Bon je ne sais si ça vous intéresse, mais voici la suite ! ^^
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« Syla ? Syla ?
- Seph ... ? gémit-elle dans une torpeur accablante
- Non Syla ... »
La voix masculine avait quelque chose d'apaisant, de très paternel, et Syla reconnu le timbre grave d'Angeal. Elle ouvrit les yeux et elle était totalement entourée de la lumière verte familière. Les volutes gracieuses ondoyant comme des serpentins doucereux, caressaient son âme et son corps astral, comme un pansement salvateur. La carrure imposante d'Angeal était penchée au-dessus d'elle, le visage tendu d'inquiétude.
« Suis-je morte ?
- Je ne crois pas, tu es dans les limbes. Tu es ... comment dire ... en sommeil.
- En sommeil ? »
Elle gémit en réalisant la situation. Portant ses mains à son visage elle ne put contenir ses pleurs alors qu'elle chuchotait :
« Encore ... j'en ai assez ... assez ... morte ou vive, mais pas les deux à la fois ... par pitié.
- Ton corps est dans un coma prolongé, on t'a sauvé in extremis, mais ton essence est bloquée entre deux niveaux. Tu ne peux pas mourir, ta materia étrange bloque le processus. Et comme nous le savons, elle a un lien direct et étroit avec la Rivière de la Vie, bien plus que les materias que nous fabriquons, car c'est la Gaïa elle-même qui l'a façonné avec ton sang. Je pense que tu as encore, un, ou plusieurs combats à mener de ton côté.
- Encore ... je suis lasse des combats Angeal. Si lasse ... Et que vais-je devenir par la suite ?
- Là tu m'en demandes trop, je pense que tout dépendra de tes résultats, de ce que tu feras, de ce que tu es ...
- Ce que je suis ?
- Pas en tant que Chimère Syla, en tant qu'Être à part entière ».
Il fit une courte pause, puis regardant un point au loin, il continua l'air un peu soucieux :
« Genesis t'a offert un sommeil dans un cristal Mako, à Banora. Il a fait cela par amour, il voulait te préserver, la Mako plus ta materia, va savoir quel cocktail cela donne...
- Par amour ?! Elle eut un rictus cinglant. Par folie oui, si je ne lui reviens pas, je ne reviendrais pour personne, c'est un peu cela en somme ... mais a-t-il seulement eu tort ? Si je revenais à la vie sans eux à mes côtés, que serait-elle ? Avec ces fœtus dans mon ventre, qui vont grandir et devenir leurs enfants ...
- VOS enfants Syla ! » Aboya presque Angeal dont les yeux eurent un éclair de colère un instant.
Elle le fixa, presque abasourdie par sa réaction, lui d'habitude si mesuré. Elle se releva lentement, frissonnant, serrant ses bras sur sa poitrine fantomatique en se massant les épaules. Elle se sentait déphasée, shootée. Même si elle n'avait plus réellement de corps à proprement parler, elle ressentait le baiser glacé de son état sur toute son anatomie.
« Je ... je n'arrive pas à me faire à l'idée Angeal ...
- Il faudra bien Syla ! Et je te botterai dix milles fois les fesses s'il le faut pour que l'info pénètre ok ?!
- Hey ! C'est mon corps Angeal pas le tiens !
- Oui peut-être ! Mais punaise SYLA ! Vous êtes les trois personnes que j'aime le plus au monde ! Tu crois que ça me fait quoi à moi ? »
Sa déclaration était entre colère et une autre chose qu'elle n'arriva pas à définir, mais quoi qu'il en soit, elle darda son regard dans le sien, profondément troublée par cet aveu. Sa mâchoire carrée totalement crispée lui donnait un air sauvage, et ses yeux brillants trahissaient ses sentiments. Syla porta machinalement ses bras sur son ventre en les croisant pour se réconforter, et elle avoua en n'osant pas le regarder en face :
« Je .. je ne sais pas Angeal. Je ne sais plus. Tout est trop confus en moi à présent ... je n'ai jamais voulu avoir d'enfant, encore moins venant de Sephiroth ou Genesis ... C'est comme si je les avais trahis, comme si j'avais fait la pire erreur qui soit...
- Que je sache il faut les deux pour faire un enfant non ? Homme et femme, alors si tu as quelque chose à te reprocher, eux également ...»
Puis voyant le désarrois de la jeune-femme Angeal se sentit mal à l'aise pour le coup. A force de traîner avec des hommes, certaines choses devaient lui échapper ... non pas devaient, mais lui échappaient tout court. Il ressentait la fierté commune aux amis qui apprennent que leurs proches allaient avoir un descendant. Si ils avaient eu une autre vie, les enfants de Sephiroth, Genesis, et les siens, auraient probablement grandis ensemble. Il eut un pale sourire à cette pensée, un futur improbable se dessinant dans son esprit. Les trois bambins babillant gaiement dans un verger à Banora, baignés par un radieux soleil, mangeant des pommesottes assis sur une herbe verte et grasse, sous les yeux attendris et protecteurs de leur père respectif. Il verrait sans doute les enfants de Genesis et Sephiroth, mais les siens ne seraient jamais. Un soupir accablant plomba ses épaules massives, et Syla l'observa un instant, silencieuse. Elle regarda le sol qui n'existait pas, et détournant la tête elle s'exclama :
«Nous n'en sommes pas là de toutes manières. Combien d'efforts et d'épreuves nous allons devoir surmonter juste pour pouvoir survivre Angeal ... si ça se trouve nous mourront tous, et ces enfants ne viendront même pas au monde ...
