Bien décidée à publier la fin ;)


Il ouvrit l'enveloppe posée sur son bureau, à cette heure-ci pas de risque qu'il soit dérangé par des employés. L'aube commençait à peine à poindre sur l'horizon. Il s'installa dans son grand fauteuil noir, et dépliant la missive lentement, il lut l'ordre de mission. Ses sourcils se rejoignirent dans une moue perplexe. Ainsi il devait superviser une mission à Nibelheim, avec comme seul compagnon d'armes Zack Fair. Des soucis de maintenance, à première vue, avaient déclenché des systèmes d'alarme du réacteur implanté là-bas. Des signaux concernant un secteur particulier, celui des caissons Mako. Il savait à présent que la compagnie avait fait des expériences inhumaines, Syla et Genesis en étaient la preuve, bien que ce dernier n'avait pas voulu tout lui dire. Il semblait vouloir lui cacher un élément important. Comme si lui aussi avait quelque chose à voir avec toutes ces manipulations génétiques. Son ami voulait le préserver sûrement, mais à présent, il voulait savoir. Il prenait de gros risques à les cacher ainsi, à aller les voir et tout le reste, il lui devait bien cela non ? Les premiers rayons blafards transpercèrent les nuages pollués qui stationnaient constamment sur la ville. Il se leva et se mit face à la baie vitrée. Il perdit la notion du temps alors qu'il analysait toutes les données. Genesis, Syla, Angeal, Hope, Tseng, Bugenhagen, Hojo, Hollander, et lui-même, tous étaient liés d'une manière ou d'une autre. A savoir dans quel ordre, de quelle façon. La porte de son bureau s'ouvrit avec force, et Zack pénétra sans même attendre. Sephiroth se retourna vivement, et alors qu'il allait vertement le jeter dehors, il se reprit quand il vit le visage du jeune Première Classe. Visiblement essoufflé et excité, il cria presque :
« Nous l'avons retrouvé ! »
Sephiroth ne comprit pas sur l'instant.
« Qui ? Demanda-t-il perplexe.
- Genesis ! Ils l'ont situé sur le Continent Nord ! T'imagines ?! Il était paisiblement planqué dans un petit chalet de montagne, et on n'y avait même pas pensé ! Je suis dépêché sur place avec Tseng ! C'est génial non ?! » lança-t-il innocemment totalement ravi.
Le cœur de Sephiroth se serra, il regarda la pendule carrée et argentée qui siégeait sur le mur en face de son bureau, un vent de panique invisible s'emparant de lui. Jamais il ne pourrait être là-bas avant les Turks ! Il se retourna vers la vitre, pour éviter que quoi que ce soit ne vienne trahir ses sentiments, et dit d'une voix froide :
« C'est génial en effet. File vite avant que Tseng ne vienne te chercher ... »
Zack ne sut comment réagir, mais se laissant submerger par sa joie il fit un salut respectueux et annonça en sortant de la pièce en courant :
« Je te ferai un bon rapport ne t'inquiète pas ! Et promis je ferai honneur au SOLDAT ! »
« Ça je n'en doute pas ... » pensa Sephiroth sur le point d'exploser.
Il attendit de se calmer un peu avant de prendre la direction de la sortie. Il fallait qu'il y aille, coûte que coûte ! Il ne supporterait pas de les perdre tous les deux ! Il traversa les couloirs, une multitudes de portes et d'ascenseurs, et arrivant à un des hangars du sous-sol un secteur alliant technologie, armements et logistique il vit Tseng qui, une fois de plus, semblait l'attendre, adossé à l'embrasure de la porte d'accès. Sephiroth sentit son cœur se révulser dans sa poitrine à sa vue. Il calma son pas, son attitude, et feignant tout détachements il s'arrêta devant le Turk et demanda :
« Tu es portier Tseng ? Je ne te connaissais pas cette attribution ... »
Les yeux noirs de Tseng brillèrent d'un éclat menaçant, mais la bouche fine de l'Utaïen s'étira dans un magnifique sourire.
« Portier ... espion ... tueur à gage ... nous avons la faculté de devenir ce que l'on veut Sephiroth. Tu le sais bien ... alors dis-moi, es-tu au courant de la merveilleuse nouvelle ?
- Oui, Zack est venu me la dire ... bon boulot Tseng.
- Ho ! Un compliment venant du grand Sephiroth, c'est mon jour de chance dis-moi ! »
Il se décolla de la tranche dure sur laquelle il avait pris appui. Il leva les yeux au ciel comme si il réfléchissait à quelque chose, se tapotant le menton d'un index cadencé, puis il demanda d'un ton faussement innocent :
« Il t'a dit où on l'a trouvé ?
- Oui, le continent Nord ...
- Étonnant hein ?! Mais encore moins que l'endroit où il se terre, tu dois savoir de quoi je parle non ?
-Non. Eclaire-moi je te prie ... » dit Sephiroth très calmement, ayant de plus en plus de mal à contrôler ses émotions.
« Dire qu'un simple coup, une seule caresse de Masamune, et tu te viderais comme un porc qu'on égorge sur ce sol froid ... » pensa-t-il alors que ses yeux de plus en plus verts devenaient incendiaires.
Tseng dut le remarquer, car son sourire devint totalement carnassier. Il prit un air détaché au possible, et marchant autours du Première Classe il déclama :
« Un petit chalet dans les montagnes. Au Village Glaçon ... tu imagines ?! Qui aurait pu penser à cela ?
- Qui en effet ! C'est surprenant au possible quand on connaît Genesis ! Répondit Sephiroth n'arrivant plus à donner le change aussi facilement qu'il le souhaiterait.
- Ha ! Mais il y a des gens qui le connaissaient mieux que toi apparemment ! Tu ne devineras jamais !
- Fais-moi don de ta lumière Tseng, j'aimerais ne pas passer la journée à t'écouter soliloquer !
- Tu deviens irritable ? Toi ? » S'exclama Tseng avec un affreux petit rire.
Il fit une pause théâtrale, histoire de jauger l'argenté qui ne faiblissait pas devant lui. Et qu'est-ce qu'il pouvait l'espérer ! Le voir avoir peur, frissonner d'angoisse, le voir s'effondrer comme un humain normal, demander pitié, ou demander juste quelque chose, tout simplement ! Mais Sephiroth ne lui donna pas satisfaction. Son regard noir s'aiguisa un peu plus et il continua :
« Les nouvelles recrues sont parfois une manne fascinante. Votre célébrité, vos fans, je ne soupçonnais réellement pas que vous crouliez sous autant de sollicitations. Puis, ne trouvant pas ce que je cherchais, j'ai focalisé mon attention sur ces êtres qui vous admirent tant. Je me suis dit que si ça se trouvait, ils avaient accès à des données que je n'avais pas. Alors je me suis penché sur le cas d'une nouvelle recrue. Une jeune-fille des plus dynamique et entreprenante, voulant aider au mieux la ShinRa. Fascinante jeune-fille, brillante, mais totalement inconsciente concernant les Turks. Elle a mis au jour une information que je n'aurais jamais soupçonné. Elle a dit qu'en faisant des recherches, avec d'autres fans aussi mordus qu'elle, elle savait que vous aviez une résidence de villégiature. Retirée de tout et méconnue de tous, enfin, à l'époque. Un chalet dans la montagne de ce fameux petit village. Vous l'avez acheté à trois, tout en prenant le soin de donner comme propriétaire une des anciennes amantes de Genesis. Elle est devenue très très bavarde quand nous avons menacé sa petite famille. Ainsi, je sais exactement où il se trouve à présent.
