visage était crispé, faire semblant je n'y arrivais plus.
« C'est parce que tu m'aimes que tu as engagé des types pour fait tabasser Alec ? Hein ? C'est parce que tu m'aimes que tu as failli le faire tuer ! » hurlai-je.
Je la vis pâlir.
« Oui je sais que c'est toi qui a manigancé tout ça ! Tu lui as envoyé un SMS de mon téléphone pour l'attirer dans cette ruelle sordide ! Tu t'es servi de moi pour l'atteindre ! Et dire que pendant que tu me plantais un couteau dans le dos, j'étais en train de te baiser ! Ça m'écœure ! TU ME DÉGOUTES CAMILLE ! »
Je lâchais enfin toute la frustration et toute la colère que j'avais trop longtemps retenu.
« Toi et moi c'est terminé tu entends ? Il n'y a plus rien ! Tout ce qui me restait de sentiment pour toi c'est transformé en rancœur. Tu ne sais pas ce que signifie aimer car tu en es incapable! Je te préviens Camille, plus jamais tu ne referas de mal à Alec, j'y veillerai personnellement ».
Des larmes se mirent à couler sur ses joues mais je m'en foutais. Elle méritait que chacun des mots que j'avais prononcé la transpercent et la fassent souffrir.
« Mag's… » fit-elle entre deux sanglots « je t'en supplie... ne fait pas ça, c'est pour nous que j'ai fait tout ça, Alec était une menace pour… »
« Ça suffit Camille ! » l'arrêtai-je. « Je t'interdis de parler de lui, je t'interdis de ne serait-ce que prononcer son nom ! La seule menace que je vois ici c'est toi ! Tu as toujours été jalouse de mon lien avec lui, de notre amitié et c'est pour cette raison que tu as voulu me l'enlever mais je vais te dire une bonne chose, tout ce que tu as réussi à faire c'est de nous rendre plus forts, plus unis et plus liés que jamais ! Ce qui se passe entre Alec et moi va bien au-delà de ta compréhension, rentre-toi bien ça dans le crâne! ».
Sur ce je m'apprêtais à m'en aller quand le Dr Herondale fit irruption dans la chambre.
« J'espère ne pas vous interrompre… j'ai les résultats des examens mais je peux repasser » dit-elle gênée.
La tension dans la pièce était palpable et probablement qu'elle avait entendu nos éclats de voix. Son regard n'arrêtait pas de passer de Camille à moi. Cette dernière avait les yeux rouges, les joues striées de larmes, il était plus qu'évident qu'elle avait pleuré et ce, par ma faute.
« Vous pouvez rester, je m'en allais » dis-je en amorçant un pas vers la sortie.
« En fait, je dois vous parler à tous les deux » dit-elle.
Confus, je fronçai les sourcils. Pourquoi avait-elle besoin que je reste?
« Écoutez Dr Herondale, Camille et moi avons rompu alors peu importe ce que vous avez à dire sur son état de santé ça ne m'intéresse pas. Vous devriez demander à son père de venir ».
« Magnus… » commença Camille.
Je la foudroyai du regard. Le Dr Herondale s'avança vers moi et mit une main sur mon épaule, elle me regarda tristement.
« Magnus, reste juste une minute s'il te plait, ça ne sera pas long ».
Son regard m'interpella. Je finis par capituler en me réinstallant dans le fauteuil, non pas sans montrer avant des signes d'exaspération et d'agacement. Le Dr Herondale était une collègue de ma mère, je ne devais pas me montrer impoli puis au vu de son insistance, ça devait être assez important. Néanmoins j'étais anxieux, j'essayais de faire abstraction de l'alarme qui retentissait en moi.
« Camille, en te faisant passer les examens nous avons constaté que tu avais un taux d'HCG élevé, nous avons donc fait des analyses complémentaires et nos doutes se sont confirmés. Tu es enceinte de pratiquement 3 semaines… ».
