Salut, tout le monde ! c'est Adonis !

Je sais pas quand j'ai posté la dernière fois, mais le voilà, le chapitre 14 ! Une rencontre que certains attendaient va enfin se produire ! J'espère que ça vous plaira ! Je vous retrouve en bas de ce chapitre.


Chapitre 14
Tochinoki Horrorland

Belle avait entendu parler de ces gens qui exploraient des endroits abandonnés pour le simple plaisir de se donner des frissons. Ceux qui partaient, sac au dos et lampe de poche en main, voir ce qui avait été délaissé par l'homme, pour des raisons ou d'autres. Des maisons et des immeubles, des hôtels et hôpitaux... Elle avait elle-même visité une vieille gare, en solitaire, pour s'inspirer pour un devoir. Elle était rentrée à la maison le cahier plein de croquis somptueux, qu'elle avait fièrement affiché dans sa chambre. Elle connaissait l'élan nostalgique qui nous prenait quand on regardait la végétation reprendre ses droits sur une création humaine pour l'avoir elle-même vécu. Mais voir ce parc d'attractions laissé à l'abandon avait quelque chose de surréaliste : un endroit coloré et chaleureux, marqué par les stigmates de l'Apocalypse. Tout était terni par le soleil ou la poussière qui s'accumulait, l'eau de la fontaine était verte, et une famille de petites grenouilles y avaient trouvé refuge. Tochinoki Familyland n'avait plus rien de l'endroit idyllique que les Takawa lui avaient décrit.

"C'est fade, n'est-ce pas ?"

La jeune fille se tourna vers Miraï, qui regardait d'un œil un peu triste ce qu'était devenu le parc de ses souvenirs, ajustant la sangle de sa sacoche sur son épaule. Clochette, le chat noir qu'ils avaient adopté l'autre soir, émit un miaulement dans le sac, avant d'en sortir la tête avec curiosité. Ils l'avaient nommé en français, alors que Shun demandait à Belle comment se disait ce que l'animal avait au cou, dans sa langue. Un nom qu'elle avait trouvé un peu drôle avec leur accent. Miraï prit le chat entre ses mains et le posa par-terre - de toute façon, il n'allait pas s'éloigner - avant de s'approcher de la fontaine.

"Étant petite, je me rafraîchissait à cette fontaine, et j'arrosais Urie. Je me faisais souvent gronder par grand-mère, pour ça. Mais je recommençais immanquablement."

Belle sourit. Miraï ne parlait pas beaucoup d'elle, préférant s'intéresser aux autres et les écouter parler. Elle était discrète sur son histoire et, le peu de chose qu'elle savait de cette fille taiseuse, c'était son frère qui les avait contées.

"Tu aimais cet endroit...
- Beaucoup. C'est toute mon enfance que je trouve ravagée. Mais ça me fait quand même plaisir de voir que nous n'avons pas tout perdu... Avec un grand nettoyage et beaucoup de jardinage, on peut remettre cet endroit sur pied !
- Belle ! Miraï !"

Les deux filles se tournèrent vers la voix qui les avait interpellé. Plus loin, devant un petit bâtiment bleu et gris, qui devait avoir été du blanc, et orné sur sa façade de deux immenses miroir, Shun, Ichi et Ikki les attendaient. Les trois hommes ne s'étaient pas lâchés après avoir passé le portique de l'entrée du parc, et avaient eu l'air bien décidé à connaître tous les secrets de cet endroit qui leur était étranger. Les deux frères regardaient la construction qui leur faisait face d'un air dubitatif, alors que le troisième jouait avec un miroir déformant.

"C'est quoi, ce truc ? demanda l'aîné quand les filles vinrent à leur rencontre. Ils appellent ça le palais des glaces.
- C'est un labyrinthe de miroirs. expliqua alors Miraï. Tu entres et le but est de retrouver la sortie, sauf que les miroirs t'induisent en erreur.
- Je veux essayer ! s'écria Ichi, cherchant l'entrée. Ça a l'air marrant, qui me suit ?
- Il doit faire noir, là-dedans, y'a plus de courant, tu vas te perdre comme un idiot.
- Eh bah, quoi, Shun, t'as peur ? le provoqua-t-il en retour. Remarque, ça daterait pas d'hier.
- Pardon ?"

Piqués au vif, Shun et Ikki se retournèrent vers l'Hydre, qui leur rendit son plus gros sourire provocateur. Alors ça, Shun n'était pas prêt de le laisser passer. Ça commençait un peu à l'énerver, qu'on le traite de couard. Shiryu l'avait assez traité comme un lâche, depuis deux ans, c'en était trop.

"Très bien. Je vais y aller."