- Et bien bravo pour ta présence d'esprit et ta pugnacité Tseng ! Le Président sera très fier de toi ! Je suis ravi de voir que l'on peut faire autant confiance à ton professionnalisme ! Mentit Sephiroth comprimant la rage qui l'animait.
- Oui n'est-ce pas ? »
Tseng riva son attention sur Zack qui passait en courant dans le grand hangar derrière lui, et tapant dans ses mains dans une exclamation de joie, il lança jovial :
« Bon c'est pas tout ça mais j'ai un gibier qui m'attend ! Je suis désolé pour toi Seph mais ... je crains fort que tu ne doives te passer de votre petit refuge une fois que nous serons passé là-bas. Promis j'essaierais de ne pas trop abîmer les lieux! » avec un sombre ricanement il tourna les talons, et l'immense hangar s'ouvrit sur l'extérieur dans un grand bruit métallique.
Les sons assourdissant des rotors des hélicos au démarrage emplirent l'espace, tandis que le toit s'ouvrait lentement en laissant les rais de lumière pénétrer dans le sous-sol sombre. Le parking situé juste au-dessus s'ouvrit en deux, comme la bouche des enfers prête à vomir sa terrible engeance. Les lourdes carcasses en fer ne mirent pas longtemps à se soulever du sol, et Sephiroth ne put que les regarder devenir des points sombres dans le ciel, dans un sentiment d'impuissance le plus total. L'envie de hurler qui lui perfora la poitrine sembla l'anéantir sur place. Ses doigts agrippèrent l'encadrement de la porte, et ce dernier explosa littéralement sous la force de ces derniers.


...


Syla s'agitait gaiement devant la cuisinière, sifflotant même, le soleil qui traversait les fenêtres venait gentiment la caresser. Elle était heureuse, enfin, elle se sentait en paix. Genesis se réveillait tranquillement au premier. Il traînassait même au lit, l'odeur du petit-déjeuner venant lui chatouiller les narines agréablement. Il s'étira langoureusement, et quand il entendit Syla l'appeler, il eut un sourire radieux, donnant l'image d'un gros chat satisfait attendant son repas. Lui aussi était heureux, même si son bonheur était plus relatif car il se savait en sursis. Mais rien en cet instant ne viendrait troubler le bien-être qui s'emparait de lui. Il rabattit les draps dans un geste vif sur le pied du lit, et prenant une douche rapide il descendit, une chemise d'un bel outre-mer ouverte, ondoyant sur son torse, camouflant au mieux les stigmates de sa dégénérescence. Il arriva dans le salon qui jouxtait la cuisine ouverte, en essayant tant bien que mal de fermer tous les boutons, ce qu'il abandonna en arrivant. Un bon feu crépitait langoureusement dans la cheminée, et il se souvint avec tendresse de l'instant où elle lui avait patiemment expliqué comment allumer un brasier, sans utiliser la magie d'une materia. Il avait du s'avouer que même durant ses missions, il avait toujours eu recours à la facilité de la magie mako. Il la trouva fredonnant devant le café qu'elle était en train de lui servir, la lumière du jour traversant une énième chemise qu'elle leur avait piqué, dévoilant en ombres délicates ses courbes féminines, aussi austères soient-elles. Elle disait qu'elle adorait porter leur odeur. Bien évidemment Sephiroth et lui en avait déduit que ce devait encore être un « truc de nana », dont le secret leur échappait totalement. Ceci-dit, ils adoraient qu'elle le fasse. Il passa derrière elle, et lui plaquant un baiser sur la nuque il fit :
« Un réveil plus parfait est impossible ! Tu es un trésor, une femme à marier même je dirai !
- Ouais ben rêve pas trop, l'est pas né celui qui me passera la bague au doigt ! Lança-t-elle avec bonne humeur.
- Qui sait ... après tout je suis certain que tu ne t'attendais certes pas à tout ce qui t'arrive ... si ? » le ton espiègle de sa voix indiquait clairement son sous-entendu.
Elle se retourna et lui plaquant la tasse à café fumante sous le nez, elle déclara :
« Oui mon cher Genesis, c'est un fait non négligeable ... mais le mariage c'est vraiment pas ma tasse de thé … ou de café devrais-je dire ?! »
Elle avait l'air sérieux sous ses intonations humoristiques, et Genesis n'alla pas plus avant. Il alla s'asseoir avec sa tasse brûlante dans les mains, et ils prirent le petit déjeuner dans une ambiance délicieuse. Une fois qu'ils eurent terminé Syla regarda l'extérieur, depuis quelques heures une étrange angoisse la minait, une pression piquante qui lui électrisait le derme. Son sixième sens semblait vouloir l'avertir de quelque chose, mais en ce creusant la tête, elle ne voyait pas ce qui pourrait advenir. Mettant cet état de nerfs sur le compte de l'enfermement, un éclair illumina ses yeux, et elle demanda :
« On va marcher dans la montagne ?!
- Quoi ? Avec toute cette neige ?! Grogna Genesis peu enclin à aller prendre le froid.
- Ouiiii ! J'en ai marre d'être enfermée !
- Peut-être, mais toi tu peux te transformer, tu as un avantage certain sur la froidure hivernale ... j'aime pas le froid !
- T'es qu'un râleur !
- Même pas vrai d'abord ! » Rétorqua-t-il avec une moue boudeuse parfaitement exécutée.
Elle vint s'asseoir sur ses genoux, elle le dévisagea un instant, silencieuse, son regard se mit à vagabonder sur les sombres marques qui prenaient le corps de Genesis en otage. Machinalement elle vint les parcourir du bout de son index, parfaitement consciente de ce que c'était. Genesis la fixa, oscillant entre une certaine fascination et un profond malaise. Elle n'avait pas peur de le toucher, elle n'en ressentait aucun dégoût alors que lui avait de plus en plus de mal à se supporter. Il ne sentait presque plus son doigt aventureux, son épiderme devenant insensible là où la dégénérescence prenait le pas. Cependant, il frissonna, et d'un geste presque sec il voila ses chairs avec le pan de la chemise qu'il avait enfilée à la va-vite. Il détourna le regard, et il grimaça quand il entendit Syla émettre un grognement de protestation totalement félin. Elle lui attrapa le visage d'une main ferme, et le forçant à la regarder elle braqua son regard dans le sien de façon impitoyable. Il déglutit avec effort devant l'ardeur de son regard bleu, et sans un mot elle vint lui soutirer un baiser. Un vrai baiser, un de ceux qui vous colle à votre siège, même si vous êtes un des plus grands guerriers de Gaïa. Elle passa une main possessive dans sa chevelure qui flamboyait dans les rayons matinaux, et les lui caressant, elle poursuivit d'abord en chuchotant, puis sur un ton à nouveau de plus en plus enjoué :
« Promis je resterai en humaine ... aller Gen ! Je te jure cet enfermement va me rendre dingue ! Tu voudrais pas que je te dévore dans un accès de folie animale si ?
