Chapitre 10: Melleth nîn (My love)

"T-thranduil?"

Ce fut tout ce que la jeune femme fut capable de dire. En fait, elle ressentait un réel plaisir à la sensation de cette présence tout derrière elle. C'était nouveau pour elle mais elle adorait sentir ces bras autour de sa taille. D'ailleurs, elle avait doucement posé ses mains sur les siennes. "Qu'elles sont grandes… et chaudes… et douces…" songea la jeune femme.

"Je suis heureux de voir que tu va mieux Répondit l'elfe susnommé en appuyant son front dans son cou

- A-ah… Balbutia Avelen en croyant sentir son coeur s'arrêter je… moi aussi… je…

- Je suis trop proche je suppose? Souffla Thranduil en relevant doucement la tête pardonne moi, je suis allé trop vite en besogne"

Il se détacha avec lenteur et Avelen le regretta tou de suite, elle ressentait un froid intense face à son absence. Partagée entre une joie délicieuse et une peur terrible, elle n'arrivait pas à soutenir son regard. Elle ne cessait de se rappeler la proximité qu'ils avaient partagés, la douceur de ses caresses dans son dos et de son étreinte. Impossible pour elle d'oublier cette image, cette sensation. Rien que de sentir le regard brûlant que lui adressait l'elfe la rendait toute chose. Il passa doucement sa main sous son menton pour l'aider à relever la tête. "J'ai tellement envie de l'embrasser, est-ce que… elle me laissera faire?" se demanda Thranduil qui se penchait en effet pour aller chercher ce baiser tant désiré. Avelen garda les yeux à demi ouverts, uniquement dédiés à la contemplation de cette bouche qui s'approchait de la sienne. Elle se surprit elle-même à pencher la tête en arrière pour s'en rapprocher, à se rapprocher pour combler l'horrible distance qui les séparait.

Et puis le baiser vint. D'abord très doux, un peu comme la caresse d'un vent d'été sur une peau nue lorsque le soir tombe et que l'air se rafraîchit. Il était même un peu maladroit comme si l'un et l'autre se promenaient sur le fil d'un funambule extrêmement fin, oscillant entre passion et douceur. Entre les deux, leur choix fut rapidement fait et lorsque les mains de l'elfe se posèrent fermement sur ses hanches, elle sentit le baiser devenir de plus en plus brûlant, ardent même. L'un comme l'autre étaient à bout de souffle et, au même moment, ils ne s'étaient jamais sentis aussi vivants. Avelen releva un peu maladroitement ses bras pour les passer dans les cheveux de Thranduil. "C'est doux…" songea la jeune femme en laissant couler la soie blonde entre ses doigts. Elle s'aventura à effleurer son oreille gauche et immédiatement les mains qui encerclaient ses hanches s'y agrippèrent dans un mélange d'autorité et d'abandon.

"Avelen… Souffla l'elfe entre deux baisers j'ai besoin de plus…

- Ma chambre est juste à côté… Balbutia la jeune femme elle même étonnée par ses propos on peut…

- Pas le temps… Grogna Thranduil en éloignant son visage pour reprendre son souffle ne t'éloigne pas… de moi"

Il était légèrement décoiffé, ses yeux étaient comme embrumés par le désir et à demi clos, incapable de contempler entièrement l'objet de son désir. Le cœur d'Avelen battait à toute allure alors qu'elle le contemplait, à la limite de l'implosion et que elle même avait l'impression de manquer d'air. "C'est donc l'effet que j'ai sur cet homme?" réalisa la jeune femme en tendant sa main pour caresser sa joue. Ces quelques secondes de douceur semblaient avoir suffit à l'elfe pour s'enhardir à nouveau et il remonta ses mains dans le dos d'Avelen qui grimaça de douleur. Il l'attira contre lui et avança vers le mur le plus proche pour l'immobiliser contre celui-ci avec une douceur incroyable. Force était de constater qu'il était bien plus grand et fort qu'elle. Et la jeune femme ne put rien faire si ce n'est pousser un soupir de plaisir en sentant des lèvres qu'elle venait juste d'apprendre à connaître se presser contre sa jugulaire. Elle appuya un peu sur sa tête pour l'encourager et pour avoir l'illusion de garder le contrôle.

