Je mets enfin la suite. Après des années, mais je n'ai pas fait de relecture ou réécriture de ce qui avait été fait. Je préfère avertir ;)
Je continue car je n'aime pas les choses non abouties, aussi passables soient-elles ^^.
Sephiroth pianotait paresseusement sur son ordinateur, essayant tant bien que mal de se concentrer sur sa tache. Il devait faire l'évaluation de certaines recrues pour porter un rapport à sa hiérarchie. De cela découlerait les fameuses promotions tant attendues. Zack était passé Première Classe, et Sephiroth avait eu du mal à le féliciter comme il se devait. Angeal était mort, Genesis ne tarderait sûrement pas à le suivre vu la situation, autours de lui semblait fondre un monde qu'il avait toujours connu. Le dossier de Syla apparu sur son écran, avec marqué en gros et en rouge « Désertion ». Il serra le poing alors qu'un ressentiment puissant lui soulevait l'estomac. Dès que la ShinRa n'obtenait pas ce qu'elle voulait, tout était balayé, nettoyé, comme si rien n'avait existé. Rien ne lui résistait. Pourtant, en un sens, eux le faisaient. Il avait vraiment du mal à se concentrer, mais la vision de la photo de la Seconde Classe alimenta nombre de pensées. Elle lui manquait, atrocement. L'effet n'avait pas été immédiat, on ne raye pas facilement des années de solitude aussi aisément, mais, depuis quelques jours, tout ici la lui rappelait. Des flashs de leurs nuits lui revinrent, les yeux dans le vide, son visage afficha un sourire nostalgique, et une envie impérieuse prit possession de lui. Déglutissant avec effort, sachant pertinemment que toute trace de sérieux avait déserté son assiduité, il essaya de calmer ses ardeurs. Mais tous ces instants ne cessaient de repasser continuellement. Sa main écartant les pans de son manteau en cuir, alors qu'il l'allongeait sur ce matelas presque poussiéreux, les soupirs qu'elle lui offrait, le moment unique où ils s'étaient entièrement liés l'un à l'autre. Un frisson délectable s'offrit son échine, et il en gémit presque tant le souvenir éveillait ses sens même. Puis il se revit dans ce chalet coupé de presque tout, avec ses deux amants, cette sensation incroyables de liberté et d'amour. Lui qui n'avait jamais rien ressentit de tel, ou ne se l'était jamais avoué. Par peur ? Peut-être, mais il n'avait plus le temps d'avoir peur. La grande horloge dans son bureau donnait le rythme d'un temps condamné d'avance, et il n'eut plus qu'une envie, les retrouver. LA retrouver ...
C'était étrange les sentiments, une fois qu'ils s'emparaient de vous, ils semblaient se déverser d'un seul coup sans que l'on ne puisse plus les arrêter. C'est ce qu'il ressentait du moins. Et avec cette impression, toute une palette de nouvelles émotions qu'il s'ignorait, en bon ... comme en mauvais. Son amour pour Syla, lui avait aussi appris la rancune, la peur, la frustration. Rancune contre la ShinRa de faire du mal à ceux qui comptaient pour lui, la peur de les perdre, et la frustration de se sentir totalement impuissant des fois. Lui qui était réputé pour être l'homme le plus puissant de Gaïa. Il inspira à fond, et se pinçant l'arrête du nez il grimaça faiblement. Il sentit son cœur s'emballer peu à peu, tandis que tout son corps et son âme ne réclamaient plus que la jeune-femme. Un cognement à la porte calma un peu ce tourbillon qui devenait lancinant, et il répondit légèrement tendu :
« Entrez ! »
La porte s'ouvrit, et Zack fit son apparition. La joie quasi naturelle du jeune-homme semblait s'être éteinte. La cicatrice en forme de croix sur sa joue gauche serait un souvenir perpétuel de son affrontement avec son mentor et ami. Le tout frais Première Classe s'avança jusque son bureau, et s'asseyant sur un des fauteuils sans y être invité, il soupira lourdement. Sephiroth leva un sourcil autant perplexe que contrarié par son attitude, et d'une voix morne il demanda :
« Je peux faire quelque chose pour toi Zack ? »
Le beau brun le dévisagea, et il vit qu'il avait du mal à dire ce qu'il avait à dire. Le tressautement de son genoux droit prouvait sa nervosité. Sephiroth posa sur lui un de ses habituels regards froids et incisifs, et Zack crut qu'il allait repartir séance tenante, cependant, il ne repartirait pas sans réponse. Il joignit ses mains devant sa bouche en posant ses coudes sur ses genoux, cessant ainsi le mouvement de sa jambe qui commençait sérieusement à irriter le général. Ce dernier eut un soupir contenu, espérant que cette entrevue n'allait pas s'éterniser, il voulait partir, aujourd'hui, maintenant ... respirer un grand coup, retourner à sa liberté.
« Je ... je voudrais savoir si tu as des nouvelles de Syla, Seph ? »
La question sortit d'un seul coup, comme un diable jaillissant de sa boîte, et Sephiroth ouvrit de grands yeux surpris. Il savait que Zack et Syla étaient de bons amis, et sa disparition soudaine devait lui apporter une foule de questions en suspens, et qui demeureraient sûrement sans réponse pour la plupart. Cependant, même à lui, il ne pouvait dire ce qu'il savait. Pour la sécurité de la jeune-femme en premier lieu, et aussi celle de Zack. Il posa avec une lenteur et un détachement calculé ses mains sur ses genoux, et se calant sur son dossier il demanda :
« Pour quelles raisons aurais-je des informations Zack ?
- Je ... heu ... je pensais que vous, elle et toi, enfin ... que vous partagiez une certaine intimité.
- Ho ! Quelle belle tournure pour dire simplement que nous couchions ensemble ! Fit Sephiroth sarcastique.
- Je ne le vois pas comme ça ! Pas avec elle tu entends ?! Lança alors Zack réellement indigné par sa réaction.
