Hello hello,

j'espère que tout va bien pour vous :)

Bonne lecture !


-*8*-

- Relevium -

Ginny n'était allée que deux fois dans l'Allée des Embrumes. À chaque fois, c'était pour accompagner Harry, quand il avait besoin de livres très spécifiques pour ses cours ou pour un devoir. Ce samedi matin-là, elle était seule. Pourtant, elle n'était pas nerveuse le moins du monde. Non. Elle était en colère.

Elle ouvrit la porte à la volée, ignorant le tintement de la clochette, et se précipita vers le comptoir. Deux autres femmes étaient dans la boutique. La première la regarda les sourcils froncés, visiblement peu ravie d'être interrompue dans sa conversation avec le vendeur. Elle sembla être sur le point de lui lancer une réflexion, mais le regard noir de la jeune fille l'en dissuada et elle sortit de la boutique. La deuxième cliente, postée devant des bocaux pleins de poudres, murmura un « Je repasserai plus tard » et la rejoignit dans la rue. Mais Ginny ne leur prêta pas attention.

Malfoy avait l'air un peu agacé par sa visite. Il se tenait droit, mâchoire serrée.

- Toi !

- Écoute, Weasley, je…

- Ah ne dis rien ! le coupa Ginny. Tu pars trois jours, trois jours, avec Harry et tu réussis à le perdre ?

Le potionniste rougit.

- Je n'ai rien à…

- Ça t'est pas venu à l'esprit qu'il était déjà une cible pour pas mal d'abrutis ? Tu sais te défendre, non ? Je sais que tu l'aimes pas mais j'espérais au moins que tu l'aides s'il se retrouvait en danger ! On n'est plus à l'école, merde !

- J'étais pas avec lui ce soir-là, se défendit Malfoy en levant les mains.

- Et t'étais où ? cria Ginny.

Là, Malfoy parut embêté.

- Hum… C'est délicat…

- Ah oui ? ironisa-t-elle en haussant un sourcil, les mains sur les hanches.

- Il était parti dîner avec notre correspondant. Et le soir, il est rentré seul et…

- Pourquoi t'étais pas avec eux ? T'as laissé Harry avec un inconnu, imbécile !

Il rougit encore plus.

- Lorenzo avait insisté pour qu'ils soient tous les deux…

- Ça ne t'a pas mis la puce à l'oreille ?

- C'était un date, Weasley ! lâcha le potionniste.

Ginny se tut brutalement. Est-ce qu'Harry avait ruiné leur couverture devant Malfoy ? Il ne pouvait pas être si égoïste !

En face d'elle, Malfoy regrettait amèrement son aveu.

- Potter pensait pas à te tromper, il n'avait pas compris, il croyait que c'était un dîner professionnel, mais honnêtement, Lorenzo a passé son séjour à le draguer.

En son for intérieur, il maudit Harry de l'avoir entraîné dans cette situation. Se retrouver mêlé à des affaires de couple était déjà désagréable, mais si en plus il s'agissait de Potter et de Weasley, ça devenait carrément dangereux.

- D'ailleurs, Lorenzo m'a raconté qu'il avait essayé de l'embrasser, mais que Potter l'a repoussé, donc tu vois, il t'est fidèle.

La rouquine se contenta de soupirer.

- Je suis à peine étonnée.

- Ah ? souleva-t-il en essayant de ne pas trop montrer sa curiosité.

- C'est pas la première fois qu'il se fait draguer et qu'il ne remarque rien. Il fait pas la différence avec la gentillesse.

Depuis que Draco avait avoué le date, c'était comme si toute la colère de Weasley s'était résorbée en elle, alors qu'elle avait rempli la pièce avec à son arrivée.

- J'ai cru qu'ils avaient passé la nuit ensemble, donc je ne me suis pas inquiété quand il n'est pas retourné à l'hôtel. C'est seulement quand j'ai parlé à Lorenzo le lendemain que j'ai compris.

- Hmm. Tu pouvais pas savoir, concéda la jeune femme.

Elle tapotait des doigts sur le comptoir, l'air pensif. Draco ne savait pas trop quoi ajouter.

- Je vais te laisser, dit-elle. Désolée de t'avoir crié dessus. Et désolée pour tes clientes.

- Elles reviendront.

Ginny lui adressa un petit sourire poli et s'en alla vers la porte. Draco hésita une seconde avant de ravaler sa fierté.

- Weasley ?

Elle avait déjà la main sur la poignée quand elle se retourna.

- Si tu as du nouveau, tu pourras me tenir au courant ?

La surprise se peignit sur son visage.

- Bien sûr ! sourit-elle.

La clochette tinta une nouvelle fois et elle disparut.


