- Chapitre 9


- Playlist -

Billie Eilish - Six Feet Under

AURORA - The Seed

white shinobi - i've been doing well


Sakura savait que les gens attendaient qu'elle se réveil, mais elle n'en avait rien à faire. Les rayons du soleil avaient beau filtrer à travers les stores de bambous, elle ne voulait pas se lever. Elle restait emmitouflée dans les draps de satin bleus, au milieux des créatures surnaturelles qui se faisaient de plus en plus nombreuses.

Elle avait remarqué de petites grenouilles mauves qui sautillaient partout. Elles avaient l'air de produire de l'eau, puisqu'une petite flaque se formait là où elles sautaient. Sakura se contentait de les chasser quand elles venaient sur le lit. Puis elle enfouissait sa tête dans l'oreiller en essayant de ne pas penser à Shikamaru qui l'avait tout simplement friend-zonée pendant la nuit.

Son histoire d'amour naissante et compliquée, celle qu'elle avait toujours rêvée de vivre ? Envolée. Déjà. C'était pathétique.

« Je me fiche de leur stupides cérémonies, » maugréa-t-elle en jetant de rage un oreiller contre la porte.

Mais à son grand étonnement, le soleil se leva, et le soleil le coucha sans qu'on ne vienne la chercher.

Sakura avait passé la journée à ressasser. Encore et encore. Chaque action, chaque mot dit en présence de Shikamaru. Elle se demandait si elle avait réussi à le séduire, et comment elle aurait pu faire pour mieux réussir son coup. Si elle avait été plus claire avec lui, plus entreprenante ? Ou peut-être plus intéressante, tout simplement.

Elle se rappelait de cette époque où elle avait aimé Sasuke sans jamais réussir à avoir son attention.

Quand la lune fut à son apogée, et que Sakura pouvait encore entendre les gens au dehors s'amuser et faire la fête pour le deuxième soir d'affilée, elle osa ouvrir la porte en bambou de sa petite maisonnée. Elle poussa de fin rideaux et timidement, elle pencha sa tête dehors.

Immédiatement, les gardes et anciens qui se trouvaient devant la cabane, installée dans un camps fait de coussins et de tatamis luxueux qui étaient surmontées de grands parapluies colorés, se tournèrent vers elle et s'inclinèrent.

« Je... » commença-t-elle, incertaine, « est-ce que je dois... Venir pour une autre cérémonie ? »

« Seulement si vous le souhaitez, Haruno-sama, » répondit l'une des vieilles femmes présentes.

Sakura cligna des yeux et secoua négativement la tête.

« Les gens seraient ravis de vous voir à nouveau, » ajouta alors une autre, « mais vous êtes une déesse. Faites ce que vous jugerez bon, votre simple présence ici nous honore. »

Quelques gouttes d'eau tombèrent sur la tête de Sakura, lourdes. Elle releva les yeux pour voir qu'un immense oiseau fait d'eau se pavanait sur le rebord du toit. Des plumes liquides tombaient ci et là.

« Encore de l'eau, » murmura-t-elle pensivement.

« La pluie nous apporte la vie, » dit sagement l'un des anciens.

Sakura ferma la porte coulissante. Partout, des créatures d'eaux se faufilaient. Elle regagna son lit avec amertume, tandis que Lampion, un petits des oiseaux jaunes qu'elle connaissait, vint se blottir contre elle.

« Je peux faire ce que je veux ? » répéta-t-elle, un peu incertaine.


« Shikamaru, attends ! »

« Galère...»

Le Nara se retourna en soupirant vers la tornade blonde qui lui arrivait dessus. Il avait réussi à éviter tout le monde jusqu'à ce moment là. Il n'avait envie de voir personne, pas même Ino. Il avait même fait exprès de prendre la sortie du village réservée aux ninjas, surtout que celle pour les civils recevaient des hordes de gens venus d'autres pays pour voir Sakura, malgré la pluie battante.

De grandes bâches avaient même été installées pour couvrir certaines des avenues les plus bondées, et Shikamaru se tenaient sous un pavillon qui longeait la rue.

« Tu quittes le village ? » demanda l'Uzumaki avec un brin de reproche dans le voix.

