Coucou les ptits choux !
URGH j'ai eu tellement de mal à écrire ce chapitre ! Je sais pas si ça va se ressentir mais bon. Je pensais tellement à d'autres moments à venir dans l'histoire que j'avais du mal à écrire (surtout que c'est un chapitre filler un peu donc flemme il se passe pas grand chose à part que Brenner est ultra creepy).
Bon beh, bonne lecture et hésitez pas à commenter :0 je vois que y a pas mal de lectures mais c'est dommage, vous me dites pas ce que vous en pensez.
TCHOUS
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Chapitre 3_Plan B
Billy s'était habitué à la présence de son double dans la pièce.
Ç'aurait été difficile de faire le contraire car Billy était plus souvent drogué qu'il n'était sobre et le double était toujours là quand il était drogué. Il venait lui faire quelques visites quand il était sobre également mais ç'avait tendance à terroriser Billy et à le pousser à s'assommer volontairement (ou du moins à se faire tant de mal que les médecins et les gardes étaient obligés d'intervenir).
S'il le voyait sobre, c'est que ça signifiait qu'il était réel, non ? Qu'il n'était pas qu'une hallucination. Et ça, Billy ne pouvait pas l'admettre. Il ne voulait pas.
T'es bien assez fatigué et affamé pour avoir des hallucinations même sans drogues…
Bien qu'il soit conscient de son état misérable, il ne voulait pas prendre le risque d'accorder son attention au double quand il n'était pas sous l'emprise d'il ne savait quelles foutues drogues Brenner avait décidé de lui injecter ce jour-là. Cela aurait donné au double encore plus de puissance dans l'esprit perturbé de Billy et il en avait déjà trop.
« Tu es faible. Tu nous as laissés entrer. C'est pour cela que nous t'avons choisi.
- J'ai essayé… Je ne voulais pas...
- Regarde-toi.
- Laisse-moi tranquille, geignit Billy, secouant mollement sa tête de droite à gauche et tirant sur les attaches à ses poignets, irrités d'avoir trop souvent fait le même geste. »
Brenner lui posait moins de questions depuis quelques jours. Enfin… il pensait que cela faisait quelques jours. Il ne savait pas depuis combien de temps il était coincé dans cet enfer mais il avait l'impression d'être sur cette chaise face à la vitre et aux médecins depuis des années et des mois. Ceux-ci notaient toujours avec attention le moindre geste qu'il puisse faire, la moindre parole qu'il puisse prononcer mais Brenner, lui, était davantage en retrait et avait un pli entre les sourcils qui ne partait plus.
« Tu es en train de les laisser te tuer. Alors que je t'avais rendu fort.
- Ouais, eh bah on dirait que ça marche plus, marmonna Billy, les mots lui arrachant une quinte de toux.
- Tu vas mourir. Tu serais plus utile si tu construisais, si tu faisais partie de nous.
- Non… non…
- Comme Heather. Comme Mme Holloway. Comme M. Brown. Comme Adam.
- Ferme-la ! Billy hurla, croisant le regard, toujours impassible, droit et dur, du double. »
Il avait très vite remarqué que ce dernier ne le touchait jamais et s'approchait rarement, préférant rester debout dans un coin ou adossé au mur sur son côté, observant ce qu'il se passait derrière la vitre. Ça lui avait permis d'en déduire que le double n'avait pas l'intention de lui faire de mal physiquement ou qu'il n'en était peut-être même pas capable. Il pouvait donc bien lui crier dessus autant qu'il le voulait.
Le fait qu'il puisse se voir « lui-même » avait intéressé Brenner et les médecins au début. Ils avaient paru excités qu'il y ait un résultat aussi immédiat mais leur enthousiasme avait vite disparu quand ils n'avaient su quoi en faire et quand aucun progrès n'était notable. Billy ne savait toujours pas ce qu'ils attendaient de lui et quel était leur but final.