Il devait être trois heures du matin quand Harry sortit de la salle d'interrogatoire du Ministère. Il était absolument éreinté. Il s'appuya contre le mur, ferma les yeux et se laissa glisser jusqu'au sol avec un long soupir. Phillips sortit de la salle une seconde plus tard.

- Voulez-vous une dispense pour lundi ? Ou est-ce que ce dimanche vous suffira pour vous en remettre ?

Son référent qui lui proposait un jour de congé, c'était inhabituel.

- Je pense que ça devrait aller.

Il entendit le parquet craquer, et sentit que l'Auror hésitait.

- Je ne saurais que trop vous conseiller d'en parler avec une psychomage, Potter.

- Ne vous inquiétez pas pour ça, j'en ai déjà une.

Le jeune homme remarqua que son mentor ne partait pas et à contrecœur, finit par se relever.

- Je vais bien, vraiment.

Phillips avait l'air d'en douter, mais il abdiqua.

- Bonne nuit, Potter.

- Bonne nuit monsieur.

L'Auror n'eut le temps de s'éloigner que de quelques pas avant qu'Harry ne l'arrête.

- Monsieur, avez-vous prévenu Malfoy que j'étais rentré ?

- Non, je n'y ai pas pensé.

Harry eut l'impression que son cœur manqua un battement. Sûrement un camarade de classe avait eu vent de sa mésaventure et avait prévenu Draco ? Zabini, avec un peu de chance ? Mais il était arrivé au Ministère à 21 heures, bien après la fin des conférences du samedi. Ses camarades de promo ne savaient certainement rien de son retour. Donc Draco non plus.

Il avait retrouvé toute son énergie soudainement.

Cinq minutes plus tard, il était devant l'apothicairerie. L'Allée des Embrumes était vide à cette heure, mais Harry restait vigilant. Deux enlèvements en trois jours, ce serait vraiment ridicule. Maintenant qu'il était là, il ne savait pas trop quoi faire. Lancer des gravillons contre les volets était puéril et ça pouvait réveiller des protections magiques dont il se passerait bien.

Harry décida donc d'appuyer sur la sonnette de la boutique. Deux notes de carillon résonnèrent derrière la porte avant que le silence n'avale leurs échos. Le jeune homme attendit quelques minutes dans le froid, hésitant à appeler de nouveau. La rue était toujours déserte, à son grand soulagement, mais il était quand même nerveux. La dernière fois qu'il s'était retrouvé seul dehors, en pleine nuit, ça ne s'était pas bien terminé.

Enfin, du bruit se fit entendre dans la boutique : des pas qui se rapprochaient, des grommellements agacés, des verrous qu'on descelle et des sorts qu'on vérifie. Soudain, la porte s'ouvrit, faisant sursauter le jeune homme.

Draco portait une sorte de long kimono satiné par-dessus son pyjama. Une petite boule de lumière flottait à quelques centimètres de sa tête. Il tenait sa baguette pointée devant lui, au cas où il aurait fallu agir vite. Ses cheveux, habituellement tirés en arrière, lui tombaient devant les yeux. Harry sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici à 3 heures du matin ? soupira sèchement le potionniste.

- Je suis venu te dire que je suis revenu.

Le silence qui s'ensuivit souffla à Harry que cette visite n'avait peut-être pas été une bonne idée.

- Je vois ça.

C'était définitivement une mauvaise idée.

- Je vais te laisser, en fait, désolé, je n'ai pas…bafouilla le jeune homme. Je reviendrai demain.

Draco leva les yeux au ciel.

- Non, maintenant que t'es là, rentre.

Il se décala pour le laisser passer et referma les verrous derrière lui. Puis il le dépassa et ouvrit la porte derrière le comptoir, Harry sur ses talons. La porte donnait sur un laboratoire impeccablement rangé. Quelques potions reposaient sur la table principale, laissant leurs composants agir, des bulles éclatant paresseusement à la surface des chaudrons. Hormis cela, le plan de travail était net. Mais Draco n'y prêta pas attention et monta un escalier, jusqu'à ce qui devait être son appartement.

Ils arrivèrent dans une petite entrée qui donnait sur le salon. Draco alluma les lampes d'un coup de baguette et s'engouffra dans la cuisine. Harry le suivit, essayant de ne pas montrer sa curiosité. Le peu qu'il avait pu voir du salon lui avait donné envie d'en voir encore plus, alors que son hôte était déjà passablement agacé d'avoir été réveillé en pleine nuit. Il s'assit sagement sur un tabouret, pendant que Draco lançait la bouilloire. Celui-ci se retourna, s'appuya contre l'évier et croisa sa veste de kimono.

- Tu sais que Ginny m'a prévenu dès qu'elle a reçu ton hibou ?

- Oh.