- Je refuse de le penser ...
- Alors c'est que tu es lâche Angeal ! » lança-t-elle la voix tendue en se retournant vivement vers lui.
Il resta saisi devant sa réaction, puis quelque chose attira son attention. Un mouvement, une ombre, qui passa rapidement sur sa vision périphérique. Il essaya de mieux voir ce qui pouvait ainsi perturber le Lifestream, et sa respiration se suspendit en apercevant la masse sombre qui s'approchait d'eux. Il fit un pas en avant, se mettant naturellement entre Syla et cet étrange courant, et levant légèrement un bras protecteur il murmura :
«Cette chose n'est pas normale, c'est comme si elle perturbait la Rivière elle-même ... reste derrière moi Syla. »
La jeune-femme aiguisa son regard, et des frissons glacés prirent possession d'elle. Elle prit la main d'Angeal dans la sienne, et avançant un peu plus elle dit :
« Je connais cette chose, je l'ai déjà vu. »
Instinctivement les doigts d'Angeal se resserrèrent sur les siens, sur ses gardes, son sixième sens du SOLDAT l'avertissait que cette entité n'avait rien d'hospitalier. Tous deux ne réalisèrent pas que l'obstacle invisible qui les avait toujours séparés, n'était plus. Le brouillard noir se rapprocha lentement, ondulant comme un serpent sur le sol, et arrivé à quelques mètres des deux amis, jaillit en se redressant d'un seul coup, arborant les courbes féminines que Syla avait déjà entraperçut. Tandis qu'elle allait s'avancer un peu plus, elle sentit la poigne d'Angeal lui broyait presque les phalanges alors qu'il intimait :
« N'avance pas ! Cette chose ne veut pas notre bien ! »
Il y eut un rire caverneux, puissant, qui sembla résonner un instant dans l'Univers entier. La Rivière de la Vie eut un son discordant comme si cette expression de joie morbide interférait directement avec son cours. Syla sentit son poil se hérisser sur sa peau, comme un signal d'avertissement, alors que la chose fondait sur eux et attaquait Angeal de front. Elle poussa l'ex milicien brutalement, arrachant la prise qu'il avait sur la jeune-femme, et le propulsa au loin sans mal. Déboussolant l'esprit du grand gaillard qui se retrouva d'un coup comme collé sur place. Un éclat vert phosphorescent pulsa sur le faciès presque humanoïde de la chose immatérielle, esquissant deux yeux effroyables. Syla voulut bouger mais elle n'y arriva pas. Tout était différent. Plus palpable, plus brut. Elle réalisa inconsciemment que son état différait avec les fois précédentes. La Rivière de la Vie l'avait intégrée en son sein, même si elle n'était pas complètement morte. Même si le souffle physique n'existait pas ici, elle sentit sa respiration s'accélérer tandis que toute son âme lui hurlait de se dégager de cette situation. Etrangement elle pensa à Genesis et Sephiroth, et l'entité sembla lire dans son esprit. Elle eut un étrange roucoulement, un bras vaporeux vint caresser le visage de Syla tendrement. Puis la poigne se resserra sur sa mâchoire au point de lui faire mal, et la chose approcha son visage du sien. Elle sembla la renifler, une voix caverneuse et désincarnée souffla :
« Chimère ... notre tendre Chimère ... »
Un flash de Sephiroth déchira l'esprit de Syla qui hurla sous la pression. Elle entendit à peine Angeal l'appeler au loin. Dans sa tête se mit à défiler des images incohérentes, abracadabrantes où une femme d'une beauté terrifiante semblait vouloir engloutir Gaïa. Aspirant la Rivière de la Vie et la rendant stérile. Elle vit le décor d'une ancienne cité, riche et majestueuse, toute de blanc et de nacre, où les gens que l'on nommait Cetras vivaient en harmonie avec la terre. Puis le cataclysme, l'objet céleste qui s'écrasa sur terre avec dans son cortège la fumée, le feu, les cendres et la mort. Une entité et son entrée fracassante, avec sa soif de pouvoir et de destruction, que les Cetras mirent sous silence et enfermèrent grâce à leur magie. C'est alors que la longue chevelure argenté et les yeux verts lui rappelèrent Sephiroth, et là elle comprit. Jenova ! Cette créature était une extension de celle qui fut autrefois Jenova, la Calamité des Cieux. Dès lors qu'elle eut la lumière sur cet élément les douleurs cessèrent, et la forme vaporeuse dit d'une voix presque chantante :
« Oui ma fille ... oui ... »
Syla serra les dents, et se défit de l'étreinte malsaine de l'extra-terrestre en sommeil sur Gaïa, que les scientifiques avaient eu le malheur de déterrer.
« Je ne suis pas ta fille ! Lâche-moi ! »
L'essence de Jenova eut un sifflement strident alors que la jeune-femme avait apparemment le pouvoir de se soustraire à son bon-vouloir. Le nuage sombre se déplaça violemment dans l'espace et alors qu'elle allait dire quelque chose, elle stoppa nette, comme si elle avait entendu un bruit. Relevant ses yeux verts monstrueux, elle susurra dans un soupir :
« Oui mon fils, je viens ... je renais ... ensemble nous allons gouverner cette planète ... »
Puis le nuage s'évapora en quelques secondes, laissant la place déserte, et relâchant les deux amis de son pouvoir. La Rivière de la Vie sembla hurler une clameur grave tandis que Syla sentait sa poitrine et son cœur se serrer, pour finalement la faire souffrir au point qu'elle crut qu'on le lui arrachait. Elle hurla en pressant sa main droite sur son sternum, ses doigts traçant des sillons contre sa peau désincarnée. Angeal vola presque vers elle voyant qu'elle basculait en avant, les genoux au sol et que la Rivière de la Vie semblait être secouée par un tremblement universel.