« Je pars en mission. »

Naruto fit alors quelque chose qu'il faisait extrêmement rarement il se tut et fixa Shikamaru avec un air qui avait le don de vous faire vous sentir mal.

« Quoi ? Faut bien que je gagne ma vie ! »

« Tu te fous de moi ? »

« J'ai une mission de repérage à faire au pays de la pluie, » argua Shikamaru en tournant la tête.

« Tu peux encore la décliner ! Il y a assez de ninjas en ce moment pour te remplacer et je ne pense pas que ce soit le bon moment pour quitter le village. »

Comme c'était très étrange d'entendre Naruto parler aussi sérieusement, Shikamaru arqua ses sourcils. Il n'eut pas le temps de demander quoi que ce soit que Naruto continuait toujours avec sérieux « Ça va faire deux jours qu'il pleut sans interruption. Quelque chose de bizarre est en train de se produire. »

Le Nara resta silencieux et leva son nez vers le ciel gris dont il apercevait une parcelle de là où il était. Il avait envie de répondre : « Ce n'est rien, c'est juste les aléas de la météo », mais lui-même n'y croyait pas.

« Shikamaru, je ne suis pas stupide... »

Les yeux bleus de Naruto percèrent le Nara et son cœur se mit à battre, il avait redouté ce moment.

« Je sais très bien qu'il se passe quelque chose entre toi et Sakura. »

« Passait, » rectifia aussitôt Shikamaru, agacé. « Tu voudrais que je reste pour veiller sur elle, commence déjà par aller la voir toi-même ! »

« Tu crois que c'est facile ! »

« Plutôt oui, tu vas la voir, tu lui dis bonjour, comment ça va, et après tu avises. »

« Tu ne comprends pas, » ronchonna Naruto, « j'ai quelque chose à lui annoncer, et je ne sais pas comment elle va le prendre ! »

Shikamaru tiqua à ces mots : « Quelque chose... Comme une mauvaise nouvelle ? » questionna-t-il.

« C'est compliqué, » répondit le blond en détournant le regard, « quand je suis revenu, je ne m'attendais pas à retrouver Sakura comme ça. Je me dis que maintenant, elle est peut-être passée à autre chose. »

Le Nara ne connaissait que trop bien cet air mélancolique sur le visage de Naruto. Il comprit tout de suite de quoi il s'agissait.

« Où est-il ? » demanda-t-il simplement.


Il pleuvait plus fort que jamais cet après midi là, pourtant, Sakura entendait toujours la musique, et si elle passait la tête par la fenêtre, elle pouvait les apercevoir, ses silhouettes qui dansaient au loin. Ses sourcils roses étaient froncés d'incompréhension.

Elle regarda Lampion qui s'amusait depuis une bonne dizaine de minute avec l'une des grenouilles violettes. Puis ses yeux glissèrent sur l'énorme kimono qu'on lui avait fait porter lors de la première cérémonie, soigneusement rangé au milieu d'autres kimonos qu'on lui avait porté pour ses futurs sorties. C'est vrai, elle ne pouvait décemment pas sortir en petite robe de nuit blanche.

« J'ai besoin d'aide, » lança-t-elle dans le vide.

Immédiatement, Lampion laissa la petite grenouille de côté et alla piailler à la fenêtre, appelant d'autres oiseaux habilleurs.

La porte s'ouvrit sous la pluie battante alors que Sakura s'annonçait, la tête haute. Elle vit aussitôt les anciens s'incliner devant elle.

À peine avait-elle fait un pas dehors que le voile léger qui recouvrait sa figure se mit à lui coller à la peau car il était trempé.

« Je vais voir ceux qui me vénèrent, » déclara-t-elle, sans être certaine d'avoir été entendue à cause de la pluie.

Elle marcha ensuite sans que personne ne l'arrête, sur le sentier qui la mena à l'estrade où elle avait reçu des gens venu lui adresser des prières, quelques jours auparavant. Elle la contempla alors que de part et d'autres, des citoyens qui s'étaient réunis sous d'immenses parapluies s'inclinaient en s'exclamant de surprise.