Dire qu'il était surpris était un euphémisme.

- Tant mieux. J'ai eu peur que tu n'aies été oublié.

- Et que je passe la nuit à m'inquiéter pour toi sans pouvoir trouver le sommeil ? ironisa le potionniste.

Harry se sentit rougir.

- Non, c'est juste que ça me paraissait injuste. Ils t'ont pas accusé au moins ?

- Ils m'ont interrogé pour la forme, mais rien de bien méchant. Lorenzo m'a appuyé.

- Tant mieux, répéta Harry.

Draco ouvrit un placard et posa une boîte de thés sur la table.

- Tu bois du thé en sachet ?

- Il y en a de très bons, répondit-il avec un haussement d'épaules.

- Oui, bien sûr.

- Ginny est venue à la boutique hier.

- Pourquoi ?

- Oh je ne sais pas. Peut-être parce que j'étais l'une des dernières personnes à t'avoir vu vivant avant que tu ne disparaisses dans un pays étranger.

- Non, je veux dire, elle ne croyait quand même pas que tu étais impliqué ? se reprit Harry.

- Non, répondit Draco d'un ton beaucoup plus sérieux. Non, elle me reprochait de ne pas t'avoir protégé, figure toi.

- Elle n'a pas été trop agressive, au moins ?

- Elle a fait fuir deux clientes.

- Elle peut être très impressionnante quand elle est en colère, dit fièrement Harry.

- À propos, j'ai dû lui dire pour Lorenzo, avoua Draco. Mais ne t'en fait pas, je lui ai expliqué que tu ne l'avais pas trompée.

- Merci.

La bouilloire siffla, Draco servit le thé, le sucre et le lait et s'assit en face d'Harry. Le silence s'installa pendant quelques instants, avant que Draco ne pose la question fatidique.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

Harry soupira.

- Quand Lorenzo et moi sommes sortis du restaurant, on s'est retrouvés dans des petites ruelles piétonnes.

- Il m'a dit qu'il avait essayé de t'embrasser et que tu l'avais envoyé voler sur plusieurs mètres.

Harry devint écarlate.

- Oui, hum, il se trouve que tu avais raison à propos de lui. Bref, après ça, il m'a quitté, et j'ai préféré marcher pour plus de discrétion. Sauf que je n'arrivais plus à me repérer, alors j'ai senti qu'il se passait un truc bizarre, et j'ai voulu transplaner, mais je n'ai pas réussi. J'ai vu le glyphe d'ancrage et j'ai essayé de le détruire, mais je me suis fait attaquer. Ensuite, j'ai vu de la fumée autour de moi, et je me suis évanoui. Je pense que c'était de la potion de sommeil, ou une variante.

- On a retrouvé la capsule de potion le lendemain avec Lorenzo.

- Ah oui ? En tout cas, c'était très puissant. Je me suis réveillé en début d'après-midi je pense. J'étais dans une sorte d'entresol très protégé, je ne pouvais pas me servir de ma magie et on m'avait enlevé ma baguette. J'étais attaché à un anneau dans le mur. Je suis resté comme ça pendant des heures, c'était horrible, je crevais de soif et la position me faisait mal. Bref, finalement, le mec est venu en fin d'après-midi, vers cinq, six heures, je dirais. Je lui ai demandé ce que je foutais là et il m'a dit qu'il pouvait pas me laisser partir, que j'en savais trop, blablabla. Ensuite il m'a parlé de Lorenzo. Je comprenais rien. Ça n'avait aucun rapport avec mes meurtres. Il m'a dit qu'il en avait marre de le voir tourner autour de son groupe, qu'il s'était repenti, qu'il faisait rien de mal, ce genre de trucs. Le gars venait quand même de me kidnapper, mais bon. Finalement, j'ai compris qu'il faisait partie d'une sorte de secte, sur laquelle Lorenzo enquête depuis un bout de temps. Un des vendeurs de chez Padovesi les connaît, peut-être qu'il leur file des composants ou des potions. Bref, le vendeur leur a dit que j'étais avec Lorenzo et qu'on était repartis avec une liste. Il a cru que ça avait un lien avec sa secte bizarre et il a paniqué. Il voulait s'occuper de Lorenzo mais manque de bol, c'est tombé sur moi. Pour une fois que c'est pas personnel.

Harry se tut un instant, pensif. C'est vrai que d'ordinaire, les gens qui l'agressaient le faisaient pour venger Voldemort ou un proche envoyé à Azkaban. C'était rare qu'il ne soit qu'un dommage collatéral.

- Il m'a donné à manger et à boire et ensuite je lui ai dit que je devais absolument aller aux toilettes. Il m'a détaché, il m'a emmené en haut, mais comme il avait toujours sa baguette braquée sur moi j'ai rien tenté. Il m'a ramené en bas et m'a rattaché à l'anneau, puis il est reparti.