Un silence venu tout droit du royaume des morts s'installa dans la chambre. Je n'osais plus bouger... je n'osais plus respirer.
Non...ce n'était pas possible, c'était forcément un cauchemar…un putain de cauchemar dont j'allais me réveiller! Enceinte?…Camille était...enceinte? Elle…était...
Tout à coup je me sentis mal. Oh non... ça recommençait. Palpitations, sueurs froides, nausées…j'allais...
D'un bond, je me levai et courus aux toilettes tout en maudissant le fait que mes émotions psychiques se matérialisaient directement en manifestations physiques. Une fois les spasmes calmés cinq minutes plus tard, je m'assis sur le carrelage froid, la tête entre les jambes. Un bourdonnement sourd me vrillait le crâne.
Comment une chose pareille avait-elle pu se produire !? On avait couché qu'UNE SEULE FOIS sans préservatif ! Une putain de malheureuse petite fois et puis elle m'avait dit qu'elle prenait la pilule ! Ce que j'ai pu être con ! Si ça se trouve, ce n'était qu'un autre de ses mensonges !
Je me relevai précipitamment, me lavai les mains puis sortis de la salle de bain prêt à en découdre avec Camille mais m'arrêtai net en voyant qu'elle aussi était en train de vider ses tripes dans une bassine que lui tenait le Dr Herondale.
« Ok les enfants » nous dit-elle « je vais aller chercher vos parents. Cette nouvelle vous a beaucoup bouleversé et c'est tout à fait normal. Vous allez avoir besoin de tout le soutien possible, je reviens tout de suite » nous dit-elle en emportant la bassine pleine.
Camille n'osait pas me regarder, elle semblait en état de choc. Je l'observais attentivement et essayant de trouver chez elle une preuve qu'elle était en train de jouer la comédie mais ne vis rien. Soit elle était très douée, soit elle était vraiment secouée.
Je me réinstallai dans le fauteuil.
« Tu m'avais dit que tu prenais la pilule…encore un de tes mensonges j'imagine » lui dis-je en la fixant du regard.
Elle tourna lentement la tête vers moi puis se mit à me fixer également. Ses yeux s'enflammèrent de rage.
« Je ne t'ai pas menti ! JE PRENDS la pilule ! » hurla-t-elle.
« Ah oui ? Alors comment expliques-tu ça ? Je t'écoute ! » fis-je en haussant le ton à mon tour.
« J'en sais rien ok ! J'ai…j'ai peut-être oublié de la prendre une ou deux fois. J'étais perturbée par rapport à notre relation qui déclinait, par rapport à toi qui passait tout ton temps au chevet d'Alec ! »
« Non mais tu te fous de moi !? Tu n'es tout de même pas en train de me dire que c'est de MA faute si tu as oublié de prendre TA putain de pilule ! Et puis à qui la faute si j'ai dû passer tout mon temps libre au chevet d'Alec hein?! Qui l'a mis dans cet état ?! »
Je voyais rouge, j'étais furieux, hors de moi et révolté. J'essayai de me calmer mais je ne contrôlais plus rien.
« On va faire comment nous maintenant avec un gosse ? Comment va-t-on s'en occuper ? On est encore qu'au lycée bordel ! On est encore nous-mêmes que des gamins et toi tu n'es qu'une manipulatrice qui a eu de surcroît, le pire des exemples parentaux ! »
« Je veux le garder. Je veux faire mieux que ma mère et mon père » lâcha-t-elle subitement alors que j'en avais encore gros sur le cœur.
Je fermai les yeux puis pris plusieurs respirations profondes...très profondes.
Non mais je rêve...il ne manquait plus que ça...
« Cet enfant n'est pas un cobaye Camille, j'espère que tu en as conscience. Tu as déjà failli le tuer avec ton overdose, tu commences très fort » lâchai-je la voix haineuse.
Mon coup de poignard fit mouche.