- Ho oui ... dévore-moi ...là de suite je trouve ta proposition bien plus intéressante ! répondit-il le regard pensif et rêveur, sortant de sa morosité.
- Geeen ! Le rabroua-t-elle en riant..
- Bon d'accord, laisse-moi aller passer un truc plus adéquat ... et tu devrais en faire autant. » dit-il en toisant d'un œil critique sa chemise blanche à moitié fermée.
Elle rougit un peu et hocha la tête. Elle se leva et fit :
« Commence à te préparer, je vais ranger un peu et je te rejoins ! »
Genesis obtempéra et prit le chemin du salon et de l'escalier. Syla se tourna pour mettre les éléments de vaisselle dans l'évier, et c'est là qu'elle la vit. L'ombre traîtresse qui alluma tous ses signaux d'alarmes. Ses yeux détaillèrent en un instant les alentours, et ils n'étaient pas seuls. Elle entendit une détonation suivit d'un bruit de verre brisé, alors qu'un projectile traversait une des deux fenêtres de la cuisine. Elle riva son attention sur l'objet sombre qui venait de rebondir sur le mur pour s'écraser au sol, et elle vit, tournoyant sur elle-même, une grenade fumigène. Elle eut juste le temps de hurler « GENESIS ! » qu'un flash blanc éclata suivit d'une épaisse fumée opaque. Elle se jeta au sol tandis que des bruits de balles retentissaient tout autours d'elle. Des bris de verres, des morceaux de bois, des objets brisés, maculèrent le sol en l'espace de quelques secondes. Elle rampa jusque dans le salon où elle entendit la voix de Genesis lui ordonner :
« Reste cachée Syla ! Ne te montre pas !
- Je vais pas te laisser seul ! » lança-t-elle en retour réussissant à accéder au salon.
Elle vit Genesis avec Rapière en main, et il avait activé une materia bouclier. Il la vit venir vers lui à quatre pattes, et son regard aigue-marine se fit très dur.
« C'est moi qu'ils veulent Syla ... ils ne savent probablement pas que tu es avec moi ! La plupart des bleus ne doivent même pas savoir qui tu es ! Si il t'arrive quoi que ce soit, Sephiroth me tuera ...
- C'est moi qui vais te tuer si tu vas tout seul là-bas ! » ragea-t-elle alors que la fumée suffocante investissait peu à peu la demeure en la faisant tousser. Elle plaqua le torchon qu'elle avait encore dans la main sur son nez, et le fixant d'un regard incendiaire, elle comprit ce qu'il allait faire. Il eut un faible sourire plein de tendresse, et avant même qu'elle ne puisse dire ou faire quoi que ce soit, il prit le chemin de la porte et hurla :
« Je vais sortir ! Arrêtez de tirer bande d'imbéciles ! »
Les coups de feu cessèrent, et quand il l'ouvrit, l'appel d'air évacua une bonne partie du nuage fumigène. Le regard horrifié, Syla ne pouvait qu'assister à la scène sans bouger. Le maudissant de sa folie.
La porte s'ouvrit lentement, et les fantassins du SOLDAT massés à dix mètres du chalet gardèrent en joue l'homme qui se présentait devant eux. Ils devaient être une trentaine, ce qui fit sourire Genesis, tous ces fusils braqués sur lui le mettait dans une position plus que désavantageuse. Il avança dans la neige, que peu vêtu, son aile d'ébène repliée dans le dos. Rapière donna de magnifiques éclairs rouges à la lueur du soleil. Genesis se savait plus ou moins perdu, mais quitte à mourir, il le ferait pour une personne qu'il aimait. Syla le valait. Une certaine peur étreignit ses organes, la terrible pensée de ne plus la revoir investissant peu à peu son esprit. Il avança lentement, jaugeant la situation. Il était tout de même ex-membre du SOLDAT, un Première Classe, un héros au même titre que ses amis. Ils verraient avec qui ils ont affaire avant de partir. Il porta la lame de Rapière sur son front et sembla prier, puis d'un geste sec il la mit en garde. Quelques fantassins bougèrent, laissant passer Zack, Tseng et Hojo, et Genesis aiguisa son regard.
« Rends-toi Genesis ! Il est inutile de braver la mort, tu sais très bien que les cartes sont jouées ! Lança Tseng d'une voix glaciale.
- Jamais Tseng, je préfère mourir que de venir avec vous ! Vous savez ce que je suis non ?! Ce cher Hojo ne vous a-t-il donc rien dit ?! » cracha Genesis en dardant un regard meurtrier au scientifique.
Zack et Tseng parurent surpris, et Hojo, ne se déstabilisant pas pour si peu dit, de sa voix éraillée et posée :
« Vous êtes une erreur, une expérience ratée, mais je peux encore me servir de vous ...
- JAMAIS ! » S'écria Genesis qui passa à l'attaque.
Il fit un bond prodigieux dans les airs, et déployant son aile noire il resta en suspens alors que sa magie de feu s'activait dans sa materia. Des projectiles enflammées s'extirpèrent à toute vitesse de ses mains, et de nombreuses explosions décimèrent et éparpillèrent les membres du SOLDAT présents. Une belle pagaille s'ensuivit alors que des flammes jaillirent de toutes parts, que les blindés et autres hélicoptères partaient en fumée dans des détonations assourdissantes. Genesis pensait s'en sortir sans trop de casse, s'était sans compter l'intervention de Zack qui s'élança à son encontre. Broyeuse, l'épée léguée par Angeal, percuta Rapière de plein fouet, et des gerbes d'étincelles habillèrent l'espace pendant que les deux hommes retombaient au sol. Le combat fut acharné, et Genesis vit à quel point l'entraînement de son défunt ami portait ses fruits. Sans compter que son état de faiblesse n'arrangeait rien. Hojo qui regardait la scène avait un visage ravi. Se frottant les mains avec avidité il dit à Tseng :
« Je n'ai pas forcément besoin de lui vivant Turk. Et je ne veux pas finir congeler ici, faites ce qu'il faut. »
l'Utaïen hocha la tête en dégainant son arme, puis visant, il attendit l'ouverture adéquate. Le coup de feu retentit comme un glas en écho dans la montagne, et le silence qui s'ensuivit glaça Syla jusqu'aux os. Elle se faufila jusque derrière une des fenêtres du salon, et rivant son regard à l'extérieur son cœur se figea. Genesis se tenait droit, immobile, les deux lames comme soudées dans les airs. Zack avait de grands yeux surpris, alors que le coup de feu était passé juste à côté de lui. Il en avait même entendu le sifflement. Genesis serrait les dents tandis que la blessure se mettait à couler à flot. Le projectile lui avait traversé le haut de la poitrine, cinq centimètres au-dessus du cœur. Le manquant de peu. La douleur le souffla, et lentement il s'agenouilla sur le sol en se retenant de crier. Il ne leur ferait pas ce plaisir. Rapière chuta dans un bruit sourd dans la neige qui se colorait peu à peu de rouge. Se sentant basculer vers l'arrière, il s'effondra, son corps s'enfonçant dans la poudreuse presque vierge. Un peu sonné, il entendit un cri déchirant venir de derrière lui. Ses yeux se fermèrent de dépit pendant qu'il chuchotait :
« Non Syla ... je t'en prie ...