Il soupira.

- Tu as pas dû dormir, alors.

- Pas vraiment non. Mais j'avais déjà dormi quatorze ou quinze heures la veille, donc c'était pas trop le problème. Par contre c'était long, et très inconfortable. J'avais rien d'autre à faire qu'attendre et angoisser. Finalement, il est revenu le lendemain, en fin de matinée, je pense. Il est pas descendu tout de suite, je l'ai entendu à l'étage. Il a dû descendre après une heure. Donc là pareil, il m'a donné de l'eau et j'ai demandé à aller aux toilettes. Donc on est monté et juste avant d'atteindre le palier, je me suis retourné d'un coup et je l'ai poussé. Il n'a pas eu le temps de se défendre. J'ai couru dans le salon, d'abord j'ai essayé d'ouvrir la porte mais elle était verrouillée et je ne trouvais pas les clés. Du coup, j'ai cherché où est-ce qu'il avait pu mettre ma baguette, mais là il est arrivé dans le salon, j'ai pas réfléchi, je lui ai balancé tout ce que j'avais sous la main. Il s'est rapproché et finalement j'ai pu le frapper et récupérer sa baguette. Je l'ai maîtrisé, j'ai retrouvé ma baguette, puis j'ai contacté le Ministère avec un hibou, et un quart d'heure plus tard, les Aurors étaient là et emmenaient mon agresseur. Je les ai suivis au Ministère, j'ai attendu avec Lorenzo pendant qu'ils géraient tout ce qui avait trait à l'extradition. Je suis rentré à Londres avec deux Aurors et avec l'autre, vers 21 heures. Ensuite, il a fallu l'interroger.

- Tu étais obligé ? Tu pouvais pas rentrer ? interrompit Draco.

- Non, j'étais pas obligé, mais on me l'a fortement recommandé. Donc mon kidnappeur s'appelle Vincenzo Peregrini, il a collaboré avec des Mangemorts pendant la guerre, il vivait en Angleterre, mais il n'a jamais pris la marque. Il est retourné en Italie après la guerre et a rejoint une organisation secrète, la Griffe du Tigre. C'est un groupe de gens qui s'intéresse à des anciens dieux, généralement égyptiens ou mésopotamiens. Il nous a dit que c'était surtout des recherches, des anciens rites. Ils voulaient savoir ce qu'il comptait faire de moi et apparemment il savait pas vraiment. Il avait l'air…très confus. Je pense pas qu'il m'aurait tué. Ou alors pas volontairement.

- Peut-être que sa secte aurait essayé de te sacrifier, essaya de plaisanter Draco.

- En tout cas, il avait pas l'air d'y avoir réfléchi très longtemps.

Il se tut de nouveau, sans trop savoir quoi ajouter. La fatigue commençait enfin à le rattraper.

- Et l'interrogatoire ? Comment ça s'est passé ?

- Mal, ricana Harry.

- Ah oui ? Pourquoi ?

- Vincenzo n'était pas très collaboratif. Ça a frustré mes collègues.

- Oh. Je vois.

- En théorie, je sais comment ça se passe. On a déjà fait des exercices en cours, des jeux de rôles, on a appris des méthodes… C'est pas vraiment un aspect du métier qui me plaît, mais il faut bien le faire à un moment. J'avais déjà assisté à quelques interrogatoires avec Phillips, mais c'était des petits délits, rien de grave.

- Et là, c'est un presque-Mangemort qui a kidnappé le Survivant, souligna Malfoy, sans aucune trace d'ironie.

- Exactement.

Il se passa une main sur le visage avec un soupir.

- Ils l'ont pas…ils l'ont pas frappé. J'ai cru qu'ils allaient le faire, à un moment, j'ai eu vraiment peur. Mais ils l'insultaient, ils lui criaient dessus… c'était horrible.

Sa gorge se serrait rien qu'à y repenser. Il avait failli vomir dans la salle d'interrogatoire tellement l'ambiance était électrique. Il était presque certain d'avoir eu une crise d'angoisse à un moment.

- Ils se sont servis des éléments de son dossier contre lui… Il a une fille qui a disparu pendant la guerre et ils l'ont menacé de fermer l'enquête.

Il ravala les larmes qui menaçaient de monter et se concentra sur sa tasse de thé. Malfoy restait silencieux.

- C'est peut-être indiscret, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'y penser…Ils t'ont traité comme ça, toi aussi ?

Draco parut surpris de sa question et Harry craignit d'être allé trop loin.

- Oui.

- Je suis désolé.

Le potionniste eut l'air encore plus surpris par sa réponse.

- Quoi ? Ce n'est pas normal de maltraiter un prévenu.