Très vite, Thranduil dégrafa le col de sa tunique et mordilla légèrement sa gorge tout en continuant de l'embrasser avec douceur et adoration. Il finit par remonter pour reprendre la bouche de la jeune femme qui ne protesta pas du tout. Ce fut d'ailleurs elle qui vint à sa rencontre cette fois-ci. Elle s'était décollée du mur et avait posé ses deux mains sur ses épaules pour approfondir le contact. Ils étaient aussi assoiffés l'un de l'autre qu'il était possible de l'être.

"Thranduil il faut… il faut qu'on arrête… Murmura Avelen entre deux baisers ardents nous sommes en plein milieu du cloître… quelqu'un pourrait arriver… hm… Elle n'eu pas le temps de terminer qu'un baiser autoritaire vint la faire taire

- Que tu es sage! Lui reprocha l'elfe en s'écartant légèrement pour la regarder dans les yeux

- Je croyais justement que je ne l'étais… pas… assez Rétorqua Avelen sur un ton provocateur Aran nîn

- Non, ne m'appelle plus comme ça Il caressa tout doucement sa joue j'en ai assez que nous nous rapprochions avant de nous éloigner à nouveau… j'ai cru que tu allais mourir…"

La sincérité qu'elle lut dans ces yeux qu'elle adorait convainquit la jeune femme de ne pas faire de blague. Elle prit délicatement la main droite de Thranduil et le sentit serrer la sienne avec vigueur. "J'ai l'impression qu'il ne me lâchera pas… tant mieux".

"Comment veux tu que je t'appelle alors? Demanda Avelen qui pensait avoir deviné la réponse

- Melleth nîn Susurra Thranduil à son oreille mais libre à toi de crier mon nom si c'est ce que tu préfère Compléta l'elfe, sûrement très fier de lui"

La fille d'Eru crut que son cœur allait lui sortir par les yeux. Elle se cacha d'ailleurs entre ses mains. L'image fugace de leur deux corps enlacés apparut dans son esprit et elle se maudit immédiatement d'y avoir songé. Thranduil replaça doucement les mèches de cheveux de la jeune femme et l'aida à rattacher son col qu'il avait en fait lui même détaché. Il lui vola ensuite un léger baiser sur la joue en guise d'excuse.

"Pourquoi maintenant? Demanda Avelen d'une petite voix tout en continuant de serrer la main de l'elfe"

Même s' il hésita un instant, Thranduil finit par gentiment lui sourire comme s'il s'apprêtait à se libérer d'un poid qu'il avait sur le cœur depuis un bon moment.

"J'ai cru que j'allais te perdre… quand tu es venue à mon secours et que tu as encaissé le choc à ma place… j'ai ressenti ta douleur… et ma peur Il continua de caresser sa joue avec son pouce et lorsque cette raclure t'a blessée… j'ai senti mon coeur se briser en deux… je sais que tu es forte, bien plus que moi, mais cette sensation était insoutenable… Il passa sa main dans son dos avec une infinie précaution pour la tirer contre son torse"

Au chaud, contre celui qu'elle aimait, Avelen se sentit complètement en sécurité pour l'une des rares fois de son existence. Elle inspira l'odeur de l'elfe et posa sa tête contre son torse avec une légère timidité, après tout ce rapprochement, était récent.

"Et puis… quand je t'ai sentie t'endormir contre ma poitrine cette nuit-là… j'ai pu sentir une plénitude et une joie que j'avais oublié Il embrassa tout doucement sa tête je t'aime Avelen, c'est tout

- Moi aussi je t'aime Murmura doucement la jeune femme en relevant la tête je t'aime"

Un sourire malicieux éclaira les lèvres de l'elfe.