- Syla ?! » fit Zack en regardant vers le chalet.
Son amie se tenait à moitié vêtue sur le palier glacial. Ses cheveux noirs cascadant à la manière d'une crinière hirsute, alors que ses yeux imprégnés de Mako se transformaient peu à peu sous la douleur. Elle courut dans le manteau neigeux jusque Genesis, et s'agenouillant à ses côtés, ne faisant pas cas des fins cristaux de glace qui lui cuisaient la peau, elle posa la tête du rouquin sur ses cuisses en pleurant à chaudes larmes. Ses mains furent maculées d'hémoglobine poisseuse en peu de temps. Elle se les porta au visage s'obstruant la bouche pour éviter de hurler. Elle sentait un courant morbide et glacial la parcourir, et elle ne parvenait plus à taire la folie qui s'emparait d'elle. Elle jeta un regard d'or liquide à Zack, et feula :
« Est-ce ainsi que tu sers la ShinRa Zack ?! Es-tu fier de toi ?! »
Le jeune-homme recula d'un pas, saisi devant sa souffrance. Elle caressait la joue de Genesis et elle murmura :
« Je vais te sauver Gen .. je te promets .. je vais te soigner je ...
- Va-t-en Syla ... gémit-il alors qu'il essayait de se relever.
- Non ! » répondit-elle en le serrant farouchement contre elle.
Elle sentait son cœur rugir furieusement dans sa poitrine, son sang affluer à grandes marées dans ses veines. Plus rien ne semblait se détacher du monde, sauf cette odeur métallique de sang, la chaleur du corps de Genesis, sa douleur, son monde qui semblait virer à l'enfer. Elle entendit la voix d'Hojo s'élever lentement alors qu'il disait :
« Tiens en voilà une surprise ! Notre Chimère perdue ..
- Chimère ? S'exclama Zack en se tournant vers le scientifique. Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe là ?!
- Obéis aux ordres SOLDAT! Aboya Tseng le visage fermé.
- Petit Chimère ... nous allons bien nous occuper de toi, tu nous a échappé trop rapidement la dernière fois ... mais on va réparer cela. Tseng ! »
Le Turk hocha la tête et il lança :
« Attrapez-la ! »
Les doigts de Syla se crispèrent à cet ordre, elle regarda Genesis dans les yeux. Il pleurait en silence et il souffla :
« Je suis désolé de ne pas avoir tenu ma promesse ... je t'en prie Syla .. sauve-toi ! Je vais m'en sortir .. aie confiance par la Déesse ! »
Il faillit s'évanouir sous la douleur avant de dire quelque chose de plus. Elle plaqua son visage contre son torse ensanglanté, et relevant la tête, son front barré d'une large marque rouge, elle hurla à s'en arracher la voix tout en activant une des matérias soin de Genesis. Aussi petite soit-elle, cette aide fugace serait salutaire. Son cri se modifia au fil des secondes pour devenir un rugissement bestial, son corps de félin prenant place. Tous les hommes présents se pétrifièrent à cette vision. Les yeux jaunes du lion noir incendièrent Zack, et alors qu'elle allait dire quelque chose elle entendit Hojo hurler :
« Elle est parfaite ! Je la veux vivante vous m'entendez ! Ne l'abîmez pas ! »
Les fantassins se rapprochaient d'eux de façon calculée, fusil au poing, elle passa à l'attaque, sous le regard médusé de Zack qui ne savait plus quoi faire. L'étrange héritière de Canyon Cosmo démembra les gardes et autres hommes du SOLDAT avec une facilité déconcertante. Plus rien ne semblait calmer sa soif de sang et de violence. Sa rapidité était telle qu'elle évitait aisément tous les projectiles. Rien ne comptait à présent, sauf la mort, la vengeance, le besoin de soulager le mal qui la dévorait de l'intérieur, alors qu'elle sentait son cœur se déchirer. La chair se disloquant sous ses griffes, le goût du sang de ses victimes, la joie d'entendre leur agonie, leurs os se briser, seul cela comptait. Puis, visant qu'elle avait assez de marge de manœuvre pour revenir vers son aimé, elle prit place auprès du corps étendu, et elle l'appela. Genesis ouvrit faiblement les yeux, et avec un sourire tiré il murmura :
« Ma tigresse ... fuis tu entends ... je te rejoindrai ... promis ... »
Elle lut dans son regard que sa promesse n'était pas vaine. Après tout, il avait toujours tenu celles qu'il lui avait faites. Elle frotta sa tête tendrement sur son visage, et malgré la douleur qui lui tétanisait le corps, il accueillit ce contact chaud et doux avec bonheur.
« Zack ! Bouge-toi ! Attrape-la ! » aboya Tseng alors que le Première Classe n'avait pas remué d'un iota depuis le début.
Il hocha la tête, et brandissant Broyeuse il fit :
« Désolée Syla ...
- Pas autant que moi ! » feula-t-elle en plaquant ses oreilles en arrière.
Néanmoins elle ne voulait pas en venir à un combat avec lui. Elle n'oubliait pas qui il était, ce qu'ils avaient partagé. Elle fit volte-face dans un bond souple, puis bandant ses muscles elle bondit plusieurs fois avant de disparaître dans la forêt.
« Rattrape-la bordel ! T'attends le dégel ou quoi ?! » s'égosilla Tseng totalement soufflé par l'inaction du SOLDAT.

Zack serra les dents, puis hochant la tête il prit sa suite.


...


Il la poursuivit un bon moment dans les congères, les sous-bois, les effleurements de roches escarpées. Au bout d'un long quart d'heure éreintant, elle stoppa sa course dans une clairière recouverte de neige, encerclée par un mur de végétation dense et un cirque glaciaire. Essoufflés, Zack et elle se toisèrent de longues secondes sans un mot. Une énorme détonation retentit au loin, et les fumées d'une impressionnante explosion s'élevèrent comme des serpents dans le ciel.
« Genesis ! » pensa Syla, le cœur serré.
Le regard un instant dans le vague elle essaya de taire la haine meurtrière qui commençait à s'offrir chacune de ses cellules.
« Il n'est pas mort ... il ne peut pas être mort ... je le saurai, je le sentirai... » s'avoua-t-elle alors qu'elle se souvenait du mal qu'elle avait ressenti quand Angeal les avait quitté.
Zack bougea faiblement, et elle riva à nouveau son attention prédatrice sur lui. La légère brise gelée qui annonçait une tempête, donnait un chant lugubre dans les corridors alentours.
« Pourquoi tu obéis aveuglément comme un brave petit toutou ?! » lança-t-elle tout-à-trac.