Suivant les rares flèches et les idéogrammes qui avaient survécu à la peinture écaillée, il trouva assez vite l'entrée et pénétra sans hésitation dans le labyrinthe.

"Shun, attends-moi !"

Belle entra précipitamment à sa suite. Elle n'avait pas envie de le laisser se promener tout seul dans un labyrinthe plongé dans le noir. Et pourtant, il avait déjà avancé de quelques pas quand elle-même se retrouva privée de lumière.

"Shun... ?
- Avance tout droit."

Belle obéit et, posant sa main droite sur la paroi du labyrinthe et gardant l'autre devant elle, elle avança, incertaine. Elle n'avait jamais apprécié l'obscurité, et l'odeur qui régnait dans ce lieu prenait horriblement au nez : ça empestait littéralement le Mort. Aussi, les quelques secondes qu'elle mit à rejoindre son petit ami lui parurent durer une éternité. Elle ne se sentit un peu mieux que quand elle sentit le contact froid de la veste de Shun contre ses doigts. Elle s'y accrocha fébrilement.

"Tu vas bien... ?
- Oui... Oui, ça va... J'ai juste... un petit peu peur dans le noir...
- T'es sérieuse ? Pourquoi tu m'as suivi, alors ? Je l'avais dit, qu'il ferait noir, là-dedans !
- Hey, je voulais pas te laisser tout seul ! s'écria-t-elle, un peu offusquée du ton de reproche qu'il avait employé. L'amour rend bête, ok ?"

Shun soupira, et se retourna pour lui prendre la main, ne pouvant cependant s'empêcher de sourire. Alors, comme ça, elle craignait l'obscurité ? Voilà une chose qu'il ne savait pas encore d'elle. Elle qui était d'habitude si téméraire et courageuse, avait finalement quelques faiblesses quand on creusait un peu.

"Ne lâche pas ma main.
- J'en ai pas l'intention !"

Pendant de longues secondes, le couple avançait lentement dans le noir. Shun avait la main droite posée sur le mur et avançait sans perdre contact avec la paroi : c'était le seul moyen de s'y retrouver dans un labyrinthe, surtout dans le noir, et l'odeur ne lui donnait pas vraiment envie de traîner trop longtemps dans les parages.

"C'était quoi, ça, s'écria soudain Belle ?
- Quoi ?
- J'ai marché sur un truc qui a craqué !
- C'est peut-être une partie du plafond qui s'est effondrée, ne panique pas.
- C'est facile à dire... Avec cette odeur, j'ai l'impression que je vais tomber sur un Mort.
- Ne t'en fais pas, ça ne craint rien..."

La main de Belle se resserra sur la sienne, et il continua d'avancer. Alors qu'ils cherchaient la sortie, la main sur le mur, Shun devait parfois bifurquer, parfois faire demi-tour, et sa petite amie s'agitait de plus en plus au fil de l'exploration.

"Tu n'as pas peur, toi ?
- Peu de choses me font peur. L'obscurité n'en fait pas partie... Il y a une raison particulière pour laquelle tu as peur du noir ?
- ... Pas que je sache... Tu dois trouver ça ridicule.
- Pas du tout. On a tous nos peurs et nos faiblesses."

Ils errèrent encore un moment dans le noir. Leurs yeux s'étaient habitué à l'obscurité et ils pouvaient se voir l'un l'autre. Cela rassura Belle, qui n'avait pas supporté de le perdre de vue. Elle s'accrocha à son bras et se laissa emmener.

"En parlant de peurs... Ne le prends pas mal mais... entre Shiryu et Ichi, et un peu Ryoko, j'ai l'impression que beaucoup te voient comme un trouillard... Pourquoi ?
- Oh, ça... Ça date de mon enfance. On a été élevés ensemble, Ichi, Shiryu et moi... Pour être tout à fait honnête... quand je disais qu'on était comme des frères avec Seiya et les autres c'est parce qu'on l'est réellement.
- Attends... Au sens propre ?
- Oui, oui, au sens propre. On a tous le même père. Hyoga, Shiryu, Seiya, Ichi... et Ban, aussi, ainsi qu'une centaine d'autres enfants."

Belle s'arrêta, cherchant, comme à son habitude, si Shun plaisantait. Ses histoires abracadabrantes étaient trop surréalistes pour elle et il lui fallait toujours un moment avant d'y croire.

"Non, c'est pas une blague. soupira Shun. Me demande pas comment c'est possible, mais notre père a fait cent enfants à des femmes et on a tous été élevés sous sa tutelle sans qu'on le sache en tant qu'orphelins recueilli pour une raison très précise. Évite de dire à Ikki et Ichi que je t'en ai parlé. Ils n'aiment pas se rappeler de cette histoire."