- Ne crois pas tout ce qu'on te dit Zack ! Les commérages sont un poison que je te conseille d'éviter. Et même si je couchais avec elle, en quoi cela te regarderait ? » le ton était plus incisif, et le regard de félin de Sephiroth s'étrécit dangereusement.
Zack ne put soutenir ses orbes bleu-verts qui le fixaient intensément, et il continua :
« Ça ne me regarderait pas je présume, mais en tant qu'ami je me fais du soucis pour elle. Elle a disparu, j'ai vu son dossier, ils ont marqué « Désertion », je n'y crois pas ! Elle n'avait pas de motif apparent, elle était douée ! Et ... et ...
- Et elle est partie sans rien te dire ... c'est ça qui te perturbe n'est-ce pas ? »
Les épaules de Zack s'affaissèrent, et baissant la tête il avoua :
« Oui ... elle n'aurait jamais fait cela ... »
Le faible filet de voix qui donna cette réponse, n'émettait pas de doutes possibles quant aux sentiments qui le liaient à elle. Sephiroth aurait voulu lui dire, lui expliquer, lui dévoiler tout ce qu'elle était devenue, qu'elle allait même bien. Il tapa plusieurs fois sur la touche « Echap » de son clavier, ayant relativement fini ce qu'il devait faire puis se levant, il prit ses affaires de façon méthodique. Il passa aux côtés du jeune-homme, et posant une main aussi chaleureuse que possible sur son épaule, il capta son regard alors que Zack le dévisageait, et fit :
« Syla a beaucoup de secrets Zack. Sache que ses amis étaient ce qu'il y avait de plus précieux ici. Néanmoins, son intégration au SOLDAT n'a pas été conforme, elle découlait d'un incident. Tu as présent accès à certains fichiers, je te conseille de remonter à presque deux ans, une opération à Junon qui a eu des conséquences inattendues. Tu comprendras peut-être pour quelles raisons elle est partie. J'espère que les Turks ne la retrouveront pas, c'est tout ce que je souhaite pour elle. Je dois y aller, j'ai fini mon travail. Je crois que nous allons bientôt partir en mission toi et moi. Ne me déçois pas Zack ! Tu sais que l'on attend beaucoup de toi. »
Le brun hocha la tête sans rien dire, et vu son expression Sephiroth savait qu'il venait de lui ôter beaucoup d'espoirs, peut-être même les seuls qui lui restaient de la revoir un jour. Il le quitta alors en silence, il n'avait plus rien à ajouter. Ses pas moururent dans le couloir, et Zack essuya rageusement les larmes qui lui brûlaient les yeux. Fixant le bureau du Général il décida de faire ce que Sephiroth lui avait conseillé, et avec avidité il entra dans les entrailles du réseau ShinRa pour trouver peut-être, un élément de réponse.
Sephiroth avala les couloirs d'une marche ample et rapide, tout ici commençait à l'étouffer. Il passa dans son appartement et prit quelque chose dans un sac de sport, c'est alors qu'il prenait la direction de la sortie que l'ombre de Tseng passa dans son champ de vision. Il stoppa net, toisant le Turk avec méfiance. L'Utaïen était confortablement adossé contre un mur d'un des ascenseurs, attendant patiemment que le Général passe à sa portée.
« Tu m'attendais peut-être ? Demanda Sephiroth d'une voix glaciale.
- Si l'on veut ... » répondit placidement Tseng qui se décolla du mur.
Il s'approcha de Sephiroth, s'arrêtant à côté de lui, la tête regardant dans l'autre sens, il questionna d'une voix neutre :
« Tu pars en voyage ?
- Pourquoi tu veux m'accompagner ? Rétorqua l'argenté parfaitement maître de ses émotions, même si il savait que l'instant était crucial.
- Des questions, toujours des questions, tu ne voudrais pas répondre aux miennes ? »
Tseng aiguisa son regard alors que seul le silence lui répondait. Il déclara alors d'une voix un peu plus tranchante :
« Je ne suis pas stupide, j'ai vu ton petit manège ces dernières semaines. Depuis que le secteur scientifique a été mis à sac. Sans oublier, ton changement progressif, presque invisible, mais qui ne m'échappe pas. Pas à moi. Je te connais depuis bien trop longtemps. Deviendrais-tu humain Sephiroth ? Le départ de tes amis et de cette femme, t'aurait-il à ce point secoué pour que tu daignes ressentir quelque chose dis-moi ? »
Ne rien dire, ne pas répondre, rester de marbre, de glace, seule l'indifférence serait son alliée. Sephiroth soupira longuement comme si il lui tapait sur les nerfs, ce qui était totalement vrai ceci-dit, et Tseng continua.
« Qu'importe de toutes façons, je les retrouverai, tôt ou tard. A toi de savoir si tu es assez habile pour me passer entre les griffes ... si ils sont assez malins pour se terrer là où je ne penserai pas à les trouver. Aussi grande que soit Gaïa, je les débusquerai ... »
Sephiroth eut un étrange rictus, et sans lui accorder un regard il lâcha :
« Aussi sûrement que tu as retrouvé la mère de Syla ? Hope... c'est ça ? Alors je ne m'inquiète pas, ils auront de belles années devant eux. »
Tseng serra le poing, une légère grimace fit ondoyer son visage fermé, puis avec un certain venin il répondit :
« L'humour ne les sauvera pas indéfiniment ! Je suis certain que tu as un lien avec eux, que tu sais où ils se trouvent ...
- Pour me retrouver sur la liste des « persona non grata » de la ShinRa ?! Tu crois que je serai capable de mettre en balance tout ce que je possède pour d'autres Tseng ? » le coupa Sephiroth presque dédaigneux.
Sa réplique dut faire mouche car Tseng resta silencieux. L'argenté haussa les épaules et énonça :
« Tu vois Tseng, peut-être que tu ne me connais pas si bien que ça au final ! Aller je file, j'ai envie de me changer les idées ! Bonne soirée ! »
Il avança d'un pas plus calme, et il prit même tout son temps pour partir. Quand la porte de l'ascenseur se referma, son masque froid se fissura, et l'inquiétude le figea.
