Salut, c'est Adonis !
Nous voilà au chapitre 12 : nous allons enfin savoir avec qui traîne Ikki et ce qu'il fait de son temps. Je suis désolé de vous le sortir plus tard que ce que j'ai fait les deux ou trois dernières fois mais... je vous explique ça à la fin du chapitre ^^
Sinon, bonne lecture !
Chapitre 12
Une Nouvelle équipe
Une caresse fraîche sur son torse, des doigts fins effleurant sa joue avec douceur, des baisers volatiles sur sa peau... Voilà ce qui réveilla Shun au petit matin. Il ouvrit à demi les yeux, cachés derrière sa frange verte, pour voir entre ses mèches le doux visage de Belle, dont la main le caressait distraitement. Elle semblait réveillée depuis un moment, même si Shun devina qu'elle était toujours nue sous la couverture, remontée jusqu'à couvrir sa poitrine généreuse qu'il avait aimé caresser et embrasser, la veille.
Quand elle déposa un baiser léger sur ses lèvres, il le lui rendit amoureusement, glissant ses doigts sur la courbe généreuse de sa hanche, remontant délicatement sur son flan.
"Bonjour, Belle, murmura-t-il en français après avoir rompu le baiser.
- Bonjour... répondit-elle en japonais. Tu as l'air d'avoir bien dormi.
- Mieux que jamais."
Elle étudia son visage. Il avait toujours son air matinal un peu hagard, comme d'habitude, mais ses yeux étaient différents. Ils brillaient, comme jamais elle ne les avait vu briller. Avant, ils étaient ternes, morts et froid, et elle pensait ne jamais le récupérer. Avait-il suffit d'une nuit d'amour pour lui donner ce petit côté... si vivant ?
Elle ouvrit la bouche pour lui parler, mais fut interrompue par la porte qui s'ouvrit brusquement derrière son amant, sur un Ikki vêtu d'un simple jean noir.
"Debout, les amoureux !" lança-t-il avec un air tout joyeux et effronté, s'arrêtant sur le pas de la porte alors que ses yeux voyageaient rapidement dans la petite pièce. Il y eu quelques secondes de flottement dans la chambre, avant que Shun ne réagisse enfin. Il attrapa Belle et la serra contre lui pour la cacher comme il put avec son corps fin alors qu'il hurla sur son frère.
"Mais sors d'ici ! On t'a pas appris a frapper ?!"
Ikki ferma vite la porte, avant qu'une chaussure, lancée par son cadet, ne lui atterrisse sur la tête. Il resta un petit instant derrière le battant de bois qui venait de trembler assez violemment sous le choc, digérant ce qu'il venait de voir. À moins qu'il ne se trompe, les vêtements jetés négligemment par-terre prouvaient qu'ils ne s'étaient pas contenté d'un petit câlin, la veille au soir. Il sourit, puis retourna à sa propre chambre en riant comme un bossu, rejoignant Urie, qui mettait son bandana dans ses cheveux blond en le regardant avec un sourire en coin.
"Alors ?
- T'as gagné, je conduis, aujourd'hui.
- Je te l'avais dit.
- J'y croyais pas, vraiment. ricana encore Ikki avant de prendre les clés de la voiture. J'espère ne pas me prendre un coup de batte en sortant, quand même.
- Ce serait con de t'enlaidir plus que Makoto l'a fait."
Le blond se prit un regard noir à la remarque, avant que le phénix n'effleure sa cicatrice à l'œil dans une grimace. Un accident stupide : un coup de hache involontaire dans une mêlée contre une horde. Ikki avait brièvement douté de l'intelligence de Makoto, le responsable de sa blessure à l'œil, s'imaginant que sa capacité à réfléchir était inversement proportionnelle à la taille de sa musculature.
Dans leur chambre, les deux amants s'étaient séparés pour se rhabiller. Belle observait à loisir le jeune homme avec elle qui grommelait et pestait contre son aîné et son "humour con". Elle se permit de rire un peu, amusée.
"Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?
- Tu es tellement possessif. sourit Belle. Tu es conscient qu'il ne m'a pas vue ? J'étais bien cachée sous la couverture.