Belle hocha silencieusement la tête, digérant les nouvelles informations, et les ajoutant à la ligne du temps de Shun, qu'elle s'était imaginée une fois.

"Et donc... Pour cette réputation de couard ?
- Ça... Quand j'étais petit je pleurais beaucoup... En fait, jusqu'à ce que je te rencontre, je pleurais beaucoup. Mais quand j'étais enfant, je pleurnichais énormément. Les autres enfants m'embêtaient, me tapaient dessus, et Ikki prenait toujours ma défense. J'avais peur de beaucoup de choses et je ne voulais jamais me battre. D'où les surnoms "mauviette", "lâche", "pleurnichard" et autres...
- Les enfants sont cruels.
- Je ne faisais pas grand-chose pour améliorer la situation non-plus.
- Ça t'arrive de ne pas te poser en fautif, de temps en temps ?"

Shun émit un rire un peu jaune, avant de regarder à nouveau devant lui. Elle lui avait déjà fait ce reproche : d'être trop conciliant avec ceux qui lui avaient fait du mal et de ne pas vouloir admettre que les gens avaient tout simplement de mauvaises intentions envers autrui. Mais c'était dans sa nature.

"Je ne changerai jamais, Belle."

Soudain, la lumière s'alluma brusquement, arrachant un cri de surprise à Belle, qui, aveuglée par cet excès lumineux après l'obscurité, se serra contre son petit ami en fermant les yeux. Shun, lui, s'était mis en garde, cherchant un éventuel ennemi autours d'eux, protégeant instinctivement la jeune fille, les paupières plissées pour ne pas trop souffrir de la clarté.

"Hey, Adam et Eve, arrêtez de repeupler la Terre et sortez de là !" cria une voix non-loin devant eux. La sortie était toute proche.

Il y eu un flottement, avant que le couple ne se mit à rire, l'écho de leur hilarité résonnant entre les miroirs. Ils se dirigèrent ensuite vers la sortie, plus assurés maintenant qu'ils voyaient où ils mettaient les pieds, et la trouvèrent bien vite. Ils se rendirent compte alors que la brise d'automne et la lueur terne du soleil leur avait manqué, dans ce labyrinthe.

"Vous en avez mis, du temps ! les apostropha Ryoko. On a cru que vous profitiez un peu trop de la solitude !
- Franchement, même si j'en aurais eu envie en entrant, l'odeur m'aurait coupée dans mon élan.
- Je crois qu'un cadavre traîne dans un coin, là-dedans. précisa alors Shun, avec une grimace.
- Et je crois que t'as marché dessus, Belle. ricana alors Ikki. Regarde ta chaussure."

L'interpellée pâlit soudainement, avant de baisser les yeux. Sa semelle était couverte de sang noir et poisseux, et elle avait laissé quelques traces sur les pavés en sortant du palais des glaces. Elle réprima un haut-le-coeur et regarda Shun.

"C'était pas un morceau de plafond !
- Je te signale que j'ai pas la vision nocturne.
- T'avais dit qu'on craignait pas de tomber sur un Mort !
- Techniquement, t'es pas tombée dessus : tu l'as juste écrasé.
- Arrête, c'est dégoûtant !"

Belle frotta vigoureusement son pied sur le sol pour se débarrasser des morceaux de chair coincés dans sa semelle, alors qu'Ikki riait de ses déboires, sous le regard désabusé de son frère.

"Au fait, comment vous avez fait ?
- Fait quoi ?
- Bah, la lumière, gros malin. répondit Shun. Comment vous l'avez allumée ?
- On... n'a rien fait du tout."

Les deux amants se figèrent, avant de se regarder, la mine soudain très sérieuse et inquiète. Le phénix comprit de suite le message et regarda Ryoko, qui avait l'air inquiet également de la situation. Quelque chose ne tournait pas rond.

"Rassemblement : il faut trouver les autres et savoir qui a rallumé le courant."

...

En faisant le tour du parc pour chercher leurs amis, le groupe s'était rendu compte que le palais des glaces n'était pas seul à avoir récupéré ses fonctions. Les ampoules de la grande roue étaient allumées, ainsi que toutes les luminosité du parc. Les fontaines s'étaient réactivées, et déversant leur eau verte et croupie dans les bassins, et les hauts-parleurs diffusaient leur musique grésillante. Deux questions se posaient alors : qui avait réactivé le courant dans tout le parc ? et où cette personne avait-elle trouvé l'énergie nécessaire à tout ça ?