« Il faut que je fasse extrêmement attention, il a raison, un seul faux pas et je les mets en danger. Je ne devrais peut-être pas les retrouver. ... » pensa-t-il alors que les étages défilaient devant ses yeux verts.
Mais même avec toute la meilleure volonté du monde, il ne pouvait s'y résoudre. Alors il fit ce qu'on lui avait appris, il se comporta en parfait soldat, et d'un air totalement décontracté il perdit dans les rues de Midgar ceux qui avaient voulu le suivre. Il reprit contact avec le pilote qu'il avait déjà sollicité, et c'est avec l'âme un peu sombre qu'il prit le chemin du continent nord. Ses pulsions étaient de plus en plus présentes sous la calotte glaciaire de son apparente indifférence, le grignotant à la limite de la folie. Une idée insidieuse et étrange commença à lui parasiter l'esprit, la voix familièrement doucereuse lui imprimant presque malgré lui.
« Si je suis réellement le plus fort, le plus puissant de ce monde ... je ne vois pas pourquoi je devrais les craindre, au contraire, je devrais peut-être simplement m'en débarrasser. Syla et Genesis n'encouraient alors plus aucune poursuite ou menace de mort. Nous dominerions ce monde, personne ne pourrait nous vaincre. Ensemble ... nous serions invincibles ... nous serions Libres. »
L'appareil se posa alors que la nuit était déjà bien entamée, les iris irradiant d'un feu insolite, il paya le pilote et son silence, et commença son ascension vers leur refuge. Ce n'est que quand il vit la silhouette de leur chalet se découper comme une ombre salvatrice, qu'il comprit à quel point ils lui étaient indispensables. Qu'ELLE surtout, lui était vitale, c'était elle qui alimentait cette étrange ardeur. Le soleil incertain qui lui avait été toujours refusé, à présent il ne voulait s'en défaire. La puissance qu'elle lui insufflait était trop grisante, même si pour cela il devait s'avouer à la nommer Amour.
Le bruit d'une chose qui se casse avec grand fracas la tira de son sommeil relatif en sursaut. Elle leva la tête vers le sommet des escaliers, et bondit prestement du canapé pour gravir les marches au plus vite. Elle ouvrit la porte de la chambre en appelant d'un ton angoissé :
« Genesis ?! »
Elle alluma la lumière, et l'aile d'ébène de Genesis se déploya pour le protéger des rais lumineux. Il grogna un peu et elle décrypta dans ces mots emmêlés :
« Lumière ... trop forte ... s'il te plaît ... »
Elle éteignit aussitôt, et se dirigeant vers le lit elle trouva les interrupteurs des lampes de chevets. Bien évidemment, vu le verre brisé au sol et ses pieds nus, elle trouva le moyen de s'entailler légèrement la plante, vu qu'elle ne fit pas attention où elle posait les pieds dans l'urgence. Elle jura entre ses dents, puis faisant fi de la petite douleur désagréablement piquante qui la titillait, elle s'accroupit près du lit. Non sans avoir auparavant poussé les morceaux de verre à présent visibles sur le tapis. Le visage encore à moitié camouflé sous sa couverture de duvet noir, il souffla :
« Merci ...
- Tu vas mieux ? » demanda-t-elle heureuse de le voir éveillé.
L'aile d'ébène se retira doucement, et elle put enfin voir son visage. Il était couché sur le ventre, son aile se replia délicatement sur son dos, et à moitié couvert par les draps il frissonna un peu. Il avait les traits tirés, mais sa pâleur avait tendance à partir. Elle lui caressa le visage, et il ferma les yeux à ce tendre contact. Se relevant elle le recouvrit totalement.
« Je suis désolé, je voulais boire et j'ai fait un faux mouvement. J'espère ne pas t'avoir réveillée ...
- Non .. ça va t'inquiète. » Répondit-elle d'une voix douce.
Il esquissa un sourire et fit très sincère :
« Tu es un amour Syla ... je ne pourrais rêver meilleure infirmière ... »
Elle ne répondit pas, elle n'avait pas le cœur à cela. Elle sentit sa tête tourner, faut dire qu'elle avait fait des gestes vifs et abrupts dès son réveil. Elle se releva et alla lui chercher un autre verre en boitillant un peu. Le sang laissait des empreintes de pied incomplet, et elle pesta en réalisant ce qu'elle allait devoir tout laver. Quand elle revint, elle s'était enroulée la plante avec un torchon, et avec un verre d'eau fraîche en prime qu'elle lui tendit avec un sourire. Il avala le verre d'un trait, il n'avait pas soupçonné à quel point il avait soif. Vu l'avidité de sa descente, elle demanda :
« Tu en veux un autre ?
- Non .. je me lèverai au cas où, laisse-le là c'est tout. »
Elle hocha la tête et venant lui embrasser le front elle déclara :
« La nuit n'est pas encore terminée, repose-toi ...
- Tu restes avec moi ? » Demanda-t-il avec un sourire tendre sur ses lèvres si bien dessinées.
Elle hésita, mais elle était vraiment trop faible, il fallait qu'elle aussi elle songe à se reposer.
« Non Gen ... pas cette nuit ... je dois moi aussi recouvrer mes forces ... »
Elle vint l'embrasser rapidement, et prenant la direction de la porte elle fit avec un regard en arrière :
« Bonne nuit Gen ... demain nous n'aurons qu'à aller nous promener un peu si tu vas mieux.
- Avec plaisir ... bonne nuit ma chérie ... »
Elle resta figée quelques secondes sur le pas de la porte, cela lui faisait toujours bizarre quand il l'appelait ainsi. Elle referma doucement derrière elle, et se dirigeant vers la salle de bain commune, elle entreprit de nettoyer sa plaie. Les petits bouts de verre furent difficiles à extraire, mais elle y arriva au bout d'une longue demi-heure. A peine eut-elle le temps de se faire un pansement que ses vertiges la reprirent. Elle descendit en titubant dans le salon, ranima un peu le feu, et elle tomba littéralement sur le canapé. Se mettant en boule, la tête totalement cotonneuse, elle trouva le sommeil de suite.
