Cinquième année
31 août, Résidence Granger
La France avait été géniale, Hermione ne pouvait dire le contraire. La mer, le soleil, la façon d'être de la population. Elle avait été dépaysée. Mais, dès qu'elle était rentrée, les questions étaient revenues. Ainsi que son besoin de comprendre.
À la veille de son retour à Poudlard, elle était confortablement installée dans son lit à relire Rêves et leurs significations, un ouvrage ancien et unique avait-elle appris, que lui avait offert Luna à l'occasion de ses quinze ans.
Le livre lui avait permis de découvrir qu'elle n'était pas la seule au cours des siècles à avoir expérimenté des rêves qui se concluaient par la mort souvent douloureuse de son protagoniste. Elle avait également appris que personne n'avait été capable de fournir une explication à ce phénomène. Les seuls êtres susceptibles d'éclaircir ce mystère avaient tous disparus ou été réduits au silence.
Elle referma l'ouvrage, soupirant longuement de frustration, et le posa sur sa table de chevet. De quoi lui assurer de nombreuses heures de questionnement et de recherches supplémentaires. Elle se réjouissait d'avance…
Mais, Hermione avait l'intime conviction qu'elle pourrait trouver plus d'indices, et peut-être même des réponses, dans un des nombreux manuscrits que contenait la Réserve de la Bibliothèque de Poudlard. Elle avait commencé à échafauder un plan afin d'accéder à cet endroit interdit sans autorisation. Elle se creusait la tête à trouver un moyen de tromper la vigilance de la bibliothécaire, Madame Pince. Pour ça, il lui fallait un alibi béton.
Elle espérait pouvoir compter sur l'aide involontaire de Luna. Hermione avait dans l'idée qu'elle pourrait retourner le petit jeu de son amie contre elle. La Serdaigle savait que Luna avait pleinement conscience de ce qui lui arrivait et même si elle s'était efforcée de lui en vouloir, elle n'y était pas parvenue.
Une sensation à propos de Luna lui assurait qu'elle dirigeait les choses pour son bien et elle avait confiance en elle malgré le peu d'information que la blonde avait partagé sur son passé. Qui était tout sauf celui d'une jeune sorcière de quatorze ans.
L'impact de Luna sur sa vie était tangible, du moins, du point de vue d'Hermione. Sa condisciple avait réussi à amplifier ses rêves et à lui montrer un chemin à suivre. Luna était un bien étrange guide et même si elle avait toujours l'air la tête dans les nuages, elle était peut-être la seule à savoir la vérité sur les rêves qu'Hermione vivaient et cet inexplicable lien avec Harry.
Harry…
Hermione n'avait pu s'empêcher de remarquer que l'homme qui habitait chacun de ces songes possédait énormément de caractéristiques physiques communes avec son meilleur ami. Les rêves s'étaient faits plus rares à présent. Pourtant, elle n'arrivait presque plus à s'extirper de la tête les traits des personnes qui l'accompagnaient dans le royaume des songes.
Yeux verts et cheveux noirs. Pas toujours le même visage, mais tous lui étaient étrangement familiers. Tous mourraient presque à chaque fois sous ses yeux. Elle appréhendait le moment où ils allaient se revoir. Sûrement demain dans un des compartiments du Poudlard Express. Ou sur le quai 9 3/4 de la gare King's Cross.
Elle laissa s'échapper un soupir et se renfrogna. Elle n'aurait pas à se poser la question si cet idiot avait daigné répondre à la dernière missive qu'elle avait pris la peine de rédiger. C'était il y a deux jours déjà.
Depuis, elle scrutait sans cesse le ciel à la recherche d'un petit point blanc, signe du retour tant espéré d'Hedwige. Elle n'avait, de fait, pratiquement, pas quitté sa chambre.
Lors d'une de ses rares expéditions dans la cuisine, elle avait constaté sa mère qui l'étudiait du regard, une lueur étrange dans les yeux.
« Tout va bien ? » s'était inquiétée la Serdaigle.
Sa mère lui avait d'abord souri doucement. Son amusement avait été perceptible dans sa voix quand elle avait répondu :
« C'est plutôt moi qui devrais te poser cette question. Est-ce qu'il faut que je pense à faire installer un passe-plat entre la cuisine et ta grotte ? »
Son sourire avait redoublé devant l'expression outrée qu'avait alors prit sa fille.
« N'importe quoi Maman. Tu sais que la rentrée se rapproche et, pour la première fois, j'aurais des examens importants à passer », avait-elle avancé tout en se versant un verre de jus d'orange.
Les yeux de Mrs Granger avait scintillé malicieusement. Hermione l'avait observé du coin de l'œil alors qu'elle avait porté le verre à ses lèvres.
« Quels genres d'examen ? L'étude des chouettes ? Anatomie ? »
Elle avait recraché la gorgée de jus d'orange qu'elle s'apprêtait à avaler. Ses joues avaient assurément rougi et elle avait évité sa mère des yeux. Celle-ci avait éclaté de rire. Le cœur d'Hermione avait battu à tout rompre dans sa poitrine.
« Tu es dans ton état « Harry » depuis que nous sommes rentrés de France. Ton père a bien entendu voulu venir en discuter avec toi », avait éludé sa mère avant qu'elle ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Hermione avait roulé des yeux. « Mais je lui ai vite remis les pendules à l'heure. Il n'osera pas t'embêter avec ça. »
« C'est-à-dire ? » Hermione avait rétabli le contact visuel en plissant des yeux. « De quoi parles-tu Maman ? »
Celle-ci s'était contentée d'un clin d'œil en lui souriant d'un air entendu. Elle avait gardé le mystère intact malgré l'insistant questionnement de sa fille. Elle avait simplement continué à lui sourire comme si elle en savait beaucoup trop. Hermione avait été obligée de repartir sans réponse de la cuisine en maugréant contre les mères persuadées de tout savoir et qui ne prenaient même pas la peine d'éclairer les lumières de leurs enfants.
Sans parler de la façon qu'elle avait de qualifier son comportement, état « Harry »... Complètement ridicule ! Elle en était arrivée à se demander si sa mère avait encore toute sa tête.
Un bref tapotement à sa fenêtre la sauva de son fil de pensées. Posée sur le rebord, la silhouette d'une chouette blanche se découpait dans le ciel orangé. Hedwige la fixait de ses deux grands yeux ronds et dorés, impatiente de recevoir caresses et attention. Hermione ne se fit pas prier.
Dès que le battant fut entrouvert, la chouette se dirigea vers le perchoir que la jeune fille avait installé quelques jours plus tôt près de son bureau, à portée de bras pour effleurer l'oiseau quand elle y serait assise.
Elle retira délicatement la lettre attachée à la serre du volatile. L'oiseau frotta quelques seconds sa tête contre ses doigts quand elle lui tendit. Il but quelques gorgées d'eau à disposition dans une coupelle puis engloutit rapidement les deux friandises pour hibou quand la jeune fille lui proposa. Finalement, Hedwige se pelotonna sur le perchoir et ferma les yeux.
La réponse de Harry était composée d'une simple photo qu'il avait glissé dans une enveloppe. Il y arborait son fameux sourire en coin, les yeux relevés vers la petite Elizabeth, perchée sur les épaules de son frère, qui semblait glousser de plaisir, ses petites mains, encore potelées, plongées dans la touffe de cheveux indomptable du Serpentard.
Harry avait l'air plus heureux que jamais sur le cliché et la jeune fille sentit son cœur s'emballer face à l'expression qu'il affichait. Elle remarqua enfin que la photo était immobile, pour une fois, mais ne l'en trouva que plus belle. Un sourire lui monta aux lèvres. Cela lui évoquait un simple et unique arrêt sur image, un moment magique capturé pour l'éternité.
Hermione sortit totalement la photo de l'enveloppe pour pouvoir mieux l'observer. Son regard se concentra, aussi incompréhensible que cela puisse lui paraître, sur le sourire de son meilleur ami. Il fendait son visage presque en deux, dévoilant toutes ses dents. Au point même qu'une fossette avait fait apparition au niveau de sa joue droite.
Quand elle sentit son cœur s'emballer un peu trop fort, elle voulut poser le portrait, troublée par ses propres émotions. Elle se ravisa, préférant en étudier le dos.
L'écriture maladroite de Harry s'y étalait. Il avait été bref, par rapport à ses précédentes missives. Le cœur d'Hermione sembla tout de même se gonfler de bonheur quand elle lut les quelques mots qui lui étaient adressés :
Rendez-vous près de l'entrée de la voie 9 3/4 à 9 heures. Mère a hâte de te revoir… Elle me tanne depuis le début des vacances ! Imagine un peu…
Soit à l'heure ou je ne donne pas cher de ma peau !