Syla avait comme du mal à respirer, son esprit se brouilla alors que la partie de son âme qui était reliée à Sephiroth et Genesis se déchirait dans une douleur atroce. Angeal s'accroupit en face d'elle, et lui posant les mains sur les épaules il demanda anxieux :
« Syla ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Réponds-moi Syla ?! »
Elle avait du mal à reprendre ses esprits, des images d'elle avec Sephiroth envahissait sa tête de façon à la déboussoler, et elle sut que quelque chose de grave était arrivé à celui qu'elle aimait tant.
« Seph ... » gémit-elle en ne pouvant retenir ses larmes.
Les yeux d'Angeal oscillèrent entre colère et compassion, il hasarda :
« Il lui est arrivé quelque chose ... ? »
Elle ne put que hocher la tête en silence, essayant bravement de terrasser la boule brûlante qui lui rongeait cet œsophage qu'elle n'avait pas. Elle se demanda d'ailleurs, dans cet enfer de pensées qui agressait son âme, comment un corps absent pouvait faire autant souffrir. Angeal l'aida à se relever quand il vit qu'elle voulait bouger, puis essuyant les larmes silencieuses de ses larges pouces fantomatiques il fit doucement :
« On peut voir Syla ... on peut tout voir d'ici ... concentre-toi sur lui ...et demande ce que tu veux savoir»
Elle n'eut pas besoin qu'il le lui répète, et à peine eut-elle formulé le nom de son aimé qu'elle se retrouva, seule, dans le réacteur Mako de Nibelheim où la pire des choses se révéla à elle.
Sephiroth était blessé à mort par Cloud, lui aussi plus mort que vif. Ils se tenaient dans le Réacteur de Nibelheim, aussi avide de victoire l'un que l'autre. Cloud par vengeance, Sephiroth pour des raisons qui dépassaient la logique et la raison. Le Général ayant sombré dans la folie avait les vestiges de Jenova dans les bras. Une tête rien de plus, mais dont le regard semblait mû par une lueur effroyable. Syla le vit plonger sciemment dans la Rivière de la Vie en contrebas, dans les entrailles du réacteur. Elle pouvait presque ressentir les milles souffrances qui avaient assailli son corps simultanément, avant de s'éteindre inexorablement avec lui dans les méandres énergétiques de Gaïa. Elle aperçut Cloud et Zack, entre le vie et la mort, essayant tant bien que mal de tenir bon dans leur trépas annoncé. Puis vinrent les Turks, la Shinra et Hojo. Ils découvrirent leurs corps, les enfermèrent dans des caissons Mako. Hojo et sa folie, condamnant à présent le reste de ses amis. Il injecta des cellules de Jenova et une forte dose de Mako dans leur organisme en sursis, puis tout comme elle, il les condamna à un long sommeil, très long même.
A la vue de ce désastre, Syla eut un accès de haine infinie envers cet homme, lui qui faisait tant de mal autours de lui. Elle se demanda même si l'on pouvait encore qualifier un être aussi abject, d'humain. Elle focalisa à nouveau son attention sur Sephiroth, mais il avait disparu de son champs de vision. Même son énergie vitale ne semblait plus exister, ni chez les vivants, ni chez les morts, comme si Gaïa avait perdu sa trace. Le vide affreux qui s'extirpa de cette absence terrassa la jeune-femme.
Le temps s'arrêta, le carnage et la folie dont elle était témoin ébranla quelque chose en elle, et souffla ses espoirs comme une feuille emportée par une tempête. Rien, seul le Rien effleura sa conscience, la projetant dans un désert absolu, qui s'efforça presque d'engloutir sa raison. Elle ne sut combien de temps s'écoula entre cet instant et le moment où elle réalisa qu'Angeal l'appelait, la secouait, louait les dieux pour qu'elle revienne.
Comme sans force, elle ne ressentait plus grand chose, elle fixait Angeal sans vraiment le voir, et c'est à peine si elle l'entendait s'adresser à elle. Elle voyait sa bouche remuer, les sons lui provenaient, mais c'était comme si tout se mélangeait et qu'elle ne pouvait plus rien comprendre. Soudain une force incroyable traversa son énergie, une puissance qui n'avait d'égal que sa peine. Elle sentit sa poitrine s'effondrer, une masse s'écrouler, la tirant vers le bas, puis remontant avec avidité comme un oiseau voulant prendre son essor. Sa colère et sa douleur transpercèrent toutes les barrières invisibles qui la maintenaient en stase, et son hurlement s'éleva, se propagea, comme une onde de choc colossale ébranlant les courants de la Rivière de la Vie. Angeal entendit au loin comme un hurlement strident, qui se tut aussi brusquement qu'il avait jailli. L'essence de Syla brillait d'un feu propre, brûlant tout autours d'elle, comme un soleil, une étoile en création. L'ancien Première Classe fit un pas en arrière alors qu'il croisait son regard qui n'était plus que deux orbes d'or incandescent.
Elle avait tout perdu, tout. Et là qu'elle en prenait conscience, elle était tirailler entre l'envie de vivre, et celle de tout détruire. De tout raser, de tout réduire en miette, en cendres, alors que la vie venait de lui prendre les dernières choses qui avaient de la valeur à ses yeux. Qu'importe le monde, l'univers même, si elle ne pouvait avoir ceux qu'elle aimait à ses côtés. Même dans la mort ...
