Salut ! J'ai eu envie de replonger dans VMV, surtout car bon, j'avoue, j'avais un peu oublié cette fic' et comme je bloque sur un OS de Genshin, voili voilou. Ce n'est clairement pas le chapitre de l'année et certainement de ceux que j'aime le moins mais il me fallait un chapitre crash-test pour me remettre dans le bain car après tout ce temps... Se souvenir des portes barricadées et des morts, des morts que vous connaissez, de ceux qui je connais, et de ceux qu'on ne connait pas encore... Du coup voila, je pense sérieusement m'y remettre plus régulièrement.


Contrairement à ces parties de jeux en ligne lors desquelles on s'énerve lorsque les co-équipiers ratent leurs coups et se font flinguer un à un pour nous laisser faire le taff seuls, je ne suis pas en colère. Au pire, compréhensive. N'importe qui ferait la même chose. Seulement, dans les jeux, la solitude n'est pas aussi glaciale et encore moins hostile. Mes patins sont faits de peur et l'obscurité est la seule couche de givre sur laquelle je ne peux que glisser. Sans m'arrêter. Jusqu'à foncer dans un mur.

Jour 2 – 21:51 – Tic tac…

Réfléchir n'est pas vraiment un luxe que je peux me permettre mais toute décision pourrait m'être fatale dans ce dédale sinistre. Si je ne me reprends pas, je risque de m'enfoncer dans le cœur de ces enfers voilés et ne jamais en sortir. Je dois comprendre où je suis mais me retrouve incapable de me souvenirs de mes derniers pas. Qu'ai-je fait après l'avoir quitté des yeux ? J'ai paniqué, mais ce détail ne me sera d'aucune utilité ici. Je crois que… Que je suis revenue sur mes pas, ce qui n'est guère une bonne nouvelle puisque les morts ont du nous suivre. Les morts… Haha, même moi je les nomme ainsi désormais. Qu'y avait-il, avant ? En dehors de la brume… Ha, l'étang. Seconde mauvaise nouvelle puisque je n'ai guère l'intention d'aller piquer une tête parmi les macchabés ventripotents gonflés de flotte.

Je rase les murs dans ce qui s'apparente à de la fuite mais quel autre choix ai-je ? L'écho de mes talons résonnent contre les pavés de pierres mais je les entends déjà accompagnés des clapotis de l'eau. Sous ces rideaux lugubres, se repérer est comme tenter d'enseigner les fractions à un groupe de poulets mais lorsque je rencontre des marches, j'ai le réflexe de les grimper quatre à quatre jusqu'à me glisser sous de vieux échafauds. Réfléchir est encore plus inutile que de voir des gallinacés compter leurs graines alors je grimpe directement à la vieille échelle de bois abandonnée ici pour rejoindre la première plateforme en espérant qu'elle ne craque pas sous mon poids puisque le bois semble imprégné de moisissures. Tout est pourri ici, mais c'est bien la première fois que je me permets de souffler. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine et inspirer est encore plus douloureux que lorsque l'air s'échappe de mes poumons fatigués. Je fouille dans ma poche arrière et attrape l'un des tubes de cires avant d'en faire autant dans la gauche. Ce n'est que quand je cherche mon briquet que je me souviens avoir encore mes cloppes. Mon père m'a plus d'une fois dit que fumer causerait un jour ma mort, putain, s'il pouvait se rendre compte de l'absurdité de ses paroles maintenant.

J'ai l'impression de respirer pour la toute première fois lorsque je tire la première latte du tube de huit posé entre mes lèvres. Je m'étouffe presque au passage : ça fait deux jours que je n'en ai pas allumé une, enfin je crois. Même la brume est plus opaque que la fumée qui s'enfuit de ma gorge. Alors, c'est la fin ? C'est comme ça que je vais crever ? Les poumons noircis et les fesses posés sur du bois pourri ? Quelle tragédie. Ca fait combien de fois que je me pose la question depuis qu'on est là ? Mon paquet sera bientôt vide, et j'imagine que le bureau de tabac le plus proche se situe quelque part entre dix infectés et trois cadavres. Je me demande alors si c'est comme ça partout ou bien, localisé ici. Je crois que c'est la première fois que je me permets de penser à ailleurs et à mes proches. Si l'apocalypse s'est réellement produite, comment s'en sortent les autres ? Mon père est-il seulement en vie ? Je sais ce qu'il me dirait. Penser à moi et ne pas m'inquiéter pour lui.

