Poudlard était magnifique, éclairé par l'aube naissante. Je respirais l'air à pleins poumons, m'imprégnant de la magie du lieu. La Forêt Interdite se détachait nettement du paysage et un bref instant, je regrettai de ne jamais y avoir mis les pieds.
Puis je m'esclaffai. Entrer dans la Forêt Interdite! Mais pourquoi faire? La pré-nostalgie de mon départ me faisait perdre la tête.
Perchée en haut de la tour d'astronomie, accoudée à la meurtrière, je surveillais le parc, et particulièrement quelques silhouettes bien connues: celles d'un cerf, d'un chien, et d'un homme. Je n'avais pas le regard assez affûté pour discerner Queudver dans la semi-obscurité qui régnait.
Alors que le premier rayon de soleil venait caresser ma joue, je vis le Saule Cogneur, toujours agité, s'immobiliser brusquement. D'entre ses racines surgirent alors les Maraudeurs. Le cerf et le chien distancèrent rapidement Lunard, plus faible, qui avançait à pas lents. Je dus me raisonner pour ne pas descendre les escaliers quatre à quatre: Mrs Pomfresh devait sans aucun doute l'attendre dans le Hall. Patmol et Cornedrue avaient disparu, et je savais qu'ils attendraient que Remus entre dans le château avant de s'y risquer, sous leur forme humaine.
Un rayon de soleil traversa la Forêt, éclairant subitement le parc de mille nuances de doré. Remus disparut de mon champ de vision et je commençai à descendre les escaliers à pas mesurés. Le temps d'arriver dans le Hall, Mrs Pomfresh et Remus n'étaient plus là, mais Sirius, Peter et James franchirent les portes. Ils avaient tous trois l'air fatigué, mais content.
- Sawyer, toujours dans nos pattes, soupira James d'un air faussement exaspéré.
- Plus pour très longtemps, grimaçai-je. Comment va-t-il?
- On s'est bien marrés. Cornedrue et Lunard ont fait la course dans toute la Forêt Interdite, m'informa Sirius. Lunard a perdu, il était furieux et a détruit un arbre. Il sera sans doute un peu blessé aux mains...
Je levai les yeux au ciel. Un cerf qui bat un loup-garou à la course. Il valait mieux entendre ça plutôt que d'être sourd... Peter bailla à s'en décrocher la mâchoire et je les saluai de la main tandis qu'ils s'éloignaient en direction de la Tour de Gryffondor.
Discrètement, je me glissai jusqu'à l'infirmerie. J'entrouvris la porte avec précaution, et pus entendre:
- Reposez-vous, monsieur Lupin.
Le bruit des pas de l'infirmière s'éloignèrent, et je parvins à me faxer entre les deux portes battantes. Remus se redressa sur son lit blanc et me sourit, malgré ses traits tirés et ses cernes.
- Vous enfreignez les règles, miss Sawyer.
- Il faut croire que vous dégoulinez tellement de rouge et or que ça me contamine, répondis-je avec une grimace.
Je parvins jusqu'à lui en rasant le sol afin que Mrs Pomfresh ne puisse me voir de son bureau, et m'allongeai contre Remus, qui me prit dans ses bras. La douceur de sa peau enflamma mes sens, et nous échangeâmes un chaste baiser. Ses mains, que je devinais griffées et sanglantes, étaient entourées de pansements. Nous nous serrâmes l'un contre l'autre, et nous nous endormîmes avec le soleil qui se levait, profitant de nos derniers instants.
Ce fut les pas précipités de Mrs Pomfresh qui nous réveillèrent.
- Monsieur Lupin, il faut que... oh, par Merlin, miss Sawyer!
Nous sursautâmes. Les yeux encore collés par le sommeil, le soleil inondant l'infirmerie, je grognai.
- Pardon Mrs Pomfresh, je...
- Gardez vos excuses, Sawyer, dit-elle d'un ton sec.