« Aucun humain n'a rien à attendre de toi. Nous, nous avons une utilité pour toi. »
Le double savait toujours ce qui lui passait par la tête – ce qui était nouveau car il n'avait pas eu l'impression que le Monstre de l'Ombre en avait quelque chose à faire pour sa part. Le double, lui, adorait le torturer en utilisant tout ce qui était dans son esprit.
Constamment, il répétait les mêmes choses : combien il n'y avait qu'« eux » qui voulaient de lui, à quel point il était proche de la mort, les noms de ceux qui avaient été pris par le monstre (comme si Billy avait pu les oublier)… Il insistait parfois sur le fait que personne ne viendrait jamais le sauver. Ce qui n'était que trop vrai.
Billy baissa la tête, abattu, et ses yeux tombèrent sur le petit 016 qui était d'un noir profond contre la peau pâle de l'intérieur de son avant-bras. Il ne le voyait presque plus maintenant, en partie parce qu'il avait décidé d'ignorer le signe sur sa peau jusqu'à la fin de sa vie et d'autre part parce qu'il s'y était malheureusement accoutumé.
On s'habitue à tout.
Il aurait voulu ne pas s'habituer au tatouage... aux drogues, aux chocs d'électricité quand il ne répondait pas assez vite à Brenner, au pur épuisement dans lequel il se trouvait, à l'impression de ne plus être lui-même. Il voulait juste lâcher prise mais son corps ne le laissait pas faire.
C'était vraiment incroyable que celui-ci n'ait toujours pas craqué. Billy ne se rappelait pas d'avoir jamais été aussi ravagé physiquement ; s'il avait du mal à s'en rendre compte pour lui-même, il pouvait tout de même voir que son double avait l'air mal en point. Mais l'enfoiré était debout et semblait prêt à l'enterrer.
T'as beau avoir l'air moins faible, tu vas quand même partir avec moi, salopard.
« Non. Nous sommes encore là.
- Ah ! s'exclama Billy dans une mauvaise imitation de ricanement. Tu vas me faire croire que le Monstre est dans notre monde ? On serait déjà tous morts si c'était le cas !
- Nous sommes encore là. »
Le double était imperturbable, persuadé de ce qu'il disait, ce qui fit hésiter un instant Billy.
Mais non, ce n'était pas possible. Il n'y avait pas de portail.
Peut-être que le double parlait du monstre que les soviétiques cachaient au fin fond de leur base secrète ? Billy ne savait pas de quelle nature était ce fameux monstre. Si ça se trouve, il était aussi horrifiant que l'immense monstre plein de rats et d'êtres humains qu'il avait vu naître à Hawkins… aussi horrifiant que le Monstre de l'Ombre. Il espérait sincèrement que Brenner n'était pas assez aveuglé de pouvoir qu'il laisse un monstre pareil prospérer.
Brenner, d'ailleurs, se redressa soudainement et, avec ce mouvement habituel de mettre ses mains dans ses poches, il s'adressa aux autres médecins. Ils l'écoutèrent tous attentivement, beaucoup hochant la tête et d'autres ayant l'air appréhensif. Brenner lui-même paraissait agacé et frustré. Ça ne pouvait pas être bon pour Billy.
« Tu vas finir par nous rejoindre.
- Non. Jamais.
- Ils vont t'amener à nous.
- Non, non… Ils ont dit que… Brenner a dit que j'étais un cas intéressant pour eux…
- Tu vas faire partie de nous.
- Tais-toi, murmura Billy, tremblant de tous ses membres. »
Des gardes entrèrent dans la pièce.
Il aurait protesté si c'était il y a des semaines, mais il était fatigué et il avait assez supplié pour toute une vie. Qu'ils l'amènent, peu importe où c'était, au monstre, dans sa première cellule, dans sa deuxième cellule… N'importe quelle fin ne pouvait pas être bien pire que ce qu'il vivait déjà. Malgré toutes ses résistances à ce que pouvait dire le double, il ne pouvait pas lutter contre des gens qui n'hésitaient aucunement à le toucher et lui faire du mal.