Zack resta quelques instants confondu devant cette question, ne sachant même pas quoi répondre sur le moment, la seule explication qui lui vint fut si pitoyable que lui-même s'en aperçut.
« Ce sont les ordres ...
- Les ordres ?! Cracha-t-elle à la manière d'un chat alors qu'un rire dédaigneux s'extirpait de ses poumons. En ce cas il n'y a pas d'issue n'est-ce pas ?!
- Je .. je ne sais pas Syla ... laisse-les t'emmener, je te jure de veiller sur toi .. »
Sincère mais innocent petit être qui ne savait pas ce qu'il disait. Le pelage et la crinière de Syla se hérissèrent sous ces mots, et elle feula :
« Jamais tu entends ! Jamais plus ils ne m'enfermeront dans cette prison de Mako ! Je préfère mourir maintenant ! »
L'air perplexe de Zack, totalement perdu face à cette déclaration, n'arrêta pas son intention. Elle se jeta sur lui crocs et griffes en avant, déterminée à le faire changer d'avis. Elle voulait juste qu'il la laisse partir rien de plus. Zack prit la masse corporelle de l'immense félin de plein fouet. Ses pieds glissèrent en arrière, traçant des sillons dans la neige. La vision de sa gueule armée de dents ainsi que son regard meurtrier le firent frémir. Avec force il la repoussa sur le côté en déplaçant Broyeuse d'un coup sec. Elle retomba sur ses pattes gracieusement, et commença à lui tourner au tour, ressemblant de plus en plus à un prédateur étudiant sa proie. Elle n'avait actuellement plus rien d'humain.
« Je ne veux pas te faire de mal Syla ... rentre avec moi !
- Me faire du mal ? Je sais comment tu traites tes amis ! Angeal est mort de ta main ! Cracha-t-elle alors que le ressentiment à son égard revint la gifler durement.
- TAIS-TOI ! » hurla-t-il visiblement affecté par ses mots.
Son cri se répercuta contre les parois rocheuses, et Syla remua les oreilles comme si cela lui faisait mal. Il braqua Broyeuse dans sa direction et lança :
« Tu ne sais rien ! Rien tu entends ! C'est lui qui m'a demandé de le faire ! Il ne voulait pas vivre comme un monstre, pas vivre comme ce que tu es devenue Syla ! »
Sa voix tranchante lui porta un coup, et fermant ses perles dorées elle murmura dans un grognement sourd :
« Ainsi voilà donc comment tu me vois ... tu crois que j'ai demandé à être ainsi ? Tu pourras remercier tes employeurs Zack ! Je vois que tu ne me laisseras pas partir ...
- Non ! Je te ramènerai avec moi de gré ou de force Syla ! » fit-il en reprenant une position de combat.
Elle entendait son cœur battre dans sa poitrine avec vigueur, elle sentait sa peur et son excitation face à leur combat à venir, puis elle nota autre choses. Un bruit régulier et fort qui avait tendance à se rapprocher. Surgissant de derrières les murs de granit et de neige, deux hélicoptères de la ShinRa apparurent. Elle sut en cet instant qu'elle n'avait guère plus le choix. Laissant toute sa rancœur et sa souffrance se déverser dans son esprit, elle réussit à accéder à une troisième transformation, celle qu'elle avait découverte seule, et qui l'avait tant épuisé et rendu malade. Elle baissa la tête, et Zack crut qu'elle se rendait, mais il déchanta vite quand il l'entendit gémir, et que son corps prenait une autre forme dans des bruits sordides de craquements. Elle hurla sous la tension qui lui étirait les os et les muscles, puis se redressant totalement elle fit face au Première Classe, ses lèvres esquissant un sourire félin meurtrier. Les arbres alentours commencèrent à tanguer violemment sous les courants que les rotors expulsaient, faisant tomber leur beau manteau immaculé. Ils entendirent la voix d'Hojo s'élever dans les airs, amplifiée grâce un porte-voix.
« Je la veux vivante Mr Fair ! Elle est l'aboutissement de nombreuses années de recherches ! Elle ne doit pas mourir vous comprenez ?! »
Zack était réellement désorienté, entre ce savant fou qui lui dictait des ordres insensés, et son amie qui ne ressemblait plus du tout à celle qu'il avait connu.
Syla se tenait sur ses jambes, enfin, sur ce qui lui servait de jambes. Elle était la combinaison parfaite d'un humain et d'un félin. L'hybride parfait pour un savant fou. Debout comme une bipède, ses membres n'en perdaient pas moins leurs armes naturelles, son visage félin n'avait, lui aussi, pas perdu sa superbe dentition. Ses ongles noirs étincelaient à la lumières, ils ressemblaient à des griffes de cinq centimètres de long. Concrètement, l'être qu'elle était, était simplement magnifique il était vrai. Mais Zack ne pouvait retirer de son esprit qu'elle n'était plus qu'un monstre. Il n'avait pas de fascination naturelle comme Genesis ou Sephiroth pour ce qu'elle était. Pire, il pensait à présent qu'elle représentait une menace certaine pour les Hommes. Les orbes d'or imprégnées de Mako cillèrent face à son air déterminé, et la voix grave mêlée à un grognement sourd elle dit :
« Il est dommage que ça se termine ainsi Zack ... je te pensais mon ami ... je pensais que tu comprendrais.
- ZACK ! CAPTURE-LA MAINTENANT ! » hurla Tseng à bout de nerfs.
Il jeta un rapide coup d'oeil aux hélicoptères qui tournoyaient dans les airs autours d'eux, puis hochant la tête il passa à l'action. Il porta un coup violent avec Broyeuse, mais Syla s'élança dans les airs avec une force incroyable. Elle sembla voler un instant avant d'atterrir sur une branche haute dans un arbre centenaire tout prêt. Zack aiguisa son regard et pensa :
« Elle est plus forte et plus agile que je ne le pensais ... j'ai bien peur qu'elle ne soit aussi plus rapide ... »
Ne se démontant pas pour autant il partit à sa rencontre en deux bonds aussi bien exécutés, et c'est un ballet alliant agilité et force qui s'amorça. Broyeuse fendait les airs avec vélocité, découpant tout ce qu'elle touchait. De grosses branches et même des arbres volèrent en éclats sous ses assauts. Syla évitait tout avec une facilité déconcertante, ce qui commençait à irriter le jeune Première Classe. Elle ricana un moment alors qu'elle jouait littéralement avec lui. Passant à côté, effleurant son épée dans des bruits clairs, ou alors lui offrant des petites entailles sur les bras ou son bel uniforme. Il hurla de frustration quand il comprit son idée.
« Arrête de jouer ! Bats-toi !
- Je suis un gros chat Zack ... c'est dans ma nature de jouer avec ... mes proies ... » lança-t-elle avec un sourire carnassier alors qu'elle se tenait face à lui sur une branche large.