J'écarquillai les yeux, surprise par son intonation. Ce n'était pas la première fois qu'elle me trouvait avec Remus, et, même si elle n'appréciait pas, elle n'avait jamais été si désagréable. Lorsque je parvins enfin à dissiper le brouillard du sommeil, je pus alors voir qu'elle semblait paniquée.
- Que se passe-t-il, Mrs Pomfresh? s'inquiéta Remus aussitôt.
Elle garda le silence un bref instant, nous observant. Comme si elle voulait nous épargner la réalité. Puis elle finit par souffler:
- Les mangemorts... ils sont là.
Remus et moi échangeâmes un regard. Nos yeux se heurtèrent, et n'avaient pas le même discours. Nous nous battîmes silencieusement. Puis je finis par baisser les miens en grognant et je repoussai les draps, alors qu'il sautait sur ses pieds, attrapant sa baguette magique, et me jetant la mienne.
- Saleté de Gryffondor, grognai-je.
Je lui emboîtai néanmoins le pas alors qu'il se ruait hors de l'infirmerie. Nous étions à peine sortis que les trois autres Maraudeurs s'arrêtaient dans une glissade juste devant nous. Essoufflé, James ahana:
- Ils sont à Pré-au-Lard! Dumbledore n'est pas là. La Marque des Ténèbres!
Nous nous ruâmes tous les cinq hors du château. De multiples têtes d'élèves, de professeurs, et même de fantômes surgissaient des meurtrières, toutes fixant le même point au loin, au dessus du village sorcier.
Dans le ciel couvert de nuages sombres s'élevait une énorme tête de mort; de sa bouche s'échappait un serpent terrifiant s'enroulant autour du crâne aux orbites vides. Une terreur incommensurable me saisit alors aux tripes, une terreur comme je n'en avais encore jamais connue. Mes entrailles se contorsionnèrent, et de la bile remonta le long de ma gorge. Peter, près de moi, tremblait également comme une feuille, ses petits yeux noirs fixés sur la Marque des Ténèbres. James, Sirius et Lupin semblaient contenir mieux leurs émotions, mais nous tous ne pouvions détacher notre regard de ce signe haut dans le ciel.
- Par les boules luisantes de Merlin, chuchota Black, effaré. Regardez!
Il pointa le doigt vers le portail de Poudlard. Dix silhouettes encapuchonnées, baguettes pointées sur les portes fermées, jetaient des sorts en continu pour briser les protections.
Les professeurs surgirent derrière nous. McGonagall nous avisa et nous lança d'un ton sec:
- Vous rentrez tous immédiatement dans vos dortoirs respectifs!
- Hors de question, répliqua James en sortant sa propre baguette.
- Potter, c'est un ordre!
- Qu'allez-vous faire, nous retirer des points? répliqua le Gryffondor, arrogant.
Le professeur McGonagall souffla, et ses narines frémirent tandis que ses yeux jetaient des éclairs à travers ses lunettes. Elle se détourna de nous et hurla un sort, baguette pointée vers le portail. Sirius et James se lancèrent à la suite des professeurs. J'attrapai le bras de Remus avant qu'il ne s'élance à son tour, et il se tourna vers moi.
- Millie, je dois aller les aider.
- Je sais, Rem. Je...
Il me coupa en m'embrassant. Ses bras me serrèrent contre lui. Puis il se détacha.
- Restez dans le château, dit-il.
Et Remus se détourna pour courir après Potter et Black. "Restez dans le château"? Pardon? Il me rangeait avec ce lâche de Pettigrow? Ce dernier me jeta un regard. Nous nous fixâmes un bref instant.
- Fierté mal placée? dis-je avec un demi-sourire, lui-même très mal placé.
Peter fut saisi d'un violent tremblement, puis acquiesça furtivement en plongeant la main dans sa robe de sorcier pour en tirer sa baguette. Je fis de même, et nous nous élançâmes.
Alors que nous nous approchions en courant, nous pûmes remarquer que le village flambait. La Poste sorcière étaient en proie à de terribles flammes de couleur verte, et je vis alors une scène qui me tétanisa et me stoppa net dans ma course, laissant Queudver me distancer.