Harry
1ᵉʳ septembre, Devant le Quai 9 3/4, côté Moldus
Habituellement, Hermione était impatiente de retourner à Poudlard. Certes, elle avait été quelque peu refroidie lors de sa rentrée de seconde année à l'école de sorcellerie, mais alors Malfoy était venu la tourmenter. Elle était jeune, se sentait seule. Les mots qu'il lui avait dits ce jour-là lui avaient piqué le cœur telle une aiguille tant ils avaient résonné avec justesse aux oreilles de l'enfant qu'elle était.
Mais, aujourd'hui, la raison était tout autre et jamais elle n'avait autant redouté de traverser ce maudit mur.
Son estomac semblait faire des montagnes russes dans son ventre et, vu les sensations qu'elle ressentait, il utilisait ses intestins comme rails. Elle se surprit à penser que finalement sa mère en savait réellement plus qu'elle à propos de ce qu'il lui arrivait.
Hermione roula des yeux quand elle surprit le regard ouvertement excité que sa mère lui lançait et l'air avide qui déformait son visage. Peut-être que sa génitrice avait imaginé toute l'affaire après tout.
Affaire qui n'existe pas, se persuada Hermione mentalement.
La fameuse discussion de cet été refit surface dans son esprit et elle se retint de se cacher la tête dans les mains, tellement le souvenir ravivait un sentiment de gêne en elle en cet instant. Sa mère la sauva d'un naufrage mental quand elle posa une main sur son épaule :
« Alors Hermione ? Prête à reprendre les cours ? » Elle laissa à peine le temps à la jeune fille de répondre et enchaîna : « Impatiente de retrouver tous tes petits camarades ? » Elle fit remuer ses sourcils de manière suggestive et l'estomac d'Hermione fit une chute plus vertigineuse que toutes les autres quand elle poursuivit : « Ou peut-être un camarade en particulier ? »
La jeune fille lui lança un regard ouvertement outré qui la fit éclater de rire. Son père, dont les sourcils étaient froncés depuis leur départ ce matin, se renfrogna d'autant plus quand il entendit les mots de son épouse. La Serdaigle espérait que Harry ne ferait pas de faux pas devant lui.
Elle secoua la tête furieusement. Quelle importance ? Elle n'avait pas besoin de son consentement, Harry et elle n'étaient même pas ensemble !
Elle préféra répondre à sa mère plutôt que de laisser son esprit dériver sur ce sujet. Cela lui avait valu, plusieurs fois cet été, l'impression qu'une des créatures farfelues qui peuplaient la tête de Luna était venu la tourmenter, qu'elle s'amusait à l'égarer sur des chemins totalement improbables et bien trop agréables pour son propre bien. Le temps était passé à une vitesse phénoménale ces jours-là.
Elle se tourna vers sa mère en soupirant :
« Maman, par pitié, tiens-toi correctement devant les parents de Harry. C'est toi l'adulte ici, par Merlin. Je ne devrai même pas avoir ce genre de discussion avec toi. Pas de sous-entendus, pas de clins d'œil et aucune allusion à propos de quoi que se soit devant eux. »
Sa mère renifla bruyamment, Hermione la soupçonna de cacher le rire qui lui était monté dans la gorge au ton alarmé que sa fille avait sans aucun doute employé. Elle se tourna d'un mouvement rapide, nerveux, vers son paternel :
« Papa… »
Le regard meurtrier qu'il lui décocha lui coupa toute envie d'en rajouter. Elle se contenta donc d'un « Fais au mieux » sans conviction.
Sans trop savoir pourquoi elle ne tenait absolument pas à se retrouver dans une situation inconfortable devant les Potter. Surtout pas devant Harry. Son angoisse était montée en flèche quand, cinq minutes plus tôt, sa mère lui avait proposé qu'ils l'accompagnent, elle et son père, au-delà du mur. Elle avait ajouté qu'elle serait ravie de rencontrer les parents du charmant Harry.
Elle avait envoyé un coup de coude dans les côtes de son mari. Cependant, il s'était contenté d'un grommellement incompréhensible et d'un haussement d'épaule qui signifiait son désintérêt. Hermione n'avait pu dire non aux yeux de chiot de sa génitrice.
Voilà pourquoi à présent toute la petite troupe se trouvait face au mur qui séparait les quais 9 et 10 de la gare King's Cross, Mrs Granger, dont l'état de surexcitation était très identique à celui d'une jeune fille de douze ans, M. Granger, qui lançait des regards noirs à tous ceux qui les zieutaient avec un peu trop d'insistance, et Hermione, qui aurait encore préféré quitter l'Angleterre à jamais plutôt que de passer ce mur avec ses parents et leurs comportements complètement disproportionnés.
Elle inspira un grand coup, rassemblant le peu de courage qu'elle arriva à trouver en elle, lança un dernier regard lourd de sens à sa mère qui cessa de sautiller sur place et tenta de faire sourire son père. Il se contenta de soulever le coin de ses lèvres pendant quelques microsecondes. Hermione supposa que c'était le mieux qu'elle pourrait tirer de lui à cet instant et se tourna vers le mur. Elle redressa les épaules et le traversa.
Elle repéra les Potter facilement. James Potter s'amusait à faire léviter sa fille Elizabeth dans les airs du bout de sa baguette. Les trilles joyeux de la jeune enfant couvraient presque l'imbroglio de conversations qui donnait vie au quai et, malgré son air réprobateur, Lily Potter ne pouvait empêcher un tendre sourire d'étirer ses lèvres.
Harry était à leurs côtés, il riait sans gêne des mimiques de sa petite sœur. Elle s'étonna de réussir à apercevoir la fossette, celle qu'elle n'avait pu s'empêcher de fixer sur le cliché qu'elle avait reçu hier, qui déformait sa joue droite quand il éclatait de rire alors même que plusieurs mètres les séparaient. Elle fut encore plus surprise quand Harry fronça les sourcils puis tourna immédiatement le regard vers elle. Le monde autour d'elle commença à s'estomper puis…
« C'est Harry ? Il est mignon ! » lui souffla sa mère d'une voix excitée dans le creux de son oreille.
Elle éclata de rire quand la Serdaigle lui lança un autre regard outré, le visage en feu. Elle lui répondit d'un hochement de tête, n'ayant pas suffisamment confiance en sa voix pour parler.
C'est sa mère qui prit l'initiative de les diriger vers les Potter. Hermione lui emboita le pas, fuyant à tout prix le regard de son meilleur ami.
Elle avait chaud, bien trop chaud. Sa poitrine menaçait d'exploser tellement son cœur battait vite. Apparemment, quelqu'un avait libéré un essaim de papillons dans le creux de son ventre.
Mais, qu'est-ce qui m'arrive par Merlin ? S'inquiéta-t-elle.
Depuis la fin de l'année dernière, elle savait que quelque chose de nouveau et d'étrange était en train de se passer entre elle et Harry. C'était même plutôt agréable, tous les petits regards, les contacts, les sourires. Mais, l'intensité de ce qu'elle ressentait depuis qu'elle avait posé le pied sur le Quai 9 3/4 était d'un tout autre niveau.
Elle se demanda si se tenir aux côtés de Harry cette année serait toujours comme cela. Elle doutait de pouvoir contenir ce genre de sensation, à ce niveau d'intensité pendant toute l'année.
C'est avec un élan de panique qu'Hermione força un sourire quand Lily Potter la salua d'une étreinte chaleureuse. Elle hocha nerveusement de la tête alors que James Potter la saluait de la main, incitant de la voix la petite Elizabeth à l'imiter. Elle avait la tête ailleurs.
Toutes les cellules de son corps semblaient être concentrées sur Harry et la distance ridicule qui les séparait à présent. Elle observa intensément l'échange de poignée de main entre Harry et son père, espérant que celui-ci ne tentait pas d'écraser les phalanges de son meilleur ami.
C'est à ce moment qu'elle remarqua à quel point il avait grandi. Même avec les quelques centimètres qu'elle avait pris pendant l'année, il lui semblait qu'elle lui arrivait à peine au menton.
Son père et le Serpentard échangèrent quelques mots à voix basse et quand son père rejeta la tête en arrière pour éclater de rire, Hermione eut l'impression qu'un poids venait d'être enlevé de ses épaules.
Cela ne l'empêcha pourtant pas d'avoir la sensation que ses veines étaient en feu quand Harry commença à combler le peu de distance qui les séparait. Ses yeux trouvèrent le sol, elle inspira profondément.
Elle avait compté, cela faisait environ dix mille deux cent vingt heures, et pour être exact quatre cent vingt-sept jours, qu'elle n'avait pas parlé avec son meilleur ami. Par « parler », elle voulait bien sûr aussi dire entendre sa voix. Elle n'avait aucune idée de comment elle allait y réagir. Elle s'était retournée le cerveau à se l'imaginer.
Une paire de chaussures apparue dans son champ de vision.
« Salut Hermione. »
Son estomac se tordit instantanément. La voix de Harry était définitivement plus grave que dans ses souvenirs et beaucoup, beaucoup plus agréable à l'oreille. Elle remercia Merlin qu'il était bien plus grand qu'elle à présent et qu'elle ait à lever la tête pour qu'il puisse voir son visage. À cet instant, elle se sentait trop troublée par le son de sa voix pour pouvoir le regarder dans les yeux.