- C'est pas une raison ! Il aurait pu frapper avant d'entrer.
- Tu aurais du t'y attendre, non ? C'est ton frère.
- Il m'a jamais fait un coup pareil !"
Elle rit, puis alla s'asseoir près de lui pour mettre ses chaussettes, ses genouillères et ses bottes, le regardant faire ses lacets sans un mot, continuant de râler et de gronder inintelligiblement. Son petit côté protecteur lui plaisait, et sa gêne l'attendrissait. Elle se redressa, les mains sur les cuisses.
"Arrête de râler, va. Il voulait juste faire une petite blague. Tu pourras le taper si il recommence, d'accord ?
- Mh... Ouais..."
Elle sourit, l'embrassa sur la joue, puis se leva pour ramasser sa veste et la mettre, avant de l'emmener dans la réserve, où les deux autres hommes cherchaient de quoi se faire leur petit déjeuner. Ils entrèrent, et Ikki pouffa de rire sans pouvoir se contrôler.
...
Après un rapide repas, les petit groupe avait repris la route pour rejoindre le refuge où les attendaient les compagnons de route du Phénix. Belle avait repris le volant, suivant un Ikki ouvrant la voie avec son propre véhicule. Sur sa gauche, Shun fouillait depuis dix minutes parmi les cassettes qu'ils avaient rangé dans la boîte à gants, laquelle il comptait mettre dans son walkman ou dans la radio. C'était une collection étrange qu'il avait commencée quand elle lui avait fait découvrir le petit appareil à musique qu'il ne connaissait pas. Depuis, à chaque fois qu'ils fouillaient une maison abandonnée pour y passer la nuit ou prendre des vêtements pas trop abîmés, Shun cherchait immanquablement de nouvelles cassettes pour tester un peu et découvrir de nouveaux genres. Combien de ces bandes magnétiques n'avait-il pas encore écouté ? Beaucoup trop, pensait Belle.
Amusée devant sa moue curieuse, alors que ses yeux verts voguaient d'un boîtier en plastique à l'autre, elle lui prit une petite cassette posée sur ses cuisses et ouvrit le lecteur de la voiture pour retirer celle qui y était et la remplacer.
"On essaie celle-là.
- Le boîtier rose m'inspire pas confiance.
- T'avais bien une armure rose, je vois pas le problème.
- ... Touché."
Il rangea les cassettes inutilisées et rembobina celle que Belle venait de lui mettre dans les mains avec un morceau de crayon qu'il gardait toujours dans la poche.
"En parlant de ça... commença-t-il en tentant de paraître détendu. Si tu as encore des questions, tu peux me les poser... Par contre, évite le sujet Hadès, s'il te plait. C'est... C'est encore trop frais."
Belle le regarda brièvement, avant de revenir sur la route. Bien sûr qu'elle avait des questions ! Elle en avait des tonnes ! Mais elle ignorait par où commencer... C'était un peu énorme, tout de même, cette histoire...
"Je ne sais pas par où commencer. C'est pas faute de vouloir mieux te connaître, mais... C'est encore trop énorme, pour moi... J'ai encore du mal à te croire, tu sais ? Je veux dire... on a passé deux ans, ensemble. Pour moi, hier, tu avais encore 22 ans et j'ai encore du mal à réaliser qu'en fait, t'es encore un gamin de 16 ans.
- Pardon ? s'offusqua Shun en la regardant, sa cassette et son crayon encore en main. Un "gamin" ?
- Désolée... mais j'ai 23 ans, je te rappelle. Chez moi, on appelle ça du détournement de mineur, ce que j'ai fait hier soir.
- ... Tu regrettes, demanda Shun, la voix tremblante ?"
Belle prit un instant pour réfléchir, s'insultant intérieurement pour avoir mis le sujet sur le tapis. Si elle regrettait ? Absolument pas ! Elle avait passé la meilleure nuit de sa vie, et avait adoré se réveiller dans ses bras le matin. Elle avait aimé détailler son visage endormi et le réveiller avec des caresses et des baisers. Elle n'effacerait ça pour rien au monde et recommencerait sans hésiter si il lui demandait.