Tant sa fatigue fût grande qu'elle n'entendit pas la porte s'ouvrir, ne sentit pas le froid mordant lui saisir les pieds, ne fit pas cas de l'entrée qui se fermait lentement, tandis que le bruit sourd d'un objet assez imposant, percutait le sol. Elle ne s'éveilla que quand elle sentit quelque chose de glacé lui toucher la peau. Elle frissonna de tout son long, puis comme si elle manquait de souffle elle s'éveilla avec la bouche grande ouverte, prête à exulter un cri de surprise. Une main ferme se posa sur ses lèvres, et dans la pénombre, ses yeux encore endormis ne lui donnaient qu'une image floue. Elle commença à paniquer et à se débattre. Elle entendit qu'on lui intimait un « Chut » à la fois calme et doux pendant qu'on la basculait sur les coussins. Elle essaya de résister, mais sa position ne le lui permettait pas. Elle agrippa le bras qui la maintenait prisonnière, et la main se dégagea de sa bouche, de suite remplacée par des lèvres passionnées. Elle commença à se débattre furieusement, même si tous ses gestes semblaient bien faibles sous sa fatigue, et c'est là qu'elle sentit, qu'elle respira le doux parfum qui grisait son âme. Totalement chamboulée elle réussit à articuler entre deux souffles :
« Seph ? »
Mais elle n'eut en réponse qu'un autre baiser, et une lueur bleue dans la pénombre, une lueur qui éclairait des iris verts de félin. Cependant, ceux-ci avaient une flamme qui lui fit peur. Elle eut du mal à respirer sous ses ardeurs, et elle essaya de le repousser, mais il ne voulait rien entendre. Il plaqua ses bras sur le canapé, et il susurra la voix rauque de désir en lui emprisonnant les cheveux d'une main exigeante:
« Ho Syla ... je ne cesse de penser à toi depuis des jours. De ton odeur, de ta peau, de tes lèvres ... de tout ce qui fait ce que tu es ... »
La vigueur de ses mots la fit frémir malgré elle. Et bien que pas vraiment disposée à ce genre de retrouvailles, elle sentait un certain désir naître au creux de son bas-ventre. Elle ouvrit de grands yeux ronds de stupeur quand elle s'aperçut qu'il la déshabillait de son peignoir, et qu'il n'avait que sommairement enlevé ses vêtements quand il se cala entre ses cuisses. Il n'était pas vraiment disposé à faire traîner les choses apparemment. Elle se raidit, ne sachant plus du tout comment réagir. Elle avait souhaité le revoir, mais là tout ce passait trop vite, trop brutalement même. Il l'enserra dans ses bras de façon impérieuse, ne lui laissant plus le choix, et elle le sentit entrer en elle avec force et habileté. Elle étouffa un gémissement de douleur mêlée à de la surprise, et ce n'est que quand il la sentit se contracter entièrement sous lui, qu'il prit conscience de ce qu'il faisait. Il vit une larme rouler sur sa joue alors que sa voix restait étranglée dans sa gorge. Il se figea littéralement, et soulevant son corps pour la laisser respirer, il la fixa sans un mot. Cherchant à capter son regard, mais ses yeux fermés ne permettait pas un tel échange. Il y eut de longues secondes, des instants entre douleur et bonheur qui n'arrivaient pas à dissocier le bien du mal. Elle ouvrit enfin ses iris qui s'étaient transformés sous son assaut, et elle demanda d'une voix entre la brisure et le feulement :
« C'est ça que tu veux Seph ? Me posséder ?! Seulement me posséder ?! »
L'argenté eut un moment de flottement, totalement perdu, entièrement enseveli sous une tonne de sentiments qu'il ne contrôlait plus. L'intérieur de son torse semblait s'effondrer sur lui-même, lui coupant le souffle un instant. Cette douleur était nouvelle. Il faillit se lever, se retirer, partir pour la laisser tranquille, pour ne plus voir sur son visage l'expression qui le transperçait de part en part. Elle le retint entre ses jambes, la part animale prenant le dessus, et elle eut un grognement sourd tout en l'avertissant :
« Si tu veux jouer avec ça ... saches ce que tu risques ... »
Elle planta ses ongles allongés dans son dos nu et ses abdominaux, et lui extirpa un gémissement sous la cuisante morsure de ses griffes. Il dut s'avouer que cette étreinte l'éveillait bien plus qu'elle ne le faisait réellement souffrir. Il lui prit le visage entre les mains de façon possessive, et plantant ses yeux dans les siens il déclara :
« Je le sais ... je le sais mieux que quiconque sur cette terre, Genesis inclus. Et c'est ça Syla ... ça que j'aime tellement en toi ... personne d'autre ne peut me l'offrir ... personne ... »
Totalement frémissante sous son regard ardent, sous ses étreintes souveraines, sous sa folie même, elle se laissa engloutir par ce qui grognait sourdement en elle. Elle le voulait également, elle voulait être sienne, elle voulait qu'il la désire, qu'il la consume sous ses attentions. Elle voulait se faire dévorer par sa force, son impétuosité, son sale orgueil ! Elle attrapa ses lèvres dans un baiser mordant, et il y répondit avec autant de fougue. Il sut qu'il avait enfin entre ses bras, celle qu'il avait toujours soupçonnée. Leur union fut presque bestiale, mais tellement enivrante, le salon sembla submergé par une tempête. Ils s'étaient trouvés, et ils étaient totalement éperdus l'un de l'autre. Ils ne s'en apercevaient que maintenant. Submergée par un orgasme violent, Syla vint mordre sauvagement l'épaule de Sephiroth qui serra les dents sous sa délicieuse attaque. Ses canines légèrement plus longues laisseraient des stigmates à coup sûr. La jouissance se mêlant à la géhenne, il trouva cela divin. Ils en oublièrent Genesis au premier, qui dans un mouvement impuissant serra son oreiller contre sa poitrine, un hurlement sourd explosant son thorax. La limite entre la jalousie et l'envie devenant de plus en plus fébrile.