Angeal qui semblait avoir perçu ses pensées l'appela, hurla pour couvrir le tumulte que son énergie créait autours d'elle, comme un bouclier chatoyant et terriblement destructeur. La Matéria Primale qu'elle avait autours du cou flamboya dans son cercueil de mako, fissurant un pan au passage. La fontaine à ses côtés jaillissant dans une gerbe d'étincelles vertes. Gaïa elle-même semblait ressentir sa souffrance.
Les zébrures qui ressemblaient à des éclairs, parcourant le corps de la jeune-femme, s'apaisèrent quand elle fixa son ami en silence. Et tout se stoppa, net, sans répliques, alors qu'elle s'offrait sans plus de résistance à la mort. Priant pour que tout s'achève. Sa pensée se répercuta à travers la Planète, comme une douce litanie, et seul un chuchotement lui parvint, toujours avec la même voix :
« Non Syla ... non ...pas encore … il est trop tôt, beaucoup trop tôt …. »
Le désespoir la faucha, comme si une lame de fond venait de la tirer cruellement vers le bas. Elle ne résista plus, et ses larmes vinrent abreuver le sol invisible de perles bleues iridescentes. Les modulations azurées balayèrent l'espace, et se perdirent dans l'infinité les entourant. Angeal se risqua quelques pas vers elle, et il demanda un peu fébrile :
« Syla ? Qu'as-tu vu? »
La voix qu'elle lui offrit en réponse semblait tellement désincarnée, même pour un lieu comme les limbes, qu'il en frissonna.
« Il est mort ... mort ... disparu ... et Zack .. et Cloud ... »
Elle n'arriva plus à énoncer quoi que ce soi. Le regard d'Angeal se fit triste tandis qu'il comprenait à demi-mot ses explications. Ses sourcils se rejoignirent dans une moue perplexe cependant, il porta une main pensive à son menton carré et formula très sincèrement :
« Si ils étaient morts, je pense que je le saurais Syla ... ils ne le sont pas, nous les verrions nous ...
- Tu crois qu'on peut survivre à un bain de Mako pure Angeal ?! S'égosilla-t-elle brusquement. Je l'ai vu tomber, sombrer ! Je ... » mais elle ne put dire d'avantage tant la folie menaçait de miner à jamais son discernement.
Angeal savait qu'elle avait raison, pourtant, il savait lui aussi de son côté, que ceux qui rejoignaient la Rivière de la Vie étaient visibles. Seule Syla semblait en dehors de cette règle quasi universelle, une vivante parmi les morts.
« Si il n'est pas avec nous en cet instant Syla, c'est qu'il n'est pas mort. Dis-moi ce que tu as vu, en détail s'il te plaît. »
Elle s'évertua à lui donner une explication conforme et détaillée, comme quand elle lui faisait ses rapports de mission du temps où il était encore en vie. La main toujours vissée sur son menton, comme si elle s'était soudée à la partie inférieure de sa mâchoire, il réfléchissait vigoureusement. Cependant ce fut elle qui énonça un début de vérité.
« Jenova ... » murmura-t-elle.
Angeal souleva un sourcil curieux en entendant cela. Elle le fixa et elle déclara :
« Elle est dans la Rivière de la Vie Angeal. Depuis des millénaires. Elle a apparemment le pouvoir suffisant pour vivre dans Gaïa à la manière d'un parasite. Peut-être a-t-elle assez de puissance pour modeler une partie à sa convenance. Ou même pire, se masquer à elle, oblitérer certains faits, ou encore s'octroyer certaines de ses capacités. Comme un virus que l'on incube et qui ne fait surface que de temps à autre. Il avait avec lui les vestiges de sa carnation, il lui a peut-être donné accès à encore plus de puissance. Celle qu'il a appelé Mère, est en fait un fléau bien plus important que ces stupides scientifiques peuvent le soupçonner. En réveillant ces restes, en éveillant ses cellules dans des expériences, ils ont réactivé son énergie propre. Son essence ... elle coule à présent dans les veines de Genesis, Sephiroth ... les miennes ... »
Amère elle frissonna, et voyant le regard crédule de son ami elle soupira
« Tu sais ce que je suis ... tu as du le savoir en même temps qu'eux ... en même temps que moi dans cette maudite cave ... Des cellules de Jenova ont également été implanté en « nous » ... voilà pourquoi elle m'a appelé « sa fille » ...
- Elle se trompe ! Comme l'a dit Hojo lui-même, la quantité qu'ils ont implanté été infinitésimale, juste pour développer certains de tes sens. Par contre, Genesis, Sephiroth, moi et d'autres membres du SOLDAT, c'est une tout autre histoire.
- Pourtant, toi, tu es l'achèvement réussi de leur Projet G, Angeal ... G pour Gillian, ta mère ... »
Il l'observa un instant, confondu.
« Comment ..
- Comment je le sais ? Difficile à dire, quand j'ai été en stase dans le laboratoire souterrain, j'étais avec Sephiroth sans y être, tout comme j'étais aux côtés de Genesis. Ce qu'ils ont appris, je l'ai appris aussi. Pour cela que j'en veux à Genesis. Sa douleur lui a fait commettre un acte irréparable envers Sephiroth, il lui a menti sur certains points, le poussant à douter. Le poussant dans des retranchements qu'une âme humaine ne veut effleurer. Sephiroth est ce qu'il est, mais il ne méritait pas cela ... pas cette souffrance ... alors qu'il commençait tout juste à s'accorder le droit d'être humain ...