« Je ne le savais pas ! » s'offusqua-t-elle.
« Je m'en contrefous Camille, mais si on décide de faire ça, je te jure que tu n'as pas intérêt à faire un seul pas de travers! »
« Tu me menaces ? »
« Prends le comme tu veux...menace, avertissement ou que sais-je. Je te rappelle que la prison te pend au nez, un mot d'Alexander et on déballe tout à la police ».
Je me levai puis avançai vers la sortie, main sur la poignée, je marquai un arrêt.
« Et juste au cas où dans ton esprit tordu, tu t'imaginerais que grâce à cette grossesse tu allais pouvoir faire pression sur moi afin qu'on se remette ensemble, écoute bien, ça ne change ABSOLUMENT RIEN. D'ailleurs pour le moment, rien ne m'assure que cet enfant soit de moi, tu m'as déjà trompé auparavant ».
« Ça, c'est une chose qu'on pourra facilement prouver » me répondit-elle froidement, piqué au vif.
« Oh ça, sois en certain…on le vérifiera » dis-je en quittant la pièce.
Je sortis de l'hôpital en courant , une fois dans ma voiture je me mis à frapper le volant de toutes mes forces. J'étais déchainé et criais de rage, des larmes de frustration commencèrent à couler sur mes joues. Je n'avais que 18 ans bordel! Je ne pouvais pas devenir père ! Je laissai exploser mon chagrin. Le sort continuait à s'acharner contre moi, après ce qui était arrivé à Alec je devais maintenant affronter ça…soudainement une autre vérité me frappa. Alec. J'allais devoir le lui dire…j'allais devoir lui annoncer que non seulement Camille était enceinte mais aussi qu'il y avait de forte chance que cet enfant soit de moi. J'avais fait croire à Camille que j'en doutais afin de la blesser mais au fond ça collait, elle en était à 3 semaines…ça collait avec cette nuit…la pire nuit de toute ma vie.
Garé devant la maison des Lightwood une heure plus tard, j'avais atteint le summum de la nervosité. Mes mains étaient moites et tremblaient. Il était tard...presque 23h déjà mais j'avais promis à Alec que je passerais puis je ne voulais pas garder cette histoire de grossesse pour moi une seconde de plus. Il fallait qu'il le sache avant que Camille trouve un moyen de tirer un quelconque avantage de la situation sauf que je paniquais. Comment allait-il réagir ? Cette situation nous dépassait totalement. Notre relation allait encore être mise à rude épreuve et j'allais devoir en assumer les conséquences.
M'armant de courage je composai son numéro; la mort dans l'âme je lançai l'appel. Il décrocha aussitôt.
— Hey Mon Amour, répondit-il d'une voix ensommeillée.
Mon cœur s'accéléra.
— Mon Ange…je suis devant. Si tu n'es pas trop fatigué je...
— Entre du côté de la piscine, me répondit-il sans hésiter. Mes parents m'ont installé dans la chambre de Max, la baie vitrée n'est pas verrouillée.
— Très bien, j'arrive, dis-je en raccrochant.
Je descendis de ma voiture, la verrouillai puis m'appuyai quelques secondes contre la portière. Le vent était glacial mais vivifiant. Moi qui détestait le froid, j'avais envie de rester planter là toute la nuit afin d'échapper à mon destin.
Prenant une énième inspiration, je rejoignis Alec en priant de toutes mes forces pour que je ne me sois pas trompé…pour que notre amour naissant soit suffisamment solide pour surmonter le chaos qui allait suivre.
PDV Alec
J'étais littéralement mort de fatigue mais mon besoin de voir Magnus était plus fort et plus important. La chambre de Max possédait une grande porte baie vitrée coulissante qui donnait directement accès à la terrasse de la piscine. C'était vraiment pratique car on pouvait ainsi facilement y accéder et en sortir sans être obligé de passer par l'intérieur de la maison.