Reprenant leur souffle et leurs esprits dans la quasi pénombre du salon, éclairés seulement par les timides flammes de l'âtre qui se battaient vaillamment pour survivre, ils se regardèrent en silence. Syla ne savait plus quoi penser, cet échange avait été un mariage étrange qu'elle n'arrivait pas à bien analyser. Même si le plaisir grandiose de cette union l'avait totalement ébranlée, elle ne pouvait enlever l'arrière-goût amer qui lui restait dans l'âme en se remémorant les premières minutes. Son impétuosité, son ardeur, toutes ses envies, étaient passées avant les siennes, il ne l'avait pas entendu. C'est comme si ce qu'elle désirait elle, était obsolète. Alors qu'il lui caressait le visage dans une attention très tendre, elle se dégagea sans ménagement, toisant la contraction de ses pupilles félines dans un regard de travers. Il se figea, ne comprenant pas du tout sa réaction. Elle détourna le regard vers le feu qui se mourait, et la voix blanche elle déclara :
« Ne refais plus jamais cela tu entends ? Ou je te tuerais Seph ... tu ne sais pas à côté de quoi tu es passé cette nuit.»
Non il ne savait pas que sa première réaction avait été de vouloir lui faire mordre la poussière, de le rejeter, de le lacérer, de sentir son sang sous sa langue alors qu'il martyrisait ce qu'elle avait de plus cher. Oui, lui faire du mal, même si dans son inconscience il ne se doutait pas de ce qu'il faisait.
Il resta planté là, allongé à ses côtés, visiblement refroidi comme rarement il ne l'avait été. Il voulait dire quelque chose, mais sa voix lui manqua. Seulement maintenant la déraison dont il avait fait preuve lui revint comme un coup de fouet. Il se sentit maladroit et hésitant, pour la première fois de sa vie. Cependant, il ne laisserait pas cette fébrilité annihilé ce qu'il était, ce qu'il devenait. Il savait qu'il avait eu tort, mais leurs effusions n'en avaient été que plus intenses, plus délectables. Où avait-il alors fauté si tout avait été aussi puissant ?! Voyant qu'elle allait se lever et le laisser, sa bouche formula quelque chose avant qu'il n'en prenne réellement conscience.
« Je t'aime ... »
Ces trois mots semblèrent figer le temps un instant. Les yeux de Syla s'embuèrent tandis que son esprit décodait ces quelques syllabes que jamais elle n'avait pensé possible venant de Lui. Pas dites ainsi du moins. Elle darda ses iris jaunes dans ses siens, et la voix enrouée elle répondit faiblement :
« Moi aussi Seph ... je t'aime … mais ….»
Elle sut en le voyant, qu'étrangement il était d'une innocence éloquente. Pas dans ses actes, mais ses ressentis. Qu'il ressemblait à un enfant qui découvre la vie sans avoir les bonnes armes pour l'affronter. Et qui avait-il de pire que les sentiments dans l'humanité ? Quand ceux-ci venaient à vous, ils ne s'invitaient pas, ils envahissaient purement et simplement. Une intrusion qui bouleversait un univers connu et maîtrisé. Sephiroth n'avait-il pas été ainsi toute sa vie ? Maître de ses émotions, de ses actes, de ses pensées ? Depuis sa plus tendre enfance on ne lui avait offert qu'un environnement aseptisé et stérile, vide de tout. Son cœur se serra face à ses yeux de chat qui semblaient si ingénus en ces secondes. Il la vit se relever dignement, avec lenteur, et une fois debout, le dominant de toute sa taille, elle dit simplement :
« Mais je ne pourrais jamais accepter que tu me forces, que tu passes outre mes mots ou mes envies. Que tu m'aimes ne te donne pas tous les droits Seph ... et la possession n'est pas de l'amour ... »
Les paroles glissèrent en lui comme des lames glacées, et il ne sut que répondre. Elle vint l'embrasser sur les lèvres trop rapidement à son goût, et avec un sourire tiré elle dit :
« Je suis très heureuse que tu sois revenu ... bonne nuit ... »
Puis sans un mot de plus elle remonta dans sa chambre, et le bruit léger de sa porte se fermant condamna ses sentiments. Il sut en cette minute, que la femme qui venait de lui tenir tête, de le remettre à sa place malgré tout, était la seule qu'il voudrait avoir à ses côtés toute sa vie.
Syla regagna son lit, et se roulant en boule sous les draps, essaya de calmer les douleurs et les nausées qui s'offraient son corps depuis quelques heures. L'ouragan Sephiroth n'ayant pas arrangé les choses. Frissonnante, elle trouva quand même le repos après de longues minutes de réflexions infructueuses.
Le bois craqua sous les pieds de Genesis qui descendait paisiblement les escaliers, la bouche grande ouverte dans un bâillement immense. Il s'étira langoureusement et sourit quand les rayons de soleil, qui filtraient par la porte, lui caressèrent les orteils. Ce n'est que quand il fut en bas qu'il vit Sephiroth sur le canapé, figé et inexpressif comme une statue. Il fixait d'un œil vide l'âtre mort depuis longtemps. Surpris, le rouquin s'approcha de lui avec circonspection, ne voulant pas éveiller chez l'argenté des défenses trop incisives. Une fois à un mètre de lui il l'appela doucement :
« Seph ? Tu es levé depuis longtemps ? »
Sephiroth ne répondit pas de suite, comme si il ne l'avait pas entendu. Puis sans lui accorder un regard il répondit laconiquement :
« Je n'ai pas vraiment dormi ...
- Ho ... oui .. en effet j'ai pu entendre que la nuit a été quelque peu ... agitée ... » fit-il avec une note d'humour dans la voix.