Une femme, le visage arraché, les entrailles se déversant au sol, marchait en direction du portail. Elle marchait, ignorant sa propre mort.
- Inferius, chuchotai-je, frappée d'horreur.
Je me mis à trembler, ma main serrant plus fort ma baguette magique. Quel sort était valable contre quelqu'un qui était mort? Comment cette femme pouvait-elle encore marcher, quelle magie noire était à l'œuvre?
Le feu, me rappelai-je alors. Les inferi craignaient le feu. Alors que je levai ma baguette, tremblante, une nouvelle vision s'imposa à moi et je m'immobilisai à nouveau, la terreur se déversant dans tout mon corps.
Quelqu'un s'avançait vers le portail du parc de Poudlard. Une grande silhouette encapuchonnée, qui brandissait une baguette magique incroyablement longue. La main qui brandissait cette baguette avait la peau blafarde, et de longs doigts, comme des pattes d'araignées resserrées sur ce bout de bois, qui, je le savais, contenait une plume de phénix. La deuxième main de la silhouette fit s'abattre la capuche, et je reculai d'un pas malgré moi. Sans l'avoir jamais vu, je reconnus ce crâne chauve et pâle, cette bouche étirée en une fine ligne dure et sans pitié, surmontée par deux fentes tenant lieu de nez. Mais le pire, c'étaient ses yeux, écarlates, rougeoyants de haine.
Voldemort s'avançait vers Poudlard, et semblait déterminé à passer les portails.
Soudain, une main se posa sur mon bras et je ne pus retenir un hurlement en me dégageant. La poigne se fit plus forte, et m'attira; j'eus alors face à moi le visage d'Enila Dragœuf.
- Pas toi, Sawyer, lança-t-elle en m'attirant vers le château.
Je tentai de me dégager.
- Mais lâchez-moi, voyons! Je dois aller les aider, je dois...
- Non, me coupa-t-elle brutalement. Toi, ce que tu dois faire, c'est rentrer chez toi. Maintenant.
Je parvins à m'arracher à sa prise.
- Vous êtes folle! criai-je. Je ne vais pas laisser mes amis se battre sans moi, je...
- Si, tu vas le faire! Tu vas rentrer chez toi, TOUT DE SUITE! Tu sais très bien la suite de cette histoire. Ils ne rentrent pas dans le château, Millie, nous les repoussons, et aucune personne que tu connais ne meurs aujourd'hui. Sauf toi, si tu t'y rends.
Sa voix aux inflexions prophétiques me glaça sur place.
- Mais il y aura d'autres morts, tentai-je de protester, des gens que nous pouvons essayer de sauver!
- Nous, oui. Mais pas toi. Plus vite tu m'écoutes et tu rentres chez toi, plus vite je peux sortir aider les défenseurs de Poudlard.
Figée sur place, je gardai le regard fixé sur Dragœuf. Ses yeux bleus-gris me transperçaient. Je crus y discerner une supplique. Je me retournai vers le portail, et discernai au loin la silhouette de Remus, baguette brandie, qui criait des sorts de protection aux côtés du professeur Flitwick. Ils faisaient face au plus grand mage noir de tous les temps. Mon cœur se serra violemment.
- Millie.
Je ravalai mes larmes et acquiesçai avant de m'élancer à sa suite. Tout mon être me hurlait que je courais dans la mauvaise direction. Un sanglot finit par m'échapper, et Dragœuf attrapa ma main en la serrant fort, bien plus fort que ne devrait une personne que je connaissais si mal, mais ce soutien me fit du bien.
A l'intérieur du château, les élèves couraient en tout sens. J'en vis quelques-uns profiter de l'ouverture de la porte pour sortir se précipiter vers le portail, mais beaucoup se cachaient. Slughorn tentait par tous les moyens de rapatrier ceux qui restaient dans la Grande Salle, mais son autorité semblait avoir disparu avec l'arrivée de Voldemort. Enila tira plus fort sur ma main, et je la suivis, hébétée, terrifiée, sonnée.