"Pourquoi maintenant Avelen?

- C'est de la triche, je n'ai rien préparé moi Protesta gentiment la jeune femme en lui faisant les gros yeux a ton avis, pourquoi?

- Je ne sais pas… peut-être parce que je suis un exemple de douceur et de gentillesse…?"

Avelen ne put se retenir d'éclater de rire et elle caressa tendrement la joue de l'elfe.

"Tu m'as sauvée, tu m'as accueillie, tu m'as donné une maison et c'est tout ce dont j'avais besoin lorsque j'ai atterri ici Elle rougit et fit une petite pause et tu m'as accordé ta confiance alors que je n'ai pas fais grand chose pour la gagner au début de notre relation… tu m'as retrouvée alors que j'étais perdue… tu m'as aidée à trouver ma place dans ce monde… tu m'a aidée à me trouver et tu m'as fait tomber amoureuse de toi, aussi simplement que ça…

- Oh… je… Il semblait plus que surpris

- Tu as un caractère de cochon et la plupart du temps j'ai envie de t'arracher les oreilles et de tes les faire manger Elle se mit sur la pointe des pieds pour le regarder dans les yeux mais je t'aime bien plus que tout ça"

Elle l'embrassa très délicatement en profitant de l'air ahuri qui éclairait son visage.

"Il est déjà dix huit heures, viens, nous allons être en retard"

Sous le charme, Thranduil acquiesça légèrement et prit la main de la jeune femme dans la sienne, comme pour se rassurer et se rapeller qu'elle était là et bien réelle avant de la relâcher. Il avait l'impression de vivre une sorte de rêve éveillé. A vrai dire, dans sa culture, faire preuve d'autant d'audace et d'impatience était peut courant. Il s'étonnait d'ailleurs lui-même de ses actions tout en s'en félicitant. A vrai dire, tout s'était un peu accéléré de manière spontanée et il n'avait pas eu le temps de se poser la moindre question négative que ses lèvres se retrouvaient déjà pressées contre celles de la personne dont il était tombé amoureux. Il avait pourtant choisit de s'enfermer dans une coquille tellement épaisse qu'il avait fallu dix ans à la jeune femme pour la percer. Cette foutue coquille qui avait failli les séparer plus d'une fois. Mais malgré les différents événements, elle avait choisi de rester à ses côtés, elle l'avait choisi, lui.

"Dame Avelen, Roi Thranduil, nous n'attendions plus que vous

- Nous sommes désolés mon seigneur… nous avons prit un peu de retard S'excusa Avelen en tentant de paraître impassible Merci pour votre cadeau

- Merci d'avoir défendu les miens Dame Avelen, nous avons tous étés très impressionnés par votre force et… si vous le permettez, je crois que les élèves de Noam aimeraient vous parler"

Fengel désigna une autre pièce d'un mouvement très fluide du poignet. Pièce dans laquelle Orion, Danaé et Eored attendaient accompagnés de Noam qui serra son amie contre lui. Les trois apprentis s'inclinèrent immédiatement et Avelen en fut assez surprise, elle n'avait pas du tout l'habitude qu'on la traite ainsi. Evidemment, ses hôtes se montraient toujours très respectueux mais ça, c'était nouveau. C'était le plus jeune des trois, Orion, qui vint vers elle. Il tenait dans ses mains un coffret en bois dont émanait une énergie familière pour la jeune femme. Elle tendit prudemment la main vers l'objet qui s'ouvrit immédiatement. Il y avait, à l'intérieur, un carnet en cuir blanc frappé d'une étoile toute simple.

"La… la famille de ma mère descendait d'un vieux clan d'archivistes éteint qui vivait dans les montagnes avant qu'ils ne décident de rejoindre la cour des rohirrims il y a des siècles Précisa Orion en gardant les yeux baissés il semblerait que l'un de mes ancêtres ait rencontré une femme comme vous… Il y a des siècles, peut-être des millénaires, elle s'appelait Amdir…

- Merci, Orion, c'est bien cela?