Mais le visage de marbre de Sephiroth l'inquiéta. Il vint s'asseoir sur la table basse, presque totalement en face, mais même là Sephiroth regardait toujours un point invisible de l'autre côté. C'est alors que ses sourcils fins, comme deux traces d'argent, se rejoignirent, et que de la même voix il dit absent :
« Je crois ... je crois que je lui ai fait mal ... »
Le sang de Genesis se glaça tant il savait que de la bouche de son ami, cela pouvait prendre des proportions considérables. Il se plaça franchement devant lui, et l'air soucieux il demanda :
« Comment ça Seph ? ... »
C'est seulement à cet instant que l'argenté riva son regard sur lui, et prononça :
« A Syla ... je crois que je lui ai fait mal ... Je ... »
Il n'arriva pas à formuler ce qui lui trottait dans la tête, ce qui l'irrita un peu.
« Comment fais-tu Gen ? »
Le beau rouquin ne comprit pas du tout sa question, son visage surpris aiguilla Sephiroth, qui reformula sa question :
« Comment fais-tu pour vivre avec ton humanité ? Tes sentiments ? Comment arrives-tu à supporter ce qui fait mal là ? Il posa une main sur son torse au niveau du cœur et continua. C'est une douleur si particulière, qui m'était inconnue. Des blessures de guerre ont été moins cruelles que celle-ci, car elle semble ne pas vouloir se refermer ... »
Genesis hésita un instant entre partir dans un immense fou rire, et être totalement confondu et compatissant face à cette déclaration. Vu le visage sombre de son ami, il n'allait pas se moquer, il n'avait pas envie de se retrouver avec Masamune dans le corps, empalé comme un vulgaire jambon. Il se racla la gorge avec plus ou moins de retenue, puis avoua très sérieux tout d'un coup :
« Je vis avec ... c'est tout. »
Les yeux verts de Sephiroth cillèrent un instant, et il analysa :
« Tu as alors plus de courage que je ne l'aurais jamais soupçonné.
- Merci du compliment Seph ! Franchement ça fait plaisir ! Railla Genesis un peu froissé par sa remarque.
- Ne le prends pas mal Genesis, je suis juste un peu ... désappointé ...
- Totalement amoureux oui tu veux dire ! s'exclama alors le rouquin avec un radieux sourire qui oscillait entre plaisir et moquerie.
- Je ne sais pas.
- En tout cas tu as tous les symptômes mon pauvre vieux !
- Comment on gère ça ? Demanda alors Sephiroth très sérieux.
- Gérer ? Mais ça ne se gère pas ça Seph ... c'est peut-être une des rares choses qu'on ne peut maîtriser. Ce n'est pas une arme que tu peux apprendre à manier et en devenir maître ! C'est de l'ordre de ces choses qui restent à jamais farouchement sauvages et anarchiques ...
- Si ce n'est pas une arme alors pourquoi on souffre autant ? » lança alors Sephiroth tout d'un coup irrité au point d'être en colère.
Genesis ouvrit la bouche pour répondre, mais, malgré la débilité première de cette question, il ne trouva rien de sensé à répondre. Ce qui faisait de cette question une demande moins stupide qu'il y paraissait de prime abord. Il aiguisa son regard et demanda suspicieux :
« Que c'est-il passé cette nuit Seph ... ?»
La non réponse qui advint lui serra le cœur, il commençait réellement à se faire du soucis. Le regard de Sephiroth bascula à nouveau dans le vide, et se remémorant les moments torrides qu'ils avaient partagés il murmura presque :
« Je voulais la retrouver Gen, je veux dire, je la désirais réellement, à un point où tout mon corps avait mal. C'était comme une faim qui me consumait de l'intérieur. Et quand je l'ai vu, touché, senti, je ne sais pas ... c'est comme si j'avais perdu la raison. Je voulais juste me lier à elle, au point de la posséder, de la faire mienne, de ... de ... je n'ai même pas de qualificatif assez fort pour le décrire. Je n'ai pas fait attention, je n'ai pas entendu ses protestations, pas vu son état de faiblesse qui aurait du m'adoucir ... j'ai pris ce que je voulais ... »
Sa voix se tut dans un étranglement brûlant, et Genesis se décomposa littéralement. Blême il demanda :
« Tu n'as tout de même pas ...
- NON ! Tu es fou ! Lança Sephiroth d'une voix forte, ses yeux lançant des éclairs. Je n'aurais jamais abusé d'elle voyons ! Puis repensant à son état second il continua dans une voix brisée. Enfin … je crois ...
- A-t-elle eu mal Sephiroth ? Je veux dire physiquement ? Lui as-tu fait du mal ?!
- Je ne sais plus ... je crois oui, au début mais ... mais après c'était si délectable, si puissant. Elle était si ...
- Pas besoin de me faire un dessin ! » Cracha presque Genesis qui sentait tout son épiderme se hérisser.
Les plumes de son aile d'ébène s'ébouriffèrent un instant. Il se leva vivement, et lui lançant un regard critique il lâcha :
« J'espère que tu ne lui as pas fait de mal Seph ... ou je te jure que même si tu es le plus fort, je trouverai le moyen de te faire payer ! »
Il commença à remonter à l'étage pour voir la jeune-femme qui dormait encore, lorsqu'il entendit Sephiroth lui avouer :
« Je l'aime Gen ... »
Genesis se figea et agrippa la rampe de l'escalier en bois, à s'en faire blanchir les phalanges, et d'une voix tendue il déclara :
« Je vois ... je sais ... et c'est bien ça qui me fait peur ... »
Puis laissant Sephiroth à la contemplation muette de toutes les poussières du chalet si il le souhaitait, il prit le chemin de la chambre d'amis.