Quand les gardes le soulevèrent de la chaise, le double avait disparu.
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Étrangement, ils le ramenèrent à sa deuxième cellule (comme il en avait l'habitude depuis qu'il était drogué quotidiennement) et l'attachèrent à son lit à la banquette inconfortable – ce qui signifiait qu'il devait dormir. C'était bien la partie étrange de cela car, pour être constamment privé de sommeil, il savait que c'était bien trop tôt pour la courte sieste qu'ils lui permettaient de temps en temps.
« Qu'est-ce que vous faites ? il marmonna alors que la porte claquait déjà dans le dos des gardes.
- On va changer de programme pour toi, Seize. Il est temps de passer au plan B. »
Billy crut une seconde que c'était le double qui était de retour (il ne se confinait pas à la salle d'expérience), mais vit bientôt Brenner le dominer de toute sa hauteur à côté de son lit.
« Pourquoi ?
- Car le plan A ne donne pas des résultats satisfaisants. Très clairement.
- Qu'est-ce que vous allez me faire ? il demanda, tentant péniblement de réprimer le sanglot qui manquait de briser ses mots. »
Brenner l'observa un instant, comme réalisant quelque chose, et s'assit alors au bord de son lit. Billy devait baisser les paupières pour le regarder et ça ne l'aidait vraiment pas à se maintenir éveillé. Seule l'anxiété que lui provoquait la présence aussi proche de Brenner contrecarrait le besoin de son corps de s'endormir immédiatement.
« Oh, Seize, ce sera beaucoup moins douloureux que les décharges d'électricité, d'accord ? Au contraire, tu ne sentiras rien. Plus rien du tout.
- Vous… vous allez me tuer ? »
C'était ça, non ? C'était la fin. Le plan B était simplement de le tuer et sans doute de trouver un nouveau « cas intéressant » sur lequel Brenner et les médecins pourront se défouler.
« Oh non, surtout pas, répondit tranquillement Brenner, en posant une main sur la sienne, ce qui fit radicalement accélérer les battements de son cœur et coupa sa respiration. Tu nous es bien trop précieux pour ça. On va juste changer de méthode. »
Heureusement, Brenner se contenta de tapoter trois fois (l'esprit de Billy lui donna l'impression que c'était une vingtaine de fois) sur sa main et se releva.
« On va te laisser te reposer quelques temps et on continuera les tests plus tard. Dors bien, Seize. »
Sur ce, il quitta la chambre.
Billy prit à peine le temps de s'interroger sur ce qu'il venait de se passer qu'il s'endormait déjà, le corps parcouru de spasmes.
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Il eut l'impression de dormir une éternité.
Et pourtant, quand Brenner, entouré de trois gardes, vint le réveiller, il ne rêva que de se rendormir aussitôt. Sa bouche était atrocement sèche, il se sentait nauséeux et faible, et il avait froid. Et surtout, il savait que les tests allaient reprendre, ce qui l'épuisait et l'effrayait au-delà des mots.
Rien de bien nouveau, finalement.
Un garde se chargea de le détacher et le redressa brusquement en position assise contre le mur à la tête de sa couchette. Billy n'eut pas le temps de protester qu'un violent haut-le-cœur le prenait et qu'il se penchait in extremis pour vomir sur le sol, à quelques centimètres des bottes du garde. Celui-ci glapit quelque chose en russe et s'éloigna d'un pas alors que Brenner se rapprochait sans que Billy ne le remarque, trop occupé qu'il était à vomir le peu de bile que contenait son estomac.
« On t'a un peu malmené, n'est-ce pas ? Ce n'était pas sans raison, ne t'inquiète pas. Et si le test d'aujourd'hui apporte des résultats plus satisfaisants, tu verras que l'on peut être nettement plus conciliants. »
La main, large et chaude, qu'il posa dans son dos déclencha un nouveau haut-le-cœur chez Billy qui sentait sa vision se brouiller de larmes également tant les vomissements étaient douloureux.