« C'est elle, c'est notre déesse ! »

Sakura fut alors étonnée de voir des visages très exotiques parmi eux, des visages qu'on ne pouvait voir d'ordinaire à Konoha.

Des gens étaient venus pour la voir ?

Avec la pluie, elle n'avait pas entendu les gardes venir derrière elle pour empêcher les gens de la toucher. Elle leur jeta un regard sombre et alla jusqu'à repousser une de leur lance. À sa grande surprise, le garde sembla l'écouter et se recula.

« Je peux faire ce que je veux, » se répéta alors Sakura à elle-même.

Prenant enfin conscience de ses droits en temps que nouvelle déesse, elle se mit à marcher la tête haute, s'enfonçant dans la foret pour rejoindre la clairière la plus proche. Plus elle avançait, plus il y avait de gens. Beaucoup n'avaient même plus de parapluie, ils étaient simplement trempés.

Tous sans exceptions affichaient une expression de pure stupeur mélangée à de la vénération quand ils la voyaient approcher. Elle sentait de temps à autre des mains timides la toucher tout doucement, comme si elle était faite de fumée et allait se dissiper.

Sakura se laissa guider à travers la foule de plus en plus compacte, remplie d'animaux fantastiques, jusqu'à arriver au sommet d'une colline où on avait érigé une grande arche de fleur. Sentant qu'il fallait qu'elle prenne de la hauteur si elle voulait voir pleinement tout le monde, la jeune Haruno entreprit d'escalader l'arche, aidée par un gros oiseau jaune.

Son kimono la gêna rapidement, et se déchira même au niveau de la cuisse.

« Oh non, » pensa-t-elle avec amertume.

Elle continua néanmoins son ascension jusqu'à arriver au plus haut de l'arche, où elle pouvait enfin apprécier l'envergure de la chose.

Elle leva d'abords son regard vers l'horizon et pouvait voir la limite de la foret Nara qui était loin, si loin... Des oiseaux colorés volaient dans le ciel, et elle pouvait voir d'énormes silhouettes d'animaux probablement gigantesques qui se déplaçaient au milieu des arbres.

Sakura ravala sa salive. Était-ce vraiment dû à elle, tout cela ?

Un peu secouée, elle n'osa pas encore regarder la foule. À la place, elle ferma les yeux et ne les rouvrit que pour voir ses propres mains, bleues, bien sûre, agrippées à la structure en bois de l'arche. Elle réalisa que de petits êtres blancs semblables à des bons-hommes faits en pierre vivaient parmi les fleurs sur lesquelles elle était montée.

« C'est Megumi sama ! »

Elle vit d'abords le visage d'une femme qui la regardait avec tellement d'admiration et d'espoir.

« Megumi sama ! »

La foule scandait son nom. Alors qu'elle redressait la tête, Sakura pouvait voir tous ces regards, si intenses, si demandeurs, si... Si religieux.

« Megumi sama ! »

La pluie s'arrêta net. Un rayon de soleil puissant éclairant subitement toute la foret Nara. Sakura sentit le vent s'engouffrer dans ses cheveux.

Et c'est là...

C'est à ce moment là qu'elle réalisa.

« Megumi sama. »

Tous les yeux étaient rivés vers elle. Ce n'était plus des dizaines ou des centaines mais bien des milliers de personnes, en contre bas, qui l'admiraient, qui levaient leur mains vers elle.

Ses yeux étaient plus exorbités que jamais. D'un geste prompt, Sakura retira le voile qui lui couvrait le visage. Elle vit la foule agglutinée au pied de l'arche se l'arracher des mains, et de toute part, le peuple l'acclamait.

Sakura fut frappée de cette vague d'amour.

Elle était leur déesse.

Elle pouvait faire ce qu'elle voulait.

Elle pouvait retirer son voile, déchirer son kimono, elle n'avait qu'à être là, elle n'avait qu'à être présente, et elle était aimée. Elle était aimée à la folie, par des milliers et des milliers de personnes, bien au-delà de Konoha. Elle était vénérée comme jamais elle-même n'avait vénéré aucune divinité. Elle était l'élue du clan Nara, et ça allait bien au dessus d'un groupe de ninja dans l'un des villages militaire du pays.