Puis prenant sa demande au sérieux, son regard flamboyant s'étrécit et elle se jeta sur lui. Le percutant à pleine vitesse, ils basculèrent dans le vide. Le poids de leurs deux corps les entraîna en bas dans une chute de plusieurs mètres. Syla prit appuis sur lui et finit de le propulser au sol en prenant son essor depuis son corps. Le SOLDAT tomba rudement sur le dos, le souffle coupé, alors qu'il la voyait prendre place à quelques mètres de lui dans la clairière. Elle avait les bras croisés, et sa queue de félin balayait les airs de façon gracieuse. Il grogna en se relevant, et il ne fit même pas cas des remontrances sévères de Tseng au-dessus de lui, qui s'éparpillaient dans les montagnes alentours comme les mugissements d'un animal qu'on égorge. Il s'avança lentement, essayant de trouver une solution à son problème. Il fallait qu'il l'immobilise au plus vite, autrement elle allait l'épuiser rapidement, et il ne pourrait plus se défendre convenablement. Tandis qu'il levait son arme vers elle, il entendit une détonation déchirer les airs, et une chose tomba du ciel à une vitesse fulgurante. D'abord une boule informe, qui sembla s'ouvrir dans une corolle gracieuse au fur et à mesure qu'elle se rapprochait du sol. Bien plus en hauteur, Syla n'eut pas le temps de bouger qu'elle se retrouva emprisonnée dans un filet d'acier. Elle hurla de rage alors que les mailles se resserraient en lui rentrant dans les chairs et la faisait chuter. Elle en coupa quelques unes avec ses griffes, espérant ainsi pouvoir s'en sortir. Elle éventra le filin assez rapidement, libérant un de ses bras, puis brusquement elle fut tétanisée par un courant électrique monstrueux. Son corps se raidit et s'arc-bouta sous la décharge lancinante. Tous ses muscles ne l'écoutaient plus, elle n'était que douleurs son système nerveux était littéralement court-circuité. Son hurlement perçant s'éleva d'un seul coup. Au sol, elle leva un regard plein de rage vers le Première Classe complètement abasourdi par ce qui se passait, puis elle chuta totalement face contre terre, inanimée. Inconsciente, son corps redevint peu à peu humain, laissant sa peau nue sur la neige gelée. Zack s'approcha d'elle prudemment, son épée pendant presque piteusement au bout de son bras. Une fois à ses côtés il l'observa longuement, reconnaissant son amie d'avant, reconnaissant aussi qu'il avait peut-être fait une erreur. Mais même si il commençait à sentir un doute s'insinuer dans son esprit, il ne put le laisser prendre son essor, les deux hélicoptères se posèrent à une vingtaine de mètres d'eux. Le nuage de glace et de neige qui jaillit aveugla le SOLDAT quelques secondes, il leva sa main pour se protéger les yeux. Quand il l'abaissa, Hojo, Tseng et quatre autres membres de la ShinRa les rejoignaient. Le professeur remit ses lunettes en place, et se penchant sur le corps inerte, il émit un petit ricanement méprisable en faisant signe aux fantassins de l'embarquer. Les hommes empoignèrent le filet et la traînèrent jusque dans l'hélicoptère où ils la hissèrent sans ménagement. Hojo se frotta les mains, et les yeux brillant d'excitation il fit :
« Elle est parfaite Tseng, nous allons pouvoir continuer là où nous nous étions arrêté. Mais, hors de question de la laisser au siège, je vais la mener là où nul ne pensera aller la chercher.
- Et Mr ShinRa ? Demanda Tseng dubitatif, aiguisant quelque peu son regard.
- Il sera au courant quand j'aurais réussi à mener à bien mon projet. Le fait que ce soit une femelle qui ait survécu, ouvre des perspectives très intéressantes. Bientôt un autre genre de soldat prendra le relais Tseng, et personne ne pourra rien contre lui ... » le scientifique repris tranquillement la direction des engins, grelottant un peu sous son unique blouse blanche.
Le Turk respira un grand coup, conscient qu'Hojo lui demandait de mentir, puis rivant son regard sur Zack il fit :
« Bien joué, tu as fait du bon boulot ! Ta première mission importante en tant que Première Classe est une réussite !
- Alors pourquoi j'en garde un goût aussi amer Tseng ? » répondit Zack en dardant un regard de reproche au Turk.
L'Utaïen ne fit pas cas de sa question, il haussa les épaules nonchalamment, et prit la suite du scientifique sans dire un mot. Il laissa un Zack taciturne qui regardait l'hélicoptère où était Syla, s'envoler tranquillement. En montant dans l'appareil de Tseng il entendit un grésillement qui disait :
« Genesis a réussi à s'enfuir Tseng ...
- Comment ça ?! Hurla le Turk dans le micro de son casque. Il tapa du poing sur la paroi en métal qui les séparait du pilote, puis reprenant son calme il continua. Très bien ! Ramassez ce que vous pouvez et retrouvez-le ! »
Ce fut la dernière chose que Zack écouta, il se tourna vers l'extérieur et ignora tout ce qui était attenant aux deux hommes avec lui.


...


Les bottes de Sephiroths laissaient des empreintes pleines de boue dans la neige fondue. Les appréhensions qui le hantaient depuis son départ, le rongeant inexorablement petit à petit, prirent fin quand il vit les vestiges de leur demeure. Elles cédèrent la place à des sentiments bien plus sombres et instinctifs. Le chalet était encore fumant par endroits, même debout, il n'était que l'ombre de lui-même. Il serra le poing de rage face à ce spectacle de désolation, mais cette rancoeur fut bien pire quand il arriva à l'immense mare de sang coagulé, qui entachait le manteau neigeux sur l'allée centrale. Lisant succinctement les empreintes de ce qui s'était déroulé, il en déduisit que le corps qui s'était effondré ici était celui de Genesis. La trace d'une aile immense faisant un arc de cercle tout en longueur, prouvait la pertinence de sa réflexion. Il s'agenouilla et essaya de déduire ce quil s'était passé en inspectant les alentours. Des douilles en grand nombre étaient éparpillées un peu partout, et vu l'état des murs du chalet, il se douta que ses deux amis avaient dû essuyer de sacrées salves dès le début. Il entra dans le bâtiment désert, une froidure insondable lui comprima la poitrine. Balayées par une brise glaciale, les pages partiellement brûlées du journal intime de Syla, bougeaient dans un ballet irrégulier. Il le ramassa, puis ferma sèchement les vestiges de ce qu'il fut, il le laissa choir sur le sol. Il était à présent illisible et inutilisable. Au-delà des ruines, ils voyaient les fantômes de leur vie à trois, et la silhouette de Syla baignait l'espace où que se portait son regard. Il visita les lambeaux de leur existence, et donnant des coups de pieds secs dans tous les débris qui passaient à sa portée, il arriva dans la cuisine. Il sut que l'ordre avait été donné quand ils étaient encore au petit déjeuner, vu ce qui traînait dans l'évier.