Qu'il dégage sa putain de main…
Par miracle, Brenner s'écarta enfin, cessant de toucher Billy, tout en restant néanmoins assis sur la couchette, donnant des ordres en russe aux gardes.
« Je sais que tu n'en as sans doute pas envie maintenant mais tu vas devoir te nourrir, Seize. Nous avons besoin que tu sois un minimum réactif durant le test que nous allons passer aujourd'hui, énonça Brenner de cette voix caressante qui faisait frémir Billy autant que les hurlements de son père avaient pu le faire auparavant.
- Je peux pas…, il murmura, remontant la tête et s'affaissant lentement contre le mur. Je viens de gerber, je peux pas bouffer… »
Cela lui coûtait la moindre once de son énergie d'expliquer cela à Brenner mais il avait l'impression que c'était important et comment Brenner ne pouvait pas comprendre cela de lui-même ?
« Tu vas devoir te lever, marcher et faire bien plus que cela aujourd'hui. Tu dois manger. »
Billy plongea un instant son regard hagard dans celui intraitable de Brenner.
« Mais je ne peux pas, il insista, hésitant, prononçant les mots comme une question.
- Tu peux, affirma Brenner, se détournant de lui et faisant signe au garde qui portait un plateau de s'approcher. Ça fait des jours que tu n'as pas mangé, tu dois avoir faim, non ?
- Je… je sais pas… »
Brenner récupéra l'assiette (leur foutue bouillie en plus… c'est leur bouillie qu'ils veulent me faire manger...) qui se trouvait sur le plateau et une grande cuillère. Le troisième garde qui était resté derrière pour le moment brandit alors le pistolet qu'il avait à la taille et le pointa sur Billy. Droit entre les deux yeux.
Ils ont peur que j'agresse leur boss avec une grande cuillère ? Enfin bon… ils font bien de se méfier ; je sais manier une assiette.
« Est-ce que tu es capable de manger tout seul ? demanda Brenner, tenant toujours le repas sur ses propres cuisses. »
Billy ne dit rien pendant un instant, trop abruti de fatigue pour persister à essayer de faire comprendre à Brenner que le moindre aliment qu'il puisse avaler maintenant allait ressortir aussitôt. Malheureusement, il comprenait aussi assez aisément qu'il n'avait pas le choix et que c'était soit subir l'humiliation de laisser Brenner le nourrir (ce qui suffisait à lui donner de nouveau envie de vomir), soit se débrouiller par lui-même pour engloutir leur foutu repas imposé.
Ses bras pesaient des tonnes mais il finit par prendre l'assiette de bouillie et la grande cuillère.
« C'est bien, Seize, va à ton rythme, sourit Brenner en l'observant remplir sa première cuillerée de bouillie.
- J'ai pas l'impression que ce soit le cas, Billy grogna, amer. »
Brenner ne répondit rien.
Les premières bouchées et leur goût furent presque insoutenables et Billy ne sut réellement comment il trouva la volonté de ne pas recracher immédiatement ce qu'il venait d'avaler. Il mangea lentement, essayant de ne pas tousser et sans regarder un instant Brenner ou les autres hommes présents.
Quand il eut fini, il remarqua à contrecœur qu'il se sentait effectivement mieux après avoir mangé et bu. Sa gorge était toujours un peu douloureuse mais elle n'était plus aussi sèche, l'intérieur de son ventre lui paraissait plus solide et il avait moins froid. Il sentait néanmoins que le moindre mouvement brusque ne pouvait pas être bon pour lui. Brenner lui sourit, comme pour le féliciter d'avoir fait l'action la plus simple. Billy détourna vite le regard, préférant contempler ses cuisses qu'on avait débarrassées du plat.
« Maintenant que tu as fini de te nourrir, on va passer au plan B, tu te souviens ? Celui qui n'est pas douloureux. Il demande juste que tu te concentres et que tu fasses ce qu'on te dit. »
Rien de plus simple, hein ?