Quelle autre voie y avait-il jamais eu pour elle ? Devenir un médecin quelconque ? Un ninja médiocre ? Sans nom, sans histoire, dans l'ombre de Sasuke Uchiwa et Naruto Uzumaki ?

Mais non, elle était là, elle était la vie, elle était la déesse.

Alors elle sourit, et les gens lui sourirent en retour. Parce que Sakura mesurait enfin, enfin sa chance. Elle comprenait enfin que c'était vrai, que ce n'était pas un rêve, qu'elle était bel et bien au centre de tout, comme tout le monde le désir secrètement.

Alors, au sommet de tout, dans la lumière du soleil, acclamé par le peuple, Sakura savoura les minutes, heureuse, pour la première fois depuis longtemps. Dans ce contexte, se rappelait-elle seulement du nom de Shikamaru Nara ?


Waking up thinking of what it is to be loved

Should I know on my own, on our own what it is to be loved


Un homme s'agenouilla devant Sakura, murmurant une prière. La jeune fille posa doucement sa main sur le derrière de sa tête en le regardant avec tendresse.

Les prières lui avaient semblé si ennuyeuses les premières fois, elle s'était sentie comme un imposteur, mais maintenant, quand elle voyait comme les aimants la regardaient, elle se sentait comblée de bonheur.

Assise à genoux sur son estrade, Sakura était vêtue d'une petite robe blanche toute simple. Lampion était assis à sa gauche, et à sa droite se trouvait un gros lion qui possédait deux énormes ailes.

Lorsque l'homme se redressa et que son regard croisa celui vert d'eau, il sourit timidement et la remercia.

« C'est moi qui vous remercie, » répondit Sakura.

Quand elle parlait, des fleurs se manifestaient subitement, poussant autour d'elle en quelques secondes. Après moins d'une minute, elles revenaient à l'état de poussière, leurs pétales restant intact et jonchant le sol.

Sakura s'apprêta à saluer le prochain prieur mais fut surprise de voir deux yeux qui lui semblaient encore plus bleus que les autres.

« Naruto ? »

Le lion à ses côtés ouvrit les yeux. Il avait jusque là dormi plus ou moins paisiblement, mais il redressa sa tête et s'assit comme un sphinx en entendant ce nom. Le soleil de fin d'après-midi lui donnait des tons oranges et rosés, et ses yeux blancs se découpaient si clairement du reste que cela en donna la chair de poule à Naruto.

« Je pensais que tu ne viendrais pas me voir, » dit Sakura avec une certaine colère retenue.

« Heu je... Je suis désolé, » bégaya Naruto, n'osant s'approcher assez pour pouvoir s'agenouiller. « Tu, heu... Tu pourrais lui dire de ne pas me regarder comme ça ? Il me file la frousse. »

Sakura tourna rapidement la tête vers le lion qui détourna complètement son regard dans la direction opposée. Naruto se racla alors la gorge et se mit en position de prière.

« Je suppose que tu n'es pas venu prier, » murmura Sakura.

« Tu sais bien que je n'ai jamais été religieux, » répondit son coéquipier avec un petit rire jaune.

« Pourquoi tu n'es pas venu avant ? » demanda alors la jeune femme, l'amertume se faisant ressentir dans ses mots.

« Ahah... » encore un rire jaune. « C'est à dire que me taper 7 heures de queue juste pour te dire bonjour... Voilà quoi... »

« Ah, je ne suis pas assez précieuse à tes yeux, je ne suis pas digne de ton temps ? »

La voix cassante de Sakura fit tiquer Naruto. Il avait, jusque là, les yeux rivés sur le sol complètement recouvert de pétales, mais il redressa soudainement son visage vers elle.

« Non, je... Heu... Ce n'est pas ce que je voulais dire. »

« Pourtant c'est ce que tu as dis, » affirma la déesse, la tête haute.