Un silence pesant s'installa pendant la bonne minute qu'il fallut à la Serdaigle pour se rassembler.
Quand elle trouva la force de le regarder, elle le trouva qui se grattait l'arrière du crâne, l'air gêné. Les joues de son meilleur ami étaient légèrement rosées, mais un petit sourire en coin dansait sur ses lèvres. Malheureusement, pas de fossette.
Hermione remarqua qu'elle fixait la zone où l'envoutante traîtresse aurait dû apparaître quand elle vit les lèvres de Harry bouger. Elle se gifla mentalement.
« Alors comme ça tu es préfète ? »
Elle mit plusieurs secondes à remettre de l'ordre dans ses idées pour y intégrer ce qu'elle aurait dû entendre. Elle jeta un coup d'œil au badge luisant qui trônait sur le côté droit de sa poitrine et que le Serpentard fixait aussi. Elle reporta son attention sur son ami qui lui souriait d'un air amusé. Il poursuivit :
« Je vais me méfier pendant mes prochaines sorties nocturnes. »
Elle haussa un sourcil interrogateur et se demanda s'il faisait référence à la conversation qu'elle avait surprise, quelques mois auparavant. Elle préféra ne pas emprunter ce chemin et lui dit sérieusement :
« Aucune pitié pour aucun contrevenant. Pas même toi Potter. »
Elle remercia Merlin que sa voix n'ait pas flanché. Cela n'empêcha pas son estomac de faire un looping quand Harry éclata de rire.
« Je n'en attendais pas moins de toi Hermione. Je saurais me faire discret. »
Il lui lança un clin d'œil et de nouveau la température sembla monter de quelques degrés sur le quai. Hermione lui répondit d'un regard désapprobateur puis s'enquit de trouver sa mère des yeux.
Elle était aux côtés de Lily Potter. Les deux femmes étaient penchées l'une vers l'autre, des airs de conspiratrice peints sur leurs visages. Elles semblaient plongées dans une discussion qui paraissait particulièrement amusante à entendre les gloussements qu'elles lançaient à intervalles réguliers.
C'est quand elle vit sa mère lui jeter un coup d'œil appuyé qu'elle comprit qu'ils en étaient la raison. Elle se sentit rougir intensément. Harry avait trouvé lui aussi leurs mères du regard et semblait perplexe :
« De quoi peuvent-elles bien parler ? »
Consternée, Hermione contint son envie de se couvrir le visage de la main. Elle soupira et essaya vaillamment de dominer son rougissement. Elle lui répondit :
« De nous, idiot. »
« Oh ... »
Il eut l'excellente idée de rougir à son tour. Cela provoqua une cacophonie de gloussements de leur mère respective. Cette fois-ci Hermione ne retint pas son envie de se cacher le visage de la main. Sa mère encore ne l'étonnait pas, elle se comportait comme une fille de 15 ans depuis deux semaines, mais venant de Lily Potter… Merlin le monde ne tournait plus rond !
Elle observa entre ses doigts, horrifiée, Harry leur lancer un petit signe du bout des doigts.
« Ne leur donne pas plus de matière Harry ! » s'invectiva-t-elle le plus discrètement, possible, alarmée.
Harry se contenta de continuer à regarder leurs génitrices en souriant. Il finit par lui lancer un rapide coup d'œil et lui dit :
« Relax Hermione ! Regarde-les, elles ont l'air de s'entendre à merveille. » Son regard se fit plus tendre quand il se posa sur Lily. « Et ça faisait longtemps que je n'avais pas vu ma mère s'amuser comme ça avec quelqu'un. »
Hermione suivit son regard. Il était vrai qu'elle aussi voyait rarement Helen Granger sourire comme cela. Les lèvres de la jeune fille se tordirent d'un timide sourire quand un vrai éclat de rire émana de sa mère et, par instinct, ses doigts attrapèrent ceux de Harry qui étaient juste à côté d'elle. Il serra son pouce doucement contre le sien et son contentement se rependit en Hermione comme une vague de chaleur à travers leur lien.
Il la tira doucement vers leurs familles sans lâcher ses doigts.
« Allons leur dire au revoir, le train va bientôt partir. »
Elle le suivit sans hésiter.
Alors, quand sa mère la taquina une dernière fois avant qu'elle ne monte dans le Poudlard Express, Hermione lui lança un clin d'œil et un grand sourire.
21 septembre, Grande Salle
Hermione ne pouvait s'empêcher de fixer furieusement la table des Serpentards. Cela faisait à peine trois semaines que sa cinquième année à Poudlard était entamée et elle en était déjà à compter le nombre de jours qui la séparait des prochaines vacances.
Pourtant, le trajet en train s'était déroulé à merveille. Harry et elle s'étaient installés dans un compartiment seuls, elle avait assisté à la réunion des préfets, avait pris note de son planning de ronde et était revenu dans le compartiment pour constater que Luna y était présente.
Ils avaient tous trois discuté tranquillement de l'année à venir et des BUSE qui attendaient les deux cinquièmes années et, même si elle était consciente que ses amis lui cachaient beaucoup de choses, elle avait apprécié de les retrouver.
Le trajet en calèche avait été plus silencieux. Harry avait regardé l'imposant château de Poudlard se rapprocher à mesure qu'ils avançaient, Luna avait eu l'air le plus rêveur qu'Hermione lui avait jamais vu peint sur le visage et la cinquième année n'avait pu que sortir son manuel de potion pour lire.
Cela ne l'avait cependant pas empêché de jeter des regards, qu'elle avait espéré furtifs, à Harry pour l'étudier un peu plus. Elle aurait désormais presque été capable de dessiner son visage sans voir le modèle.
À travers le lien, elle n'avait ressenti qu'un calme profond émaner de son meilleur ami et s'en était imprégnée, sereine.
Mais, tout avait basculé quand Harry s'était installé à la table des Serpentards, entre Greengrass et Zibani.
Depuis, pour la jeune fille de seize ans qu'elle était depuis peu, le sentiment qu'elle ressentait et son intensité lui faisait peur. Elle l'avait sans aucun doute déjà ressenti lors de sa troisième année pendant sa relation avec Roger Davies.
La jalousie…
Elle la submergeait souvent lorsqu'elle posait les yeux sur Daphnée. Elle lui donnait une irrépressible envie de briser tout ce qu'elle tenait dans la main, de se lever et d'aller effacer à coups de baguette bien placés l'air aguicheur que la blonde avait en permanence collé au visage en présence de Harry.
Daphné Greengrass, une Sang-Pur de Serpentard de la même année que la Serdaigle et son meilleur ami, à la chevelure blonde et lisse. Elle était devenue plus proche de Harry au fil des années et elle s'entendait particulièrement bien avec Zibani. Hermione l'admettait, elle l'avait toujours trouvé jolie, avec ses cheveux qui lui arrivaient à mi-dos et son sourire qui découvraient des dents parfaitement blanches et alignées (et de taille correcte !). Mais jamais elle n'avait montré d'intérêt particulier pour Harry (Hermione l'aurait sans aucun doute remarquée).
Ce temps était apparemment révolu.
Greengrass avait la fâcheuse habitude d'apparaître partout et tout le temps. Greengrass avait l'énervante manie de souvent se coller au bras de Harry et s'il y avait un bouton de chemisier déboutonné en plus que les années précédentes, Hermione savait bien que ce n'était pas par hasard. Greengrass était un danger, elle était la raison de la fureur qui menaçait de faire craquer Hermione.
Alors que Harry et elle avaient recommencé à s'installer à leur habituelle table à la bibliothèque pour étudier, et que la Serdaigle était revenue s'installer dans les gradins pendant les entrainements de Quidditch (Merlin, ce qu'elle pouvait adorer le Quidditch finalement !), bien trop souvent, la blonde de Serpentard les rejoignait et tentait littéralement de monopoliser son meilleur ami.
Cela ne l'aurait pas rendu aussi furieuse si au moins ce maudit Potter avait la décence de remercier définitivement la demoiselle. Mais, non, l'idiot se contentait de sourire poliment et parfois de rougir des tentatives de séduction de sa condisciple.
Hermione ressentait sa gêne (et rien que de la gêne, elle en était sûre, elle avait décortiqué chacune de ses émotions en présence de la Serpentard) à travers leur lien, mais ne comprenait pas pourquoi il ne mettait pas les choses au clair avec Greengrass.
Harry maîtrisait sans doute le lien bien mieux qu'elle. Lui cacherait-il des choses ? Était-il capable de lui masquer certains de ses sentiments ?
Il ne montrait presque jamais de signes de sa connaissance du lien ou des émotions de la Serdaigle. Cela la rendait confuse.
Harry percevait-il l'animosité grandissante d'Hermione envers la Serpentard ? Était-il sensible à ses avances ?