Billy hocha la tête, ignorant ses pensées acides, pour faire signe qu'il avait entendu et compris ce que Brenner lui disait. Il n'était pas sûr qu'il puisse obéir cependant.
« On va devoir te changer. Comme d'habitude, je te conseille de collaborer. Tu sais ce qui arrive quand ce n'est pas le cas. »
Sur ce, le garde qui avait porté le plateau du repas de Billy déplia une sorte de courte combinaison beige qui se trouvait dans le creux de son coude. Elle laissait les bras et les jambes nus et avait des sortes de rectangles (des poches ? Des transmetteurs électriques ? Des bouées ?) sur le torse et le dos. Billy se leva de la couchette, luttant contre le vertige qui le prit et prenant garde à ne pas effleurer Brenner qui se tenait toujours aussi proche. Celui-ci, soit par malice de savoir que Billy ne le supportait pas ou par inconscience de ce qui se passait dans la tête du garçon, reposa sa main sur son dos dans une parodie de soutien.
« Tu mets ça, Seize, et on pourra y aller. Tu n'as rien à craindre. »
Billy commençait à se demander si la sollicitude croissante de Brenner était tout un acte ou si celui-ci se prenait réellement d'affection pour ses rats de laboratoire. Quoi que ce soit, il aurait préféré que Brenner reste aussi froid qu'il avait pu l'être au début. Cette (fausse) douceur qu'il lui montrait l'affolait dans le sens qu'il ne savait pas ce que c'était et (il se haïssait pour cela) qu'il l'appréciait.
Faible. Faible. Faible. Putain de faible.
Il en avait assez de se sentir vulnérable et devoir se mettre à nu devant quatre hommes (dont trois armés) n'aidait certainement pas ce sentiment. Il tenta d'être efficace dans ses mouvements et d'enfiler rapidement la combinaison : bien qu'il ait beaucoup maigri depuis ces dernières semaines, celle-ci lui allait parfaitement. Cela le fit s'interroger une énième fois, malgré lui, sur ce que Brenner et les soviétiques avaient pu (lui) faire alors qu'il était inconscient, que ce soit au tout début de sa captivité ou maintenant qu'il était dans le laboratoire.
« Parfait, commenta Brenner, ne pouvant visiblement s'empêcher de le toucher et de lui tapoter l'épaule. Maintenant, suis-moi. »
Billy le suivit docilement, la pointe d'un pistolet pointé dans le dos et un garde de chaque côté. Comme s'il faisait le poids. Même dans son ancienne forme, avant l'été 1985, il aurait probablement eu du mal à vaincre les trois gardes entraînés à battre et à tuer. Leur méfiance à son égard était bien une des rares choses qui pouvaient l'amuser ces derniers temps car c'était ridicule de leur part.
Mais ce n'était sans doute pas sans raison. Donc pas si ridicule. Donc pas si marrant.
Ils marchèrent un moment, descendant bon nombre de niveaux dans un ascenseur, avant d'arriver où ils le souhaitaient. Durant leur trajet, un médecin les rejoint et discuta avec animation avec Brenner. Il était plus petit et devait s'empresser pour marcher au même rythme que celui-ci, et le fait qu'il ait beaucoup de choses à dire n'aidait pas sa respiration sifflante. Brenner ne lui accordait que quelques réponses courtes en russe, continuant implacablement. Il était si sûr de lui...
Pas la première fois qu'il doit utiliser le plan B, hein ?
Ils arrivèrent enfin à des lourdes portes gardées par d'autres soldats. Brenner guida Billy à l'intérieur, attirant l'attention de la plupart des personnes qui s'y trouvaient. Billy le remarqua à peine, trop occupé à contempler l'immense… pièce, laboratoire ? dans laquelle il venait de mettre les pieds.