- Oui ma Dame

- Que la lumière éternelle soit avec toi Elle se pencha et posa sa main sur son front"

Une douce lumière irradia paisiblement la salle et une fois que Orion eu reculé, elle fit de même avec le neveu et la nièce du roi. Elle avait utilisé ses pouvoirs pour les bénir et pour, dans la mesure que permettait leur nature, leur offrir un peu de la lumière originelle. Elle avait vu dans ces enfants ce que Noam lui-même avait dû voir quelques temps auparavant, du courage, un cœur vaillant. Mais ils ne pouvaient pas rester ici éternellement et après quelques minutes au cours desquelles Danaé posa plusieurs questions à la fille d'Eru, elle et Noam durent regagner la table du dîner. Avelen s'assied entre Thranduil, évidemment et l'intendant Ecthelion qui était resté très silencieux. Avelen n'appréciait pas spécialement cet homme qu'elle trouvait arrogant et dont elle avait, forcément, une opinion tronquée. Elle le voyait un peut comme un profiteur même si elle savait que sa mission était noble et instituée des décennies avant son arrivée en terre du milieu. Mais elle le respectait en tant qu'homme de pouvoir et elle ne niait pas son intelligence.

"Dame Avelen Murmura Ecthelion je voulais vous poser une question… pardonnez moi si elle est indiscrète mais… Êtes- vous mariée?"

Avelen sentit Thranduil se tendre à ses côtés et elle posa délicatement sa main sur la sienne pour le rassurer.

"Oui, je me considère mariée à Arda et au bien être des habitants qui la peuplent Elle sourit discrètement d'un air faussement pompeux pourquoi seigneur Ecthelion? Vous cherchez une intendante?

- Oh! Non, ce n'est pas du tout ce que je voulais avoir l'air de dire, je… suis désolé si c'est ce que vous avez compris

- Que vouliez-vous dire alors? S'étonna Avelen en se tournant vers lui

- Eh bien si vous aviez un mari je vous aurais demandé qui il était car j'étais curieux de savoir quel genre d'homme pouvait bien avoir conquis votre coeur Il inclina la têteje sais que vous ne devez sûrement pas beaucoup m'apprécier, j'ai été maladroit une fois de plus, veuillez me pardonner"

Secouant la tête de droite à gauche, la jeune femme lui signifia que tout allait bien et elle sentit que l'intendant gagnait largement son estime. Elle appréciait qu'il se soit soucié de sa vie et elle le remercia avant de se tourner vers l'échanson qui lui proposait du vin. Elle accepta un verre de vin blanc et prêta attentivement l'oreille aux conservations qui allaient bon train. Thorin lui jeta quelques regards inquiets auxquels Avelen répondit d'un petit sourire un d'un hochement de tête. Elle vit aussi les sourires qu'échangeaient Glorfindel et Noam assis pile en face d'eux et elle se prit à rêver que son ami avoue enfin ses sentiments à son elfe à lui. Oh, elle n'était pas forcément bien placée pour lui donner des conseils en amour puisque il lui avait fallu dix ans pour affronter les siens mais maintenant qu'elle se sentait comblée de ce côté-là, elle ne pouvait que souhaiter la même chose pour son ami.

A la fin du repas, Fengel prit la parole pour remercier les différents seigneurs d'être venu et il témoigna une reconnaissance toute particulière à Avelen qui commençait sérieusement à être gênée. Elle aimait le succès, la reconnaissance et les attentions mais… trop la mettaient sérieusement mal à l'aise. Elle n'avait qu'une hâte, retourner dans sa chambre et commencer à lire le journal que le jeune Orion lui avait offert. Peut-être que cette fameuse Amdir, dont elle n'avait, bizarrement, jamais entendu parler, aurait des indices à lui offrir? Elle ne pouvait que l'espérer tant sa situation lui semblait devenir obscure de jour en jour. Mais elle attendit patiemment la fin du discours et que chaque invité ait pris congé pour se lever à son tour. Elle allait se diriger vers sa chambre lorsqu'elle sentit le regard de Thranduil lui brûler le dos. Alors elle revint vers lui, suffisamment près pour que personne ne les entende.