La Serdaigle espérait que non, car elle ne se sentait pas capable de partager Harry, aussi égoïste que cela puisse paraître. L'année dernière lui avait paru bien trop vide sans lui.
Oui, s'était-elle persuadée, si Hermione était aussi furieuse de voir le manège de Daphné Greengrass, c'est parce qu'elle ne voulait pas être, une nouvelle fois, séparée de son meilleur ami.
15 octobre, Au bord du Lac
« Est-ce que tu penses que je devrais aller parler à Daphnée ? »
Hermione haussa les sourcils, sidérée. Certes, elle avait passé les vingt-cinq minutes précédentes à furieusement maudire la Serpentard dans ses pensées, mais que Harry lui pose cette question l'avait véritablement surprise.
Elle l'observa, incertaine de ce qu'elle devait répondre. Malgré le sérieux qu'affichait son meilleur ami, elle sentait son amusement filtrer à travers leur lien. Elle inspira puis expira bruyamment récoltant un regard surpris de la part du Serpentard.
Elle se tourna vers lui, assise en tailleur sur l'herbe verte, les mains croisées devant sa poitrine, les coudes sur les genoux, le visage fermé.
« Harry… » Le regard du garçon se fit interrogateur. « Je ne sais pas si Daphnée a envie de parler mais, ce qui est sûr, c'est qu'elle meure d'envie que tu t'étouffes dans son décolleté. »
Son amusement redoubla d'intensité. Hermione se félicita de ne pas balancer le flot d'atrocités qui lui passait par la tête. La pensée que Harry pouvait envisager de discuter d'un tel sujet avec Greengrass lui retourna presque l'estomac. Presque, car finalement le traître préféra se contracter quand Harry lui répondit :
« Vu sous cet angle, je devrais peut-être me laisser tenter. »
Il lui envoya un demi-sourire coquin. Hermione dût résister à l'envie de lui envoyer son coude dans les côtes. Sa résolution se brisa quand il remua les sourcils de façon suggestive et elle esquissa un petit sourire quand le Serpentard fit mine d'être mortellement blessé, une main posée sur son côté. Il s'effondra de manière théâtrale sur l'herbe et ferma les yeux. La Serdaigle fronça les sourcils quand elle imagina Harry et Greengrass, ensemble, heureux :
« Si ça peut définitivement m'épargner sa présence, fais-le. » Sa voix se fit plus faible même si Harry n'avait pas bougé d'un iota. « Même si je ne vois pas comment Daphnée Greengrass pourrait avoir plus de discussion qu'un Veracrasse. »
Sa voix s'était presque brisée sur la fin malgré le ton rageur qu'elle avait voulu employer. Une autre image de Harry et sa condisciple s'embrassant emplit son esprit. Son cœur se contracta douloureusement dans sa poitrine.
À côté d'elle, le Serpentard ouvrit brusquement les yeux. Il se redressa lentement tout en plantant son regard dans le sien. L'air autour d'eux s'alourdit. C'était la seule explication qu'elle pouvait donner à l'inexplicable difficulté avec laquelle ses poumons tentaient d'aspirer le précieux fluide vital.
Ses doigts se mirent à jouer nerveusement avec un brin d'herbe près de son genou. Elle ne détourna pas le regard, mais ne put s'empêcher d'ajouter :
« Elle te suit comme une ombre depuis des années, mais elle ne t'a jamais montré de réels intérêts avant cette rentrée scolaire. Avoue que c'est quand même étrange. Malheureusement, je n'ai pas le moindre doute sur ses intentions vis-à-vis de toi. »
Un sourcil disparu sous la frange de mèches rebelles du Serpentard. Hermione se maudit intérieurement de suivre le mouvement du regard en rougissant. Il lui demanda dans un souffle :
« Et quels genres d'intentions auraient-elles ? »
Le brin d'herbe céda sous ses doigts. Elle fixa son regard dessus, gênée par la tournure de la conversation. Son visage lui paraissait bien trop chaud pour son propre bien. Elle répondit difficilement :
« Tu sais parfaitement Harry. Le genre d'intentions que n'importe quel jeune sorcier de notre âge aurait du mal à refuser. »
Son visage allait prendre feu, elle en était sûre à présent. Elle osa cependant regarder Harry du coin de l'œil. Il la fixait, interdit. Le souffle d'Hermione se bloqua dans sa poitrine.
Était-il en train d'envisager une relation avec la blonde ? Mais, tout à coup, le visage du Serpentard se détendit et il éclata d'un grand rire joyeux. Malgré la fameuse fossette qui lui faisait de l'œil, Hermione eut presque envie de le gifler quand il s'exclama entre deux éclats :
« Par la barbe de Merlin ! Hermione Granger, jalouse ! Et, prude ! »
La Serdaigle piqua un fard et baissa les yeux sur le brin d'herbe arraché qu'elle tournait toujours entre ses doigts. Fichu lien et fichu Potter !
« Je ne veux pas te perdre une nouvelle fois. »
Les mots avaient passé ses lèvres avant de se former dans son esprit, mais la justesse avec laquelle ils résonnèrent à leurs oreilles firent taire le rire du Serpentard. Leurs cœurs battirent à tout rompre dans la poitrine d'Hermione. Le vent fit s'envoler une mèche de ses cheveux de son chignon. Elle crut que son cœur aller s'échapper lui aussi quand elle sentit les doigts de Harry remettre doucement la fuyarde derrière son oreille. Il les laissa retomber en les glissant lentement le long de sa joue. Un frisson traversa la colonne de la jeune fille. La sincérité du geste fit monter des larmes dans ses yeux.
« Tu ne me perdras plus jamais », dit-il dans un souffle.
Elle le regarda enfin et les visages des dizaines d'hommes qu'elle avait vu mourir en rêve se mêlèrent à celui de son meilleur ami.
Pendant quelques secondes la tête lui tourna. Elle sentit son esprit comme divisé en une multitude d'entités chacune avec ses propres souvenirs. Elle avait envie de hurler sous le poids de toutes ces mémoires.
Cette phrase, elle l'avait déjà entendu des dizaines, des centaines de fois. Puis, aussi soudainement qu'elle était venue, la sensation disparut. Hermione relâcha l'air qu'elle ne se souvenait pas d'avoir retenu dans ses poumons.
Des larmes coulaient à présent sur ses joues que Harry n'hésita pas à essuyer doucement du pouce. Il lui sourit gentiment en éloignant la main de son visage. Hermione lui rendit son sourire, sereine.
Tout dans son être lui hurlait que Harry lui disait la plus pure des vérités.
31 janvier, Lieu Inconnu
Luna P.O.V
« Heñcher Loicia »
À cet instant précis, Luna était partagée. Elle ne savait pas ce qui l'horripilait le plus. De se faire saluer par un titre qu'elle aurait souhaité ne jamais porter. D'entendre prononcer son nom originel par sa cruelle geôlière, la dernière à le connaître, comble du malheur.
Ou alors que Fate ait eu le culot de la convoquer, disons même franchement téléporter, sur ce qui semblait être un coup de tête, sans la consulter de quelques manières que ce soit au préalable.
Ni chouettes, ni hiboux, ni aucun volatile que ce soit. Elle aurait même préféré recevoir un signe d'un cafard ou un message qui se formait mystérieusement dans un tas de poussières. Non, rien, nada.
Elle n'aurait pas autant exulté de rage si ç'avait été en pleine nuit ou quand elle était seule à observer de loin les interactions entre Primats. Apparemment trop subtil pour l'incarnation du destin qui avait décidé que le meilleur moment serait en plein repas du soir. Avec Hermione Granger à ses côtés. Et, Grande Salle bondée s'il vous plaît. Elle s'imagina la tête que devait faire son ainée si elle l'avait vu disparaître du banc. Elle inspira.
« M'ester Tonkad », salua-t-elle Fate en retour malgré son énervement.
Les yeux bleus électriques croisèrent finalement ceux de sa supérieure. Luna dut lever bien haut la tête tant son mentor la surplombait de toute sa stature. Sa qualité d'être presque divin était rappelée par son imposante taille. Luna avait estimé qu'elle mesurait presque 2 Hagrid et demi !
Sa peau était d'un blanc laiteux, son teint cireux, maladif presque. Ses grandes mains semblables à deux araignées hantaient parfois les cauchemars de la Serdaigle. Toujours drapée dans un voile noir, Luna la comparait souvent à une statue tant elle paraissait sans vie, vide de toutes émotions.
Aujourd'hui cependant, la Heñcher la voyait enfin exprimer quelque chose. Le visage habituellement impassible était troublé d'une moue désappointée. Les yeux normalement fixes, d'un noir uniforme et profond, semblait lancer des éclairs qui les faisait luire. Ou bien apparaissaient-ils réellement dans ses yeux ? Luna n'aurait su dire.
Ce qu'elle était cependant capable de percevoir, c'était que Fate paraissait contrariée. La Serdaigle arrivait presque à s'en réjouir, mais cela l'inquiétait aussi suffisamment pour qu'elle soit en alerte.
