Chapitre 47
Ginny s'en était voulu, sans exactement savoir pourquoi. Son frère l'avait prévenu qu'il serait en retenu ce jour-là, elle n'avait pas voulu que Lira le trouve, sans pour autant avoir la force de mentir, mais elle n'avait pas prévu de trouver un des Carrow derrière la porte de la classe. Elle n'avait pas pensé à cela, elle s'était dit qu'elle gagnerait du temps quoi qu'il advienne, mais la réalité l'avait rattrapée, et elle n'avait pas vu son frère depuis le matin. Elle avait pourtant gagné un espoir jusqu'à que Neville ne vienne et ne lui annonce qu'ils l'avaient emmené.
Maintenant que la journée de cours était terminée, elle s'était posée devant un papier blanc qu'elle n'arrivait à remplir. Les mots lui semblaient tous plus indélicats, plus crus, plus douloureux les uns que les autres. D'un autre côté, comment annoncer à une mère que son fils venait d'être enlevé par des mangemorts et que l'on ne pouvait rien y faire ? Comment ne pas la faire culpabiliser d'avoir conforté ce même fils dans son choix de continuer ses études, ce qui revenait, à présent, à l'avoir poussé dans la gueule du loup ? Certains de ses amis étaient venus près d'elle la conseiller, mais personne n'aurait pu trouver les mots justes. Pas plus qu'elle. La plume qu'elle tenait entre ses doigts ne se ressemblait plus, ce n'était plus qu'une fine tige, à peine rigide, de laquelle s'échappait quelque mince filet de plumage. Elle avait effacé de nombreux mots depuis des heures qu'elle était là. Entre chaque version qu'elle écrivait, Ginny se repassait le peu de chose qu'elle avait vécu durant cette matinée, et se surprenait chaque fois à passer sa main là où Lira avait enfoncé ses ongles. Elle frissonnait mais ne pleurait pas. Les larmes n'avaient pas réussi à couler. Elle restait quelque part entre son cœur, sa gorge et ses yeux. Elle poussa un soupir tremblant et regarda l'heure. Il lui restait encore quelques heures avant que la réunion de l'AD ne commence. « Ce ne serait jamais assez, quoi qu'il en soit », pensa-t-elle. Elle saisit ce qu'il restait de sa plume, posa la pointe sur le papier, et la releva aussitôt. Non, elle ne pouvait faire cela. Elle ne pouvait annoncer que son frère avait disparu sans même pouvoir dire s'il vivrait, s'il n'était pas même déjà mort. Cette incertitude lui rendait la tâche encore plus difficile. Elle se leva, et fit les cent pas dans la Salle Commune vide. Elle n'était pas descendue manger, ce soir-là. Elle savait que c'était, depuis la rentrée, devenu une obligation de s'y rendre. Mais elle devait finir cette lettre. Pour ses parents, pour ses frères. Pour Ron, particulièrement.
Elle se remémora le jour où il avait pris la décision de finalement revenir à Poudlard pour finir ses études : Ginny avait été la première à qui il l'avait dit. Après « l'incident » qui avait suivi le mariage de Bill et Fleur, il n'avait pas dit un mot, son regard était resté vide. Il n'avait jamais pensé que Harry et Hermione aurait pu continuer sans lui. Même après ce qu'il avait fait. Parfois, il se disait qu'il aurait préféré qu'ils l'abandonnent au milieu du chemin, plutôt que de ne pas tenter. Il aurait voulu avoir une chance. Une chance de se racheter. Même si c'était vain, même s'ils n'avaient pas réussi à lui faire confiance de nouveau. Il n'avait souhaité qu'une chance. C'était ce qu'il avait dit à Ginny, avant de lui annoncer qu'il voulait revenir à Poudlard. Il voulait se rendre utile pour l'Armée de Dumbledore alors que rien n'était moins sûr que sa reprise. Sa sœur savait qu'il n'avait rien à prouver mais c'était pour lui qu'il devait le faire. Pour se montrer à lui-même qu'il était du côté de la lumière et qu'il pouvait y être utile. Tous les Weasley s'étaient montré un peu froid face à cela mais sans plus. Ils avaient commencé à penser que le danger ne serait pas plus grand ici que là-bas.
En pensant à cela, Ginny soupira, posa ses yeux sur l'heure à nouveau et écrit, enfin :
Maman, Papa, Fred, George, Bill, Fleur, et tous les autres,
Je suis désolée d'avoir à vous annoncer que Lira Lestrange et Jonathan Brown sont venus ici et ont pris Ron. Je sais que cette phrase vous parait froide et douloureuse. Elle l'est, je le sais, mais les faits sont comme cela, durs, et, comme la façon que dont je vous l'ai dit l'a été, elle ne vous laisse pas à attendre une phrase, que vous chercherez au milieu d'un long texte. Je pense que la souffrance aurait été pire. Je suis terrifiée à l'idée de vous dire cela alors que moi-même, je ne peux réaliser encore ce qui est arrivé. Je sais que vous me pardonnerez d'avoir été si brusque.
Je vous aime, et Ron aussi. Où qu'il soit. Et il s'en sortira. Si ce n'est pas seul, Harry l'y aidera. Parce que, quoi qu'il ait fait, il le lui pardonnera. Au moins le temps de vaincre Vous Savez Qui.
Nous en avons tous voulu à Ron un jour. Mais jamais nous n'aurions souhaité qu'il lui arrive quoi que ce soit de ce genre. Parce que nous l'aimons.
Ginny.
Elle n'était pas fière de ce qu'elle avait écrit. Mais elle savait qu'elle ne ferait pas mieux. Pas ce soir. Pas avec du repos. Pas assez tôt.