"Oui melleth nîn?

- Ma demande va peut être te sembler déplacée mais… j'aimerais dormir avec toi Souffla le sinda en regardant un peut ailleurs

- Non, pas du tout, laisse moi juste aller mettre des vêtements plus confortables et je te rejoins dans tes appartements, qu'est-ce que tu en dit?

- C'est parfait"

Thranduil se pencha et embrassa délicatement Avelen sur les lèvres. Il ne la laissa partir que après quelques secondes d'un baiser doux et enflammé. Le coeur brûlant, c'est quasiment en courant que la jeune femme retourna dans sa chambre. Elle demanda l'aide d'une servante pour défaire sa coiffure et ses vêtements puis lui demanda juste de lui apporter de la lumière avant de lui donner congé. Elle chercha sa chemise de nuit bien plus longtemps qu'elle n'en avait l'habitude et se donna un dernier coup de brosse dans les cheveux avant d'enfiler sa cape. Après tout, elle n'avait pas envie de mourir de froid. Elle emporta juste la boîte avec elle afin de pouvoir faire la lecture de ce fameux journal une fois arrivée à destination. C'est à pas de velours qu'elle sortit de sa chambre, prévenant les deux gardes qui la gardaient qu'elle n'y passerait pas la nuit. A par eux, elle pria pour ne croiser personne et à mesure qu'elle se rapprochait, elle se sentait de plus en plus comme une adolescente faisant le mur.

Elle n'avait jamais eu à se cacher de ses parents pour retrouver un garçon. D'abord parce que ceux-ci étaient suffisamment ouverts d'esprit pour qu'elle soit totalement honnête sur ce sujet, ensuite parce qu'elle n'en avait pas connu tant que cela dans sa vie et parce que elle était très mauvaise pour garder ce genre de choses discrètes. Mais Thranduil était loin d'être "un garçon". En fait, il était sûrement l'être qui comptait le plus au monde pour la jeune femme. Évidemment, sa famille occupait une grande place dans son cœur mais eux n'étaient pas là, l'elfe oui. Il était devenu son roc, son pilier et parfois sa tempête mais au moins, désormais, elle pouvait l'aimer sincèrement et c'était un soulagement immense. Avelen n'osait pas encore être trop tactile mais rien que de pouvoir tenir sa main lorsqu'elle se sentait mal lui suffisait. C'était peut être un peu fleur bleue mais elle aimait Thranduil, très innocemment, c'est-à -dire en totalité et pas uniquement de par la beauté qui était la sienne.

"Toc Toc"

Un petit silence suivit, puis une voix chaude.

"Entrez!"

Avelen ouvrit timidement la porte et se retourna immédiatement pour la verrouiller. Elle allait se retourner lorsqu'elle sentit un souffle chaud dans sa nuque et des bras familiers autour de sa taille.

"Tu es magnifique melleth nîn, merci d'être venue"

Thranduil était visiblement torse nu. Si ce n'étais pas le cas, il avait une température corporelle suffisamment élevée pour que la soie de ses vêtements aie la même température que son corps. Ce n'était pas pour déplaire à Avelen qui avait froid à cause de l'hiver ambiant. Elle le laissa alors embrasser sa nuque ce qui envoya des petits frissons dans tout son corps fatigué jusqu'à ce qu'elle le sente la soulever dans ses bras. Techniquement ce n'était pas la première fois qu'il la portait mais là c'était particulier. Aussi, lorsqu'il la posa sur le lit, elle se contenta de l'observer pendant de longues et savoureuses minutes en tendant de temps en temps la main pour caresser sa joue ou ses cheveux. Et l'elfe se prêtait au jeux avec beaucoup de plaisir, un peu comme un gros chat, une comparaison qui revenait souvent apparement…

"Que tiens tu dans tes mains? Demanda Thranduil en s'asseyant à côté d'elle

- C'est l'élève de Noam, hm… Orion… qui me l'a donné, ça vient de sa famille, c'est un carnet

- Un carnet?