Elle m'emmena jusqu'au septième étage. Mon énorme valise m'attendait là, et je sentis le glas de mon départ s'abattre sur mes épaules. Les larmes dégoulinaient enfin sur mes joues, de la morve me coulait du nez jusque sur ma bouche, et je m'essuyai avec ma manche, étalant les mucosités sur mes joues. Dragœuf se tourna vers moi.
- Tu sais quoi faire.
Je fus saisie d'un violent tremblement.
- Qui êtes-vous? soufflai-je.
- Une amie. C'est tout ce que tu as besoin de savoir, Sawyer. Rentre là-dedans.
Elle posa sa main sur mon épaule et la pressa, avant de repartir par là d'où elle était venue. Quant à moi, je restai plantée devant le mur vierge du septième étage, le cœur en miettes, tiraillée. Elle ne me surveillait plus, et je pouvais désormais m'élancer à sa suite et partir combattre les mangemorts. Ou je pouvais suivre ses ordres et rentrer chez moi par cette invisible porte magique, qui me transporterait dans un monde fade, sans saveur, auquel je n'étais plus si sûre d'appartenir. Et je laissais ceux que j'aimais se battre à l'extérieur, se battre contre Voldemort en personne. Mais où était Dumbledore?
Au moment même où je me posais la question, il y eut un grand fracas, dehors, et je me précipitai à la meurtrière la plus proche.
Albus Dumbledore venait d'apparaître, du côté de Pré-au-Lard. Il y eut des hourras de la part de nos défenseurs, qui devinrent aussitôt plus virulents. Je vis plusieurs élèves, galvanisés par la présence de leur Directeur, sortir à leur tour du château pour aider. Sans réfléchir, je commençai à descendre les marches. Arrivée en bas, je me heurtai alors à un mur invisible.
Rien ne m'empêchait de passer, mais pourtant, c'était comme si une barrière de verre se tenait entre moi et le reste du château. Je courus en haut et tentai de passer par la droite, mais je me pris si violemment la barrière que mon nez se mit à saigner. Je n'avais même plus accès à la meurtrière et ne pouvais plus voir ce qu'il se passait à l'extérieur.
- NON! hurlai-je, désespérée.
Je frappai la barrière de mes faibles poings. Mais je dus me rendre à l'évidence: le Temps ne me laisserait pas retourner ailleurs que chez moi. Je poussai un cri violent, me jetant contre ce sortilège qui dirigeait ma vie, mais rien ne fut efficace. A vrai dire, je ne tentai même pas de jeter un sort; j'avais peur qu'il rebondisse et ne m'atteigne.
Lorsque j'eus épuisé toutes mes larmes, la gorge rauque d'avoir tant crié, de la morve me dégoulinant dans le cou, je finis par m'effondrer sur ma valise, et la frappai du plus fort que je pus. Je m'entaillai la peau contre les boucles de cuivre, et collai mon front à l'écusson de Poudlard, frappé sur le cuir de ce cadeau de Dumbledore.
Je ne sais pas combien de temps je restai ainsi, calmant ma respiration. Mais je finis par lever les yeux.
Une porte en bois vieilli était apparue juste devant moi. Je déglutis, et me relevai lentement. J'attrapai la poignée de ma valise et me redressai. Pris une grande inspiration. Je sortis un parchemin, une plume et un encrier, et j'écrivis rapidement quelques mots, avant de tapoter le parchemin de ma baguette. Il se plia de lui-même et s'envola; je le suivis des yeux quelques secondes avant de me retourner vers mon destin.
J'ouvris la porte et entrai. Elle se referma dans un claquement sec derrière moi et disparut aussitôt. Je retrouvai alors la sérénité de la première pièce de Poudlard que j'avais connu. Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban était toujours en place sur le petit meuble en bois près du gros fauteuil dans lequel je m'étais réveillée. Mon MP3 était caché dans les replis de cuir, et je le caressai du bout des doigts. Je rangeai mes affaires dans ma valise.