Ce n'était pas si différent du reste du bâtiment d'expériences. Les murs étaient lisses et blancs, la lumière était vive et ne laissait rien caché, et il y avait des machines le long des murs. La seule chose différente était l'espèce de grand bocal au centre de la pièce. Assez grand pour y faire tenir plusieurs humains, ça c'était sûr.
Oh putain. Donc c'est des bouées sur la combi.
« Je vais aller là-dedans ? Billy demanda, ralentissant sans s'en rendre compte.
- Oui, confirma Brenner, se tournant vers lui avec, encore, cette lueur indescriptible dans le regard. Je t'avais promis que tu ne souffrirais pas.
- Mais… pourquoi ? Qu'est-ce qu'il va se passer ?
- Ça, ça dépend de toi. »
Brenner le poussa du bout des doigts vers les escaliers en métal qui menaient à l'extrémité supérieure du tube. Billy monta, son cœur battant de plus en plus fort dans tout son corps. Il n'était pas prêt pour ça. Il venait d'être drogué pendant des semaines, bon Dieu. Il tenait à peine sur ses jambes. Il ne savait même pas ce qu'il était censé faire et Brenner refusait manifestement de lui dire.
Je vais paniquer. C'est évident que je vais paniquer. Qui ne paniquerait pas ?
Un médecin vint lui envelopper le crâne d'un ensemble de fils et de récepteurs qui ressemblaient à de gros médicaments et Billy se retrouva pris d'une ancienne pulsion, bien connue de lui-même, de frapper violemment cette personne qui s'approchait beaucoup trop de lui.
Mais il ne pouvait pas. Brenner était là. Les soldats avec des pistolets étaient là.
« Penses-y comme de prendre un bain, ok, Seize ? dit finalement Brenner. Ce n'est pas plus dur que ça. Pense à bien respirer et fais le vide dans ton esprit. »
Et il repartit par les mêmes escaliers qu'ils venaient de monter pour venir se placer en bas, face au bocal. Billy eut à peine le temps de croiser son regard au-dessus de la balustrade qu'un autre médecin lui indiquait rudement comment s'installer sur une sorte de balançoire qui le plongerait dans le tube. Le médecin pointa vers le bas et puis mima le geste de lâcher prise sur les barres. Billy s'exécuta, imaginant qu'il devrait descendre de la balançoire en bas et s'interrogeant néanmoins sur le manque flagrant de moyen de respirer pour le moment.
Mort par noyade...
Il se prenait à peine à songer à la souffrance que ce serait que le premier médecin (celui qu'il avait voulu frapper) brandit un scaphandre, lourd, imposant, qui marquait définitivement le caractère inévitable de ce que Billy allait devoir faire.
Il serra les barres raides de la balançoire de ses poings, à s'en faire mal, quand celle-ci commença à descendre.
Au moins, l'autren'est pas là. Au moins, j'ai un minimum de contrôle sur moi-même. Au moins, je ne vais plus gerber et trembler et suer...
L'eau lui lapa les pieds, puis les mollets, puis les cuisses. Ça devenait difficile de se rassurer. Le médecin posa le scaphandre sur ses épaules et il plongea sous l'eau. La trappe du tube se ferma au-dessus de sa tête alors qu'il voyait Brenner lui faire un signe de la main derrière la vitre, face à lui.
Deux secondes après, une paroi coulissait et il était plongé dans le noir.
Dans le silence.
Dans le néant.
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Bon voilà !
Du coup je précise au cas où ce ne serait pas clair : le double n'est pas une manifestation du Flagelleur Mental ou quoi que ce soit. C'est une hallucination de Billy (causé par les drogues, l'épuisement, la faim et la soif - au choix) ; c'est pour ça d'ailleurs que le double peut savoir ce qu'il pense et s'en soucie (il vient de l'esprit de Billy lui-même). Quand Billy questionne le double sur le fait que le Monstre soit toujours là, c'est parce que lui-même en a peur. Voélé.
J'espère que ça vous a plu quand même (même si perso ça m'a pas plu ptdr) et à la prochaine !