- Tu ne penses pas que certains le méritaient ? Si Bellatrix n'avait pas été tuée, par exemple, tu n'aurais pas aimé qu'elle soit maltraitée ?

- Peut-être que ça m'aurait soulagé sur le moment, mais en soi, ça n'aurait servi à rien et de toutes façons ce n'est pas la question. Personne ne mérite de se faire violenter de la sorte. Il s'agit de justice, pas de vengeance.

- Non, je suis d'accord sur le principe, évidemment, mais je ne pensais pas que toi…Je veux dire, tu es personnellement impliqué et pourtant…

- Pourtant il arrive que des Gryffondors réfléchissent, plaisanta Harry. Incroyable, n'est-ce pas ?

Draco eut un petit rire.

- Enfin, pour Vincenzo, j'ai surtout pitié de lui.

- Il t'a séquestré deux jours, tout de même.

- Oui, et ça va l'envoyer à la Segreta ou à Azkaban pour un bout de temps, rappela le jeune homme avec amertume.

- On dirait que tu as de la compassion pour lui.

- Bizarrement, oui ! J'étais en colère et j'avais peur de lui quand je me suis réveillé dans sa cave, mais quand j'ai vu comment il était en attendant son extradition, et ensuite au Ministère, je ne sais pas, j'ai de la peine. C'est un pauvre type, qui a collaboré avec des criminels qui ont très probablement tué sa fille, et qui s'est investi dans un groupe d'illuminés pour pas se suicider.

Le potionniste haussa un sourcil.

- C'est juste triste, se justifia Harry. Et c'est pas la prison qui va l'aider.

- Parce que tu veux l'aider ? répéta Draco avec surprise.

- Je suis apprenti Auror, c'est ma mission d'aider les gens.

Il ricana.

- Enfin, c'est censé l'être en tout cas.

Ils laissèrent le silence s'installer entre eux. La fatigue rattrapa soudainement Harry, et il réalisa qu'il était presque quatre heures du matin. Sa tasse était vide, il avait raconté tout ce qu'il s'était passé à Draco et un sourd mal de crâne commençait à lui faire regretter son lit.

- Je vais te laisser dormir, annonça-t-il en rangeant sa tasse dans l'évier.

Draco réprima un bâillement et acquiesça.

- Laisse, je ferais.

- Au fait, je suis désolé, mais ta chemise doit être restée au Ministère, je me suis changé là-bas et…

- Pas de soucis, le coupa Draco. Passe par la cheminée, tu dois être trop fatigué pour transplaner.

Harry prit un peu de poudre dans le bol que lui tendit le potionniste et se plaça sur le foyer. Il allait lancer la poudre quand il se retint.

- Juste, j'ai une question avant de partir.

- Dis-moi ?

- On est amis, maintenant ?

L'étonnement se peignit sur son visage.

- Oui, si tu le veux vraiment.

Harry lui tendit la main, et le sourire qui éclaira le visage de Draco lui réchauffa instantanément le cœur.


Ginny était attablée dans la cuisine, pendant que Kreattur cuisinait des pancakes. L'elfe s'était très inquiété, et il ne cachait pas son soulagement, ce qui la faisait un peu rire. Elle savait que Harry était rentré tard, elle avait vu ses chaussures et sa veste dans l'entrée quand elle s'était levée.

Il émergea du sommeil vers treize heures et les rejoignit. Ginny lui tendit les quelques lettres qui lui avaient été envoyées : Ron et Hermione passaient le voir dans l'après-midi, tout le monde s'inquiétait de son état et voulait savoir ce qui lui était arrivé.

Harry expliqua brièvement l'enlèvement et l'interrogatoire au Ministère, mais ni Kreattur ni elle ne voulurent le pousser à parler plus longuement.

Un peu après quatorze heures, la cheminée se mit à crépiter et Ron et Hermione vinrent les saluer. Ginny leur fit la bise en passant, et prit la cheminée à son tour. Elle n'avait pas reparlé à Hermione depuis la dernière fois, si on exceptait le moment où Hermione était venue annoncer la disparition d'Harry. Rester avec son frère, son amie et Harry dans la même pièce était au-dessus de ses forces. Ron et Harry eurent l'air surpris de la voir partir aussi tôt mais ils ne dirent rien.

Elle ne faisait pas que les esquiver pourtant. Elle avait vraiment rendez-vous.

Quelques secondes plus tard, elle débarquait dans l'appartement de Luna. Depuis la cuisine, la jeune fille l'enjoignit à la rejoindre. Elle était en train de préparer un gâteau, il y avait de la farine et des traces d'œufs un peu partout dans la pièce –jusqu'au plafond, remarqua Ginny. Elle eut envie d'essuyer la joue de son amie d'un geste du pouce mais réfréna sa pulsion.