J'ai l'impression que de l'humidité s'écoule lentement contre les pierres du vieux mur contre lequel je suis adossée, un genou relevé et mon autre jambe étendue, savourant ma clope se consumant lentement. Ces quelques secondes semblent perdues, décrochées même du cours du temps. Pendant un instant, tout me parait normal. D'un geste nonchalant je sors l'une de ces bougies que j'allume. La lumière me crame presque la rétine tant cela fait longtemps que je n'en avais pas vu et puis… Je lâche le tube qui fend l'air dans la brume pour s'écraser au sol dans un crépitement aussi subtile que l'horrible vision qui me vrille. Combien sont-ils, en bas ? Combien arrivent ? Il y a tant de formes que je n'ai même pas envie de compter. C'est le désespoir que je tutoie, la mort que j'entends murmurer. Alors d'un geste aussi désespérer que le sont mes pensées, je détends ma jambe et pousse sur l'échelle que je fais tomber. Au moins, ils ne pourront pas grimper.

Deux heures. Le temps est écoulé.

Je crois avoir fermé les yeux un instant et ma cigarette s'est éteinte entre mes doigts après quelques bouffées. Je suis incapable de dire pendant combien de temps je me suis assoupie. Quelques minutes ou bien une heure ? J'espère que les autres ne viendront pas me chercher. Si mon courage n'est plus là ce n'est certainement pas le cas de tous les monstres en bas. J'ignore si c'est seulement une impression mais je ne pense pas me tromper à affirmer qu'ils sont un peu plus nombreux et je ne vois vraiment plus comment m'en sortir. Au moins… Je me réconforte avec la pensée qu'elle a pu s'en sortir.

Il ne me reste que quelques clopes et encore moins de bougies mais si éclairer les ténèbres est telle une horrible agonie alors autant fuir la lumière. Mes yeux ne quittent pas la chute de la seconde bougie qui disparait au cœur des borborygmes sinistres ni sa faible lueur qui s'éteint peu à peu lorsque les silhouette curieuses la recouvre. J'imagine que ça ne sent pas assez la chair humaine puisque les billes de lait caillés, têtes levées, me scrutent à nouveau. J'ai l'impression qu'ils attendent. Qu'ils attendent que j'abandonne, que je me laisse aller. Qu'ils attendent que je me jette entre leurs gueulent devant leurs yeux vitreux. La plateforme supérieure ne me permettrait pas de rejoindre les toits et le sol semble trop proche de mes pieds. Piégée entre ciel et terre, pour moi, il n'y a plus aucune lumière. Leurs regards étrangement morts mais qui pourtant semblent tout voir ne me quittent plus. Ce détail de côté, la vie a surement aussi quitté le mien. Alors… J'en rallume une.

Si l'on était dans un magasin style « maison du monde » ou autre boutiques que je déteste, je serais probablement quelque part entre carpette et tapis. Ma tête repose sur mes bras, ventre contre les planches de bois. Qu'imaginais-je ? Que s'ils ne me voyaient pas, alors ils s'en iraient ? Un ou deux sont peut-être partis mais trois ou quatre seraient donc arrivés puisque le nombre de ces choses ne décroit pas. Je me demande ce que cet enfer a bien pu faire de moi, il semble en tout cas m'avoir privé de ma sensibilité si ce n'est de mon humanité toute entière. En tant normal, je suis certaine que des perles de larmes auraient creusés des sillons entre les traces de sang habillant mon visage qui pourtant reste sec. Mes deux paumes sont abimées mais mes yeux s'évadent sur celle qu'Edelgard n'a pas enveloppée et je me rappelle de la coupure que le verre des lunettes à causé lorsque nous sommes arrivés. Si mes canaux lacrymaux sont bouchés, ce n'est pas le cas de mon œsophage dans lequel je sens la bile remonter.

Ces formes et ces visages déformés qui me sont pour la plupart inconnus semblent s'effacer un à un, bientôt je n'en vois même plus qu'un. Je me demande ce qu'il s'est bien passé pour que les orbes noisette soient maintenant grisés.

Alors je me contente de soupirer.