- Syla ...
- Quoi Angeal ? On ne peut défaire ce qui a été fait ...
- Alors améliorons-le ! » lança-t-il fidèle à ses convictions.
Elle eut un horrible rictus empli d'amertume, et elle répondit :
« Un mort et une zombie ! Quelle équipe du tonnerre Angeal ! Toi comme moi, nous sommes dépendants de nos états, d'ici je ne peux plus rien faire ...
- Ou tout au contraire Syla ... murmura-t-il, comme si c'était une pensée à voix haute.
- Pardon ? » Demanda-t-elle alors ne comprenant pas.
Il releva le regard vers elle, et il s'excusa en sentant une démangeaison particulière fourmiller dans son aura:
« Je dois partir Syla ...
- Partir ? Mais où ? Angeal ?! S'enquit-elle visiblement perturbée à l'idée de rester seule.
- Je n'ai pas tout le temps que je voudrais à tes côtés. La Rivière de la Vie nous accorde un privilège, tu n'es pas morte. Je n'ai pas le droit de rester indéfiniment à tes côtés. Je reviendrais ... promis ...
- Mais quand ?! Demanda la jeune-femme, de plus en plus paniquée par la perspective d'errer en solitaire.
- Comme pour beaucoup de choses, je ne sais pas ma belle. Mais saches qu'ici, tu peux voir, entendre, suivre tout ce que tu veux. Le Temps n'existe pas en ces lieux Syla ... souviens-t-en ... »
Elle s'avança vers lui en tendant la main, mais l'image de son ami se volatilisa progressivement comme un nuage de sable porté par le vent. Ses doigts se refermèrent sur le vide, et de fins filets verts passèrent au travers, là où se trouvait quelques secondes plus tôt, son inébranlable ami. Quand les dernières particules vertes s'évaporèrent dans le vide immense et silencieux, elle leva les yeux vers l'espace infini qui s'étendait au-dessus d'elle, et voyant au loin une étoile filante traverser le cosmos, elle se surprit à faire un vœu.
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Trois années passèrent sur terre, et Syla, coincée dans son statut de spectatrice impuissante, les vit défiler en un battement de cil. Divaguant dans les entrailles de la terre, entre planètes et horizons lointains, elle se sentait de moins en moins humaine. Ses sentiments se tarissaient au fur et à mesure que les mois passaient. Elle se doutait que la séparation quasi totale de son corps et de son âme en était la cause. La plupart du temps elle baignait dans une étrange félicité où plus rien n'avait d'importance. Angeal venait la voir, et elle avait accès à la Rivière de la Vie quand celle-ci daignait se mettre à sa portée. Elle vit le passé au-delà de certaines étoiles, elle apprit une foule de choses sur les magies qui parcouraient les courants verts. Mais tout aussi exceptionnel que cela puisse être, elle n'en ressentait nulle joie, nul bénéfice. Elle se sentait comme un fantôme errant dans les limbes, indéfiniment. Toute trace d'envie de vivre avait quitté son psychisme peu à peu, et elle arrivait à se satisfaire de cette situation, la même qui lui paraissait infernale il n'y avait pas si longtemps. C'est alors qu'elle venait voir Cloud et Zack qui dormaient dans leur caisson Mako, qu'elle ressentit quelque chose, à l'instant même où elle vit son ami bouger dans son sommeil. Elle l'appela doucement, elle lui parla, pour le réconforter, pour lui dire qu'ils n'étaient pas seul. Est-ce cela qui l'éveilla totalement, elle ne le saurait jamais. Le Première Classe réussi à se sortir de sa prison, et à libérer également Cloud, qui lui, était dans un état d'intoxication sévère. Il ne pouvait plus parler, ni même tenir debout. Cela lui rappela sa propre expérience, ce qui lui permis de ressentir à nouveau de la rancune et de la mansuétude. Tout encore à son devoir Zack traîna Cloud à sa suite, et partit à nouveau à la recherche de Genesis. Il changea Cloud dans un habit de Première Classe qui traînait dans le manoir ShinRa, puis le milicien réussit à s'enfuir de Nibelheim qui avait été totalement reconstruite. Comme si Sephiroth et sa folie n'avaient jamais eu d'emprise en ces lieux. Les habitants étaient des gens de la Compagnie ShinRa, et Zack fit des trésors d'attention pour ne pas se faire repérer. A présent, lui et Cloud étaient en fuite, et il savait qu'ils seraient considérés comme des déserteurs, tout comme le furent Genesis, Angeal et Syla. Ou pire, comme des expériences, des monstres dangereux. En pensant à cela, le souvenir de Syla et de ce qu'elle était devenue, heurta son esprit comme une éclaboussure amère. Il ressentit une affreuse boule dans la gorge, comprenant bien trop tard, qu'il avait fait une belle erreur. Ses pas le guidèrent vers Banora, la ville de Genesis, là où il se terrait à présent, sous les soins d'Hollander qui n'avait pas trouvé de solutions face à sa dégénérescence. Son état s'était dégradé, et il ne savait pas combien de temps encore tiendrait l'écarlate.