"Mon seul regret est d'avoir attendu que tu m'embrasses le premier. déclara-t-elle. J'aurais dû questionner mes sentiments plus tôt. Voilà ce que je regrette."
Elle le regarda, et apprécia le soupir soulagé qu'il poussa, et le sourire charmé qui étira ses lèvres. Cette simple attitude était sa propre déclaration : lui non-plus n'avait aucun regret, et il aurait souffert si ses sentiments n'étaient pas partagés.
"Quant à te questionner sur ton passé... reprit-elle. Je préfère apprendre au fur et à mesure et te laisser ton jardin secret. Je crois qu'il y a des choses que le commun des mortels ne devrait pas forcément savoir.
- ... Comme tu veux, je te forces à rien."
Il finit de rembobiner la cassette et la rangea avec les autres.
"Tu sais ? Je te trouve très mature, pour ton âge. déclara Belle, comme pour rattraper le coup de sa maladresse. Tu m'as bien eue.
- J'ai grandi trop vite. J'avais pas franchement le choix, c'était une question de vie ou de mort.
- Je vois... Et les autres, ils ont quel âge, en fait ?
- Je suis le plus jeune. Quoique... Non, c'est Saori, la plus jeune. De quelques jours, ça compte pas. Attends... Seiya est plus vieux d'un an, Shiryu aussi. Ikki a dix-huit ans.
- Shiryu a dix-sept ans ?!
- On dirait pas, hein ? C'est loin d'être un abruti, en vrai. C'est un gars intelligent, et un stratège...
- Arrête de lui lancer des fleurs ! Je t'ai dit cent fois qu'il ne méritait pas ton estime."
Shun soupira. Certes, Shiryu avait été un monstre avec lui... Mais les faits étaient là : c'était l'intellect de la bande, et il n'avait pas envie de l'oublier. C'était son côté sentimental qui parlait, il le savait, mais, au fond de lui, il avait la certitude que Shiryu, un jour, entendrait raison et s'adoucirait avec lui.
"... C'était quelle constellation ? Shiryu, je veux dire.
- Le Dragon. Seiya était le Pégase et... Hyoga était le cygne.
- Comme tu en parles... Vous aviez l'air très proches.
- On l'était. Nous étions très soudés. J'ai tout gâché en tuant Hyoga. Nous étions... comme des frères, tu vois ?"
Elle hocha la tête, comprenant son ressenti. Elle aimait l'écouter parler de ce passé encore plein de mystères, même si elle ne comprenait pas tout. C'était comme quand elle écoutait son grand frère parler des légendes arthuriennes qu'il aimait tant : ce n'était pas vraiment son univers à elle, mais la passion qu'il mettait dans le récit la captivait.
"Tu parles beaucoup des autres, mais pas beaucoup de toi.
- Tu es mal placée pour dire ça, je sais pas non-plus grand-chose de toi."
Belle se tut, puis regarda Shun, brièvement, avant de regarder à nouveau la route. C'était vrai, elle n'avait pas beaucoup parlé d'elle.
"Quel intérêt ? J'avais une vie si banale avant de venir au Japon que ça n'a rien de passionnant.
- Justement, c'est quoi, une vie banale ? Ce n'est peut-être pas passionnant pour toi mais je ne sais pas ce que c'est, moi."
Belle prit encore un instant pour réfléchir, puis lui expliqua calmement.
"Eh bien... Je suis née dans une famille simple. J'ai grandi avec mon père, ma mère qui bossait tout le temps et mon grand frère. Une famille tout ce qu'il y a de plus normal. Je suis allée à l'école, j'ai fait des études en art, puis une spécialisation en Bandes Dessinées. Puis je suis venue ici, directement après mes études. Je voulais le faire depuis des années et j'avais économisé en faisant des petits jobs et en rendant des services aux voisins.
- Ça ressemble à quoi, l'école ?
- C'est très différent de ce que vous faites au Japon, c'est un peu moins dur, côté discipline, on n'a pas la rentrée au même moment...
- Sois plus précise, s'il te plait, je ne suis jamais allé à l'école."