Le groupe s'était vite rassemblé à la fontaine centrale du parc, tous alertés par l'activation soudaine des animations en tout genre. D'après les Takawa, les machines à pinces et autres bornes de jeux s'étaient remises à faire de la musique et de la lumière toutes seules, et eux n'avaient touché à rien. Makoto assurait qu'il était en pleine fouille dans les boutiques à la recherche d'un truc utile quand les lumières s'étaient aussi soudainement allumées toutes seules. "Mais alors qui ?" avait été la question sur toutes les lèvres. Après concertation, ils avaient décidé de faire le tour du parc ensemble pour débusquer les autres squatteurs des lieux. Peut-être des Skulls, ou d'autres survivants nostalgiques calés en électricité : des Morts seraient pas assez intelligents pour rallumer le courant.

Tous groupés, l'équipe avait commencé à avancer vers la Grande Roue, point culminant du parc. Elle ne tournait pas, mais les éclairages la rendaient repérable de loin, tel le phare du parc. Ils avaient entrepris de fouiller tout autours de l'attraction, à la recherche d'indices, avant de se diriger vers les quelques bâtiments : s'il y avait un panneau de contrôle général, c'était forcément dans l'un d'eux, avait suggéré Urie. Ikki ne comprenait rien, mais il avait décidé de suivre. Ils s'étaient donc retrouvés à fouiller chaque bâtiment en périphérie du parc, dont les entrées avaient été forcées bien avant leur arrivée. Se dirigeant vers le fond du parc, au fur et à mesure de leurs fouilles, ils avaient trouvé une sorte d'entrepôt, dont la façade était déguisée en un temple usé par le temps. Ils l'avaient contourné et, près d'une porte qui avait été violemment forcée, un petit panneau annonçait "STOCK" en caractères gras. Ils entrèrent, dans l'entrepôt, alors que Miraï récupérait Clochette pour le mettre à l'abri dans sa sacoche.

"Je le sens pas... murmura Ichi. On aurait peut-être du prendre une arme.
- On a Shun et sa batte, en cas de Morts, et Makoto peut se battre avec à peu près n'importe quoi.
- Et si ils sont quinze, là-dedans ?
- Tu trouve que ça sent le Mort, toi ?
- Ça pue le renfermé, la poussière et... l'essence ?"

Le groupe se figea à quelques pas de la porte encore ouverte, à la remarque de Ryoko, reniflant l'air pour constater, effectivement, une petite odeur essence dans l'air.

"Heureusement qu'on a laissé les armes à feu derrière. gronda Ikki. On sait pas d'où ça vient, cette odeur, mais on risque de tout cramer en tirant n'importe où, et je veux pas tout faire flamber.
- Ce serait bien la première fois.
- Shun, sans commentaire."

L'Hydre pouffa de rire à la remarque, avant de donner un coup de coude complice à Shun, qui le repoussa distraitement en prenant la batte à sa ceinture. Ses yeux parcouraient la pièce spacieuse et ses quelques étagères. Elles étaient pleines de costumes colorés, usés par le temps, et de casquettes. Il y avait des cartons, aussi, avec leur contenu écrit à l'indélébile dessus. Plus loin, une porte ouverte donnait sur un hangar immense, où s'alignaient wagons de coasters, chevaux de bois du carrousel et autres nacelles de grande roue. Alors qu'ils observaient, avec une certaine fascination, les éléments qui se trouvaient là, tentant de grimper dans les nacelles et les wagons, un rire résonna dans l'immense garage. Ils cessèrent tout mouvement, se regardant tour à tour, espérant tous en silence que ce rire venait de l'un d'eux, même si les chances que ça soit le cas étaient très minces : ce n'était pas un rire amusé ou excité et il venait de trop loin... Puis la lumière s'éteignit d'un coup, les plongeant dans le noir.

"Belle !
- J-je suis là..."

Shun s'avança vers le son de sa voix et la serra contre lui, pour la rassurer. Maintenant qu'il connaissait sa peur de l'obscurité, il n'allait pas la lâcher. Il la senti passer ses bras autours de lui et il passa ses main dans ses cheveux en une caresse, pour lui dire qu'il était là et qu'il ne la laisserait pas seule. Autours d'eux, des pas résonnèrent dans le noir : plusieurs personnes s'approchaient d'eux en ricanant.

"Qui êtes-vous ? appela Ikki. Montrez-vous, bande de lâches !
- Oh, mais à vos ordres. résonna une voix mielleuse dans le noir. Lumières, Maestro !"

Les lumières se rallumèrent d'un coup et Shun vit, tout autours d'eux, les encerclant comme une bande de hyènes autours d'une charogne, des individus habillés de vêtement colorés et de vestes pare-balles peintes, armés de pistolets et autres fusils et, surtout, maquillés d'une pâte sombre, en forme de crâne, sur le visage.