Quand il ouvrit la porte, la pièce était encore dans la pénombre, Syla semblait ne pas avoir encore émergée. Ce qui était étrange la connaissant. Genesis s'avança prudemment en utilisant la lumière du couloir pour se diriger au mieux. Quand il arriva près du lit, il entendit la respiration de la jeune-femme qui semblait bien trop rapide pour un stade de sommeil profond ou tranquille. Il alluma une des lampes de chevet, et il dut soulever les couverture pour la voir. Elle gémit un peu alors que la lumière, même douce, semblait l'agresser. Elle tira violemment sur la couverture pour se masquer à la clarté, et Genesis demanda :
« Syla ? Tu vas bien ? »
Il entendit sa voix émerger de dessous le monticule de draps, qui déclara dans un ton peu amène :
« Honnêtement Gen est-ce que tu as l'impression que je vais bien ?! »
Il se raidit un peu et la forçant à retirer sa carapace molle et colorée, il lui plaqua une main ferme sur le front. Il siffla entre ses dents quand il sentit la température qui pulsait sous sa paume. Elle était en nage, et elle souffrait à première vue. Il la força à le regarder, et les prunelles jaunes lumineuses le dévisagèrent avec ardeur. Il se figea un instant devant cette attention dorée.
« Tu as mal où ?
- Partout ... j'ai l'impression d'avoir le corps en bouilli. Je n'allais déjà pas bien hier mais ... ça c'est aggravé dans la nuit ...
- Tu ne m'as rien dit hier Syl ...
- Et ? Tu étais mal j'allais pas te prendre la tête avec mes propres problèmes Genesis! Qu'aurais-tu pu faire de toutes façons ?! Je ne tousse pas, je ne crois pas que je couve quelque chose, j'ai juste le corps qui se déglingue un peu ! Pas de quoi fouetter un chat hein ?! » lança-t-elle mordante d'humour noir.
Un sourire tendre se dessina sur les lèvres de Genesis. Il lui caressa le visage et murmura :
« Tu es une tête de mule ! Sérieux ! Tu as quoi comme symptômes ?
- Nausée, douleurs dans les muscles et les os, migraine. Je sais pas ... je crois que je me suis un peu trop amusée à me transformer hier. Mon métabolisme n'est peut-être pas encore prêt pour ça ...
- Et ta relation avec Sephiroth n'a pas aggravé les choses ? » Demanda-t-il incisif.
Elle le dévisagea, et elle sut en lisant ses iris aigue-marine qu'il était au courant d'une chose qu'il n'aurait pas dû savoir. Elle fronça les sourcils, la colère brûlant ses maux au passage.
« Que t'a-t-il raconté ?! fit-elle entre ses dents.
- Tout, et sûrement plus que je n'aurais voulu entendre ... »
Il vit l'or de ses yeux se border de larmes et elle se retourna vivement pour ne pas qu'il la voit.
« Il t'a fait mal Syl ... ? »
Elle ne répondit pas de suite, il dut attendre que des frissons tenaces viennent à la libérer pour qu'elle cesse de claquer un peu des dents.
« Non ... enfin ... rien d'insurmontable ... il n'est qu'un jeune chien qui n'a pas encore compris comment manger sans avaler par bouchées entières. Il est ... il est Lui ... c'est tout. Je crois, même si je ne suis pas aussi intime que toi avec lui, je crois qu'il se découvre, tout simplement. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir ... dit-elle sincère, même si une pointe étrange vint lui labourer gentiment le cœur.
-Et je m'en excuse Syla ... » dit alors la voix grave de Sephiroth qui s'éleva derrière Genesis.
Ce dernier et la jeune-femme se retournèrent en même temps, et vu l'expression de son visage fatigué, il s'en voulait terriblement. Il s'avança dans la chambre et vint à côté de son ami. Il grimaça un peu en voyant l'état de Syla, et avant qu'il ne pose la question elle répondit :
« Non Seph, ce n'est pas à cause de toi. Ce n'est pas ta faute. C'était pas la joie bien avant que tu n'arrives. Je crois que j'ai un peu trop tiré sur la corde.
- Tu devrais aller prendre une bonne douche, ça te réchaufferait déjà ... » déclara Genesis en lui arrachant sans attendre tout ce qui la recouvrait.
Elle pesta entre ses dents, jura même, tandis que le froid vint la mordre sa peau trempée, sans préavis. Sephiroth la prit dans ses bras, et alors qu'elle allait lui jeter une belle remontrance il annonça :
« Tu n'es pas en mesure de protester alors chut ! »
Il n'avait pas tort, elle sentait bien qu'elle n'avait pas plus de forces qu'un nouveau-né. Elle ne pesait rien dans ses bras, et ne pouvant bouger, elle essaya de s'installer le plus confortablement possible. Et elle y arriva. Les quelques mètres qui les séparaient de la salle de bain furent alors des plus délectables. Certes elle lui en voulait un peu, certes il n'était pas des plus chaleureux par moment, mais n'est-ce pas ce qui l'avait attiré chez lui, mis à part la fascination qu'il exerçait sur tous ? Elle posa sa tête sur son épaule, et inspira son odeur à grande goulée. Ses doigts se posèrent sur son torse musclé, sa chair ferme, sur ce cœur qui, nota-t-elle, s'accélérait petit à petit. Les choses n'avaient pas été parfaites la nuit passée, il l'avait blessé c'était certain, mais devait-elle pour autant bannir tout ce qui s'en était suivi ? Non. Elle ne le pouvait pas. Son état de faiblesse accroissait ses sens, et tout ce qui vibrait en lui, venait la titiller gentiment. Au bout de quelques secondes, alors qu'ils passaient le seuil de la porte, il lui murmura dans un gentil grognement :
« Si tu continues comme ça, je vais te dévorer Syla ... je t'avertis ... »
Il darda ses yeux verts lumineux sur elle, et elle sut qu'il ne plaisantait pas. Elle se calma alors, sachant pertinemment qu'elle n'était bonne à rien en cet instant. L'eau brûlante lui cuisit la peau, la décapa même, mais sous cette morsure acide, elle sentait qu'elle allait un peu mieux. Sephiroth s'était installé dans un coin de l'immense salle d'eau, la regardant furtivement par instant, bien plus pour surveiller son état que pour la détailler réellement. Ça il en avait tout le loisir en d'autres circonstances. Elle était envahie par la vapeur d'eau quand elle vit que ses veines étaient plus foncées que d'habitude, presque totalement noires. Elle stoppa ses mouvements et souligna la ligne sombre de son index droit. Sephiroth la vit faire et arquant un sourcil il demanda :
« Quelque chose ne va pas ?