Le silence tomba dans la voiture. Belle ne cachait pas sa surprise, quand elle le regarda brièvement, cherchant une quelconque trace de plaisanterie sur son visage.
"... Tu sais lire, au moins ?
- Les hiragana, le grec et l'anglais, je ne suis pas analphabète.
- Et tu sais calculer ?
- Tu sais, j'ai eu une éducation quand même... répondit Shun d'un air vexé. Basique, je suppose, mais j'ai eu une éducation.
- ... Désolée."
Nouveau silence. Belle voyait bien que Shun avait assez mal pris ses questions, alors elle préféra se taire un petit moment. C'est le jeune homme qui mit fin à l'ambiance pesante.
"J'ai jamais aimé me battre. Je préférais les cours théoriques de mon maître que les entraînements physiques, et de loin.
- Moi, au contraire, j'adorais les cours de sport... répondit Belle, soulagée qu'il ne se mure pas dans le silence, comme il lui arrivait de faire. Et dessiner dans mon coin. Par contre, les cours d'histoire et de géographie me donnaient envie de dormir.
- Tu as tort, c'est passionnant.
- Même avec un vieux prof de 50 ans qui aurait sérieusement besoin de café ?
- Shiryu s'est fait éduqué par un homme de 261 ans, je vois pas le problème."
Belle ouvrit la bouche, prête à répliquer... mais s'interrompit, incertaine de ce qu'elle venait d'entendre. Elle coula un regard vers Shun, qui avait toujours cet air sérieux malgré l'énormité de son discours.
"Tu me charries ?
- Non, j'suis sérieux.
- 261 ans ?
- Et pas un de moins.
- Impossible, trancha Belle.
- Bénédiction d'Athéna, longue histoire, Shiryu se fera un plaisir de te la raconter le jour où il arrêtera de me traiter comme un Mort."
Abasourdie, Belle regarda à nouveau la route, ne sachant trop comment réagir. Autant dire qu'elle avait eu son lot d'histoires incroyables pour la matinée et qu'elle avait plus de questions encore qu'avant qu'ils ne commencent à discuter.
"... Sinon, tu me racontes comment c'est, l'école ? S'il te plait...
- Eh bien... On est regroupé en une vingtaine d'élèves... du même âge, à peu près... dans des salles de classes avec un professeur qui nous apprend toutes les matières.
- Ça dure combien de temps ?
- On va à l'école à partir de 3 ou 4 ans et on en sort vers 18 ans... du moins c'est comme ça en Belgique.
- Vous passez 14 ans à l'école ?! C'est énorme !
- Je trouve aussi... Mais disons que les trois premières années comptent peu, c'est la maternelle.
- La quoi ?"
Belle eut un petit rire, alors qu'elle lui expliqua chaque degré scolaire devant son air un peu perdu - elle ne se dira que bien plus tard qu'elle devait avoir la même tête quand il lui parlait de chevalerie et de mythologie grecque.
"J'aimerais bien visiter une école, déclara-t-il soudain.
- Comme je t'ai dit, le système japonais est très différent du belge. C'est plus strict, pas toujours mixte, les bâtiments sont pas les mêmes...
- Je m'en fiche, je veux voir à quoi ressemble une école. Je veux voir ce que j'ai raté."
Elle sourit, attendrie. Il faudrait qu'elle demande à Ikki de faire un détour par un lycée ou un collège. Pas sûr qu'il accepte... sauf si elle menace d'y aller seule avec Shun. Elle avait vu la relation, certes altérée, mais tout de même très soudée entre les deux frères, et elle doutait que l'aîné les laisse filer aussi facilement.
"Comme tu voudras."
Elle continua de suivre la voiture d'Ikki et Takawa pendant plusieurs longues minutes, durant lesquelles ils profitaient de la musique diffusée dans la voiture : de la variété, dont Shun battait le rythme du bout des doigts sur sa jambe. Puis, alors qu'ils étaient au milieu d'un village désert, qu'ils avaient commencé à traverser, Ikki se gara en bas d'un immense escalier en pierre avant de sortir de la voiture. Un peu plus loin, Belle en voyait plusieurs autres : deux fourgons et d'autres 4×4 s'alignaient sur le côté de la route. Elle se gara derrière le phénix et sortit avec Shun du véhicule.