Magnus, plus beau que jamais, arriva. Mon coeur déborda littéralement de joie en le voyant enfin apparaitre. Il semblait exténué et légèrement crispé, j'imaginais que la situation qu'il venait de vivre avec Camille n'avait été simple à gérer.
« Bonsoir toi » dit-il en pénétrant à l'intérieur.
Il s'arrêta un moment pour observer les lieux bien qu'on n'y voyait pas grand-chose. J'avais uniquement laissé allumer une lampe de chevet qui diffusait une douce lumière chaude et apaisante.
« Ton frère est sacrément accro » remarqua-t-il amusé en regardant la déco qui était à 90 % sur le thème tennistique.
« Oui » dis-je en souriant « le pire c'est que j'ai l'interdiction formelle de décrocher quoique ce soit !»
« Il est dur en affaire ce petit gars » plaisanta-t-il en me rejoignant sur le lit.
Il me prit dans ses bras et m'embrassa chastement sur les lèvres.
« Tu m'as tellement manqué Mon Ange, tu n'imagines même pas... » me dit-il en soupirant.
« Toi aussi tu m'as manqué Bébé » lui répondis-je.
Il essayait de le cacher mais je voyais bien que quelque chose n'allait pas, il avait le teint pâle et ses traits étaient toujours tendus. Il resserra son étreinte autour de mes hanches et repartit en direction de mes lèvres pour un baiser empreint de passion. Progressivement, il m'allongea sur le dos puis me surplomba de tout son corps tout en prenant soin de ne pas rompre notre baiser. Il m'embrassait avidement, sa langue tournoyant autour de la mienne, la suçotant et la mordillant. Il était tellement habile et savait exactement quoi faire et comment le faire. Lentement, il bascula son bassin vers l'avant dans un frottement langoureux. Je sentis mon sexe s'ériger au rythme de ses mouvements. Je commençai à haleter de plaisir tant ses frictions me faisaient perdre la tête. Je déplaçai ma main sur ses fesses et fis une légère pression pour l'inciter à accentuer ses mouvements de hanches. Son sexe en érection frottait délicieusement contre le mien, je brulais d'envie de faire disparaitre les barrières vestimentaires qui nous séparait.
« Alexander ... » me chuchota-t-il à l'oreille « tu es tellement réactif à mes baisers, à mes caresses, tu ne peux pas savoir à quel point j'ai envie de te faire l'amour là tout de suite ».
Ses mots m'enflammèrent tel un brasier. Un désir brute et ardent fit frissonner mon corps. Sa bouche se déplaçait maintenant au creux de mon cou puis remontait sur la courbe de ma mâchoire tandis que ses mains me caressaient le bas du ventre. Je n'étais plus que sensations. J'en avais tellement envie moi aussi. Envie qu'il me fasse l'amour, envie de le sentir en moi...
Magnus colla son front contre le mien puis soupira lourdement, lentement il bascula sur le côté. Là, c'était certain que quelque chose le tracassait.
« J'ai quelque chose à te dire… » commença-t-il d'un ton angoissé.
Je me redressai puis m'installai de manière à être adossé à la tête de lit, il m'imita. Plongeant mon regard dans le sien, je vis que ses yeux s'embrumèrent de larmes. Mon corps se raidit instinctivement.
« Hey Mon Amour » lui dis-je en essuyant une larme qui s'apprêtait à couler « tu sais que tu peux tout me dire, peu importe ce qui te met dans cet état on l'affrontera ensemble, je te le promets ».
Il fit un petit rire sans joie tout en secouant la tête.
« Je sais que tu le penses Mon Ange mais tu risques de changer d'avis quand je t'aurais tout dit ».
Je le regardai sans comprendre. Pourquoi me disait-il ça ?
Brusquement, il se leva puis se mit à arpenter la chambre de long en large. Visiblement, il ne savait pas comment aborder cette chose qui le tracassait. Ça ne lui ressemblait pas d'agir ainsi, je commençais vraiment à paniquer.
