La petite sirène.

disclaimer: je ne possède pas l'univers de penny dreadful.

tous les personnages n'appartenant pas à cet univers sont issus de mon imagination et m'appartiennent.

toute reproduction, même partielle effectuée sans mon consentement sera considérée comme du plagiat et susceptible d'entraîner des poursuites judiciaires.

L'histoire se situe après la fin de la série.

Chapitre 5 : retour au manoir Fontenelle.

Les jours passèrent paisiblement tandis que la riche héritière Marie Fontenelle reprenait des forces. Elle eut bientôt retrouvé des capacités physiques normales et une corpulence plus épanouie bien qu'elle resta mince. Flanquée de son garde du corps qui la suivait comme son ombre et de sa loyale dame de compagnie, elle courait les boutiques à la recherche de belles toilettes en noir principalement. Il ne lui fallut qu'un mois de convalescence avant de penser à se (ré)-installer dans le manoir familial.

Cette idée en tête, elle interrogea le notaire sur la gestion de cette propriété. Il lui appris qu'il avait congédié la plupart du personnel, n'étant pas du tout convaincu qu'on la retrouverait vivante . Hors des 30 domestiques nécessaires au bon fonctionnement de la maison, il n'en avait conservés que 5 destinés à entretenir un minimum la propriété en stand by. Seuls le majordome, le jardinier et 3 bonnes avaient conservé leurs postes. Elle décida d'emménager quand même et de réengager des domestiques au fur et à mesure des besoins.

Le déménagement de toutes ses affaires représenta une véritable gageure mais au bout de deux jours de labeur, toutes avaient été transférées dans la grande chambre qu'elle occupait autrefois au manoir. Le notaire réintégra lui aussi son domicile trop longtemps délaissé. La jeune femme eu beau explorer tous les recoins de la grande bâtisse, pas un souvenir ne refit surface.

Ayant visité les appartements des domestiques situés sous les toits elle fut horrifiée de découvrir les conditions de vie quasi insalubre de son personnel. En effet, les combles sous les toits étaient dans un état de décrépitude inquiétant. Elle ordonna que son personnel fut temporairement logé dans les chambres d'amis tandis qu'elle organisait la rénovation complète de l'étage. Elle ne comptait pas réengager autant de personnel que précédemment, elle pouvait se permettre d'allouer plus de place à chaque employé. Elle transforma les chambres exiguës en petits appartements avec une chambre et un petit salon, fit installer des toilettes et une salle de bain commune ainsi que renforcer l'isolation pour éviter le froid intense ou la chaleur torride qui régnaient habituellement sous les toits.

Le premier employé qu'elle se mit en tête de recruter était une cuisinière. Elle fit passer une annonce dans le journal précisant qu'à une telle date elle recevrait les candidates au manoir, celles ci devait apporter un échantillon au choix de leur cuisine ; celle qui serait choisie serait payée la même somme et engagée selon les mêmes conditions que ses employés actuels. Le jour dit, une vingtaine de femmes firent la queue pour postuler à ce poste bien rémunéré. Elle en présélectionna cinq et leur demanda de repasser une épreuve où elles devaient préparer un diplomate pour les départager. Ce dessert compliqué était parfait par la diversité des saveurs qu'il déployait. Elle se décida finalement à engager une femme d'âge mûr nommée Margot Saltpot surnommée « Mijote ». La dame résilia le bail de son logement et vint s'installer dans un petit appartement tout neuf du manoir, éblouie d'un tel luxe pour héberger des domestiques.

Le second point de détail qu'elle souhaita régler fut l'affaire de l'écurie. Les chevaux avaient été vendus dans le même esprit que la réduction du personnel. Le manoir comptait un bâtiment abritant une vingtaine de stalles* ; ce mode d'hébergement cruel ne convenait pas du tout à la jeune femme qui engagea des ouvriers pour transformer les stalles peu pratiques en quelques boxes spacieux et un espace de pansage**. Le bâtiment ne pourrait plus abriter que six chevaux mais elle trouva cela suffisant pour ses besoins. Elle fit les démarches pour engager un palefrenier et arrêta son choix sur un homme d'expérience que personne ne voulait engager car il avait frappé le fils de son employeur qui battait l'un de ses chevaux jusqu'au sang avec une cravache. Loin d'être un frein, la jeune femme appréciait cet amour des bêtes encore trop peu répandu à cette époque. Elle engagea donc Allan Canter pour s'occuper de ses chevaux. Elle alla aussi à l'orphelinat le plus proche pour se procurer un jeune garçon comme aide d'écurie. C'est ainsi qu'arriva le jeune Lou Rain, 13 ans, pour apprendre un métier qui le nourrirait toute sa vie.

John était très satisfait de sa nouvelle vie, il se sentait enfin accepté et utile. Son travail n'était pas très difficile, lui laissait beaucoup de temps pour lire et son salaire lui permettait de s'acheter les livres qu'il voulait. Son petit appartement était couvert d'étagères ou s'alignaient les recueils de poésies et même des romans. Le seul bémol, bien minime, était l'uniforme de travail : il devait porter un costume trois pièces juste au corps qui ne lui permettait pas de dissimuler son visage défiguré. Au moins était-il noir, il avait en commun avec sa maîtresse l'amour de cette couleur.

Les domestiques qui avaient connu « l'ancienne Marie » n'en revenaient pas du changement opéré. De maîtresse immature et versatile, elle était devenue une femme réfléchie et solide. Elle semblait aussi se moquer des conventions sociales, prenant ses repas dans la cuisine en même temps que le personnel. Elle avait aussi aligné les salaires sur celui de ses deux premiers employés et cela représentait une sacrée augmentation.