Les fines lèvres de Fate commencèrent à se mouvoir. Luna fit le vide dans son esprit, prête à accueillir l'ancien langage qu'elle n'avait pas entendu depuis des décennies. Un picotement se fit insistant à l'arrière de son crâne quand la voix de son mentor résonna dans la pièce. Ses phrases furent brèves, son message clair.
« C'est trop long Loicia. Le tissu se résorbe dangereusement », les orbites obsidiennes de Fate se tournèrent vers le plafond, « Il te faut accomplir ton devoir au plus vite. Corrige l'irrégularité. Restaure l'Ordre. »
Luna leva à son tour les yeux vers le simulacre de ciel qui ornait le plafond de la salle. Ce qu'elle y vit la percuta tellement qu'elle en perdit presque vraiment l'équilibre.
Lors de ses précédentes visites, la Fabrique du Destin s'étendait à perte de vue, semblable à ciel rempli d'étoiles. Aujourd'hui, elle avait l'air d'avoir perdu un bon tiers de sa surface d'origine.
La Fabrique disparaissait. Le tissu du Destin était fragilisé.
Le tissu semblait être aspiré par deux des étoiles, à la manière de trous noirs. Elle ne se souvenait pas que la situation était aussi grave qu'elle en avait l'air à présent. Ces deux étoiles en particulier ne brillaient pas autant que cela. Elle comprenait mieux l'état de Fate.
Pire, ce qu'elle prenait pour de la contrariété chez l'incarnation du destin était en réalité sûrement de la panique. Fate était intimement, magiquement, fondamentalement liée à la Fabrique.
« M'ester ! Comment ? Que se passe-t-il ? Pourquoi la Fabrique agit-elle ainsi ? Où est passé le reste ? Qu'est-il arrivé aux Primats qui ont été aspirés ? »
Les questions se bousculaient dans sa tête. Elle ferma les yeux, prise de vertiges tant la situation lui apparaissait catastrophique maintenant qu'elle en avait pleinement connaissance. Elle peina à complètement recevoir le reste des mots de Fate. Elle vit cependant clairement une patte d'araignée blanchâtre s'étendre vers les deux points lumineux au plafond.
« Les Primats. Ils ne devaient pas être. Ils ont choisi le Prouad, des siècles auparavant. L'échéance est proche. Ils vont consumer tous les autres. La Fabrique se meurt. »
Le cœur de Luna se brisa dans sa poitrine quand elle pensa à ceux qui avaient disparu avec le tissu. Elle avait été l'une de ces étoiles, charriées par la Fabrique, guidées par Fate et ses longs doigts squelettiques. La blonde s'emporta :
« Vous auriez dû me prévenir plus tôt de l'état de la Fabrique, M'ester ! Et le Prouad ? Qu'est-ce que c'est ? » Elle regarda de nouveau les deux étoiles, « C'est ça qui provoque ce phénomène ? »
Fate ne répondit pas, préférant effleurer d'un de ses longs doigts le front de Luna, de la même manière que cette dernière l'avait fait avec Hermione auparavant. Un moyen sensitif que les Anciens, et à une moindre mesure leurs disciples, utilisent pour partager leurs connaissances.
Le tableau complet se dessina fatalement dans sa tête. Elle en tomba à genoux, des larmes coulaient de ses yeux. Elle avait été si ignorante. Elle avait nourri tellement de rancœur envers son maître sans raison.
Aujourd'hui si elle était une des rares Heñcher, les bergers des Primats, sélectionnés par Fate par et pour leurs destins tragiques, c'était pour guider ces étoiles sur le seul chemin qu'elle n'avait jamais eu le courage de parcourir.
Plus encore, leurs vies étaient étroitement mêlées. Elles en connaissaient chaque parcelle. Leurs échecs étaient son échec. Leurs souffrances, sa souffrance. Elle comprenait le poids de sa responsabilité à présent. Elle était seule, mais c'est pour cela qu'elle était leur Heñcher.
Elle devait réparer l'irrégularité.
Fate n'ajouta rien de plus. Elle n'en eut pas le besoin. Loicia avait parfaitement compris sa mission. Elle avait carte blanche. Elle savait maintenant parfaitement d'où venait le problème.
Il lui fallait simplement trouver un bon moyen d'agir.
14 février, Grande Salle
Luna P.O.V.
Le jour de la Saint-Valentin n'était certainement pas le jour dans l'année que Luna préférait.
D'une part, elle n'appréciait pas forcément les ostensibles marques d'affections de ses condisciples. De l'échange de salive aux quasi-démonstrations de souplesse, elle en venait presque à s'enlever elle-même la vue à l'aide d'un bon vieux sortilège. D'autre part, pas un seul repas de cette fichue journée ne se déroulait sans qu'au moins un hibou ou une chouette ne vienne se poser dans ses cheveux. Ou grignoter ses boucles d'oreilles. Ce qui bien entendu arrachait des rires à de nombreux élèves.
Mais, aujourd'hui, elle n'arriverait pas à le supporter.
La Fabrique hantait ses pensées.
La Heñcher expira bruyamment quand une hulotte passa à quelques centimètres de sa tête dans un claquement d'ailes pour se poser à la table des rouges et or. Son regard glissa jusqu'à une certaine tête rousse et son humeur ne fit qu'empirer. Elle n'avait pas besoin de penser à lui maintenant. Pas aujourd'hui. Elle reporta son attention sur la table des verts et argents.
Harry était installé entre Zibani et Greengrass, comme à son habitude. Les deux garçons étaient plongés dans une conversation qui les passionnait à en croire la moue plaintive de Greengrass. Luna soupira quand elle vit la blonde rire exagérément et se pendre au bras de Harry. Un autre soupir prolongea le sien quand Hermione s'installa à ses côtés, sur le banc. Luna l'étudia attentivement.
« Tout va bien Hermione ? », s'enquit-elle.
La brunette lui sourit sans la regarder, les yeux tournés vers la table des Serpentards. Elle hocha doucement la tête puis lui dit :
« Je pense bien que oui. Plusieurs mois auparavant, Harry et moi avons discutés du cas « Greengrass », elle grimaça en prononçant le dernier mot, elle en profita pour se tourner vers son amie, « Tout va bien. Vraiment. », insista-t-elle.
Luna ne l'interrogea pas plus et reprit son repas abandonné. En vérité, la blonde cherchait une excuse pour éviter de pousser la conversation avec son ainée. Elle joua avec la nourriture dans son assiette. Comment régler un problème dont l'issue pouvait être la fin du Destin tel qu'elle le connaît ? L'immensité de la tâche lui pesait sur les épaules comme un Troll celles d'un hippogriffe. Elle prit une bouchée de pomme de terre qu'elle mâcha sans entrain.
« Luna ? »
La blonde leva les yeux vers son ainée, une autre bouchée à mi-chemin de la bouche. Celle-ci la regardait avec appréhension. Sa bouche était ouverte, mais elle mit plusieurs secondes à s'exprimer.
« Merci pour le livre que tu m'as offert, il était étrangement très approprié », sa sincérité fit sourire Luna, « mais, cela implique que toi et moi devons avoir une conversation. À propos de moi, de Harry, de cette connexion et de ton rôle dans tout ça. Sans parler de ta disparition subite en plein repas. »
La blonde ne perdit pas son sourire. Elle soutint le regard d'Hermione. Combien de temps avait-elle attendu ce moment ? Des semaines, des mois ? Des siècles.
Elle choisit prudemment ses mots :
« Je sais que tu veux comprendre Hermione. J'ai des réponses, mais le moment n'est pas encore venu. Fais confiance à tes émotions. Bientôt, nous pourrons avoir cette conversation. Bientôt, tu auras la réponse. »
Elle n'en ajouta pas plus et Hermione ne la pressa pas davantage. La blonde la savait déçue, mais cela n'empêcha pas son ainée d'entamer son repas, un livre de Sortilèges aussi gros que sa tête poser sur ses genoux. Elle fut vite dérangée par un Harry tout sourire qui les salua d'un petit signe de la main en arrivant à leur table. Il s'installa aux côtés d'Hermione et ils entamèrent une discussion à laquelle Luna choisit sciemment de ne pas se joindre.
Elle se contenta de les observer discrètement, se parler l'un à l'autre avec passion. Elle fut même le témoin de regards, se voulant discrets, qui savouraient avec attention le moindre mouvement de lèvres chez l'autre. Et, à l'abri des regards indiscrets, des genoux qui s'effleuraient sans jamais trop s'éloigner une fois qu'ils s'étaient rencontrés.
Luna jubilait. Un plan se dessinait dans son esprit. Elle mordit, avec entrain cette fois, la dernière de ses pommes de terre.
Elle entrevoyait une étincelle d'espoir. Il ne restait plus qu'à en faire une flamme.