« Tu me rends nerveux » lui dis-je « je t'en prie parle-moi ».
Il se passa les deux mains dans les cheveux puis s'arrêta. Lentement, je le vis prendre appui sur la commode de Max situé prêt de la fenêtre. Son regard se perdit dans le vide.
« Camille est enceinte... » lacha-t-il d'une voix blanche.
Le temps se mit sur pause. Mon corps se figea. Pris d'un sentiment d'effroi, j'avais l'impression qu'il venait de me tirer une balle en plein cœur, ce qui dans un sens était le cas. Un silence pesant régnait désormais en maître dans la pièce. Il était lourd, assourdissant et étouffant. J'étais sous le choc.
Camille attendait un enfant...Magnus était son petit-ami...A+A...
J'avais envie de hurler mais aucun son ne sortait, j'avais envie de pleurer mais mes larmes ne coulaient pas, j'étais comme enfermé à l'intérieur de moi-même. Les mains moites, j'avais la sensation de manquer d'air et de suffoquer, j'avais des sueurs froides...cette pièce était oppressante, je ne pouvais plus la supporter.
« Mag's...ouvre la fenêtre… j'ai…j'ai besoin d'air » articulai-je difficilement.
Il ne s'attendait pas à ce que je lui demande ça, après la bombe qu'il venait de lâcher. Il me regarda comme si j'avais perdu l'esprit.
« Quoi ? Mais…il gèle dehors et tu es en survêtement…tu vas… »
« Putain Mag's, ouvre cette foutue fenêtre !» m'agaçai-je tout en essayant de contrôler ma respiration.
Il s'exécuta, en prenant soin avant de récupérer un plaid dans la commode et de me le tendre au passage. Nous étions début mars et il ne devait pas faire plus de 6 degrés à cette heure reculée de la nuit mais l'air froid qui s'engouffra à l'intérieur de la chambre me fit du bien, j'avais l'impression de respirer de nouveau. Magnus mit ses mains dans ses poches et se recroquevilla légèrement sur lui-même en frissonnant. Depuis le temps qu'il vivait ici, il ne s'était toujours pas acclimaté aux températures de cette saison. À chaque hiver, il pestait en disant que ce pays allait finir par le tuer. Un sourire attendrissant étira légèrement mes lèvres en repensant à la manie qu'il avait de toujours exagérer les choses.
« Viens te mettre sous la couverture avec moi » lui proposai-je.
Deuxième regard étonné de sa part.
« Alec…as-tu entendu ce que je t'ai dit à propos de Camille… parce que là… »
« J'ai très bien entendu » l'interrompis-je « tu viens ou tu préfères rester là à mourir de froid? » le rabrouai-je.
« Je n'ai pas froid » nia-t-il en refoulant un frisson qui venait tout juste de le trahir.
Je le regardai en haussant les sourcils. Il ne bougea pas d'un pouce pour autant. Je savais qu'il était sur ses gardes étant donné que je n'avais toujours pas dit un mot sur cette histoire de grossesse.
« Il y a t-il une infime chance que ce ne soit pas toi le père... » finis-je par lui demander.
Il soupira.
« J'ai prévu de faire un test de paternité dès que possible mais il y a peu de doute... ».
J'accusai le coup...encore une fois.
« Je ne pensais pas que vous en étiez à ce stade…coucher sans protection » fis-je avec une pointe d'amertume.
Cette conversation me donnait vraiment la nausée.
« Ce n'est pas le cas...c'est arrivé qu'une fois. J'avais oublié de prendre des préservatifs et elle était censé prendre la pilule alors je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose mais j'avais tort. Je lui ai fait confiance et j'ai aussi été stupide. Quand on dit qu'une seule fois suffit pour gâcher sa vie…c'est putain de vrai ».