« Bien entendu, un moment des plus adéquat, quand on est le moins sur ses gardes ... »
Il reprit le chemin de l'extérieur, fulminant sous son masque de glace. Il savait qu'il ne trouverait pas de réponse ici, et encore moins les corps. C'est alors que son attention se porta sur des empreintes bien particulières, celles d'un gros félin. Regardant les forêts de sapins qui s'étendaient devant lui il pensa :
« Syla ! »
Et c'est au pas de course qu'il entreprit de suivre la piste. De longues minutes dans la neige et le froid, et surtout, c'est insondable silence. Quoi qui ait pu se produire des heures plus tôt, plus rien ne semblait en vie à présent. Il arriva dans la clairière, les marques profondes dans la neige prouvaient que l'affrontement avait du être âpre et acharné. Il eut un faible sourire quand il vit les cadavres des grands arbres couchés, il savait qu'elle se serait défendu vaillamment. Il eut même un infime espoir quand une idée lui traversa l'esprit :
« Et si elle avait réussi à s'enfuir ? Peut-être qu'ils ont abandonné les recherches ! »
Cependant l'éclair fugace d'une possible joie s'effaça bien vite, quand du coin de l'oeil, il aperçut un éclat brillant, perdu dans l'immensité blanche. Il s'en approcha lentement, et ce qu'il redoutait le saisit. Comme dans un écrin, le collier de Syla gisait paisiblement. La Matéria Primale était éteinte à présent. Le petit pendentif que Cloud lui avait offert était accolé à la sphère sombre, et Sephiroth déglutit avec effort. Il sut dès cet instant, que son espoir était utopique, et que, où qu'elle soit à présent, elle était entre leurs mains. Il s'agenouilla près du bijou, et le ramassant dans sa main gauche il enleva le pendentif en forme de félin. Il ne récupéra que la materia et la chaîne.
« Cela restera hors contact, hors ShinRa ... rien ne viendra l'entacher encore plus. »
Puis quelque chose frémit à l'intérieur de son corps, et les frémissements devinrent secousses alors qu'il lui semblait que sa raison s'écroulait sur elle-même. La douleur insupportable qui vint lui tordre les côtes, devint étouffante. Il se retint de ressentir, d'éprouver, mais ce qui l'affectait, qui croissait en lui, était bien plus puissant que son esprit. Recroquevillé dans la neige, il laissa exploser ce qui semblait l'anéantir. Un hurlement déchirant sortit de sa gorge, se répercutant dans la montagne comme un chant du cygne terrifiant. Des larmes brûlantes lui dévorèrent les yeux, des larmes qui ne parvinrent pas à passer la frontière de ses cils. Il voulait rester le plus fort, comme toujours. Il serra avec vigueur la materia dans sa main, et essayant de calmer ce qui se débattait en lui avec fureur, il se jura :
« Je te retrouverai Syla ... je te promets que je te retrouverai ... quitte à mettre cette fichue planète à feu et à sang ! »
Dans son esprits voguaient déjà les images affreuses des caissons Mako et autres tortures qu'ils pouvaient lui infliger. La seul chose qui lui permit de ne pas sombrer dans la folie, fut l'espoir poignant qu'il allait la retrouver un jour. Il se releva, vacillant, titubant, blessé par une atteinte invisible qu'il ne contrôlait plus. Il rentra à la société ShinRa, vide de tout, de tous sentiments, de ceux qu'il avait appris à effleurer avec ses amis. Arrivé à son bureau, il s'assit dans son grand fauteuil de cuir noir, et songeur, il regarda la ville dans son habit crépusculaire. Masamune posée en évidence sur son bureau, il caressait la lame pensivement.
C'est ainsi que le trouva Zack, entrant par la porte du bureau encore ouverte. Séphiroth avait l'air perdu dans un espace temps hors de sa portée, il s'avança néanmoins, et se raclant la gorge il fit état de sa présence. Sephiroth ne le regarda même pas, et d'un ton très froid il demanda :
« Quoi ? »
Zack sut à ce simple mot, que le général n'était pas d'humeur. Il semblait même sur le point de tout casser, mais cela aurait été étonnant venant de lui. Le beau brun se raidit et commença hésitant :
« Je pensais que tu voudrais un rapide rapport de vive voix de ce qui c'est passé aujourd'hui, vu que tu n'étais pas là quand on est revenu. »
Le poing de Sephiroth se ferma de façon menaçante sur sa joue. Le jeune Première Classe continua :
« Je voulais que tu saches que Genesis a réussi à s'enfuir ...
- Vraiment ?
- Oui, les hommes restés sur place nous ont dit qu'il avait bien plus de ressources qu'ils le soupçonnaient. Il a tué une bonne partie des fantassins, presque tous ceux que Syla avait laissé en vie, alors qu'il semblait entre la vie et la mort, puis il s'est littéralement ... envolé ... »
Le rictus qu'eut Sephiroth en cet instant le glaça. L'argenté se tourna alors vers lui, et son regard de prédateur pénétra Zack de part en part, comme si c'était une lame. Dans les yeux verts imprégnés de Mako, il y avait une dureté et un vide qui firent frémir le jeune-homme. Jamais il ne l'avait vu ainsi.
« Vous pensiez arrêter Genesis aussi facilement dis-moi ?! Tseng doit être atrocement déçu ...
- Oui .. mais ils ont arrêté une autre personne ...
- Ha ? Fit Sephiroth feignant la surprise mais non pas son intérêt.
- Syla ... elle était là-bas ... tu le savais n'est-ce pas ? » demanda Zack avec tout le courage du monde.
Sephiroth le toisa un instant, sans un geste, sans une once d'humanité, même son souffle semblait éteint.
« Que je le sache ou non, cela ferait-il une différence Zack ? Me soupçonnerais-tu de trahison ? »
La vibration dans la voix de l'argenté lui hérissa les cheveux. Il déglutit avec effort sous son attention prédatrice.
« Non Seph, je ne soupçonne rien, je sais, mais pour être honnête, je m'en fiche pas mal à présent. Je voulais juste te dire que c'est le professeur Hojo qui la détient. Je ne sais pas où. Ils n'ont rien laissé transpirer sur ce qu'ils allaient faire ou, où ils allaient l'emmener. J'ai aidé à sa capture Seph, j'ai eu peur de ce qu'elle est devenue. Cependant, je regrette à présent ... je crois que n'avais pas compris...
- Tu lui diras si tu la revois un jour Zack ! Si elle est encore en vie ! A présent laisse-moi ! »
Zack allait ajouter quelque chose, mais tout dans le comportement du général lui ordonnait de ne rien tenter, lui intimait même la fuite. Il prit le chemin de la porte, et il entendit Sephiroth lui dire d'une voix neutre :
« Nous allons devoir aller à Nibelheim toi et moi dans pas longtemps ... j'espère que tu feras preuve d'autant ... d'assiduité dans ton travail ... »
Zack se stoppa quelques secondes, puis sans un mot il quitta le bureau, à présent certain que les choses n'iraient pas en s'arrangeant.
Une fois seul, Sephiroth se cala dans son fauteuil, et lorgnant son ordinateur il se mit en tête de prendre des renseignements sur leur prochaine mission. Avec un peu de chance, il pourrait peut-être faire le lien entre toutes ces histoires qui ne cessaient de s'entrecouper et retrouver la jeune-femme qui lui manquait déjà.


...