- Je ne sais pas. Mon sang a l'air étrange ... » répondit-elle pensive.
Il se leva et voyant ce qu'elle voulait dire il exprima, cachant son inquiétude d'une voix neutre :
« Tu sais, ton intoxication à la Mako a été sévère, et ton métabolisme n'est pas totalement humain. Il est possible que ton corps n'ait pas encore totalement purgé ce qu'ils t'ont fait … Le poison disparaîtra progressivement ... »
Elle ferma le poing, se rendant bien compte en cette minute, qu'elle n'était vraiment pas à l'abri de quoi que ce soit. Elle leva ses yeux imprégnés de Mako dans les siens et fit :
« Parfois j'ai peur Seph ... car je ne sais vraiment pas ce qu'il va advenir de moi. Comment pourrais-je me projeter dans le futur alors que si ça se trouve, ma constitution, ce que je suis, peut disparaître à tout moment ... ? »
Ses yeux se firent tristes et elle eut un petit rictus presque dédaigneux. Observant les gouttes d'eau tombant sur les parois de la grande baignoire d'angle, sa voix se perdit dans les notes cristallines quand elle prononça :
« Moi qui n'ai jamais voulu réfléchir à mon avenir. Tu sais? Celui dont rêve toutes les jeune-femmes, avoir un mari, des enfants, un boulot, bref ... la vie quoi ... Là j'en viens à regretter de ne plus pouvoir le faire ... »
Elle freina l'envie de pleurer qui lui vint, alors qu'elle pensait à tout ce qui lui était dès-lors enlevé, et elle passa sa tête sous le jet pour éviter qu'il ne voit les larmes traîtresses qui se mirent à rouler malgré elle. Peine perdue, avec l'acuité d'un SOLDAT, rien ne pouvait lui échapper. Il baissa le regard par respect, et silencieux il retourna à sa place. Ils savaient tous deux, qu'ils n'avaient pas besoin de grandes effusions pour se prouver qu'ils tenaient l'un à l'autre. Quand elle revint dans sa chambre, une demi-heure plus tard, Genesis avait fait des prouesses de gentillesse. Tout était propre, les draps changés, tout était parfait. Elle vint l'embrasser furtivement alors qu'elle ouvrait une grande armoire pour fureter dedans. Les bras ouverts sur les battants, elle déclara :
« Bon les gars ! Est-ce que l'un d'entre vous aurez l'amabilité de me passer de quoi me vêtir s'il vous plaît ? »
Sephiroth eut un radieux sourire, les laissant quelques minutes il revint avec son sac de sport de la veille et le lançant sur le lit il déclara :
« Madame est servie ! »
Elle ouvrit de grands yeux émerveillés quand elle s'aperçut qu'il avait eu la présence d'esprit de lui ramener ses affaires de Midgar. Elle retrouva même son journal intime, l'argenté lui indiqua que dès le premier jour il était allé le récupérer et l'avait caché. Décidément, Sephiroth pouvait rester un éternel mystère.
Quand il repartit un jour plus tard, les séparations furent encore bien plus douloureuses. Tous les trois, bien que très solitaires et indépendants, n'arrivaient plus à supporter les départs. Ils ne se l'avouaient peut-être pas, mais la peur de ne plus se revoir, les tenaillait toujours. Après tout, ils avaient déjà tous tellement perdu. La douleur les avait rapproché plus qu'ils auraient dû se le permettre. Sephiroth se tenait sur le pas de la porte d'entrée, et sur le départ il vint prendre Syla dans ses bras avec force, inspirant sa chevelure au passage. Elle frémit sous cette attention, et glissant son visage dans sa chevelure en filigranes d'argent elle susurra à son oreille :
« Je t'aime ... »
La pression plus vive qu'elle ressentit dans son étreinte prouva l'impact de ses mots. Il l'embrassa dans le cou, et chuchota :
« Je sais ... et je suis à toi ... »
Elle étouffa la verve qui la démangeait, tous ces mots qu'elle avait envie de lui dire, de lui crier, mais elle n'en ferait rien. Quand leurs regards se croisèrent à nouveau, ils surent que plus rien n'arriverait à les séparer à présent, même pas la mort. Venant alors vers Genesis, il lui prit le visage entre ses mains gantées de noirs, et collant son front contre le sien il dit à voix basse :
« Toi ... mon ami .. mon frère .. je te donne le devoir de veiller sur elle ...
- Comme je l'ai toujours fait.
- Je sais. Mais tu sais aussi également à présent ce qui nous lie, tous les trois ...
- ...
- Je te fais confiance.
- Reviens-nous vite Seph. J'espère avoir des nouvelles d'Hollander. Il se fait désiré et j'ai besoin de certaines choses.
- Si j'ai vent de quelque chose à la ShinRa je te le ferai savoir. Essayez de ne pas vous écharper tous les deux pendant mon absence ! Lança Sephiroth espiègle.
- On va essayer promis .. » dit alors Syla avec un radieux sourire.
Il n'y eut pas d'au revoir, il partit sans un mot de plus, et les deux amis eurent les larmes aux yeux de contempler sa silhouette disparaître peu à peu sur les chemins enneigées. Sa longue chevelure argentée semblant vouloir se fondre dans le décor. Genesis vint passer un bras chaleureux autours de la taille de la jeune-femme. Elle le fixa et avec un piètre sourire elle s'exclama :
« Bon ! Je vais t'apprendre à faire un feu correctement sans te servir de ta magie ! »
D'abord surpris par sa déclaration, il ne put refréner un rire salvateur. Elle avait le chic pour les lui provoquer à chaque fois. Il la serra un peu plus fort contre lui, et perdant ses lèvres dans sa chevelure épaisse, il l'embrassa tendrement.