"Les Skulls !
- Salut, bande de Nazes." commença l'un d'eux en s'avançant. Lui n'avait qu'un pistolet, qu'il agitait dans tous les sens quand il marchait. Ses cheveux en iroquois vert toxique se balançaient à chacun de ses gestes et ses vêtements bleu électrique ne passaient pas inaperçu.

"Salut, Ikki !
- Poison..."

Les deux hommes se jaugèrent un instant, les yeux dans les yeux, alors que l'iroquois faisait les cents pas. Shun remarqua ses mains tremblantes, et ses yeux aux pupilles si dilatées qu'ils semblaient noirs. Quelque chose n'allait pas, chez cet homme. Il n'avait jamais croisé de Skull, avant. Ne les connaissant que de réputation, il ne s'attendait pas à une bande de clowns aux cheveux colorés et au visage peint. Ils riaient tous nerveusement, tremblaient légèrement, et avaient tous ces pupilles dilatées à l'extrême.

"C'est toi qui a rallumé le courant ?
- Remercie Volt, pour ça. ricana le Skull en réponse. On s'est dit que le parc serait plus drôle avec un peu de musique. Et il me semble que vous, les représentants de l'humanité, vous préféreriez un peu de lumière.
- Ouais, ça vous dérange pas, vous, de vivre dans le noir. Qu'est-ce que vous faites là ?
- On s'est dit que ce hangar renfermerait sûrement quelques trésors. De l'essence, de la peinture, et d'autres bricoles. Mais on ne s'attendait pas à tomber sur une bande d'explorateurs ! Et encore moins sur toi ! Autant dire que c'est un sacré jackpot !"

Poison éclata d'un rire dément qui résonna dans tout l'entrepôt, vite suivit par ses camarades, levant les bras en l'air et tournant sur lui-même. Shun jeta un œil curieux à son frère : d'où il connaissait ce taré ? Celui-ci repoussa ses interrogation d'un vague geste de la main.

"Tu me cherchais, Poison ? Pourquoi ?
- Ma caisse ! s'énerva soudainement l'interpellé, s'arrêtant de rire. Je veux que tu me rendes ce que tu m'as volé !
- Ah, ce bout de tôle ? Je l'ai plus."

L'iroquois se figea, et son visage se décomposa petit à petit. Son expression énervée devint subitement un masque de tristesse, avant que la colère ne resurgisse subitement. Il leva son arme vers Ikki, l'agitant à nouveau en criant à tout va.

"Comment ça, t'as plus ma caisse ?! Non seulement tu me la voles, mais en plus, tu me la perds ?
- Je l'ai pas volée, je l'ai gagnée loyalement.
- Je m'en moque ! C'était la mienne et tu me l'as prise ! Je veux ma bagnole, je la veux !
- Ça fait des mois, elle était morte, avec tout ce que t'avais foutu dans le moteur. répliqua simplement Ikki, qui n'avait pas l'air de se sentir menacé. Trouve-t-en une autre.
- J'en veux pas une autre ! T'as pas idée de ce qu'il y avait dedans ! Une telle dose de came que t'aurais pu te défoncer un mois entier ! J'suis sur que tu l'as encore !"

Ikki jeta un regard interrogateur à Urie, lui demandant dans un murmure si il avait vu ce que Poison réclamait, mais il secoua la tête en haussant les épaules, l'air perdu.

Belle se serra davantage contre Shun, tout ces gens pointant leurs armes sur eux, et visiblement drogués jusqu'à la moelle, n'étaient pas pour la rassurer. Une personne en pleine possession de ses moyens réfléchirait à deux fois avant d'abattre un survivant... mais pas eux, pensa-t-elle. Elle sentait bien que ces hommes n'hésiteraient pas une seconde à les éradiquer Elle espérait seulement que Ikki trouverait une échappatoire, car il avait l'air d'avoir la situation bien en main.

"Écoute, Poison, on doit pouvoir s'arranger. commença-t-il. J'ai pas ta drogue, ni ta voiture. Par contre, je peux te proposer autre chose : on te laisse le parc et tout ce qu'il contient, et on s'oublie mutuellement pour cette fois.
- Tu rigoles ? Tu me dois une revanche ! Je vais pas passer l'éponge aussi facilement ! Si tu veux t'en aller librement, tu vas devoir me payer !
- Très bien. Que veux-tu ?"

Le Skull regarda Ikki de haut en bas, comme s'il croyait à une plaisanterie, avant qu'un sourire n'étire ses lèvres. Il s'approcha, jaugeant le petit groupe, puis son regard s'arrêta sur Ryoko. Il l'observa un instant, puis passa à Miraï, puis Belle, avec un air intéressé.

"Et si on commençait par tes femmes ?"