La dernière fois qu'elles s'étaient vues, Ginny lui avait posé un plan pour flirter avec Cho. Enfin théoriquement, Luna n'était pas censée savoir qu'il s'agissait d'un flirt, puisque Ginny était officiellement en couple. Mais Ginny pressentait que Luna se doutait de quelque chose et ça rendait la situation d'autant plus complexe. Elle commençait à voir où Harry voulait en venir quand il lui disait que la situation ne tiendrait pas sur le long terme.

Tout ça pour dire que Ginny ne savait pas trop comment se comporter. Est-ce qu'il valait mieux affronter le problème directement, présenter ses excuses pour l'avoir oubliée, et passer à autre chose ? Ou plutôt faire comme si de rien n'était et espérer que Luna ne lui en tienne pas rigueur ?

A priori, la Serdaigle n'avait pas l'air de vouloir ramener le sujet sur le tapis. Elle se concentrait sur son gâteau et lui demanda des nouvelles d'Harry. Ginny sauta sur l'occasion et lui expliqua ce que son ami lui avait racontée, dans les grandes lignes. À partir de là, la conversation roula naturellement.

Luna termina de cuisiner et enfourna le moule. Elles prirent chacune une cuillère et raclèrent le reste de pâte dans le saladier, assises sur le canapé. Elles discutèrent d'Harry et de son voyage à Rome, puis du nouveau stagiaire au Chicaneur, qui apparemment avait beaucoup de mal à faire un café correct. Le gâteau était cuit quand Ginny raconta les épreuves de sélection des Flèches et fatalement la discussion finit par arriver sur Cho. La rouquine essayait de terminer la fin de la crème anglaise avec sa cuiller quand Luna finit par lancer la phrase qui débuta les hostilités.

- Cho le prend bien que tu essaies de postuler à la place qu'elle a perdue ?

Ginny s'étouffa avec la crème.

- Oui, répondit-elle en toussant. Oui, elle m'a dit qu'elle comprenait.

- Hmm.

- Elle trouve que ce n'est pas une bonne place, à cause de l'ambiance, précisa Ginny après une gorgée de thé. Mais elle sait ce que sait que de devoir faire des sacrifices pour débuter sa carrière.

- Et tu comptes sacrifier beaucoup de choses pour ta carrière ?

Elle ne l'avait pas dit méchamment, certainement pas, mais Ginny ne put s'empêcher d'y entendre un reproche.

- Je n'ai pas grand-chose à sacrifier, éluda-t-elle.

- Non, bien sûr, répondit Luna d'un ton amer.

C'était très étrange de voir Luna de mauvaise humeur et d'autant plus que ce soit dirigé contre elle.

- Comment ça ?

Elle aurait dû essayer de changer de sujet, de ne pas mettre de l'huile sur le feu, mais c'était plus fort qu'elle.

- Tu sais très bien ce que je veux dire, rétorqua Luna en la regardant d'un air sévère.

- Non. Je ne vois pas du tout.

- Tu risques de finir comme Cho.

Ginny soupira mais Luna ne s'interrompit pas pour autant.

- Sauf que toi, ton entourage n'est même pas au courant et tu entraînerais Harry avec toi.

- Oh oui, le pauvre, ironisa la jeune femme.

- Tu te crées des problèmes Ginny ! lâcha Luna.

Elle soupira de nouveau, excédée.

- Non, je me crée des opportunités. Tant pis si l'ambiance du club est pourrie, l'important c'est que je puisse enfin passer pro !

- Tu vas le regretter.

- Regretter quoi ? Avoir enfin une carrière dans le quidditch ?

- Donc tu es prête à te mettre en danger pour ça ? Tu veux pas attendre de régler tes problèmes avant ? Parce que quand ils vont tout révéler, ce sera un désastre.

- Quels problèmes ?

Luna resta silencieuse.

Évidemment qu'elle se doutait de quelque chose, mais Ginny n'avait aucune idée à quel point.

- J'ai rien à craindre d'eux, insista-t-elle.

- C'est ça, prends-moi pour une idiote, maugréa Luna. Je t'ai vue avec Cho.

Ginny piqua un fard.

- Ça veut dire quoi, ça ?

- Elle s'est fait virer de l'équipe parce qu'elle a été vue avec une fille, si tu comptes rester avec elle, ça risque d'amener les soupçons sur toi.

- Des soupçons infondés, martela Ginny.

- Si tu le dis, soupira Luna.

L'ambiance resta lourde bien après qu'elles aient fini de parler. Au bout d'un quart d'heure de silence chargé de reproches, Ginny finit par s'en aller, préférant aller faire un tour sur le Chemin de traverse.