Et maintenant? Que devais-je faire, dans ce petit bureau sans fenêtre, aux cadres vides? Prise de colère, je pensai un bref instant à tout détruire dans cet endroit cosy. Je serrai les poings. Mais la violence ne résoudrait rien, et je ne pouvais qu'attendre.
Par curiosité, j'ouvris l'armoire qui prenait presque tout l'espace dans la pièce. Un parchemin gisait au fond et je l'attrapai. Surprise, je reconnus ma propre écriture.
"Salut, Millie! Ou salut, moi. C'est assez bizarre de s'écrire à soi-même, à une version plus jeune, qui plus est!
Oui, tu l'auras deviné (je ne doute pas de ton intelligence), je suis Millie Sawyer, âgée de dix-huit ans.
Je t'écris afin que tu puisses préparer tes affaires pour le jour où nous reviendrons ici. Il est très important de ne pas oublier ta baguette. La magie fonctionnant très mal dans notre monde, il n'est même pas nécessaire que tu prennes le risque de l'emmener avec toi; laisse donc ta valise ici, dans cette Armoire, qui est à l'abri du Temps.
Ne saute pas de joie à l'idée de revenir. Cela ne sera pas une partie de plaisir. Si les Temps que nous avons vécus ici étaient les plus secrets qu'ils soient, prépare toi à vivre les plus inquiétants très bientôt.
Tu te doutes bien que je ne peux rien détailler. Je sais d'ailleurs que cette lettre n'est pas d'un grand secours, mais bon, puisque je l'ai lue, il fallait que je l'écrive.
Bon courage à toi, moi. Bon courage à nous. Sois forte.
Millie."
Interdite, je fixai le parchemin avec hargne. Mais quelle nouille étais-je, m'enfin, pour écrire ce tas d'âneries? En effet, ce courrier ne m'aidait en rien du tout. Rageuse, je le déchirai en petits morceaux.
Une Armoire à l'abri du Temps? Ça, c'était très intéressant, ceci dit. Avec déférence, j'en caressai les portes battantes. En effet, elle paraissait neuve et vieille en même temps. Traversait-elle les âges depuis la création de Poudlard? Qui l'avait fabriquée, quel magicien extraordinaire avait pu inventer cette Armoire? Et dans quel but?
Encore plus de secrets que je pouvais ajouter à tous ceux que je n'avais pas résolus cette année.
Je suivis mes propres instructions, et rangeai ma valise dans ladite armoire, avant d'en refermer les portes avec un serrement de cœur. Elle sembla rayonner de l'intérieur pendant un bref instant avant de reprendre son apparence habituelle.
Légèrement sonnée, je m'assis dans le fauteuil de cuir, me prenant la tête entre les mains.
Je ne me rendis pas compte que je m'endormais.
Ni que je me réveillais. J'inspirai brutalement un air qui me semblait épais et lourd, et je me redressai dans mon lit comme un ressort. Une odeur de poussière me prit au nez, et je toussai violemment.
Mon lit. J'étais dans ma chambre. Les yeux larmoyants à cause de ma toux, je me levai et fis quelques pas dans la pièce.
Elle était poussiéreuse; je soufflai sur ma collection de livres et un nuage de saletés s'envola. Je toussai de plus belle, et la porte s'ouvrit soudain à la volée; je sursautai, et plongeai la main dans ma robe de sorcière. Mais ma baguette n'y était pas.
- M... Millie? chuchota une voix.
La lumière inonda la chambre, et je me retrouvai soudain face à ma mère. Amaigrie, le regard las, plus ridée que quand je l'avais quittée; mon cœur se serra et j'avançai jusqu'à elle pour la prendre dans mes bras.
- Salut, maman.
Elle se mit à sangloter et me serra avec une force insoupçonnée. Elle ne cessait de répéter mon nom. Elle caressa la cicatrice sur mon visage, la découvrant pour la première fois.
- Je suis tellement désolée, je...