« Je ne peux pas te contredire là-dessus » l'accablai-je encore plus d'un ton glacial et cassant.
Camille avait donné le coup de grâce. Elle avait trouvé l'arme ultime contre laquelle je ne pourrais jamais lutter même si je le voulais.
« Alec, j'ai merdé. Je sais que c'est la pire chose que j'aurais pu te faire subir. Je suis conscient du mal que je suis en train de te faire et je me déteste pour ça, je te le jure. Tes seules préoccupations devraient être le bac, postuler dans des universités pour la prochaine rentrée, te remettre totalement de tes blessures et refaire des concerts avec le groupe, sortir et t'amuser… ».
« Ça devrait être aussi les tiennes ! Tu n'as que 18 ans !» lui rappelai-je d'un ton cinglant.
J'étais bouleversé et en colère. Je lui en voulais de nous faire ça, je lui en voulais d'avoir été aussi stupide, je lui en voulais de me faire vivre une chose pareille alors que notre histoire d'amour venait à peine de commencer.
« Tu as tout gâché Magnus… » murmurai-je alors que ma voix se brisait.
Des larmes libératrices commencèrent enfin à couler sur mes joues. J'avais des bleus à l'âme, la peine et le chagrin m'ensevelissaient six pieds sous terre.
« Je t'en supplie Alec…on trouvera une solution…on… »
« Quelle solution ? » le coupai-je la mâchoire serré « Tu vas peut-être demander à Camille d'avorter ? Toi ?! » dis-je en riant jaune devant l'incrédulité de mes propos. « Ou faire adopter le bébé à la naissance ? Parce qu'entre nous se sont les seules solutions qui s'offrent à toi et nous savons tous les deux que tu seras incapable d'envisager l'une ou l'autre ! ».
Je savais que c'était horrible de ma part de faire passer ses valeurs et ses convictions pour de la faiblesse. Que je n'avais pas le droit de lui en vouloir de ne pas envisager d'abandonner cet enfant mais l'idée de penser qu'il sera lié à Camille à jamais me rendait complètement malade.
Des larmes de tristesse et de désespoir s'échappèrent des yeux vert-doré de Magnus. Je l'avais blessé et m'en voulais terriblement pour ça sauf que moi aussi je l'étais. J'avais moi-même trop mal pour lui dire quoique ce soit de réconfortant. Il était la personne qui me rendait le plus heureux sur cette terre mais aussi la personne qui pouvait me faire souffrir le plus comme en cet instant.
Même avec la meilleure volonté du monde comment pourrais-je supporter ça ? Comment pourrais-je accepter que celle qui avait attenté à ma vie, celle qui m'avait fait vivre un enfer sans nom, celle à cause de qui on avait failli m'arracher mon innocence et ma joie de vivre soit aussi celle qui donnera à Magnus la seule chose que je ne serais jamais en mesure de lui offrir…non c'était au-dessus de mes forces. J'en avais assez, assez de souffrir, assez d'avoir mal, il fallait que ça s'arrête.
« Je ne veux pas te perdre Alec…je ne peux pas… » me confessa-t-il dans l'obscurité qui nous envahissait.
Mon cœur saignait. Je ne voulais pas le perdre moi non plus mais je ne voyais pas d'issus favorable à toute cette situation. La seule solution serait l'avortement mais je savais que si je le contraignais à prendre cette décision, il en souffrirait et à la longue il finirait par me détester et à se détester lui-même. Si je décidais malgré tout de rester à ses côtés avec Camille dans sa vie plus cet enfant qui représentait, que je le veuille ou non, le fruit de cet amour qu'ils ont longtemps partagé, c'est moi qui finirait par me détester.
« Je ne vais pas être capable de supporter tout ça Magnus…tu...tu m'en demandes trop… » lui avouai-je d'une voix tremblante.