Entre les cours et son enquête, cela faisait quelques temps qu'Harry ne s'était pas retrouvé seul avec Ron et Hermione. Ils ne lui en tenaient pas rigueur, eux-aussi étaient très occupés. L'ambiance aurait pu se teinter de gêne mais il n'en était rien. Ses deux amis s'étaient naturellement très inquiétés pour lui. Harry leur raconta encore une fois les circonstances de son enlèvement, mais ne rentra pas trop dans les détails. À force, c'était usant de répéter la même histoire. Le fait d'en avoir parlé à Draco lui avait permis de passer à autre chose.

Il n'avait pas été blessé et ne se sentait pas particulièrement traumatisé. Pour lui, l'histoire était close, il avait l'impression que des mois entiers s'étaient écoulés, alors qu'il s'était échappé la veille. Pourtant, il lui faudrait encore en parler avec sa psychomage et ça l'épuisait d'avance. Elle allait probablement lui montrer à quel point cet enlèvement avait été traumatisant et ensuite il n'allait plus en dormir pendant des jours.

Mais ses amis parurent comprendre qu'il ne souhaitait pas s'épancher dessus, même si Hermione ne pouvait pas s'empêcher de le regarder intensément. Ron était beaucoup plus curieux sur sa relation avec Malfoy.

- Et il ne t'insulte pas ? Jamais ?

- Des fois, il me charrie un peu, et moi aussi, mais c'est tout.

- J'arrive pas à y croire.

- Il n'a même pas insulté Ginny, ajouta Harry. Il l'a juste appelée Weasley.

- Je demande à voir ça de mes yeux.

- Quand tu veux. Ça se trouve vous vous entendrez bien.

Ron pouffa.

- N'exagérons rien non plus. Je suis sûr qu'il a encore ses habitudes d'aristo coincé.

- Oui, ça, on peut pas les lui enlever. Il m'a fait tout un sketch en Italie sur comment j'étais mal habillé.

- C'est fou quand même, que vous ayez partagé la même chambre sans vous étriper, intervint Hermione.

- Moi, j'aurais pas pu, répondit Ron. Même s'il est plus sympa maintenant, apparemment.

- Oui, il est plutôt facile à vivre quand il ne te déteste pas, en fait. Avec le correspondant italien, c'était la guerre froide. Mais je pense qu'on est pas loin d'être amis maintenant.

Ron écarquilla les yeux alors qu'Hermione se contenta d'hausser un sourcil.

- À ce point ? lança son ami, interloqué.

- Oui, répondit-il en haussant les épaules. Je vous assure que quand on apprend à le connaître, il est différent.

- J'imagine, oui, dit Hermione d'un ton neutre.

Harry ne savait pas exactement pourquoi, mais aujourd'hui son amie le mettait un brin mal à l'aise. Elle le regardait avec une pointe d'inquiétude, comme si elle venait d'apprendre qu'il était atteint d'une grave maladie et qu'elle ne savait comment lui annoncer. Il détestait cette façon qu'elle avait de le sonder, d'observer ses faits et gestes comme pour confirmer une théorie qu'elle s'était faite à son sujet. Ensuite, elle le prendrait en aparté et lui expliquerait que c'était pour son bien, exactement comme quand elle lui avait demandé des comptes sur son couple avec Ginny. Y avait-il du nouveau à ce sujet ? Ou est-ce qu'il allait devoir se justifier d'encore autre chose ? Il décida de passer outre et de ne pas relever. Cependant, il ne pouvait pas s'empêcher de sentir son regard s'appesantir sur lui, et ça gâcha un peu son après-midi.


Le lundi matin au Bureau des Aurors, c'était réunion d'équipe, avec un briefing sur les nouvelles du week-end, puis lancement des affaires de la semaine. L'après-midi, les apprentis de troisième année avaient un cours d'une heure de démonologie, puis ils rejoignaient leurs superviseurs et travaillaient normalement.

Tout le monde avait donc appris la mésaventure d'Harry, pour son plus grand déplaisir. Heureusement, personne ne vint lui poser de questions, tout ayant été résumé dans le briefing. Harry soupçonnait aussi que peu de ses camarades ne l'appréciaient vraiment. Personne n'osait trop lui parler et lui ne faisait pas d'efforts particuliers pour s'intégrer plus que nécessaire à sa classe. Il avait pourtant essayé en première année, quand tout le monde logeait à l'école. Il était dans différents groupes de travail, selon les matières, il parlait à ses camarades de chambre… mais il n'y avait eu personne qu'il pouvait réellement considérer comme un ami.

