Après une longue absence et quelques problèmes, je me décide enfin à poster ce onzième chapitre. Bonne lecture à tous !
Sa beauté et sa grâce ne les avaient jamais laissés insensibles. A l'époque, ses cheveux étaient courts, coupés soigneusement en un carré irréprochable. Pas la moindre trace d'imperfections sur le visage. Yukari était souriante, douce, et extrêmement polie. Ses yeux. C'était vraiment quelque chose. Couleur lila, leur clarté et la bonté que ces derniers retransmettaient était particulièrement saisissante. Cette timide jeune fille, à la fois attentionnée et délicate, attirait le regard malgré elle. Pourtant, son but n'était pas d'attirer l'attention. La plupart du temps le nez dans ses bouquins, il n'était pas rare de la voir s'évader dans son propre monde. Malheureusement, il y avait certaines choses auxquelles personne ne pouvait échapper. La lycéenne à la chevelure violette ne faisait apparemment pas exception à la règle.
Au départ, les mouvements et mots étaient innocents. Quelques petites remarques par ci, par là, rien de bien méchant. Ce n'était que le début. Bien que discrète et effacée, elle avait fini par comprendre. Ces filles, grandes, imposantes, intimidantes, lui voulaient du mal. Lorsqu'elles la brimaient, elle se contentait de les regarder dans les yeux avec une de ses nombreuses expressions du visage énigmatiques. Son regard n'exprimait ni de la peur, ni de la haine. Avec le temps, l'insouciance et la neutralité de la victime s'étaient sévèrement évanouies. Elle ne souriait quasiment plus. La constante expression d'apaisement sur son visage avait cédé sa place pour des traits plus inquiets, davantage torturés. Elles lui menaient la vie dure.
Un malentendu, et hop, c'était parti pour une série de brimades. Effrayés et impressionnés par le culot dont elles faisaient toutes preuve, personne n'osait intervenir. Personne n'osait leur crier d'arrêter ou même prévenir un adulte.
Nous étions tous des lâches. Moi le premier. J'aurai pu m'attaquer à cette salope de Merli, qui n'avait pas hésité à prendre grippe Yukari, sous prétexte que cette dernière ait « charmé 3 mecs dans son dos». C'était d'un ridicule sans nom, et pourtant, malgré l'absurdité et la proportion énorme que tous ces dégâts avaient engendrés, personne n'avait osé non plus lever le ton. Un spectacle, c'était littéralement ça. La pauvre petite demoiselle en détresse en était l'actrice principale, accablée par la méchanceté assourdissante des trois sorcières, qui se délectaient cruellement du résultat. Glorifiées par ce sentiment de puissance, de pouvoir enfin écraser pleinement une personne qu'elles considéraient comme inutile, peu appréciable, elles avaient fini par convier leurs précieux spectateurs à cette mise en scène sordide. Et les profs dans tout ça ?
Haha, comme vous êtes naïfs. Elles n'étaient pas stupides. Elles faisaient tout simplement en sorte de ne pas se faire prendre, et bien évidemment, tout le monde se prenait au jeu. Un véritable enfer.
《 Fukase...? Est-ce que tout va bien ? 》
Tiré de ses songes par la voix mélodieuse de Yukari, cela n'empêcha tout de même pas au jeune homme de se redresser d'un coup sec, comme piqué à vif. Comme il s'y attendait, les prunelles foncées de la jeune fille s'étaient attardées sur les siennes. Une lueur d'inquiétude y brillait.
- Oui oui...! Ne t'inquiète pas Yukari !
Pour la rassurer, l'adolescent lui sourit avrc bienveillance. Le genre de sourire qu'il lui réservait exclusivement. Avec tous ces horribles événements, il le lui devait bien, non ? L'attirance qu'il éprouvait à son égard lui semblait inappropriée pourtant. Il ne méritait pas Yukari. Clairement pas. Elle était bien trop gentille, trop douce...Une véritable poupée de porcelaine, que l'on pouvait briser au moindre faux mouvement. Pourtant, malgré tout ce qui pouvaient les séparer ( que ce soit le statut social, leurs personnalités, leur vécu), les sentiments du garçon aux cheveux rouges n'étaient pas près de s'évaporer. Plus le temps passait, plus Fukase aimait Yukari. C'était indéniable. Bien évidemment, il était trop fier pour oser le lui dire, yeux dans les yeux.