"On y est ?
- Ils sont en haut de cet escalier."
Les deux amants levèrent les yeux sur les marches qui montaient, montaient, montaient... La jeune fille devina un temple tout là-haut et eu un sourire : elle aimait bien l'atmosphère détendue des sanctuaires japonais.
"Tiens donc, tout ces escaliers, ça me rappelle la Grèce.
- C'est moins haut, n'exagère pas, contra Ikki en entamant son ascension.
- T'as raison, c'est une promenade de santé, à côté."
Shun le suivit, avec Takawa et Belle, qui regardait tout autours d'elle, se disant que le Chaos avait l'air d'avoir épargné cet endroit. Les arbres et les fleurs dominaient de part et d'autre des marches, il n'y avait aucune trace de sang ou de lutte et même l'odeur était différente de celle des grandes villes détruites par les Morts. Arrivée en haut, elle comprit pourquoi.
Ils arrivèrent au sanctuaire en quelques minutes d'ascension. Là, elle vit, occupé à balayer le parvis du temple, un vieil homme en jean et chemise, qui leva les yeux sur eux avant de sourire. Le prêtre ? Ikki et Takawa s'inclinèrent devant le vieillard, et Shun et Belle s'empressèrent de les imiter.
"Bienvenus, jeunes gens. J'ose espérer que le voyage s'est passé sans encombres.
- Tu parles, grand-père, une vraie promenade de santé. s'esclaffa Takawa en s'avançant, passant à côté du vieil homme. Pas un Mort en vue, ta bénédiction nous a porté chance !"
Ikki rejoignit en blond, faisant signe aux deux autres, un peu surpris, de les suivre. Ils contournèrent le temple, accompagné par le prêtre, et suivirent un sentier en direction d'une petite maison calme, isolée, au milieu d'un petit bosquet de verdure. Là aussi, le Chaos semblait avoir épargné le décor idyllique.
"Bienvenus chez moi ! lança théâtralement Urie. Le petit havre de paix de mon grand-père. Les autres crèchent ici en nous attendant.
- C'est magnifique, commenta Belle."
Ils entrèrent dans la petite maison, qu'ils traversèrent pour se rendre au jardin, à l'arrière encore, où s'affairaient un petit groupes de jeunes adultes sur une table, avec des plans et des notes. Parmi tout ce monde, un iroquois blanc attira l'attention de Shun, qui laissa échapper, surpris :
"Ichi ?"
Un visage allongé, pâle comme la mort avec de grands yeux noirs, se tourna vers lui, sourcil arqué, avant qu'un grand sourire idiot n'étire ses lèvres. Il se leva et fit un grand signe de la main.
"Yo !"
Chacun se tourna vers les nouveau arrivant et Belle les détailla tous. En plus du nommé Ichi - dont elle se demanda d'où Shun et lui se connaissaient - , il y avait trois autres personnes : une jeune femme de toute petite taille, aux cheveux méchés rouges - qui leur lançait un regard mauvais - ; une fille aux longs cheveux qui ressemblait énormément à Urie - sa sœur ? - ; et un homme à la carrure imposante, tatoué sur les bras - que Belle prit pour un Yakuza, au vu de ses deux phalanges manquantes quand il fuma sa cigarette.
"Voilà toute la bande. commença Urie en les présentant, commençant par Mèches-Rouges. Voici Ryoko, Miraï, ma petite sœur, et Makoto."
Miraï et Makoto adressèrent un signe de la main aux deux nouveaux venus, alors que Ryoko se contenta de tirer davantage la tête. Elle n'avait pas l'air de beaucoup les apprécier, et Shun se demanda un instant pourquoi. Ichi, avec de grands gestes enthousiastes, les invita à les rejoindre à table, où se trouvait une théière, des tasses et quelques canettes de bières.
"Ça fait plaisir de te revoir, Shun ! sourit Ichi en lui mettant une grande tape amicale dans le dos lorsqu'il s'installa. Ikki commençait vraiment à devenir ingérable !