27 février, Stade de Quidditch
L'ambiance d'après-match était électrique. Hermione l'avait vécu comme si elle avait elle-même été l'Attrapeur de Serpentard. Le lien qu'elle partageait avec Harry lui faisait ressentir la moindre seconde du plaisir qu'il prenait à voler.
Le jeune homme avait encore permis à Serpentard de remporter un match face à Gryffondor. Mais, malgré l'allégeance des autres membres de sa propre maison aux rouges et or, elle ne pouvait s'empêcher de s'ajouter à l'euphorie générale qui animaient les Serpentards.
Alors qu'elle quittait les gradins, son cœur semblait vouloir quitter sa cage thoracique. Elle était presque dans un état second.
Sans savoir comment, elle se retrouva devant la porte des vestiaires verts et argents. Celle-ci s'ouvrit subitement et deux joueurs en sortirent, les Batteurs si Hermione ne se trompait pas, ne lui prêtant aucunement attention, animés par une joie trop rarement observable chez les membres de leur maison. Mais, la Serdaigle les comprenaient, elle-même s'était rarement sentie aussi euphorique.
Elle les regarda s'éloigner en se chamaillant joyeusement, se poussant doucement l'un l'autre sur le chemin pentu et sinueux qui menait au château, en échangeant des éclats de rire. Elle arracha ses yeux des deux silhouettes qui s'éloignaient pour se tourner vers les vestiaires.
Comme aimantés, ses pieds la guidèrent vers un casier en particulier. Elle admira le « 7 » rouge cerné d'or qui accompagnait le nom « POTTER » inscrit en gros caractères sur l'uniforme. Elle effleura des doigts le bois du balai, presque avec dévotion.
Un toussotement amusé se fit entendre dans son dos. Elle se retourna vivement, embarrassée. Elle sentit monter dans sa gorge un nom qu'elle ne parvint jamais à prononcer. Elle était bien trop abasourdie par ce qu'elle avait sous les yeux.
Son meilleur ami se tenait là, au milieu de la brume qui s'était accumulée avec l'humidité et la chaleur des douches. Une unique serviette le recouvrait du bas ventre aux genoux.
Une goutte d'eau se forma le long d'une mèche qui ornait son front, dessina lentement son torse lorsqu'elle tomba et disparut sous la serviette au creux d'un rein.
La Serdaigle ne put s'empêcher de suivre la tentatrice des yeux. Son souffle se fit court quand elle ne put continuer de la suivre. L'intensité avec laquelle Harry la regardait l'avait cloué sur place. Stupide cerveau, il avait choisi cet instant pour refuser de fonctionner. Harry était seulement à une dizaine de pas d'elle. La lumière des vestiaires fit luire sa peau quand il commença à couvrir la distance qui les séparait.
Chaque centimètre qu'il parcourait était une torture pour elle. Le torrent d'émotion qu'elle ressentait été beaucoup trop intense pour qu'elle puisse le contenir. Instinctivement, elle recula, comme pour y échapper, mais fut beaucoup trop rapidement arrêtée par le banc qui vint se presser contre le haut de ses mollets, lui faisant presque perdre l'équilibre.
Elle se retrouva incapable de prévoir comment elle allait réagir quand il serait là, juste devant elle. Elle se sentait fébrile, sans défense, mise à nue par les émeraudes brulantes de son meilleur ami.
Son regard se tourna vers la porte, sa seule chance de conserver le peu de raison qu'il lui restait, mais toute tentative d'évasion présente ou à venir fut alors immédiatement avortée.
Harry lui barra le passage d'une main qu'il vint poser sur le casier derrière elle, lui bloquant par la même occasion la vue sur sa porte de sortie. L'autre main glissa autour de sa taille et vint se loger sur sa hanche, sous son tee-shirt. Les doigts s'enfoncèrent légèrement dans sa peau, l'obligeant à finalement regarder leur propriétaire.
Le contact des doigts contre sa peau l'électrisa. Le souffle d'Hermione se fit plus saccadé. Il s'arrêta totalement quand elle fixa ses yeux dans ceux sombres de Harry. Il se pencha vers elle et elle les ferma par instinct, tendue par l'émotion et la sensation de le sentir aussi près d'elle. Ils s'écarquillèrent quand elle sentit son souffle contre son oreille, un frisson lui remonta le long du dos. Elle crut défaillir quand il lui murmura, la voix étrangement suave :
« D'habitude, tu n'es pas aussi douce avec mon balai… Te voir le toucher comme ça… »
Le sens de ses mots ne faisait aucun doute. Mais, son cerveau, le traître, refusait toujours de fonctionner correctement. Elle était dans une sorte de brouillard, comme ci la seule présence de Harry lui retirait la faculté de réfléchir. Elle relâcha finalement l'air qu'elle retenait dans ses poumons.
Les mains de la Serdaigle, tremblantes, vinrent s'accrocher aux épaules du Serpentard dans l'espoir de la maintenir debout. Elle aurait été bien incapable de faire le moindre pas. Le monde commença à tourner autour d'elle alors que Harry dessinait du bout du nez le contour de sa mâchoire. Le souffle du jeune homme balayait son cou. Elle ferma de nouveau les yeux. Des étoiles dansèrent sous ses paupières. Il expira près de sa jugulaire :
« Si tu savais les choses que j'ai envie de te faire… »
« Harry… », supplia-t-elle, la voix tremblante.
Les doigts du vert et argent s'enfoncèrent plus durement dans sa hanche. Il se redressa pour la regarder intensément. La main qui reposait contre le casier vint se perdre dans ses cheveux alors qu'il l'attirait vers lui, aspirant son souffle entre ses lèvres. Des doigts remontaient le long de ses côtes…
28 février, Dortoir des Serdaigles
Hermione se redressa brusquement dans son lit, aspirant comme elle le pouvait l'air dans ses poumons, le visage et le bas ventre en feu. Encore engourdie par le sommeil, elle mit plusieurs secondes à s'apercevoir qu'un sourire qu'elle jugea niais dansait encore sur ses lèvres. Elle l'effaça rapidement en se laissant retomber sur le matelas. Il lui fallut plusieurs secondes de plus pour que la situation ne lui parvienne pleinement à la conscience. Elle se redressa de nouveau brutalement, horrifiée.
Elle n'arrivait pas à y croire, elle n'aurait jamais imaginé cela possible.
Honnêtement, c'était la première fois qu'elle faisait un rêve comme celui-là. Au contraire de tous les songes qu'elle avait connus à Poudlard, il ne se terminait pas de façon tragique, mais l'intensité de ce qu'elle avait ressenti était la même, voir supérieure.
Elle arrivait sans problème à se souvenir de chaque regard, chaque soupir, chaque caresse qu'elle venait de rêver.
Son principal problème était le protagoniste qui l'avait fait chavirer.
Comment allait-elle pouvoir le regarder dans les yeux après un rêve pareil ? Et cette histoire de balai !
Elle se força à respirer correctement, de calmer les battements frénétiques de son cœur. Elle enfonça ses poings serrés contre ses yeux clos. Mais, les images du rêve qu'elle venait de vivre n'arrêtèrent pas de défiler sous ses paupières. Elle soupira en laissant tomber ses mains ouvertes sur le matelas, vaincue.
Elle regarda sa montre qui lui indiqua qu'il ne lui restait que deux heures potentielles de sommeil avant que la routine matinale du dortoir ne soit lancée. Elle reposa sa joue sur l'oreiller, ferma les yeux en soupirant à nouveau et pria mille fois Merlin de lui permette de trouver le chemin vers le royaume de Morphée.
Elle pria aussi pour que, le lendemain, personne ne vienne lui parler de balai.
Le même jour, Bibliothèque
Comme elle l'avait redouté, être en présence de son meilleur ami se révéla une épreuve. Elle remerciait tout de même Merlin qu'ils ne soient pas dans la même maison ou son tourment aurait pu être bien pire.
Et, pour le moment, personne n'avait évoqué de balai en sa présence.
Le principal concerné semblait avoir remarqué que quelque chose n'allait pas. Il n'arrêtait pas de lui lancer des coups d'œil inquiet assit sur sa chaise de l'autre côté de leur table habituelle à la Bibliothèque. Les mots de l'énorme tome de Potions qu'elle avait sous les yeux refusaient de s'imprimer dans son esprit. Elle était bien trop distraite par le tortillement de Harry sur sa chaise. Des brides de rêves revenaient sans cesse la tourmenter.
Pire, depuis ce matin, elle n'arrêtait pas de remarquer des petits détails à propos du Serpentard qui lui chamboulaient l'estomac, lui faisaient flancher les jambes et palpiter le cœur.
Par exemple, elle l'avait observé prendre le petit déjeuner, absorbée par l'attention avec laquelle il tartinait son toast de marmelade. Ni trop peu, ni trop, bien jusqu'aux bords. Elle s'était surprise à retenir son souffle quand il avait léché le reste de compote qui ornait le coin de sa lèvre après sa première bouchée. La quantité de détails qu'elle avait été capable de percevoir à une telle distance lui parut presque absurde tant le geste était anodin. Elle avait fini par fixer la fumée qui s'échappait de sa propre tasse d'Earl Grey, troublée par le flot d'émotions provoqué par Harry.