- Oui, il descend d'une lignée d'archiviste qui vivait dans les montagnes…

- … de la Sierra?

- Je ne sais pas Hésita Avelen il n'a pas précisé, ça fait super longtemps que cet objet est dans sa famille, je n'étais pas sûre de pouvoir le lire, si tu veux bien m'aider…

- Evidemment, viens"

Thranduil sourit, s'appuyant contre les coussins et laissa Avelen s'installer sur son torse alors qu'elle ouvrait précautionneusement la boîte. La même lumière que auparavant s'en échappa et Thranduil ne put s'empêcher de froncer les sourcils, crispant un peu sa prise autour de la taille d'Avelen. Il se demandait si ce qu'il avait lu à Fondcombe et ce fameux carnet étaient liés. En voyant Avelen lire la première page avec une certaine difficulté, il n'eut plus aucun doute. L'auteur de ce carnet se présentait bien come "Amdir". Avec un peut plus de précision, le carnet commençait sur une page vieillie et fragilisée par le temps, recouverte d'une écriture régulière de couleur noire. Le bas de la page, ainsi que toutes les autres étaient ornées de motifs en forme de feuille de laurier entrelacées de feuilles de chêne dorées. Avelen semblait… émue, d'une certaine manière, d'abord parce qu'elle pouvait sentir les âges qu'avait traversé cet ouvrage mais aussi parce qu'elle avait l'impression de découvrir le cahier d'une aïeule alors qu'elle n'avait aucun lien de sang avec celle ci.

"Avelen? Tu trembles melleth nîn Il posa sa main sur la sienne tout va bien?

- Oui, oui, désolée…

- Si ça peut te soulager un peu… Lorsque nous étions à Fondcombe, je me suis rendu dans la bibliothèque du seigneur Elrond et il y avait un livre d'archive qui parlait justement de cette Amdir et d'un autre … hybride qui se dénommait Erainlevon… Il garda sa main sur la sienne

- Il y en avait deux?

- Oui, Amdir était mi humaine, comme toi et Erainlevon, mi elfe, tu souhaites que je te raconte ce qui leur est arrivé maintenant ou tu préfères lire ce carnet?

- Je… crois que je préfère lire le carnet d'abord"

Thranduil acquiesça doucement, c'était une décision sage. Il valait mieux qu'elle découvre l'Histoire de ses prédécesseurs par elle-même. Les conflits violents entre elfes et humains n'avaient quasiment jamais eu lieu dans l'histoire d'Arda et d'ailleurs, à la connaissance de l'elfe, aucun n'était archivé. Celui dont faisait mention l'archiviste, sûrement aïeul du jeune Orion, lui était complètement inconnu. En fait, rien que l'établissement d'une quelconque communauté elfique dans les montagnes de la Sierra était impossible à vérifier. Le climat était devenu tellement glacial au fil des années que même lors de la dernière guerre, Sauron ne s'était pas risqué à tenter de traverser cette région. C'était un territoire tellement neutre que aucune des grandes puissances d'Arda ne la connaissait réellement. Si il y avait bien un endroit ou un tel conflit avait put avoir lieu sans être ébruité, c'était bien dans les montagnes de la Sierra.

