Chapitre 38
Lira gardait le silence. Des mois durant, elle ne dit pas un mot. Parfois, un soupir à peine sortait de sa bouche, mais rien de plus. Cette absence de paroles ne cachait pas un vide intérieur, bien au contraire. Elle pensait, elle comptait. Elle observait chaque passage, de chaque Aurors.
Elle savait que Lucius et Rabastan voulait la faire parler, qu'ils pensaient qu'elle était devenue folle. Mais Lira ne disait rien, elle savait qu'au moindre mot, elle oublierait. Elle oublierait tout ce qu'elle s'efforçait de retenir malgré la douleur d'être là où elle était, malgré la frustration d'être revenu ici, malgré la crainte d'avoir dessus Voldemort et Bellatrix. Et, par-dessus tout, elle ne voulait pas parler : ils échangeraient quelques mots sur leur malheur, puis, ayant tout dit au bout de dix jours, ils parleraient des mangemorts et de ce qu'ils défendaient, puis, quand ils en auraient finis, ils se raconteraient leurs vies, car il n'auront jamais tout dit là-dessus, l'anecdote de l'un en rappellera une à l'autre, jusqu'à ce que les souvenirs ne soient plus que sombres. S'ils sortaient, ils n'auraient alors que des regrets d'avoir dit ce qui n'aurait pas dû l'être. Alors, elle se taisait. Elle gardait le silence, pour ne pas se trahir.
- Comment a-t-il fait ?
Les premiers mots de Lira firent taire ses compagnons. Ils la toisèrent.
- Comment ? murmura Rabastan
- Sirius. Comment s'est-il enfui ? Nous l'avons tous les deux vus, partir. Comment a-t-il fait ? Il y avait encore les Détraqueurs comme gardiens, à ce moment-là. Comment cela a-t-il pu être possible ?
- Je ne sais pas…
- Tu veux fuir ? devina Lucius.
- Je vais fuir.
- Comment pourrais-tu faire cela ? reprit Rabastan. Maintenant, des Aurors passent chaque jour à une fréquence que nous ignorons.
- Les Aurors passent toutes les demi-heures à côté de notre cellule. Quand ils ouvrent les portes pour nous amener ce qu'ils osent appeler de la nourriture, elles le restent trente-trois secondes, en moyenne. Quand ils ont fait cela, les Aurors s'en vont, ils ouvrent la porte qui est en bas de l'escalier. Cette porte, ils ne la ferment jamais à clés.
- Comment sais-tu cela ?
- J'ai été renvoyée, ici il y a assez longtemps pour avoir pu compter au lieu de me résigner et de parler comme vous l'avez fait.
- Tes calculs sont remarquables, mais comme tu l'as certainement remarquée, nous sommes attachés à ses murs.
- Je sais comment remédier à cela.
- Comment comptes-tu faire ? demanda Rabastan.
- Tu devrais savoir que nous avons tous assez à nous préoccuper avec nos propres vies et je ne mettrais pas en danger ma liberté en tentant de vous sauver aussi.
Après avoir dit cela, Lira replongea dans son silence sous les soupirs des deux autres mangemorts. Oui, elle savait. Mais elle ne pouvait le leur dire. Non pas simplement à cause du fait qu'elle voulait fuir seule, mais en plus car, s'ils savaient ce qu'elle comptait faire, ils l'en empêcheraient. A cause du danger que cela représenterait pour elle et elle devait le tenter malgré cela, parce qu'elle savait que les Aurors la sauveraient s'ils la voyaient mourir. Parce qu'ils en avaient l'ordre, elle le savait.