- Je t'emmerde, grommela l'intéressé.
- Ceci dit, t'as pas la même tête qu'avant... continua l'Hydre sans prêter attention à Ikki, se reculant pour mieux détailler Shun. T'as un truc de changé... Nan, en fait, t'as tout de différent !
- ... Merci ?"
Ça, c'était tout lui : mettre les pieds dans le plats et les remuer allègrement. Il n'avait jamais eu beaucoup de tact, même quand ils étaient enfants, et ça s'était pas arrangé en grandissant. Ichi était "une éternelle grande gueule", comme l'aurait qualifié un certain phénix. Shun leva les yeux au ciel, puis prêta attention aux autres membres du groupe... captant toujours le regard incendiaire de Mèches-Rouges... En fait, c'était lui qu'elle regardait comme ça, parce qu'elle ignorait totalement Belle, assise à la gauche du jeune homme.
"Ryoko, sembla l'avertir Ikki..."
Elle le regarda un instant dans son unique œil, puis, après de longues secondes d'échange silencieux, elle se leva de table et s'éloigna sans un mot de plus, retournant dans la maison dans un silence qui tomba sur le jardin comme une enclume. Ichi les regarda tous un par un, puis demanda d'un air un peu idiot.
"... Qu'est-ce que j'ai fait ?
- C'est pas toi... soupira Miraï d'une voix douce mais lasse. T'as encore rien suivi."
Puis son regard coula vers Shun, qui ne su que dire alors qu'elle lui adressait un sourire un peu triste et désolé.
"Elle ne s'est pas tout a fait remise...
- Remise de quoi, demanda délicatement Belle ?"
Les yeux se baissèrent et les mines s'assombrirent. Les deux amants se tournèrent vers Ikki en quête d'une réponse qui ne vint pas. Il semblait peser le pour et le contre, un peu embarrassé. Il passa une main dans sa nuque, l'autre main dans sa poche, puis s'approcha de son frère.
"Suis-moi, je vais t'expliquer..."
Après un regard pour Belle et une main serrant la sienne, le jeune homme quitta la table pour suivre Ikki à l'extérieur de la maison, jusque devant le temple. Là, l'aîné s'installa sur un banc près d'une petite fontaine d'eau bénite et incita son frère à en faire de même.
"Ryoko ne t'en veux pas personnellement... Du moins, je ne le pense pas...
- Rassurant...
- Ne le prends surtout pas mal, mais, par précaution, appelle-la plutôt Asami que par son prénom...
- "Par précaution" ?
- ... Bon, elle est peut-être un peu fâchée contre toi personnellement, mais t'as rien fait de mal, ok ? Rien du tout.- Bon, tu vas me dire pourquoi elle m'en veut, oui ou flûte ?"
Ikki eut un rictus mélangé entre l'amusement de son impatience et la tristesse où se mêlait un peu de pitié. Il regarda ses mains, le sol... puis le bras de Shun, enserré dans son sempiternel bandage un peu sali qui cachait, il le savait, la source de la colère de Ryoko, et de tous les problèmes que rencontraient son petit frère depuis deux ans.
"... J'ai retrouvé Ichi l'année dernière, à peu près à la même saison... Il n'était pas seul, il venait de rentrer de Grèce avec Ban, quand l'apocalypse a commencé. On les a pris dans l'équipe : on avait besoin de gars comme eux pour trouver des survivants, et ils se cherchaient un but... Ryoko et Ban se sont tout de suite accroché. Le "coup de foudre" qu'ils appelaient ça, ils faisaient tout ensemble... Honnêtement, Belle et toi, vous me rappelez un peu ces deux-là."
Shun ne comprenait pas pourquoi Ikki lui racontait tout ça. Il fronça les sourcils et se dit que Ban... Ban était sans doute mort... Il ne l'avait pas vu depuis la catastrophe et son frère en parlait au passé... Mais comment un grand gaillard comme lui avait-il pu mourir ? Il n'était pas très puissant, en tant que chevalier, mais en tant qu'humain, Ban restait quand même un surhomme ! Il était grand, fort et savait se battre !
"Comment... ?