- C'est à moi de m'excuser, me coupa-t-elle. J'aurai dû m'en douter, j'aurai dû te prévenir, j'aurai...
- Quoi?
Je m'écartais de ma mère. Elle se tordait les mains. Je la fis s'asseoir sur mon lit et je m'assis à ses côtés.
- De quoi tu parles?
Les larmes coulaient sur ses joues.
- Combien de fois ton père a disparu... pendant des mois, sans me prévenir, murmura-t-elle, le regard dans le vague. Combien de fois aussi a-t-il réapparu brutalement, semblant avoir vécu des mois, parfois des années ailleurs. Lorsque tu es née, il était terrifié qu'il puisse t'arriver la même chose qu'à lui.
- Papa... papa voyageait dans le temps? soufflai-je, choquée. Et tu étais au courant?
- Bien sûr. Il m'a toujours tout dit. De plus il pouvait faire... des choses, que les êtres humains normaux ne peuvent pas, qui sont impossibles. L'eau bouillait instantanément lorsque c'est lui qui s'occupait du thé, il retrouvait toujours les objets...
Je tombais des nues. Ainsi donc, mon père était lui aussi une victime du Temps.
- Quand... quand tu as disparu, j'ai dit à tout le monde que tu avais finalement choisi d'aller en pension. Je savais, je savais que tu reviendrais, ma fille!
Elle me serra dans ses bras, mais je ne lui rendis pas son étreinte, encore sous le choc de cette nouvelle.
- Combien de temps ai-je disparu?
- Cela fait six mois aujourd'hui, me répondit-elle. Combien de temps es-tu partie?
- Presque dix mois, dis-je dans un souffle.
Je passai le doigts sur la cicatrice qui me barrait le visage. Cette nouvelle amenait tant de questions.
- N'a-t-il rien laissé pour moi? demandai-je brusquement, légèrement en colère. Il s'inquiétait que je subisse le même sort que lui, et il n'a laissés aucune instruction?
- J'ai... il avait prévu de le faire. Il n'a... pas eu le temps...
J'éclatai de rire nerveusement. Pas eu le temps? Quelle ironie. Je me levai du lit et fis les cent pas dans la chambre.
- Qu'est-ce qu'on va dire? Que l'internat, ça ne m'a pas plu?
- On dira ce que tu veux, ma chérie.
Je grimaçai. Ma vie ici allait être tissée de mensonges, désormais. Merci l'héritage de feu mon père. Son image de papa parfait venait de voler en morceaux.
J'ouvris les volets, et laissai la pièce s'inonder de la lumière du soleil froid de février. Alors que je me rappelais, quelques heures plus tôt, être caressée par les rayons chaud d'un soleil de juin... mon cœur se serra à nouveau.
J'étais à l'aube d'une nouvelle grande aventure. Reprendre ma vie normale.
- Je vais avoir besoin d'aide, chuchotai-je.
- Je t'apporterai toute celle que je pourrais, me répondit affectueusement ma mère en pressant mes doigts.
Je lui souris.
- Commençons par dîner.
- Je retrouve bien là ma fille!
Nous éclatâmes de rire, et sortîmes de la chambre, avant que je réalise que je portais toujours ma robe de sorcière. Je laissai ma mère partir devant et l'ôtai. L'écusson de Serpentard y était toujours fixé. Le serpent s'y tortillait toujours, même si plus faiblement, et je le caressai du bout des doigts.
J'aurai au moins un souvenir de mon périple à chérir.
Je le posai devant la collection de mes Harry Potter, dont il manquait le tome trois, laissé, lui, dans la valise, à l'abri de l'Armoire du Temps. Le serpent se lova, satisfait, et s'endormit.
Soupirant, je sortis, prête à affronter ce que j'appelais avant le monde réel.
FIN
Merci à tous de m'avoir lue, suivie, conseillée, tout au long de cette fiction. Il restera un petit épilogue, pour ceux qui souhaitent retourner à Poudlard, sans Millie! Cœur sur vous les amis, merci de m'avoir lue!)