Et, ça n'avait été qu'en empirant au fur et à mesure des heures qui passaient.
Plus tard, ils étaient assis côte à côte en Arithmancie. Toute la classe s'attelait à un exercice particulièrement compliqué quand Harry avait décidé, brisant le consensus ambiant, de s'étirer ostensiblement, les bras tendus au maximum au-dessus de sa tête.
La chemise du jeune homme s'était alors soulevée suffisamment pour qu'Hermione puisse voir une bonne partie de ses abdominaux se tendre sous l'effet du geste puis se détendre alors qu'il soupirait et laissait ses bras retomber. Non qu'elle avait cherché à le regarder à cet endroit précis, mais ç'avait été presque instinctif.
Le Serpentard l'avait bien entendu surprise à le fixer intensément, un sourire mi-amusé mi-intrigué aux lèvres.
Retour de l'envoutante fossette. Son cerveau était devenu blanc.
Elle avait alors été incapable de comprendre un traître mot de ce qui lui avait été demandé parce que son cœur avait cogné tellement fort dans sa poitrine qu'elle avait entendu le sang battre dans ses tempes.
Harry avait aussi tendance à lui mettre la main dans le bas du dos pour la guider dans une pièce. Elle ne s'était jamais attardée là-dessus plus que cela auparavant. Pourtant, aujourd'hui cela lui contractait tout le ventre. Elle s'était même surprise à souhaiter que ses propres vêtements n'existent pas.
Elle se sentait en colère contre elle-même de ressentir tout cela et d'être incapable de le contrôler. Elle soupira en se massant les tempes des doigts, gagnant au passage un autre regard moins furtif de son meilleur ami.
« Quelque chose t'ennuie Hermione ? Tu sembles tendue depuis ce matin », osa-t-il.
L'inquiétude sincère qui résonnait dans sa voix lui réchauffa leur cœur, mais elle se refusa à lui raconter ce qui occupait son esprit. Elle y préféra une demi-vérité :
« Pas du tout. Je suis juste fatiguée. »
Elle était consciente que Harry pouvait peut-être lire dans ses pensées comme dans un livre ouvert, mais depuis octobre et la discussion « Greengrass », elle avait tout fait pour essayer de l'en empêcher. Elle s'était imaginée fermer une porte dans sa tête.
Depuis, son meilleur ami semblait naviguer plus difficilement lors de leurs échanges qu'auparavant. Il scrutait plus attentivement son visage et paraissait plus attentif. Pour Hermione, et ce, malgré les émotions qu'autant d'attention de la part de Harry pouvait lui provoquer, c'était un résultat. Certes mince, mais qui lui confirmait des détails sur la nature de leur lien.
Il n'était pas à sens unique et elle pouvait aussi apprendre le contrôler.
La voix de Harry la ramena à la réalité. Elle le trouva un sourcil interrogateur perdu entre ses mèches rebelles.
« Fatiguée ? », un sourire amusé gagna ses lèvres, « Avons-nous révisé jusqu'à l'aube Miss Granger ? Les BUSE ne sont que dans trois mois. »
Elle lui répondit, un peu sèchement :
« Je ne suis pas en permanence le nez dans un livre ! », elle se radoucit quand il leva les mains en signe de reddition, « Non, je me suis endormie sans problème, un début de nuit normal, à l'heure normale, dans des conditions normales. »
Elle éluda le reste et s'intéressa de manière intense au graffiti particulièrement visuel qui ornait le coin de la table. Elle fronça les sourcils, une grimace aux lèvres, elle ne pensait pas l'avoir vu auparavant, pour sûr qu'elle s'en souviendrait. Harry continuait de la fixer de manière intense, avide d'entendre la suite. Quand elle fit la grimace, il se résolut à lui demander :
« Et ? »
Hermione détourna le regard vivement et rougit autant qu'il était physiquement possible pour un être humain de rougir. Le graffiti et les questions de Harry ne l'aidaient pas à éviter des flashs habités de vapeurs voluptueuses et de gouttes d'eau tentatrices d'envahir ses pensées. La simple idée de partager cela avec Harry suffisait à la faire transpirer. Mais, dans l'état où son cerveau se trouvait à cet instant, il ne trouva rien de mieux que d'émettre :
« J'ai fait un rêve. »
Harry ne réagit pas du tout comme elle s'y attendait, il resta interdit. Elle pouvait sans mal imaginer les rouages de son cerveau s'activer dans sa boîte crânienne. Il planta son regard dans le sien, soudainement très sérieux.
« Un rêve ? Quel genre de rêve ? »
Il lui avait demandé cela d'une voix tellement basse qu'elle peina à l'entendre. Son cœur accéléra quand elle pensa aux songes de souvenirs passés qu'elle avait expérimentés. Devait-elle les évoquer ? Elle fit la moue en fronçant les sourcils, les joues toujours en feu. Entre les deux sujets, elle ne savait pas lequel était le pire.
« Tu sais bien, ce genre de rêve », dit-elle très rapidement.
Le choix avait été vite fait, elle n'était pas prête à rentrer dans une conversation de ce genre avec Harry. La tournure que pourraient prendre les événements était trop imprévisible. Elle pensait au contraire pouvoir gérer la conversation sur son rêve charnel sans trop en dévoiler.
Elle le regarda se gratter l'arrière du crâne d'un air perplexe. Elle lui envoya un regard plus appuyé en soupirant qui le figea sur place. Quand il comprit enfin où elle voulait en venir, il ricana timidement, gêné et balança la voix incertaine :
« Ah ! Ce genre-là ! »
Il sembla être pris d'un intérêt particulier pour une tache sur son devoir de Potions. Il commença à la gratter du bout du doigt.
« Rien de plus normal que ce genre de rêves. Tu sais l'adolescence, les hormones. Ça nous monte au cerveau et l'on se retrouve à rêver de plumes et de balais. »
Il s'interrompit soudain, les yeux écarquillés, eut un rire nerveux et continua d'éviter le contact visuel. En réalité, il regardait partout sauf vers elle, cherchant quelque chose qui justifierait son besoin de fixer son attention sur autre chose qu'elle.
Dans sa poitrine, la Serdaigle avait senti son cœur s'accélérer à l'évocation du balai. Pouvait-il savoir ? Elle serait mortifiée si inconsciemment, pendant son sommeil, elle avait baissé sa garde. Si leur lien leur permettait de partager bien plus que leurs émotions, elle était cuite. Archi cuite !
Mais quelque chose clochait dans tout ça. Elle connecta les points entre son précédent comportement et celui que Harry adoptait à présent. Cela la rendit suspicieuse. Tellement suspicieuse qu'elle sentit ses propres yeux se plisser.
« Harry…? », laissa-t-elle en suspension dans l'air.
Il gratta plus fermement la tache sous son doigt comme s'il espérait pouvoir la faire disparaître. À un moment, le parchemin céda complètement et un coin s'arracha. Harry le regarda l'air perdu. Hermione s'impatienta et lui chatouilla la main du bout de sa plume. Il la rétracta rapidement, les joues plus rouges que l'uniforme de Quidditch des Gryffondors.
Les yeux d'Hermione s'illuminèrent.
« Je vois, des rêves à propos de plumes, Monsieur Potter ? », le railla-t-elle joyeusement.
Il lui lança un regard faussement réprobateur.
« Je te promets de ne pas te parler de balai, si tu ne t'amuses pas avec moi et ta plume. »
Taquine, elle le chatouilla une nouvelle fois. Il rougit de plus belle. Elle lui lança un sourire entendu.
« J'ai tendance à éviter de m'amuser avec toi et ma plume en public », dit-elle comme si elle répondait à une interview.
Ils éclatèrent de rire simultanément. Elle le regarda plus sérieusement, posa la-dite plume solennellement et tendit le petit doigt.
« Deal ? »
Il lui sourit en croisant son doigt au sien. Des décharges électriques remontèrent dans le poignet de la Serdaigle, mais elle les ignora pour se concentrer sur les émeraudes brillantes de son meilleur ami.
« Deal ! », conclut-il. « Et pour information, je dirige la plume dans mes rêves. »
Il soutint son regard sans rougir cette fois. Ce fut elle qui brisa le contact en roulant des yeux, un sourire faussement réprobateur peint sur les lèvres. Intérieurement, son cœur semblait vouloir se tatouer dans sa cage thoracique. Les images que les mots de Harry avaient invoquées dans son esprit lui coupèrent presque le souffle. Elle les chassa en se concentrant sur son devoir de Potions, sa résolution ferme.
Le reste de la soirée consista en échange studieux et grattements de plumes sur le parchemin. La discussion resta finalement en suspens même si Hermione avait bien compris ce que signifiaient les derniers mots de Harry. Elle habitait ses rêves comme il habitait les siens. Mais, autre chose la troublait.