« Je... Erm... Je plaisantais... Pardon, tu sais bien que je n'ai jamais eu un sens de l'humour très fin. »

Naruto se grattait nerveusement l'arrière de la tête et cela agaça presque Sakura. Elle savait que l'ancienne ''elle'' aurait exprimé cette colère en le frappant sur la tête et en disant quelque chose comme : « Imbécile, ne dit pas des choses pareilles ! ». Mais ça n'était plus elle. Naruto n'avait plus les mêmes couleurs, et la vie était différente.

« Très bien, » dit-elle, « quoi que tu veuilles, tu ferais peut-être mieux de laisser la place à ceux venu prier. »

« C'est-à-dire que... » bredouilla le ninja, « je voulais te parler de ma précédente mission, celle dont je viens de rentrer, je-... »

« Je ne veux pas savoir ! » coupa Sakura sèchement, assise toute droite, le fusillant du regard.

« Mais Sakura, cette fois-... »

« Tu es dans un lieu sacré, Uzumaki, » aboya Sakura, « respecte moi, ou va-t-en ! »

Naruto écarquilla de grand yeux rond comme des pierres précieuses. Jamais Sakura ne lui avait parlé comme ça. Il se retint de répondre sur le même ton au dernier moment, car le grand lion aux côtés de Sakura s'était levé et lui montrait les crocs. Naruto ne put rester impassible et recula, le cœur battant. Il eut juste le temps de prendre un air sérieux et lança à Sakura : « Ça, ça n'est pas toi » avant de partir.

Sakura, elle, garda un air blasé. Lorsque le lion se recoucha près d'elle, elle lui offrit une caresse. Après quoi elle se leva de son estrade. Les yeux se tournèrent naturellement tous vers elle, et la personne qui était sensée être la suivante lâcha même un sursaut en voyant la déesse s'approcher.

Sakura s'accroupit et posa une main sur le sol, agissant plus par instinct que par autre chose. Elle sentait comme un bouillonnement, une chaleur qui passait de son cœur, jusque dans les épaules, puis son bras, sa main, et se transmettait dans le sol. C'était un peu comme une effluve de chakra, mais en plus puissant. C'était grisant, cette nouvelle sensation qu'elle découvrait.

Après seulement quelques secondes, de petites boules scintillantes comme des lucioles se mirent à apparaître un peu partout, tout autour d'elle. Elles semblaient naître depuis le sol et s'élevaient dans les airs, légères.

Aussitôt, des cris d'émerveillements se firent entendre.

« Notre déesse est merveilleuse ! »

« Megumi-sama nous offre la joie de vivre ! La foret n'a jamais été aussi vivante ! »

Un groupe d'anciens installé non loin échangea des rires complices.

Sakura resta là et s'assit sur ses genoux, les yeux levés vers le ciel. Elle regarda les petites étoiles qui s'élevaient et ferma les yeux. Elle souriait. C'était bon d'être en vie. Ce sentiment de complétude, elle l'avait tellement cherché. Elle ne le laisserait pas partir.


Plus Sakura maîtrisait ses nouveaux pouvoirs, plus les gens affluaient des quatre coins du continent pour venir la voir. Shikamaru n'avait fait qu'observer Sakura de loin depuis leur dernière discussions. Il regrettait les moments simples qu'ils avaient pu passer tous les deux avant que cette histoire ne prenne une telle ampleur, mais d'un autre côté, il devenait de plus en plus difficile de décerner la vision qu'il avait jadis eu de Sakura. Elle lui avait lancé un regard, deux ou trois fois, en souriant, comme si rien n'avait jamais eu lieu entre eux.

« Allez Shikamaru, » le pressa sa mère une énième fois, « va la voir, et prie ! »

Cette idée insurgea Shikamaru au point qu'il en fit une grimace, ce qui lui valut une tape sur le bras de la part de sa mère.

« Tu ne peux pas être un peu plus respectueux, bon sang ! »

Elle ne parlait plus que de ça de respect, de religion, de foie. Mais ça ne touchait pas plus Shikamaru qu'avant. Juste parce qu'il avait la preuve que tout était réel ne signifiait pas qu'il allait soudainement s'y intéresser.

« On pourrait y aller ensemble, si tu veux, » dit Ino alors qu'elle versait du thé vert au jasmin dans la tasse de Shikamaru.