- Mordu... par un Mort. Il a succombé très vite et on l'a éradiqué.
- Quoi ?"
Shun se leva, sous le choc de la nouvelle, alors que son grand frère le regardait avec un calme déconcertant. Il comprenait encore moins ce qu'il se passait : la morsure avait tué Ban, une force de la nature, mais l'avait épargné, lui, un homme chétif et physiquement bien plus faible ? Impossible ! Et pourtant, le visage d'Ikki était très clair. Ce regard ne pouvait mentir...
"Mais c'est impossible, Ban était...
- Comment tu as fait ?!"
Shun se retourna. Derrière lui, Ryoko Asami le regardait, les joues inondées de larmes, les traits figés dans une expression de colère intense. Elle toisait son vis-à-vis avec rage, et une incompréhension sincère la hantait.
"Je veux savoir... Comment as-tu survécu à la morsure ?
- J'en sais rien, je...
- Mensonges ! Tu as forcément fait quelque chose ! À moins que tu ne sois Mort depuis longtemps !"
Le jeune homme serra les poings à s'en faire mal, sans pouvoir s'en empêcher. Encore et toujours cette accusation : "Tu es Mort, tu es forcément Mort." Ces regards le hantaient, ceux qui le voyaient tel un monstre sans âme prêt à les dévorer. Il n'en pouvait plus, il les avait trop de fois affrontés, et il s'était trop souvent écrasé. Il baissa la tête, détournant les yeux.
"Si tu veux vraiment connaître mon point de vue... Je préférerais qu'on m'éradique, plutôt que de vivre ce que cette morsure me fait subir...
- Shun !"
Ikki se leva d'un bond, voulant vivement protester... mais il se figea. Shun venait d'arracher ses gants et de les jeter au sol, montrant ses mains qu'Ikki n'avait pu voir jusque là. Sillonnant sa chair, en de grosses cicatrices roses et creuses ou plaies encore mal refermées, se trouvaient plusieurs morsures profondes, mutilant ses mains.
"Qu'est-ce que...
- Si j'ai le malheur de me blesser, je deviens complètement fou. Je perds la raison et je détruits tout ce qui me tombe sous la main, vivant ou mort. C'est un véritable enfer pour me ramener. J'ai tué un ami, comme ça... Je vis avec cette horreur sur la conscience depuis presque deux ans ! cria-t-il soudain, excédé. Je ne me sers de cette particularité que pour protéger Belle parce qu'elle a la force de me récupérer quand je perds la tête ! Peut-être que ça me tue à petit feu ! Peut-être qu'un jour je ne pourrai pas revenir ! Peut-être qu'un jour la seule solution sera l'éradication ! Je me torture avec cette question tous les jours... ! Tu veux vraiment... Tu voulais vraiment que Ban vive ça... ? Tu penses qu'il aurait supporté de vivre comme ça... ? Est-ce que, toi, tu aurais su vivre avec ça... ?"
Ils se regardèrent dans les yeux et un silence lourd. Seule la brise remuant le feuillage brisait le calme glacial. Ikki regardait les deux partis : son frère semblait sur le point de s'effondrer en larmes, les mains toujours tendues ; Ryoko le fixait, ébranlée par son discours, se passant en tête tout ce que ça aurait impliqué si Ban avait survécu. Après ce qui lui sembla être une éternité de conflit intérieur, elle baissa la tête, laissa couler quelques larmes amères... puis s'éloigna calmement vers les escaliers, murmurant de brèves excuses, suivie du regard par les deux hommes, en silence.
Quelques secondes s'écoulèrent. Shun écoutait le bruissement des feuilles, ne voulant prendre la parole ni bouger pour l'instant. Il voulait juste... se jeter dans les bras de Belle et pleurer, puis se reposer contre elle, l'étreignant avec la force du désespoir.
"Shun... Tu... Tu fais vraiment tout ça ?
- Demande à Belle et Seiya, si tu me crois pas.
- Je te crois, je te crois... J'aurais aimé savoir plus tôt, c'est tout."