Le regard de Magnus me transperça dans la nuit. Ses yeux brillèrent d'une détermination nouvelle. Franchissant l'espace qui nous séparait depuis le début de cette douloureuse conversation, il me rejoignit sur le lit d'un pas déterminé et me prit la main. Son contact me bouleversa tout comme la lueur supplique dans son regard.
« Je sais que je t'en demande trop …et oui tu as raison, je serais incapable d'abandonner cet enfant. Alexander, tu connais mieux que personne ma position sur l'avortement et quant à l'adoption, je suis conscient que grâce à elle de nombreux orphelins ont une vie meilleure mais comment pourrais-je vivre en paix et défendre cette cause en sachant que moi-même j'aurais abandonné un enfant qui n'avait rien demandé à la vie? Un enfant qui ne devrait pas avoir à payer pour mes erreurs. Rien n'efface la douleur et ne comble le vide que ressent celui qui a été abandonné par ses parents. Quand je repense à ce que Clary a vécu, à ses cauchemars, à ma mère qui ne peut plus donner la vie…je ne pourrais jamais prendre la décision que tu voudrais que je prenne …je suis désolé ».
Evidemment, je savais tout ça et je commençais un peu à regretter d'avoir été aussi égoïste. J'avais vu cet enfant à naitre comme un fardeau, comme la chose qui unirait Camille et Magnus pour la vie, comme une chose qui allait nous détruire Magnus et moi mais il avait raison, peu importait les circonstances, les enfants ne devraient pas avoir à payer pour les erreurs de leurs parents. C'était Camille la fautive dans toute cette histoire et Magnus avait aussi sa part de responsabilité. Cet enfant lui, n'avait rien demandé, je n'avais pas le droit de le condamner à mort avant même sa naissance, il était une victime… tout comme moi.
Prenant une profonde inspiration, je finis par me blottir dans ses bras. J'avais besoin de sa chaleur, j'avais besoin de sentir les battements de son cœur, de m'assurer qu'ils battaient toujours à l'unisson avec les miens. J'avais beau lui en vouloir, la vérité était que j'étais complètement et irrévocablement amoureux de cet homme et qu'il m'était tout simplement impossible d'être aussi près de lui et de lui résister.
« On devient quoi nous dans tout ça ? » lui demandais-je d'une petite voix triste. « Je n'ai pas ma place dans cette relation. Camille et toi allez avoir un enfant…je suis celui qui est de trop dans cette équation ».
« Il n'y a pas de Camille et moi. J'ai rompu avec elle Mon Ange. Il n'y a pas plus que toi et moi et jamais je ne te laisserai partir loin de moi »
La fin de se phrase me ramena quelques semaines en arrière. Le jour où on avait décidé de prendre nos distances pour lui permettre de passer plus de temps avec Camille – quelle connerie d'ailleurs. Il m'avait dit ce soir-là que si on avait été un couple jamais il ne m'aurait laissé partir. Sur le moment, je pensais qu'il plaisantait mais aujourd'hui je réalisais qu'il le pensait vraiment. Je sortis du confort de ses bras afin de plonger mon regard dans le sien. Je venais de réaliser autre chose. Il avait rompu avec Camille, même en apprenant qu'elle était probablement enceinte de lui, il l'avait quitté et était venu me retrouver…une lueur d'espoir s'alluma dans mes yeux.
« Mon Amour » reprit-il en se rapprochant lentement de mes lèvres « Je ne nous abandonnerai jamais. Peu importe les épreuves, sache que quand tu n'auras plus la force de lutter, je me battrai pour nous deux, quand tu auras des doutes, je serai la voix qui saura te redonner confiance et espoir, tant que tu m'aimeras, tant que tu seras à mes côtés, j'aurai les armes nécessaires pour tout affronter, tu es mon roque et je saurai te prouver, à chaque instant, que mon monde c'est toi et que sans toi je ne vis plus qu'à moitié ».