Comment le prendrait-elle ? Et surtout, comment le vivrait-elle ? Conscient que les relations amoureuses ne devaient pas être évidentes pour elle, c'était en partie pour cette raison qu'il préférait garder ses sentiments secrets. Faire celui qui ne connaît pas l'amour, qui privilégie son rôle d'ami avant tout. Douloureux. C'était douloureux. D'avoir à la regarder dans les yeux chaque jour, sans exprimer la moindre envie de l'embrasser, de la serrer dans ses bras, de lui ô combien il l'aimait.
Dur.
Particulièrement fatiguée par le long trajet que Fukase et elle avaient parcouru en train, la jeune fille pouvait enfin se reposer.
Son père. C'était sa mère qui avait insisté pour qu'elle le voie. Sur le coup, Yukari n'avait pas compris. Le sourire de sa mère, doux, teintée de gentillesse, presque imperturbable, avait réussi à la faire craquer. Elle se forçait. C'était sa mère après tout. Elle était prête à faire n'importe quoi pour la satisfaire et la rendre heureuse. Pas par obligation, mais par véritable amour.
Alors elle avait accepté. Pour sa mère. En vérité, elle n'en voulait pas spécialement à son père. Ce n'était pas en partie de sa faute si un immense mur d'indifférence et de silence s'était bâti au fil du temps entre eux. Comme des inconnus, ils se contentaient de se regarder dans le blanc des yeux, d'échanger quelques paroles, davantage par politesse que par envie.
《 On vient dîner, Yukari ! Ton père nous attend ! 》
C'était drôle quand même. Avant qu'ils ne partent tous les deux, elle s'imaginait constamment être celle qui l'appellerait pour venir à table, et là, elle avait d'autant plus l'impression que Fukase était le maître des lieux. Quelle ironie.
Un sourire faussement heureux et un ton enjoué, là voilà qui faisait de son
mieux pour animer le repas. Se forçant à agir comme une fille qu'elle n'avait jamais été, Yukari ne voulait pas que Fukase retourne chez lui avec ce goût d'amer dans la bouche. Celui qui vous fait comprendre que vous aviez assisté à une représentation montée de toutes pièces, à une vision déformée de la réalité.
- Et vos études, elles se passent bien ?
- Tout est parfait, papa ! Si je me débrouille bien, je pense que je pourrais intégrer l'université de mes rêves.
Le rassura t-elle, un grand sourire au visage.
- En ce qui me concerne, je pense que je reprendrai simplement l'entreprise de ma mère. Les études ne m'intéressent pas spécialement.
- Quel dommage...Mais toi au moins, tu es sûr que cela pourrait te garantir un avenir sans problème. D'ailleurs, il faudrait que je te parle en privé juste après le dîner.
En un regard, Yukari comprit rapidement que la conversation privée la concernerait inévitablement. Sans faire le moindre chichi, l'adolescente n'en fit aucun commentaire, et se contenta de manger calmement, tout en participant activement à la conversation.
- Alors Fukase, on profite bien de ses vacances ?
- Encore là toi, t'en as pas fini avec ton obsession ? Et voilà que tu te ramènes sur mon compte maintenant !
- T'énerver est un véritable plaisir. Enfin bref, j'ai besoin de toi.
- Tu te fous de ma gueule ?!
- Tu veux t'en sortir oui ou merde ?! Sauver Yuzuki c'est ton but, non ? Alors cesse de faire le gamin et lis attentivement ce que j'ai à te proposer.
Curieusement, toute la tension accumulée avait miraculeusement diminué. Quel heureux hasard, n'est-ce pas ? Fort heureusement, la concernée dormait depuis belle lurette, alors il n'avait pas vraiment à s'inquiéter quant à la confidentialité de cette conversation. Partagé, il se résigna enfin. Yukari comptait plus que n'importe qui à ses yeux. Attentivement, les yeux du jeune homme parcourent les nombreuses lignes qui se dessinaient à l'écran. Il faillit presque s'étrangler tant la surprise l'avait pris de court. Était-ce une malheureuse blague ?
Une farce que ce "pseudo" harceleur avait mise en oeuvre. Dans tous les cas, ce n'était vraiment pas drôle.
- Alors, partant ?
- J'accepte. Mais tu as intérêt à tenir tes promesses.