Le jeune homme se tourna vers son frère. Dans son regard, il lut l'agacement, mais aussi l'inquiétude... et la peur. Ikki avait peur pour lui, sans doute peur qu'il meure à cause de ce pouvoir qui détruisait son système nerveux - il en était sur : Belle lui avait fait part d'absences qu'il aurait plus ou moins fréquemment et d'autres moments où il semblait ne pas être lui-même.
"Tu m'en veux ?
- Je t'en veux de faire bande à part.
- Tu peux parler. pouffa Shun malgré lui. Tu te cachais dans ton volcan dès qu'on se rassemblait et je devais me faire tabasser pour que tu te pointes. Tu parles d'un esprit d'équipe.
- Sauf que, toi, ça te ressemble pas, idiot. T'as toujours eu besoin des autres.
- Les rôles s'inversent. Tu as des amis proches et une équipe soudée et moi je suis sur le bas-côté de la route.
- Tu as Belle."
Shun regarda ailleurs, le rose colorant ses joues pâles, alors qu'il retourna s'asseoir sur le banc, écartant les mèches flottant devant son visage. Il leva ses yeux verts en direction des feuillages qui se balançaient au gré du vent.
"Oui... J'ai Belle... Heureusement que je l'ai.
- Tu l'aimes ?"
Il hocha la tête, alors que son frère ramassait les gants en cuirs qu'il avait jeté au sol pour les poser sur le banc.
"Tu vas trouver ça niais, je te connais... Mais je peux pas me passer d'elle. Elle a su... me ramener à la vie, il n'y a pas de meilleurs mots... J'aime tout chez elle... elle est combative, courageuse, forte, un brin rêveuse... elle sait ce qu'elle veut, elle sait comment m'aider... Et j'ai jamais vu de fille aussi belle.
- Tu devrais lui dire en face, tout ça. Elle trouvera ça moins niais que moi."
Il sentit soudain la large main d'Ikki lui ébouriffer les cheveux, lui faisant rabaisser la tête vers ses pieds. comme d'habitude, il n'était pas délicat et la caresse ressemblait plus à une attaque directe du cuir chevelu... Mais il s'en moquait. Ikki était comme ça : un peu brutal, très maladroit, mais pas méchant. Shun ferma les yeux et sourit, se prenant à se replonger dans ses souvenirs d'enfance, quand son frère le réconfortait, le soutenait, l'écoutait... était tout simplement là pour lui. Un sanglot lui remonta dans la gorge alors qu'il se rappela que ça lui avait manqué plus que de raison. Il posa une main sur celle d'Ikki et murmura.
"Merci, Ikki... Merci de m'avoir cherché...
- Je pouvais pas t'abandonner..."
Le cadet releva les yeux alors que la grande main quittait ses cheveux. Il suivit son aîné des yeux, qui retournait vers le temple.
"Bon, retournons près des autres.
- Et Ryok... Euh, Asami ?
- Elle va revenir, ne t'en fais pas... Aller, viens."
Shun sourit, puis se leva pour le rejoindre, sans oublier de prendre ses gants pour les remettre, le coeur plus léger.
Une référence à un film d'animation récent se cache dans ce chapitre : l'avez-vous trouvée ?
Avant de partir, j'ai une petite annonce à faire :
J'ai trouvé un boulot dans le milieu du divertissement ! Ça change quoi pour vous ? Absolument rien ! Et pour moi ? Beaucoup de choses !
Déjà, je vis en décalage par rapport au reste des gens : quand vous êtes en congé (parce que je pense pouvoir dire sans me tromper que vous êtes majoritairement étudiants), moi, je bosse. Ce qui veut dire que, pendant juillet et août, bah, je vais travailler très très souvent et jusque parfois tard. Ce qui veut dire que, bah, ça va être compliqué d'écrire de façon régulière.
Je vais faire mon possible pour écrire pendant mes pauses et mes jours de congé, mais il faut pas oublier que j'aimerais aussi avoir du temps pour moi et ma vie sociale. ^^"
Je suis désolé si la suite à du mal à paraître en été mais au moins, vous êtes prévenus !
Merci à tous pour votre soutien et vos commentaires ! (Surtout les très réguliers Hemere & darkacuario) Et à bientôt (j'espère) ^^