À présent, la seule question qui la hanterait chaque soir avant de s'endormir serait :
Ces rêves étaient-ils seulement les siens ?
15 mai, Dortoir des Serdaigle
Hermione faisait tourner entre ses doigts la tige de la rose que lui avait offerte Harry deux ans auparavant. Elle avait une nouvelle fois changé de couleur. Jaune, puis bleue, la voilà à présent d'un orange vif qui rendait Hermione rouge pivoine.
La rose orange symbolisait le désir. À n'en point douter, ces trois derniers mois avaient été parsemés de rêves aux scénarios plus ou moins créatifs, incluant parfois plumes ou balais, parfois les deux, et qui se terminaient toujours en réveils brusques, elle transpirante et haletante.
Harry, dont la rose était un miroir émotionnel avait-elle compris, partageait-il ces rêves ? Elle n'en avait aucune idée. Pour tout dire, ces dernières semaines, elle était devenue maîtresse dans l'art de l'esquive. Même Luna, fervente adepte du concept, ne lui arrivait pas à la cheville quand il s'agissait de trouver une quelconque excuse pour s'éclipser.
Fort heureusement, le planning de la Serdaigle lui permettait la plupart du temps de pouvoir justifier des absences répétées. Entre ses obligations de préfète et les BUSE qui approchaient, elle avait réussi à caser des après-midi « Thés et Gâteaux » avec la directrice de maison des rouges et or. N'importe quoi pourvu qu'elle puisse rester loin de Harry.
Malheureusement, le Destin semblait se faire un malin plaisir de les mettre sur le même chemin. Mais, jamais assez longtemps ou suffisamment seuls pour qu'ils puissent réellement se parler.
À chaque jour, son petit évènement qui venait perturber les tentatives de self-control de la préfète.
Quand ce n'était pas un regard un peu trop appuyé au niveau de zones corporelles plus qu'inappropriés, c'était yeux brulants qui s'accrochaient quand ils se croisaient, un effleurement de mains dans les couloirs. Aujourd'hui, ils s'étaient même retrouvés tellement proches l'un à l'autre, face à face, qu'Hermione avait été pratiquement sûre qu'elle lui aurait sautée dessus s'ils n'avaient pas été noyés dans une explicable foule d'élèves. Harry s'était contenté de fixer ses lèvres d'un regard affamé pendant trente agonisantes secondes sans jamais passer à l'acte.
Cela avait suffi à la Serdaigle pour se décider à aller directement prendre une douche froide et s'enfermer dans son dortoir.
C'était inacceptable ! Hermione Granger n'était certainement pas une adolescente obéissant à ses hormones en furie !
« Qu'est-ce que tu es en train de me faire Harry ? », soupira-t-elle tout haut.
Puis ce fut le déclic.
Le lien ! Sa barrière, envolée.
Elle le sentait clairement à présent.
Luna…
La seule pensée de la blonde fit sauter Hermione hors de son lit, la rose tourna plus vite entre ses doigts. Luna lui avait effleuré le front une nouvelle fois avant que tout cela n'arrive, juste avant son premier rêve.
Des connexions se firent entre événements récents et moins récents.
La moutarde lui monta au nez. Elle se refusait à continuer d'être une marionnette. Elle rangea soigneusement la rose dans le tiroir de sa table de chevet. Résolue, elle avança d'un pas déterminé vers la porte de son dortoir.
Quand elle tourna la poignée, une seule idée la guidait.
Elle devait définitivement avoir cette conversation avec Luna.
1ᵉʳ juillet, Poudlard Express
Hermione soupira. Autant par désespoir que par soulagement.
Elle n'avait pas réussi à mettre la main sur Luna depuis mai, d'où la déception. La jeune Serdaigle avait complètement disparue de la circulation. Hermione avait bien entendu fouillé chaque coin et recoin du château. En vain. Et, même si le passage des Buse avait occupé une grosse partie de sa fin d'année, elle avait fini par trouver un peu de temps pour aller exposer ses interrogations à propos de la disparition de sa jeune camarade au Professeur McGonagall.
Celle-ci s'était contenté de lui jeter un regard curieux, presque inquiet, avant de lui répondre qu'elle n'avait jamais entendu le nom de Luna Lovegood. Hermione n'avait pas insisté, elle n'avait pas voulu creuser plus. Ses suspicions avaient été confirmées. Elle savait que Luna était… Luna. Aussi laissa-t-elle l'affaire de côté pour le moment.
Elle jeta un coup d'œil à la banquette vide à côté d'elle avant de reporter son attention sur le paysage qui défilait dehors. N'empêche qu'elle n'aurait pas refusé sa compagnie.
Un bruit dans le couloir attira son attention. Une silhouette qu'elle reconnut sans mal se dessina à la fenêtre du compartiment. Elle se figea alors que la porte s'ouvrait lentement, sans un bruit. Tout du moins, il sembla à Hermione qu'elle n'avait rien entendu, mais elle aurait été bien incapable d'en témoigner tant le moindre de ses sens étaient concentrés sur la personne qui venait de poser le pied dans son espace de tranquillité.
Harry s'installa tranquillement sur la banquette en face d'elle, restant de tout même assez proche de la porte. Il évita tout contact visuel, ou en tout cas sembla imperméable à l'attention dont il faisait l'objet depuis son entrée.
Elle, la seule envie qui l'habitait, c'était de fuir. Fuir la tension palpable, insoutenable, électrique qui existait entre Harry et elle. Fuir ce tourment émotionnel qui menaçait de faire fléchir sa raison. Fuir ce stupide compartiment et cette situation qui commençait atrocement à ressembler au rêve qui l'avait consumé la nuit précédente.
Si Harry était conscient de tout cela, il n'en montra rien. Il continuait de fixer le sol devant lui. La porte du compartiment était encore ouverte, Hermione voulut en profiter pour une nouvelle fois s'éclipser. Elle se leva lentement et avança, le plus naturellement qu'elle le pu, vers ce qui s'apparentait à une bouée de sauvetage.
La porte du compartiment claqua violemment. Hermione en tomba sur la banquette, stupéfaite. Harry avait pris une expression sombre, il paraissait furieux. Tellement furieux qu'Hermione sentit sa fureur la brûler à travers leur lien.
Il n'avait touché ni porte ni baguette, mais elle était sûre que le phénomène qui avait sabordé sa fuite était son œuvre.
Il se leva et il sembla à Hermione qu'il avait doublé en taille. Ses deux mains se placèrent de chaque côté de la tête de la jeune femme. Elle fut forcée de le regarder droit dans les yeux, habités d'une froide colère. La voix du Serpentard était basse et tremblante quand il lui demanda :
« Pourquoi Hermione ? Pourquoi est-ce que tu m'évites comme ça ? »
Elle soutint son regard. Comment lui expliquer sans que la situation dérape plus qu'elle ne l'avait déjà fait ? Sans s'engager dans une conversation qu'elle ne voulait absolument pas avoir pour le moment.
« J'ai du mal à rester près de toi Harry », dit-elle d'une voix tremblante en détournant les yeux.
Elle s'imagina qu'il fronçait les sourcils quand elle entendit le ton de sa réponse.
« Rester près de moi ? Si déjà seulement tu pouvais, voulais me parler. C'est la plus longue phrase que je t'ai entendue prononcer depuis… »
Il prit quelques secondes de réflexion. Elle se concentra sur un fil qui dépassait d'une des coutures de sa manche.
« Depuis… Je ne sais combien de temps » finit-il dans un soupir.
Il lui souleva doucement le menton d'un doigt. Il était si proche d'elle à présent que seuls quelques misérables millimètres séparaient leurs lèvres. Hermione laissa échapper un soupir de surprise sui contracta les pupilles du vert et argent.
« Qu'est qui nous arrive Harry ? »
Il leva un sourcil interrogateur. Un léger ricanement fit vibrer son torse. Elle s'émerveilla de pouvoir le ressentir d'où elle était.
« Ce qui devait arriver »
Elle inspira.
Le temps se figea.
Bonjour ou bonsoir, tout d'abord, pardon pour cette attente. Ensuite, Merci infiniment si c'est votre première lecture.
L'inspiration m'a repris et j'espère vous délivrer cette histoire jusqu'à son terme. Et d'autres plus ou moins longues peut-être un jour =).
Néanmoins, petite phase de dictionnaire rapide pour aider à votre compréhension (Le breton n'étant pas ma langue natale, si les termes sont inexacts ou si par le plus heureux des hasards des bretons me lisent et souhaitent me corriger, vous êtes les bienvenus):
M'ester: Maître en Breton
Heñcher : Berger/Guide en Breton
Tonkad : Destin/Destinée en Breton
Prouad : Épreuve/Challenge en Breton
Je ne vous donne pas encore mon sens réel de Primats et vous laisse imaginer où cela va nous amener.
Don't worry, be happy !
À une prochaine !