Aussitôt, Shun, Urie, Ichi et Makoto saisirent les filles pour les mettre à l'abri derrière eux, se tenant en cercle autours d'elle. Leur regard défiaient quiconque de s'en approcher.

"Les filles ne sont pas de la marchandise ! grogna Ikki, les poings serrés à s'en faire mal. Et elles n'appartiennent à personne !
- Tu m'as demandé ce que je voulais, j'ai répondu. Je veux tes femmes. Elles sont mignonnes et sauront sûrement contenter mes hommes.
- Ça va pas, non ?!
- Shun !"

Les yeux noirs se tournèrent subitement vers lui, le toisant de haut. Ils le regardèrent longuement, les sourcils froncés, comme si un détail dérangeait sur son visage. Shun tâcha de rester droit et digne, le menton levé, sans flancher, se tenant bien devant Belle pour que Poison ne puisse plus poser son regard lubrique sur elle. Ça ne lui ressemblait pas de jouer les durs, se dit-il brièvement... mais il avait quelqu'un à protéger.

"Tu ne les toucheras pas, ni maintenant, ni jamais.
- Tu as l'air de tenir à cette étrangère. Soit. Je te la laisse et je prends les deux autres.
- Essaie, pour voir.
- Shun, arrête de le provoquer, l'avertit Ryoko.
- Pourquoi vous encombrer d'autant de femmes ? la coupa Poison. Depuis l'apocalypse, elles savent plus pondre de mômes alors elles ne servent plus qu'à se faire plaisir, une seule suffira pour vous cin-"

Sans comprendre ce qui lui arrivait, Poison encaissa violemment un poing ganté de cuir en plein milieu du visage, et se retrouva projeté au sol deux mètres plus loin. La douleur qui envahit son nez, sa tête et son dos fut très brève, mais ne manqua pas de le surprendre. En se redressant, il constata que son nez était un peu écrasé et saignait abondamment alors que, devant lui, l'avorton aux cheveux verts qui protégeait l'étrangère se tenait la main avec une crispation douloureuse du visage.

"Shun, ça va ?
- T'es dingue ? Pourquoi tu l'as tapé ?
- Il avait dépassé les bornes...
- On va se faire tuer, c'est fini."

Autours d'eux, les Skulls n'en revenaient pas : leur chef qui inspirait la peur et la crainte dans une bonne partie du pays venait tout simplement de se faire mettre au tapis d'un coup de poing. Par le plus petit et chétif de la bande, qui plus est. Leur regards dévièrent sur le chef de ce petit groupe, à la carrure impressionnante de combattant, puis à celle, plus baraquée encore, du grand gars musclé aux doigts coupés. Ils n'étaient plus aussi sur de vouloir se mesurer à ce genre de types. Mais Poison explosa alors de rire.

"Il me plait, celui-là ! Saisissez-le !"

Son ordre claqua, résonnant dans le hangar, mais personne ne bougea. Les Skulls se regardaient, les armes baissées, tremblant encore comme des feuilles. Était-ce la peur ou la drogue qui les agitait ? Nul ne le détermina dans le petit groupe de survivants, mais cela ne plut pas à Poison, qui grommelait de plus en plus. Il se leva prestement et s'avança vers le groupe en grandes enjambées, pestant contre ses hommes, cette "bande d'incapables". Ikki et Ichi, postés de part et d'autre de Shun, se mirent sur son chemin.

"Si tu le touches, tu vas pas t'en tirer avec juste un nez cassé. tenta l'aîné le plus calmement possible pour le dissuader. Restons-en là, garde le parc et ses bricoles pour vous et laisse nous partir avant de faire plus de dégâts."

Le visage tordu de colère et les pupilles tremblantes, le chef Skull toisait Ikki Les yeux dans les yeux. Il grondait à chaque expiration, et ses doigts jouaient sur sa ceinture. Il regarda ensuite Ichi, puis Shun et le reste du groupe, avec mépris, avant de se détourner en ricanant.

"Très bien, je passe l'éponge pour cette fois ! Ces chiens ne veulent pas vous remettre à votre place et, seul, je ne fais pas le poids. Partez ! Je les dresserai mieux pour la prochaine fois ! J'aurai ma revanche !"

Il s'éloigna vers le fond du hangar et claqua des doigts. Aussitôt, les Skulls se dispersèrent dans l'entrepôt, toujours armés. Le groupe les regarda s'éloigner pour farfouiller dans les amas de débris et les étagères, comme s'il craignaient qu'ils rattaquent, avant de s'éloigner vivement vers la sortie, toujours groupés en cas de revirement. La voix de Poison résonna alors en écho dans le bâtiment.

"La prochaine fois, je vous tuerai tous, messieurs ! Et vos femmes seront à moi !"