Ce dernier faisait tout pour sauver sa peau, mais il recherchait également Sephiroth. Il avait listé tous les endroits où la Rivière de la Vie jaillissait à l'état naturel sur la planète. Il les avait tous fouillé, et il s'était fait même un devoir de faire une ronde mensuelle, dans l'espoir de retrouver le corps du Général. Il voulait avoir la preuve qu'il était mort, la preuve aussi également que plus aucun espoir ne subsistait pour lui. Cependant, à chaque recherche infructueuse, ce maudit espoir revenait à la charge, le narguant inlassablement. De temps en temps il venait voir Syla, dans son sommeil étrange, elle semblait tellement en paix, qu'il l'enviait souvent. Il veillait à ce que la lueur de la Materia Primale ne change pas. Qu'elle reste comme à son accoutumée, dans une pulsation régulière et de force égale. D'une lenteur étrange qui s'alliait avec les battements de son cœur. Tant que la pierre vivait, Syla vivait également, il le savait. Il passait de longues heures, assis, solitaire, et des fois il lui parlait. Il ne pouvait empêcher ses doigts de caresser sa peau ou ses cheveux, les infimes morceaux de sa carnation qui n'étaient pas baigné dans le liquide chatoyant. Il ressemblait à un Pygmalion asservi, et son amour pour elle aurait crevée la voûte céleste elle-même, tant il prenait en intensité dans le temps. Il espérait son réveil autant qu'il pouvait le redouter. Il savait aussi, sans forcément se l'admettre, qu'il voulait voir le corps de Sephiroth pour lui montrer également à elle. Pour qu'elle sache, qu'elle se fasse une raison, qu'elle l'oublie peut-être même. Le fait qui lui ait refusé son aide avait été une trahison pour lui. Son ami, son amant, son frère, l'avait laissé à sa condition sans lever le petit doigt. Son amertume le rongeait aussi sûrement que la dégénérescence qui grignotait son corps petit à petit dans ses tâches noires dévorantes. Lui autrefois si beau, se voyait se désagréger peu à peu, et cela le tuait de l'intérieur. Quel visage allait-il lui offrir à son réveil ?
C'est dans ce cercle de pensées morbides qu'il faillit prendre une décision folle et destructrice, mais il fut arrêté par des bruits venant des entrailles des grottes de Banora. Prenant Rapière qui dormait au sol, il se leva et se faufila au travers des tunnels, coudes et sentiers sous-terrains dans lesquels il était. Il ne se doutait pas que la femme si chère à son cœur, était bien plus proche de lui, qu'il ne pourrait jamais le soupçonner.
Elle était au-dessus de lui, penchée comme un chat curieux, alors que ses sentiments affluaient en elle comme des vagues lointaines de nostalgie. Plus elle regardait son visage, son regard, ses mouvements, plus les sensations reprenaient leur place. D'abord comme des murmures effrontés, des rumeurs tendres, ils revenaient timidement habiller son âme. Elle vit également Zack, tout à sa prospection, aussi tenace qu'un chien de chasse derrière un gibier. Elle fut également spectatrice de l'affrontement inéluctable qui découla de leur rencontre.
Le combat fut long et rude, épuisant Genesis au limite de ce qu'il lui était encore capable de donner. Zack l'emporta finalement. Le pincement au cœur qu'elle ressentit en voyant Genesis tomber, fut de suite balayé par un bonheur insolite, alors qu'elle prenait conscience qu'ils allaient pouvoir enfin être réunis. C'était sans compter sur les caprices de la Rivière de la Vie.
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Genesis marchait, enfin, plus de douleurs dans son corps meurtri, plus de chagrin, juste une joie douce et agréable, comme les courants verts qui venaient caresser son corps d'étreintes de bienvenue. Il évoluait dans l'essence lumineuse, prenant le chemin que toutes les âmes, arrivées à leur terme de vie charnelle, connaissaient. Syla le voyait se matérialiser peu à peu dans leur monde d'éther, toute à sa joie revenue , mais un scintillement particulier trembla devant Genesis. Elle sentit un courant étrange lui passer à côté, elle frissonna en réalisant toute l'énergie et la puissance de cet effleurement.
La Rivière de la Vie entamait un ballet complexe devant Genesis, et finalement de cette danse où des rubans verts dansaient sensuellement, une femme à la beauté sans pareille apparut. Elle ressemblait à une Walkyrie dans son armure étincelante, d'une beauté virginale, offrant un visage calme, encadré par de longs cheveux blonds. Genesis vint vers elle, et Syla entendit sa pensée.
« La Déesse ... Minerva ... »
Il sourit béatement, avançant vers elle, transfiguré d'un bonheur sans nom. Comme un enfant dévisageant sa mère, lui tendant les bras lors de ses premiers pas. Enfin il l'avait trouvée, celle qui hantait chacune de ses lectures, chacun de ses espoirs. Enfin il arrivait au terme de son voyage. Tandis qu'il pensait qu'elle allait lui parler, elle ferma les yeux. Penchant la tête sur le côté en fuyant son regard, elle eut l'air tellement triste, que même sa lumière vacilla légèrement. La compassion qui avait habillé ses yeux bleus se volatilisa sous ses paupières, et une lumière aveuglante sortit d'elle comme une boule électrique gigantesque. Une onde de choc grouillante d'énergie balaya tout sur son passage, et Genesis fut propulsé en arrière, arraché violemment du seuil du royaume des morts. Ses bras tendus vers la déesse disparurent dans le néant, alors que son âme était réincarnée à nouveau dans son corps sans douceur. Dans une flaque de Mako pure, son corps flottait calmement pas très loin du réceptacle en cristal qui abritait de Syla. Passant la peur première de se noyer en revenant à lui, il toussa et cracha pendant que ses poumons se remettaient en fonctionner. Il se hissa tant bien que mal sur la roche stable et dure du sol rocailleux, et il se laissa tomber à bout de souffle aux côtés de sa bien-aimée. Il réalisa que la Rivière de la Vie l'avait purement et simplement rejeté. Il se redressa faiblement, et désorienté il ne put qu'expulser brièvement un cri de désespoir. Il regarda aux alentours, dans les sombres corridors, pas âme qui vive. Zack avait disparu, le pensant mort. Il prit Rapière qui gisait à quelques mètres de lui, et portant une main tremblante à son front il demanda :
« Pourquoi ... ? Pourquoi m'avoir rejeté ainsi ...? ».