A des centaines de kilomètres de là, dans un endroit sombre et lugubre tout droit implanté dans les entrailles de la terre, Syla s'éveillait péniblement. On la maintenait fermement par les bras tout en la traînant sans douceur dans un tunnel où elle ne voyait rien. Une masse floue et informe avait pris possession de sa vision. Elle voulut bouger, mais son corps resta sourd à ses envies. Elle n'arriva même pas à redresser la tête. Elle entendit le bruit d'une porte que l'on ouvre, grinçant atrocement sur ses gonds. Une lumière jaunâtre et diffuse vint envahir l'abîme sombre dans lequel ils étaient. Il n'y avait que quatre personne, Syla arrivait à détailler les pas différents qui l'encerclaient. C'était au moins ça.
« En même temps, ça t'avancera pas plus de le savoir ... » réussit-elle à penser dans le cloaque anesthésié de son esprit.
Ils passèrent une vaste salle, puis une autre plus petite, et encore une autre, alors que le bruit d'une chose imposante qui glisse parvint à ses oreilles. Elle entendait parler, la voix d'Hojo se démarquait dans ses monologues scientifiques, bien qu'elle n'arrivait pas à comprendre tant tout était vaseux pour elle. On la place sur une surface lisse et froide, qui devait être une table. Apparemment, si il y avait un caisson Mako ici, elle n'allait pas encore le rejoindre. On prit soin de l'attacher sévèrement, puis elle sentit une vive piqûre dans le bras, puis une autre, et une autre, alors qu'on la branchait à une multitudes d'appareils, dont elle ne pouvait apercevoir que les lumières blafardes. On lui colla un masque à oxygène sur le visage, en même temps que quelqu'un soulevait en grand ses paupières pour voir ses pupilles. La ligne blanche et agressive qui se logea dans son air optique la fait souffrir, mais elle ne pouvait même pas gémir. Elle entendit des mouvements autour d'elle, Hojo semblait heureux, sa voix chevrotante de vieux fou s'élevait comme un chant mortuaire pour la jeune-femme. Elle nota aussi tout un tas de sons clairs, comme des objets métalliques que l'on poserait sur quelque chose de toute aussi faite de métal. Une certaine peur lui serra l'estomac, tant il était facile d'imaginer que ces ustensiles étaient chirurgicaux. Une larme impuissante roula sur sa joue, et une main chaude vint la lui essuyer. La faible silhouette qui lui parvint était habillée de noir, et à l'odeur, elle reconnut le Turk qui l'avait faite prisonnière, Tseng. Elle n'avait même plus la force de se soustraire à ce contact. Lui vint alors une idée affreuse, prier, prier pour que tout soit vite fini. Elle savait Sephiroth en vie, et Genesis tout autant, elle en avait la conviction. Après tout, c'était elle qu'ils voulaient, et ce depuis cette nuit fatidique. Le son ressemblant à celui d'une scie ou d'un engin électrique s'éleva, et la panique muette et invisible qui la noyait sembla venir à bout de toutes ses résistances. Elle ne pouvait même pas crier. L'outil bruyant s'approcha lentement de son corps, quand il fut stoppé par la voix du savant qui s'exclama :
« Hop hop hop ! Une minute ! »
Les choses semblèrent en suspens, une éternité pour une personne qui était sur le point d'être offerte à la science comme un vulgaire morceau de viande. Puis survinrent des chuchotements qu'elle n'arriva pas à comprendre. Les ustensiles furent reposés et le son de l'objet mécanique mourut. Elle devina Hojo qui s'approchait d'elle, et presque avec un geste tendre il lui caressa les cheveux. Il approcha son visage du sien pendant que quelqu'un lui posait une étrange couverture dessus, puis dans un chuchotement d'une affection malsaine, il lui glissa à l'oreille :
« Tu seras une de mes fiertés, la plus grande peut-être. Dans quelques temps, tu seras l'origine d'une nouvelle espèce. Une mère pour les mutations futures, tu vas offrir à l'humanité sa prochaine évolution. Oui ... dans un futur proche, ma belle Chimère, tu feras de moi l'être le plus heureux sur Terre ! Tu seras la deuxième de mes créations qui me comblera ... si Sephiroth savait ... »
Puis il se redressa, activa des machines qui se mirent à émettre des sons clairs et réguliers, et tous la laissèrent. Les bruits de pas s'éloignèrent, les lumières s'éteignirent et ils la laissèrent seule dans le noir. Elle sentit une chose couler dans son organisme, la plongeant irrémédiablement dans un profond sommeil.
Plus de temps, plus de réalité, elle flotte, se perd, vagabonde dans un espace noir et nu. Puis vint la lumière, la douce lumière verte à présent si bien connue. Elle tend à y parvenir, elle se dirige vers cet espace salvateur, mais à la différence des autres fois, elle se heurte à une paroi invisible. Elle tape dessus, essaye de l'enfoncer, mais rien à faire. Elle hurle, s'époumone, comme si quelqu'un en ces lieux pouvait l'entendre. C'est alors qu'Angeal apparaît dans son champ de vision éthérée. D'abord dans un nuage diffus, comme un brouillard à l'aube, puis totalement tel qu'elle l'avait connu. Le regard triste il déclara:
« Cela ne sert à rien Syla, tu ne peux nous rejoindre ...
- Pourquoi ?! Pourquoi Angeal ?!
- Parce que tu n'es pas morte, tu n'es ni morte, ni vivante, coincée entre deux mondes qui se disputent le droit de t'avoir. Ils t'ont plongée dans un coma artificiel.
- Comment ? ... Comment puis-je mourir alors ?! Demanda-t-elle la voix brisée par la peur.
- Tu ne peux pas Syla ... tu ne peux pas décider de ça. Il y a des forces qui nous gouvernent, il y a des rumeurs même dans le monde des ombres et de l'invisible. Tu as encore quelque chose à accomplir ...
- Alors je suis condamnée à rester ici ?! Condamnée à attendre quoi au juste ?!
- Je ne peux le dire ... Je ne peux que répondre que, pour l'instant oui, tu es condamnée à cela ... mais je suis certain qu'ils te retrouveront... »
Elle sentit une tristesse immense l'engloutir quand elle pensa à Genesis et Sephiroth. Et comme elle l'avait déjà fait une première fois, elle se retrouva aux côtés du Général à la vitesse de la pensée. Elle pleura en silence en voyant son visage ravagé par l'inquiétude, et les souffrances muettes qui le torturaient sous son regard bleu-vert étrangement froid et absent. Puis elle vit Genesis, mal en point, aux côtés d'Hollander qui tentait par tous les moyens de le soigner. Elle esquissa un faible sourire alors qu'elle prenait conscience que ses deux amours étaient encore en vie. Elle regarda Angeal qui se tenait derrière le seuil de cette porte invisible et interdite, et murmura :
« Qu'importe Angeal ... qu'importe ... ils sont en sécurité à présent. C'est tout ce qui compte pour moi ... »
Il lui accorda un sourire sincère, puis il sembla fondre sur place, alors que la Rivière de la Vie s'éloignait inexorablement d'elle. A nouveau le sombre horizon, et les espaces vides, là où même la conscience paraissait se diluer dans un néant absolu.