...

Ils avaient traversé le parc au pas de course, s'éloignant le plus rapidement possible de l'entrepôt, se précipitant entre les attractions et les boutiques pour regagner l'entrée du parc. Personne n'avait osé parler, comme s'ils craignaient de raviver la colère des Skulls en faisant trop de bruit. Ce n'est qu'arrivés au parking qu'ils se permirent de souffler. Ikki et Urie se dépêchèrent de chercher leur prochaine destination, alors que les autres reprenaient leurs esprits.

"On a vraiment failli y rester, cette fois... chuchota Miraï. J'ai jamais eu aussi peur.
- On n'allait pas les laisser vous toucher, répondit Makoto en s'allumant une cigarette.
- J'ai crus qu'ils allaient nous tirer dessus.
- Moi aussi. grogna Ryoko. Surtout quand Shun a collé un pain au chef."

La jeune fille se tourna vers le concerné, qui s'était appuyé contre une voiture un peu à l'écart avec Belle pour la calmer et la rassurer. Elle avait été particulièrement bouleversée par l'embuscade, et les mots de Poison l'avaient touchée à un point qu'elle n'avait pas imaginé. Serrée dans l'étreinte chaude et réconfortante de Shun, elle s'était laissée aller à quelques larmes.

"Finalement, c'est ce coup de poing en pleine face qui nous a sauvé. railla Ichi. Pour un qui voulait jamais frapper, il y a quelques années, voilà qu'il sauve la situation en cognant le premier.
- Ichi, la ferme. soupira Shun. Je veux pas en entendre parler pendant trois ans. Oui, j'ai explosé le nez à quelqu'un, oui, j'ai été impulsif, on peut passer à autre chose ? Merci.
- Tu aurais bien besoin d'une cigarette, ça détend.
- Je touche pas à ça."

Shun baissa les yeux sur Belle. Elle ne pleurait plus, mais restait accrochée à lui, serrant sa veste dans ses mains, comme si elle craignait de le perdre.

"Ça va aller... ?
- Je crois... Ça va un peu mieux... Je veux juste partir d'ici...
- On va s'en aller, ne t'en fais pas. Mais t'es pas en état de conduire... Je vais demander à Ikki de prendre le volant pour toi. D'accord ?"

La jeune fille hocha la tête, et Shun soupira un instant, avant d'ouvrir la portière de leur voiture pour que Belle s'asseye un peu, pour reprendre ses esprits. Il lui laissa sa veste, puis alla rejoindre Ikki et Urie. Il les trouva en pleine consultation des cartes, étendues sur le capot de leur véhicule, discutant du meilleur itinéraire pour trouver un endroit où se ravitailler en trucs utiles.

"Ikki... ?
- Plus jamais tu fais ça, Shun.
- Pardon ?"

L'aîné se redressa, regardant son frère de son œil bleu acier. Il n'avait pas l'air en colère contre lui, mais il le couvait du regard comme s'il avait réellement eu peur pour lui. La dernière fois qu'il l'avait regardé ainsi, c'était quand ils quittaient Elysion... Après l'affrontement avec Hadès. Shun avait baissé les yeux, cette fois-là, honteux de lui avoir causé autant de soucis. Mais il ne les baissa pas, cette fois, soutenant son regard.

"Tu as pris un énorme risque. Ils auraient pu te tirer dessus ou bien obéir aveuglément à Poison. Tu as pensé à ce qu'ils auraient fait de toi, si ils t'avaient pris avec eux ?
- Ils aurait découvert que je m'énerve assez vite, quand on me fait mal.
- Ça suffit, Shun !"

Il sursauta quand Ikki haussa le ton. Il ne lui avait pas crié dessus depuis bien longtemps, et ça faisait toujours drôle quand ça arrivait. Urie posa une main sur l'épaule du phénix pour le calmer, et il le repoussa gentiment.

"Écoute... Tes intentions étaient nobles, tu as voulu défendre les filles, et je n'ai rien contre ça. Mais je préférais quand tu discutais avant de cogner, et pas l'inverse.
- Tu as essayé de discuter, ça n'a pas marché.
- J'avais de bonnes raisons d'essayer de négocier. Poison a autant de drogue dans le sang qu'il a de colorants sur la tête, il ne réfléchit pas avant d'agir. Il est complètement fou et tu sais ce que c'est, quelqu'un rendu fou, qui n'a rien à perdre, et qui est animé par la haine."

D'un regard appuyé, Ikki tenta de faire comprendre à son petit frère de qui il parlait.

"Alors pour ta sécurité et celle de l'équipe, ne refais plus jamais ça."