- Haha. Ne t'en fais pas pour ça, je te le dois bien. ~
Le coeur lourd, empli d'incertitudes, c'était avec une certaine difficulté que Fukase trouva finalement le sommeil.
Le lendemain, ce fut les premiers rayons du soleil filtrant à travers les rideaux qui réussirent à le réveiller. Particulièrement sensible à la lumière, il se leva alors et tira sèchement sur ces derniers. Insupportable.
L'esprit encore embrouillé, le réveil avait été particulièrement difficile.
- Bonjour, Fukase. Lève-tôt ?
- Bonjour. Faut croire ouais. Bien dormi ?
- Parfaitement. Par contre, je pense sincèrement que ça n'a pas vraiment été le cas pour toi. Je me trompe ?
Demanda t-il alors, tout en observant attentivement du regard son cadet. Ne pouvant décidément pas lui mentir, il se décida alors à hocher la tête, pour confirmer ses dires. Une heure plus tard, ce fut au tour de Yukari de rejoindre son père. Contrairement à Fukase, la jeune fille aux cheveux lavande avait passé une excellente nuit. Si bien, que cela avait réussi à la mettre d'excellente humeur pour le reste du week-end.
Avec le plus grand des plaisirs, elle avait fait visiter à son ami les recoins de la ville. Bien qu'elle ne s'y rendait pas souvent, cela ne l'empêcha tout de même de les connaître comme sa poche. Impressionné par l'aisance et le naturel de Yukari, c'était avec la plus grande des attentions qu'il l'écoutait. Prenant le temps de s'attarder sur la douceur de sa voix, son intonation, ses petits sourires, c'était dans ce genre de moments qu'il réalisait à quel point il l'aimait et voulait être auprès d'elle le plus longtemps possible.
- Tu ne peux pas savoir à quel point ça me rend heureuse de te faire partager une partie de ma vie...
Déclara t-elle finalement, tout en le regardant longuement dans les yeux. Contrairement à avant, elle n'avait plus ce réflexe de détourner son regard. Rien qur ce petit détail qui pouvait facilement sembler insignifiant réussit à le faire sourire. C'était clairement une preuve que leur relation avancait au fur et à mesure. Yukari faisait tellement d'efforts pour s'ouvrir à lui, à tel point que ça l'avait sentimentalement touché.
- Mhhh dis pas ce genre de choses, c'est gênant un peu...
Grommela t-il, tout en sentant ses propres joues s'empourprer. Pour seule et unique réponse, son amie se mit à rire doucement.
Son rire. Si doux et sucré.
- Mais dans tous les cas, sache que c'est pareil pour moi. Tu sais, parfois...Je m'en veux tellement.
Surprise, Yukari le fixait dans les yeux, une expression d'incompréhension au visage.
- T'en vouloir à propos de… ? Tu n'as rien fait de mal, je refuse que tu prennes cette responsabilité ! Ne suis-je pas celle qui a le mérite d'être le fardeau dans cette histoire ?
Elle n'était pas en colère. Juste perdue. Il l'avait compris. Parce que Yukari avait le coeur pur. Elle était juste, droite, honnête. Elle n'était pas bouffée par la rancoeur, la jalousie. Pas comme il l'était. Forte à sa façon, ses sourires lui remontaient le moral. Poussé par ses propres désirs, il l'attrapa et la serra fortement dans ses bras.
Sans prononcer le moindre mot.
Il était si agréable de pouvoir la serrer dans ses bras, sentir son doux parfum...Cette terrible impression le hantait sans cesse, ce sentiment qu'elle était à la fois si près et si loin d'elle.
- C'était donc pour cela que tu tenais tant à la protéger ? Hein ?
Teintée de poison et de mépris, une troisième personne les avait rejoint. Sans même qu'ils ne s'en rendent compte. Ses cheveux, d'un rouge éclatant, sa peau d'une pâleur extrême...Et son regard rubis, si perçant...Si envieux.
Le coeur de Fukase faillit manquer un battement. Bordel. Sur toutes les personnes qu'il connaissait, cette fille était décidément la dernière qu'il voulait voir. Malheureusement, elle était là. Juste en face d'eux. A les foudroyer littéralement du regard.
- Teto…
Il n'était pas le seul surpris, Yukari l'était tout autant. La dénommée Teto souriait à pleines dents. Son sourire était tellement faux. Comme sa personnalité qu'elle s'était attribuée, pour plaire à la sorcière qu'était Aria.