Reprenant peu à peu ses repères, il se releva, chancelant, tremblant, aussi dénué de force qu'un agneau venant de naître. C'est alors qu'il sentit son aile dans son dos, et qu'il fit attention à l'absence de douleur. Il n'avait plus mal, nulle part. Et même pire, son corps semblait exhaler un halo lumineux verdâtre. Il posa son épée, et enleva ses gants, puis se massant les doigts, il s'aperçut que son corps était imprégné de Mako, mais à une dose qui aurait dû le tuer instantanément. Plaçant sa main droite sur son épaule gauche rapidement, il ne ressentit plus le mal sous la pression. De léger picotement se firent ressentir alors qu'il touchait avec peine, la jointure entre les naissance de son duvet noir et de sa peau. Son regard se fit songeur quand il réalisa que l'énergie doucereuse et chaude qui grouillait dans ses mains, semblait redonner vie aux cellules qu'il tâtonnait. Il cessa son exploration tactile et eut un étrange rictus. Il déplia son aile brièvement mais avec vigueur, soulagé de ne plus endurer d'élancements. Il regarda longuement Rapière, reflétant presque hypnotiquement les étoiles vertes qui s'extirpaient gracieusement de la terre, et d'un geste assez fébrile, il la posa au sol. Il riva son attention sur Syla et dans un murmure il expliqua :
« Ainsi c'est l'épreuve qu'elle veut me donner ... alors soit ... je serai ma seule sauvegarde, mon seul sauveur. Cela me demandera sûrement pas mal de temps ma chérie ... mais j'y arriverai ... »
Syla pleurait en silence, flottant au-dessus de son corps inanimé. Elle caressa sa joue de ses doigts translucides, et avec difficulté elle demanda :
« Pourquoi ? Pourquoi me l'avoir repris ... ?
Il y eut comme des chuchotements de concertation, et elle entendit la voix vaporeuse lui répondre :
« Sa tâche n'est pas fini ... il faut qu'il apprenne encore ... Il doit faire don, apprendre à le faire, comme toi tu l'as fait ...
- Faire don? Dit Syla en se redressant et en se concentrant à nouveau sur le courant vert qui reprit tout son champs de vision.
- Oui ... répondit simplement la voix qui était devenue multiple. Donnant la chair de poule à la jeune-femme, ce qui est fort compliqué quand on est un fantôme. Il doit faire encore sur Terre, son état, ce qu'il est, il a encore des choses à accomplir ...
- Oui j'imagine ... dit alors Syla réalisant une chose. Se sauver, et avoir une vie tout simplement. Avoir peut-être une famille, une existence normale. Oublier son passé pour faire un meilleur devenir ... Seulement, je le connais tellement bien, que je doute que tout ceci soit le dénouement heureux de sa vie ... J'aimerai qu'il oublie ... »
Les vagues vertes eurent un étrange reflux alors que la tristesse de la jeune-femme envahissait l'espace d'un seul coup. Se rétractant la Rivière de la Vie souffla alors d'une voix aimante :
« Jamais Syla ... jamais il ne t'oubliera, quelques soient ses choix ... l'un comme l'autre ont été sauvés par cette précaire humanité dont tu as fait part ... à présent seul le vide les accompagne ...»
Elle regarda à ses pieds, et le Temps sembla se dissoudre, pour réapparaître, jaillissant comme une hydre, pendant que tous les possibles se mettaient en place devant elle.
« Le temps n'existe pas m'a dit Angeal ... en ce cas ... le destin non plus. Du moins, pas Un destin, mais plusieurs simultanés. » pensa-t-elle en se penchant sur les disques ronds qui semblaient liquides et que se mouvaient dans l'espace avec grâce, lui montrant comme si elle était devant un film, plusieurs scènes.
Elle visionna toutes les possibilités, frémit devant certaines, pleura devant d'autres, puis une retint son attention. Elle se vit, avec ses enfants, Genesis et Sephiroth à ses côtés. Elle eut un hoquet de surprise et demanda :
« Est-ce possible ? Est-il encore en vie ? »
Mais quand elle se retourna elle était à nouveau seule, la Rivière de la Vie s'étant volatilisée comme la brume, la laissant à ses questionnements stériles. Les surfaces planes et lumineuses disparurent également, et elle soupira longuement. Elle revint alors voir Genesis qui était à ses côtés, il chuchotait des mots doux, et dans ceux-ci se glissaient des idées folles, et les éclairs puissants de Mako qui avaient à présent transfiguré son regard, l'affolèrent. Il avait l'air d'un souverain machiavélique ruminant une vengeance, alors qu'à contrario, son amour pour elle brûlait d'un feu dévastateur. Elle en fut émue, et en même temps, elle souhaita qu'il efface tout d'elle. La vision de cet homme magnifique devant son cercueil la toucha, et elle pensa qu'il fallait qu'il fasse réellement quelque chose de sa vie à présent, quelque chose de noble, de valable, d'aussi grandiose que ce qu'il avait la capacité d'être. Lui qui avait la chance de le pouvoir encore. Le déchirement que cette idée lui procura déstabilisa Gaïa un court instant. Elle aurait tellement voulu l'embrasser, lui dire la joie de le voir guéri, mais seul son éther glissa sur sa peau douce, et dans ses cheveux. Lui laissant un arrière-goût amer dans l'âme. Vint alors les quelques mots qu'elle avait une seconde redouté. Le front posé contre le sien, Genesis lui disait les larmes aux yeux :
« Je te promets de rester en vie. Je vais me servir de mes nouvelles capacités, même si je vais devoir me reclure un moment. Mais je vais veiller sur toi, veiller à ce qu'il ne t'arrive rien. A ton réveil, je serai là Syla ... je serai là pour t'accueillir ... pour Vous accueillir ... ».