Le notaire Bumble, la voyant en aussi bonne forme l'impliqua plus avant dans les affaires financières. Il attira son attention sur le fait que, avant de mourir, son père avait acheté un bâtiment et qu'il fallait décider ce qu'il faudrait en faire pour réaliser une plus-value. Le bâtiment en question était un gros immeuble de trois niveaux comprenant 16 appartements dans un état pitoyable. Le petit homme préconisa d'y faire quelques travaux avant de le revendre à bon prix à un investisseur. La jeune femme, elle, pensait plutôt rénover et mettre en location. Après avoir visité le bien et discuté longuement des travaux à effectuer, la jeune femme, le notaire et son garde du corps allèrent s'installer sur la petite terrasse d'un salon de thé modeste dans ce quartier humble. Discutant à bâtons rompus tandis qu'ils sirotaient leur tasses, la jeune femme s'interrompit soudain. Le notaire et John remarquèrent son attitude étrange et suivirent son regard : elle suivait des yeux un homme menant par le licol*** un cheval de carrosse noir boitant à grand peine.

Elle se leva et alla à la rencontre de l'homme : « excusez moi, qu'a donc ce cheval ? » « bah elle s'est mise à boiter il y a deux semaines, je l'ai laissée se reposer mais elle boite encore plus fort maintenant alors, c'est dommage, mais je dois m'en débarrasser ». La jeune femme compris que le sous entendu de « se débarrasser » était la version polie de « mettre à abattoir » . « Puis je l'examiner ? » demanda t-elle. L'homme était un peu perplexe mais donna son accord. Elle palpa la jambe fautive et en déduisit qu'elle n'avait ni fracture ni tendon déchiré... ce n'était probablement qu'une tendinite. « Je vous propose d'acheter ce cheval le prix que le boucher vous en donnerait plus 20 livres. Cela nous donne 80 livres pour cette bête. Cela vous convient-il ? ». l'homme était un peu perturbé par cette offre : que savait donc cette bonne femme qu'il ignorait pour acheter un cheval boiteux ? Il décida que ça n'avait pas d'importance, même si elle n'y connaissait rien ce n'était pas son problème. Il donna son aval et reçut son chèque. La jeune femme revint doucement à la table en tenant sa nouvelle acquisition pour finir tranquillement son thé.

Il lui fallut une bonne partie de la journée pour déplacer la jument boiteuse jusqu'aux écurie du manoir ; Allan la regarda avec un air un peu contrit : « vous vous rendez bien compte qu'il faudra des mois pour que ce cheval puisse retravailler SI elle peut retravailler un jour. » «j'attendrais et si elle ne peut pas retravailler, ce n'est pas grave, c'est une très belle bête qui donnera de beaux poulains... immobilisons sa jambe 6 semaines dans un plâtre et voyons le résultat » « comme vous voulez » dit le palefrenier. La jeune femme alla passer une tenue plus décontractée et confectionna soigneusement un emplâtre autour de la jambe blessée tandis que son palefrenier préparait un box. Elle décida de nommer la jument « Black Pearl » en référence à sa robe et sa beauté.

Lisant le journal chaque matin au petit déjeuner, elle apprit que la grande foire aux chevaux se déroulerait la semaine suivante sur la grand place de WhiteComb. Elle bloqua donc sa journée pour aller voir ce que le marché avait à offrir. Le jour J, elle emmena Allan et son apprenti ainsi que John. Le spectacle de toutes ces nobles bêtes bradées comme des objets lui serra le cœur. Elle erra longtemps dans les allées avant de repérer une affaire potentielle. Un très beau carrossier à la robe de velours noir attendait calmement le chaland sous les gratouilles derrière les oreilles de son maître. La jeune femme s'approcha et constata que c'était un étalon, elle trouva remarquable son calme alors que tant de juments dont certaines en chaleurs l'environnaient. « Bonjour, puis je examiner votre cheval ? » lança t-elle au vieux monsieur. « bien sûr mademoiselle » répondit l'homme un peu étonné de voir une dame de son rang au milieux d'une foire aux bestiaux. Elle examina longuement l'animal qui ne broncha pas ; elle invita aussi son employé à faire de même et il expliqua à son apprenti chaque point qu'il vérifiait. « pourquoi le vendez vous ? » s'enquit la femme pâle. « je suis éleveur et les juments de mon troupeau sont maintenant principalement ses filles... il ne me sert plus à rien pour la reproduction mais il n'a absolument rien fait de mal... » « combien en demandez vous ? » « 500 livres et je vous assure qu'il les vaux » « est il monté ? Attelé ? » « les deux m'dame, c'est une vraie bête polyvalente et, en plus, il n'a aucune manière d'étalon et peut même être attelé avec une jument ; il sait se tenir ». La jeune femme réfléchit, 500 livres c'était une somme, mais elle estima qu'il le valait. « marché conclu ? » dit elle en tendant la main au propriétaire de l'animal. Celui ci lui serra la main et échangea le chèque contre la corde du licol. Le cheval fut promptement ramené à l'écurie, attaché derrière le fiacre qui ramena notre petit groupe à la maison. Alors que son employé préparait un box elle nomma sa nouvelle acquisition « Black Diamant ».

Peu à peu, le manoir reprenait vie et ses occupants étaient tous beaucoup plus heureux qu'auparavant.

* stalle : sorte de boxe très étroit ou le cheval se tient debout, attaché au mur. Il lui est impossible de bouger ou de se coucher.

** pansage : toilette du cheval dont on brosse le poil, démêle les crins, prends soins des pieds etc.

*** licol, pièce de sellerie se mettant sur la tête pour mener le cheval à pieds.

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