"Ca commence comme ça Souffla Avelen je m'appelle Amdir Fille de Lune, je suis née plusieurs siècles plus tôt dans les montagnes de la Sierra, au coeur de la vallée, mon père est le roi Davon d'Edmir et ma mère la Haute Prêtresse Aquila d'Edmir, je ne sais pas si quelqu'un lira un jour ces pages, si c'est le cas j'espère que mes mots éclaireront sa route… Je ne sais pas comment appeller ce que je suis… une demi déesse, une demi Vala peut-être? J'ai été élevée en accord avec les préceptes de la musique sacrée et j'ai appris à jouer pour tuer et pour guérir, j'ai appris à me battre et à protéger mon peuple et j'ai failli en provoquer la chute… Je suis née avec la possibilité de déchirer le ciel en deux et de ramener les morts à la vie mais j'ai toujours mit un point d'honneur à ne pas le faire car l'équilibre doit être maintenu"

Avelen sentit Thranduil lentement acquiescer dans son cou en hochant la tête. Cette sensation était plus qu'agréable et elle se surprit à s'appuyer un peut plus contre lui pour en profiter. Les joies d'être aimée étaient encore nouvelles pour la jeune femme. Il caressait machinalement son dos, comme si cela pouvait soigner les blessures qu'il y avait encore.

"J'avais rencontré, de l'autre côté de la montagne un jeune garçon, il est comme moi mais mes parents m'ont interdit de le revoir, c'est bien mal me connaître car depuis ce jour là nous nous sommes vus chaque semaine au moins une fois… et ce qui devait arriver finit par arriver, nous sommes tombés amoureux mais… Nos peuples étaient loin d'être amis, je ne sais pas comment cela se passe à l'extérieur mais les elfes et les humains des montagnes de la Sierra sont des ennemis mortels Avelen s'arrêta un moment Oh… non… c'est tragique Elle tourna la page suivante la dernière fois que je l'ai vu à notre point de rencontre habituel, il a tenté de me tuer, je me suis enfuie, je n'avais pas la force de lui faire du mal"

Thranduil, qui avait déjà deviné de qui il s'agissait dans cette histoire fronça les sourcils. Il ne savait pas que les deux enfants d'Eru étaient tombés amoureux, de la manière dont l'archiviste l'avait écrit on aurait plutôt dit qu'ils se détestaient tout simplement. Ce qui était étonnant était que l'archiviste n'ait jamais ouvert ce carnet, peut-être était-ce par respect ou simplement parce que la boîte avait refusé de s'ouvrir. Mais le plus dur restait à venir car Avelen ne savait pas comment l'histoire se terminait, lui oui et il savait qu'il n'y avait pas de fin heureuse pour ces deux amants interdits.

"En rentrant j'ai trouvé ma maison attaquée par les elfes, ils étaient en train de tuer mon peuple et la tête de mes parents pendait déjà sur des pics placés au centre du village. Je n'avais jamais été autant en colère et puisque leur tête était séparée de leur corps je ne pouvais pas les ramener. J'ai tué tout les elfes qui s'en étaient pris à mon village, ils étaient presque six mille alors que notre capitale ne comptait que deux milles habitants… je me suis repue de leur sang et j'y ai noyé mes larmes… une fois apaisée j'ai brûlé leurs corps en bas de la colline sur laquelle était juchée mon village"

Se retenant de vomir en imaginant la scène dépeinte, Avelen respira tout doucement et prit le verre d'eau que Thranduil lui tendait.

"Je me suis faite reine et j'ai convoqué les six généraux ainsi que tout les hommes en âge de combattre afin de rassembler notre armée, nous avons frappés les premiers et allions marcher sur la capitale lorsqu' il est apparu, il a tenté de me calmer en appelant mon humanité mais cela n'a fait que me mettre en colère. Erainlevon et moi nous nous sommes battus des heures, peut être des jours durants et j'ai fini par le tuer. Les elfes se sont retirés après avoir signé un traité de paix et avoir échangé avec nous quantité de présents pour que plus jamais ce genre de tragédie ne se reproduise. Aujourd'hui j'ai deux mille ans et il est temps pour moi de rejoindre ceux que j'ai envoyé rejoindre le père de tout… et l'homme que je n'ai jamais eu le droit d'aimer"