Shun soupira et baissa les yeux, avant de jeter un regard aux autres, qui attendaient près des voitures de connaître la suite du voyage. Il eut une pointe de culpabilité en s'imaginant qu'ils auraient pu tous se faire cribler de balles par sa faute.

"Pardon...
- Ça va pour cette fois, on n'en reparle plus. Tu voulais me demander quelque chose ?"

Il lui rendit un regard interrogatif, avant de subitement se souvenir de la raison de sa venue.

"Oui... Belle est en état de choc. Je la voit mal conduire dans ces conditions... Tu veux bien être notre chauffeur ?
- Pas de problème. Je conduis jusqu'à la prochaine escale."

Shun le remercia d'un sourire, avant de s'en retourner vers sa voiture. Il fut surpris, en arrivant à la hauteur de Belle, de constater qu'elle s'était endormie, assommée par les émotions de la journée. Elle serrait sa veste dans ses bras, telle une couverture pour se protéger du monde extérieur. Il eut un sourire attendri, à cette vision, puis se dirigea vers le coffre pour récupérer une couverture qu'il mit sur elle, avant de l'embrasser délicatement, pour ne pas la réveiller, caressant sa joue du bout des doigts, loin de sentir dans son dos le regard envieux d'une personne délaissée par ce genre de tendresses.

...

Belle dormait profondément sur le siège arrière, enveloppée dans sa couverture bleue. Shun ne pouvait s'empêcher de lui jeter quelques regards inquiets, craignant qu'elle ne s'agite à cause d'un cauchemar.

"T'en fais pas, c'est une coriace, ta copine. sourit Ikki. Elle s'en remettra vite.
- J'espère bien. La journée a été mouvementée, pour elle.
- Mais oui, ça ira."

Shun soupira et se remit correctement sur son siège, s'accoudant à la vitre. Depuis l'embuscade, sa tête était pleine de questions, dont il ne doutait pas que son frère avait les réponses.

"Tu vas me dire d'où tu connais Poison, finalement ?"

Ikki le regarda un petit instant, avec un sourire énigmatique.

"Toi, tu t'imagines que j'ai traîné un temps avec lui.
- J'ai jamais dit ça."

Le phénix émit un rire, amusé, avant de regarder brièvement son cadet, qui attendait une réponse les bras croisés.

"On l'a rencontré par hasard en route. Il avait fait un barrage avec ses véhicules et on était incapables de passer ou de faire demi-tour. En clair, il avait construit une impasse. Il nous a proposé de nous laisser partir si on lui laissait nos voitures, alors je lui ai proposé autre chose : si il me battait, dans un combat seul à seul et à mains nues il prenait toutes nos affaires. Si il perdait, on lui prenait une voiture de notre choix et on passait son barrage.
- Et il a perdu, devina Shun...
- Je lui ai fait mordre la poussière. J'ai choisi sa voiture et on est parti avec. Il était pas super content.
- Tu m'étonnes.
- Quant à sa drogue, bah, j'm'en suis débarrassé.
- Tu savais que c'était dans la voiture ?
- Ouais. admit Ikki sans un soupçon de remord. Je suis tombé dessus en voulant aménager le coffre."

Shun resta un instant immobile à regarder son frère, un peu étonné qu'il ait menti si promptement - avec la complicité d'Urie, pensa-t-il brièvement après. Il savait son aîné plein de vices, mais il l'ignorait aussi bon menteur.

"Il y en avait des sachets pleins dans un double fond du coffre. Ça ressemblait à une sorte de sel brun grisâtre. Ça sent rien mais ça a un goût amer.
- Tu... T'as goûté ce truc... ?
- Ouais, je me demandais pourquoi les Skulls aimaient tant ça.
- Mais..."

Sans savoir que dire de plus, Shun s'enfonça dans son siège, passant ses mains dans ses cheveux, perdu, doutant brièvement de la santé mentale de son frère.

"Ça va, j'ai à peine goûté une pincée, j'ai quasi rien senti.
- Rien senti... ?
- Enfin... J'ai d'abord senti comme si je m'étais pris un grand coup sûr la tête. C'est après que tu planes.
- Je veux pas en savoir plus.
- C'était plein de couleurs, comme des petits cosmos qui se promènent.
- Ikki, stop !"

Sur le siège arrière, feignant dormir sous sa couverture, serrant la veste de son petit-ami dans les main, Belle sourit doucement, attentive aux élucubrations douteuses de son beau-frère.


Alors ? Les Skulls vous plaisent ? Saurez-vous deviner qui m'a inspiré pour Poison et ses "chiens" ? Et vous ? Si vous aviez trouvé sa drogue, vous y auriez goûté ?

On se retrouve... très prochainement, j'espère, pour la suite de If The Dead Rise !