J'en restai sans voix. La déclaration de Magnus me toucha en plein cœur et chassa mes derniers doutes. Je me jetai sur ses lèvres et fit passer dans ce baiser, toutes les émotions que j'avais ressenti cette dernière heure. Peur, désespoir, désir, colère, doute, frustration, amour, espoir, passion. Seul lui était capable de me faire plonger dans un tel maelström d'émotions en si peu de temps. Je me sentais vivant à ses côtés…oui complètement vivant.
« Bébé, je t'aime tellement » lui dis-je en continuant à dévorer ses lèvres « reste avec moi cette nuit… ».
Il rompit notre baiser puis me regarda en se mordillant la lèvre inférieure. C'était la première fois que le voyait faire ça, ce simple petit geste le rendait encore plus désirable.
« Alexander…je ne sais pas si je serais capable de passer toute une nuit avec toi sans… ». Il ne termina pas sa phrase mais je compris.
« Ce serait plutôt une moitié de nuit vu qu'il est déjà une heure du matin puis… on pourrait peut-être l'envisager… ».
Il se mit à me dévisager intensément avec un petit sourire espiègle.
« Tu ferais ça ici toi ? Dans la chambre de ton frère ? »
Je rougis. Non…très mauvaise idée en fait...
« D'accord, mais reste quand même s'il te plaît. Je veux passer la nuit dans tes bras…après tout ce qui vient de se passer, je ne veux pas qu'on se quitte maintenant » le suppliai-je.
Il soupira.
« Comment puis-je dire non à ces yeux-là...entendu je reste. Je vais envoyer un message à ma mère afin la prévenir. À l'heure qu'il est, elle doit avoir appris la nouvelle pour Camille, autant ne pas lui causer plus de tracas ».
En bon fils consciencieux, il prit son portable et envoya un long message à sa mère puis il se leva et alla refermer la fenêtre en me jetant un regard en biais.
Une vraie chance si on ne tombe pas malade avec mes bêtises, pensai-je.
Il retira ses chaussures, se dévêtit puis prit un bas de jogging dans la commode et un tee-shirt. Je le regardais faire avec convoitise pendant tout ce temps par dessus mon plaid.
« Mon amour, arrête de me regarder ainsi… » me dit-il d'une voix suave tout en enfilant son bas de survêt'.
Ses yeux de chat semblaient étinceler dans la nuit et deviner clairement mes pensées. Je me mis à rougir furieusement. J'étais depuis toujours attiré par lui comme le papillon était attiré par la flamme..l'effet qu'il me faisait était tout simplement scandaleux. Je voulais bien me brûler les ailes un million de fois si cela me permettait de continuer à ressentir ce tourbillon indescriptible.
Il s'allongea à mes côtés et me prit dans ses bras précautionnent, ma tête posée sur son torse écoutant les battements de son cœur, sa main sous mon tee-shirt me caressant doucement le flan, je fus envahi par un sentiment de bien-être et de sérénité qui était bienvenue après les angoisses et frustrations de tout à l'heure. Il était inutile de se voiler la face ou de lutter, mon amour pour Magnus me collait à la peau, il était inconditionnel et ineffable. Jamais je ne pourrais vivre sans lui. J'étais prêt à tout endurer pour des moments comme celui-ci, lover dans ses bras.
« Je t'aime Mon Ange » me dit-il en glissant progressivement sa main sous mon bas de survêt' et ce jusqu'à mon sexe.
« Je t'aime aussi Mon Amour » lui dis-je en fermant les yeux et en me laissant porter par les vagues de plaisir que me procuraient ses caresses.
Fin du Chapitre 14.
J'ai eu pas mal de difficultés à écrire la partie sur nos deux tourtereaux car je voulais vraiment réussir à retranscrire l'ambiance et toutes les émotions qui se bousculaient dans leur esprit à cet instant, c'est clairement un moment important dans leur relation alors j'espère avoir réussi le pari. Bientôt la suite ;)