Les gens semblaient l'admirer de loin ou s'agacer de sa célébrité et de son aisance en cours. Au début, ils étaient curieux, mais avaient vite compris qu'il n'était pas comme ils l'imaginaient. Harry ne répondait pas trop aux questions personnelles, n'aimait pas parler de ses exploits et préférait travailler d'arrache-pied plutôt que de participer aux beuveries du jeudi soir.

Puis en deuxième année, plusieurs élèves avaient abandonné la formation, dont pas mal de ceux avec qui Harry travaillait. Il n'était pas un paria, mais il était resté solitaire, même s'il lui arrivait de discuter avec quelques autres étudiants. La troisième année et l'alternance avec le travail d'Auror lui avait offert une bouffée d'air frais. Il avait hâte de terminer la formation (plus que quatre mois !) mais appréhendait tout de même l'entrée dans la vie active, surtout parce qu'il resterait avec sa promotion.

Évidemment, l'annonce de son enlèvement ne l'aidait pas. Il avait bien vu leurs regards fixés sur lui, leurs chuchotements cachés derrière leurs mains. Ça ne l'étonnait même plus. Il partit avec Phillips discuter de la liste des Padovesi. Apparemment, la secte de Vincenzo Peregrini pourrait être une piste intéressante.

Après le cours de démonologie, Blaise le prit discrètement à parti.

- Hey, je t'ai dupliqué les cours de la semaine dernière.

- Merci.

- On n'a pas eu Potions jeudi soir, et dans l'ensemble c'était des cours assez simples, t'auras pas de problèmes à rattraper.

- Oh, parfait. J'ai l'impression de passer tout mon temps sur l'enquête.

- C'est ce que m'a dit Draco, ricana Blaise.

- Ah oui ? releva Harry en essayant de ne pas montrer sa surprise.

- Il m'a raconté que tu es venu le voir à 3 heures du matin.

Harry ne put s'empêcher de rougir, ce qui accrut l'amusement de son camarade.

- Oui. Oui, j'ai fait ça. J'avais peur qu'il ait eu des problèmes à cause de mon enlèvement.

Blaise acquiesça.

- Puis, il peut se plaindre, il est déjà venu me parler de l'enquête tard le soir une fois.

- Oui il m'a raconté ça aussi, sourit Blaise.

Évidemment.

- Il me raconte beaucoup de choses, ajouta-t-il d'un air narquois.

- Ah, c'est super, répondit maladroitement Harry.

Blaise avait l'air de se moquer de lui et il ne comprenait pas trop pourquoi.

- En tout cas, c'est très gentil à toi de m'avoir pris les cours, mais faut que j'y aille.

Et il s'éclipsa rapidement, essayant d'ignorer le petit rire du Serpentard.


Le vendredi matin, alors qu'Harry se préparait pour le Ministère, un hurlement retentit depuis la cuisine.

- Harry ! Viens vite !

Il descendit les escaliers en trombe, avant qu'une tornade rousse ne se jette dans ses bras en continuant de crier. Il repoussa doucement Ginny, qui sautait sur place et qui avait du mal à reprendre sa respiration. Vu le sourire qu'elle affichait, il n'y avait rien de grave. Kreattur, en train de servir le thé, leva les yeux au ciel.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Elle lui flanqua le parchemin qu'elle serrait dans sa main sous le nez et finit par dire :

- J'ai été prise ! J'ai été sélectionnée chez les Flèches !

- Non ? Vraiment ? lâcha Harry en plaquant une main à sa bouche.

Il parcourut la lettre d'un regard, incrédule.

- Oh Ginny ! C'est génial !

- Oui ! J'en reviens pas !

- Je savais que tu allais les impressionner ! répondit-il en la reprenant dans ses bras.

- Il faut qu'on sorte le champagne !

- Il est même pas 8 heures, tempéra Harry.

- Ce soir alors ! ça te dit de sortir ?

Il hocha la tête avec un petit rire et alla s'asseoir à table.

- Il faut que je prévienne tout le monde ! dit Ginny en se précipitant dans le salon pour aller chercher son papier à lettre.

Harry et Kreattur l'aidèrent à rédiger la dizaine de petits mots et l'elfe proposa même de transplaner chez leurs proches pour pallier le manque de hiboux.


J'espère que ça vous a plu, hésitez pas à me le dire d'ailleurs. Ma scène préférée à écrire c'était Harry qui réveille Draco au beau milieu de la nuit, c'était rigolo.

Concernant le chapitre 9, j'ai réussi à avancer. Pour l'instant il fait un peu plus de 2500 mots, je pense qu'il devrait faire dans les 5000 une fois fini. Donc il est possible que vous ayez le chapitre complet fin avril comme prévu, sinon ce sera un peu après. Pour le chapitre 10, on verra plus tard si je change le rythme (pareil, dites moi si vous préférez des longs chapitres ou des petits plus fréquents).

A bientôt !