Elle continuait à visiter sa famille régulièrement bien que sa mère ne lui portait plus autant d'intérêt qu'auparavant, et surtout elle passait de plus en plus de temps avec le fils Nara.

« Tu pries Sakura, toi ? » demanda Shikamaru en arquant un sourcil, méfiant. « T'as des trucs à lui demander ? »

Ino secoua la tête, ses longs cheveux blonds ondulants sous l'effet de ses mouvements : « Tu sais bien que non, j'ai déjà tout ce dont n'importe qui peut rêver, » elle eut un petit sourire vantard avant de continuer plus simplement, « c'est une simple preuve de politesse que de s'adresser à nos dieux en des termes respectueux. »

« Même quand le dieu, c'est Sakura ? » demanda encore Shikamaru amèrement.

« Il faut savoir accepter les situations telles qu'elles sont, » répliqua Ino avant de boire une gorgée de son thé.

Ino semblait presque trop parfaite à Shikamaru, surtout dans ces moments là. Elle était si polie, si respectueuse, et pourtant elle gardait sa classe et son charme habituels. Même si elle avait été très jalouse de Sakura au début, et qu'elle s'était énervée contre elle, elle semblait maintenant totalement accepter le nouveau fonctionnement du monde. Fasse à autant de maturité, le Nara ne put se décliner.

Il passa des heures dans la file d'attente pour pouvoir parler à Sakura. Il avait beau se triturer la tête, il ne savait même pas ce qu'il allait dire. Ino lui avait conseillé de lui adresser une prière silencieuse, mais Shikamaru n'avait pas envie de faire ça. Il savait très bien qu'il allait juste mettre ses paumes l'une contre l'autre et ne penser à rien, puisque prier n'avait jamais été son truc. Si il allait la voir, autant lui parler.

Quand se fut enfin son tour, il s'avança solennellement vers Sakura et fut soulagé de ne voir aucune animosité dans ses yeux verts.

« Shikamaru, » dit-elle en souriant légèrement. Une fleure éclot à côté de sa jambe. Elle était assise sur ses genoux et portait un kimono bleu qui semblait très léger, peut-être fait de soie, ou d'un matériaux peu utilisé pour la fabrique de kimono. Il était ouvert au niveau des cuisses et n'avait pas de manches : il rappelait presque l'ancienne tenue de la ninja. Elle continua : « je ne m'attendais pas à te voir durant les prières. »

« Hm, » il ravala sa salive, sentant que l'atmosphère était lourde, « comment vas-tu ? »

Sakura était placée plus haut que lui, sur une petite estrade blanche, et autour d'elle se trouvaient des petits oiseaux semblables à des moineaux, tandis qu'elle était entourée de deux majestueux lions avec des ailes, positionnés comme des sphinx. Ils semblaient avoir remplacés les gardes.

« Je vais bien, » répondit rapidement la jeune fille alors qu'un oiseau sautilla de sa tête sur son épaule, « mais si tu es juste venu pour avoir de mes nouvelles, je te demanderai de bien vouloir partir et laisser ta place aux personnes qui ont besoin de leur déesse. »

Cette phrase gela Shikamaru de surprise. C'est sûre qu'il y avait des centaines, peut-être même des milliers de personnes derrière lui, et qu'il leur faisait perdre du temps... Mais tout de même. Sakura le regarda d'un air neutre, et comme il ne bougeait pas, elle se pencha sur le côté et appela la personne derrière lui.

Par réflexe, Shikamaru se retourna et se rendit compte que celui qui se trouvait derrière lui n'avait pas fait la queue, ou tout du moins, il ne l'avait pas aperçu jusqu'à lors. Ino, qui s'était déplacée sur le côté après sa prière, tiqua elle aussi.

La personne s'avança, vêtue d'un grand capuchon qui recouvrait tout son visage et d'une cape qui cachait sa silhouette.

Sakura fut la première à réaliser de qui il s'agissait. Hypnotisée, elle leva la main doucement, et une légère brise vint décoiffer la silhouette de son capuchon, révélant des cheveux d'un noir intense et un regard tout aussi profond.

«Sasuke...»