Ce qui est certain, c'est que je ne l'entendrai plus jamais demandé de peindre mon portrait. J'ai pendant une seconde envie de croire que même s'il s'avance comme si de rien était, d'une démarche dégingandée, parmi ces êtres déformés, décharnés, il arrive encore à penser. J'ai envie de croire, de croire qu'il n'est pas devenu comme eux, mais une part de moi est certaine que si je descendais… Il me boufferait. J'espère juste me tromper et me dire que ce n'est pas lui, seulement une mauvaise copie. Une toile non terminée, abandonnée, qui lui ressemblerait. Le sentiment d'impuissance qui m'accompagne depuis que je suis ici ne cesse de croitre au fur et à mesure que l'espoir s'amoindrit. Pourquoi nous battre ?

Mon corps adopte une position révélant ma fébrilité et mon dos trouve le chemin du mur tout comme mes genoux celui de mon ventre avant de me recroquevillée sur moi. Si ma première pensée va à Ignatz, la seconde rejoint Linhardt. S'il s'est fait mordre – et il s'est bien fait mordre – alors lui aussi a certainement rejoint les autres. Reste-il seulement quelqu'un à sauver ?

—Putain, c'est pas vrai…

Mes mâchoires s'endolorissent et cet endroit me rend plus vulgaire qu'à l'accoutumée. Je suis faite comme un rat piégée sur cette plateforme dont je sens le bois chanter de temps à autre, lorsqu'une ou plusieurs de ses choses vient s'y cogner. Je pensais être à l'abri mais s'ils continuent de s'agglomérer je ne ferai pas long feu et tout finira par s'écrouler. Et moi avec. Lorsque je relève les yeux, je ne vois rien dans ce ciel peinturluré de gris qui ne me donne envie de bouger. L'instinct de survie ? C'est des foutaises, même si mon cœur accélère quand je vois un faisceau de lumière. Un…

Quoi ?!

Mon corps se redresse et me voila sur mes jambes avant même de l'avoir commandé. J'ignore si mon imagination me joue des tours puisque la lumière fut, mais désormais n'est plus. Peut-être ai-je rêvé, puisque lorsque je regarde en bas les choses sont toujours là. Allez, Byleth, resaisis-toi ! Puis me voilà à me claquer les joues plusieurs fois.

Les marionnettes de ce théâtre des ombres se tournent à demi lorsqu'un fracas lourd se fait entendre. J'espère que ce ne sont pas les poutres qui s'effondrent, de toute manière ça avait l'air de venir de plus loin. J'ignore ce qu'il se passe mais les macchabés font un à un demi-tour. Tous ou presque, traînant bientôt leurs jambes boiteuses derrières eux pour ceux qui en possèdent encore et s'éloignant peu à peu. Il en reste deux sur la gauche, un vers le centre. En prenant appui sur les poutres de l'échafaudage, j'ai peut-être le temps de descendre les quatre mètres qui me séparent du sol. De toute manière, c'est maintenant ou jamais, et c'est vraiment pas le moment de me péter une cheville si ce n'est les deux. Et quand il faut y aller…

Il faut y aller.

Les muscles de mes mains se tétanisent et mes plaies se rouvrent quand je me suspends à la première afin de poser les bottes sur celle du dessous. Moins d'une seconde après je me retrouve au sol en un seul morceau. Guère pour longtemps cependant puisque l'écho de mes talons vient d'attirer l'attention. Je ne dois pas penser aux morts, je dois penser aux vivants. A Ingrid, à Dorothea, Lysithea, attendant mon retour. A Felix et Sylvain qui se battent envers et contre tout malgré les pertes. Je dois penser à Seteth qui ne désespère pas de retrouver sa fille. Si je ne peux respirer pour moi, je dois le faire pour eux. Alors j'inspire, j'inspire et me redresse. Je braque ces visages émaciés par la mort en me promettant qu'ils ne m'auront jamais. Et puis…

C'est l'une des têtes qui vole dans une parfaite courbe devant mon regard déconfit. Le sang qui gicle, puis un second qui fend le sol. De trois il n'en reste plus qu'un et la trajectoire de la tige de métal s'abattant sur le dernier d'un coup transversal est digne d'un swing de professionnel.

—On ne peut vraiment pas vous laisser seule plus de cinq minutes.

Cinq minutes ? J'en doute. Je ne sais combien de minutes se sont écoulées ni combien de secondes se sont égrainées…

…résonnent en échos disloqués.