Et elle sut qu'il tiendrait sa promesse, comme il l'avait toujours fait. Il se releva lentement, encore un peu vacillant, et traînant presque sa fidèle lame écarlate derrière lui, il s'étira discrètement, puis il disparut dans les lacets souterrains. Quelques temps plus tard, Genesis ayant trouvé une cache correspondant à ses attentes, laissa exploser tout le potentiel dont l'avait gratifié la Rivière de la Vie. Créant par la seule force de sa pensée un cocon de pure énergie, il mit son corps en sommeil. Pendant cette stase habile, son corps se régénéra lentement. Tout la magie de la Mako coulant dans ses veines fut mise en œuvre pour cela. Elle vit brusquement Angeal surgir à des côtés, le visage ravagé par le chagrin, et avant même qu'il ne dise quoi que ce soit elle murmura :
« Ho non ... pas lui ... »
Elle vit des larmes rouler silencieusement sur son visage, et derrière lui, une sorte de portail s'ouvrait lentement, donnant les images d'un décor effroyable, qui pétrifia la jeune-femme.
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Il pleuvait, une légère pluie fine, voire presque chaleureuse, alors que le ciel gris plomb recouvrait comme un linceul les cadavres gisant sur le sol aride. Cloud rampait péniblement sur la terre rocailleuse, ayant du mal à voir encore parfaitement, juste assez clair d'esprit pour s'être sorti de sa cachette. Zack lui avait ordonné de ne pas bouger, de rester à l'abri, le temps qu'il libère le passage. Mais aussi fort soit-il, que pouvait-il face à une armée entière ? La ShinRa Corp avait encore gagné. Le blondinet arriva tant bien que mal à hauteur du corps allongé de Zack, baignant dans son propre sang alors que des dizaines de balles avaient criblées sa peau. La pluie étala progressivement l'hémoglobine autours de lui, et Cloud toucha le liquide rouge avant même de pouvoir effleurer son ami. L'odeur métallique et âpre se délayait progressivement, recouverte peu à peu par celle de la terre mouillée. Se hissant avec effort sur ses genoux, il s'agenouilla près de Zack. Malgré la douleur, il affichait étrangement un visage assez serein. Ses membres s'engourdissaient peu à peu, ses jambes ne lui obéissaient plus. Il semblait presque dormir sous la pluie qui caressait tout dans un bruit apaisant. Cloud l'appela à voix basse, presque dans un murmure :
« Zack ... »
Le Première Classe ouvrit lentement les yeux réprimant un spasme de douleur ce qui le fit grimacer, et avec difficulté il énonça :
« Pour ... nous deux ...
- Nous deux ... ? répéta Cloud ne comprenant pas.
- Oui ... tu dois ... continua péniblement Zack sur le point de sombrer.
- Je dois ... »
Le beau brun attrapa son ami par la nuque et dans un geste presque désespéré il le plaqua contre sa poitrine maculée de sang, et il fit :
« Vivre ... Tu seras mon héritage vivant. »
Le bras qui retenait fermement le jeune blond retomba mollement dans la boue dans un bruit d'eau sinistre, et Cloud se redressa lentement. Son beau visage et ses cheveux clairs entachés du sang de son ami. Zack lui offrit un pale sourire, puis attrapant Broyeuse qui gisait à ses côtés, il la lui remit en lui expliquant:
« Mon honneur, mes rêves ... ils sont pour toi, maintenant. »
Dès lors que Cloud eut refermé ses doigts sur le manche, il le repoussa légèrement avec la conviction que tout ce qu'il avait entreprit dans sa vie, Cloud saurait en être digne.
« Je suis ton héritage vivant... » répéta le jeune milicien le visage ravagé par le chagrin.
A peine ses quelques mots furent-ils sortis de sa bouche, que Zack ferma les yeux, un sourire presque bienheureux sur les lèvres alors que le dernier souffle de vie quittait son corps.
A la vue de sa poitrine qui demeurerait à présent à jamais figée, Cloud émit un hurlement déchirant, les souvenirs de son ami investissant son esprit comme une nuée de bourdons avides. Semant la confusion la plus totale dans son organisme intoxiqué de Mako. Il se releva avec peine, traînant Broyeuse derrière lui comme si elle pesait le poids du corps de Zack. Accablant par la même ses jeunes épaules d'un destin impitoyable. Il erra sous les nuages clairsemés pendant de longues heures, ne sachant plus pour quoi il était là, ni qui il était réellement. Aux portes de Midgar, la seule chose de concrète qui se dégageait de son esprit, était qu'il était Cloud Strife, que ses vêtements étaient ceux d'un Première Classe de la ShinRa, et qu'il revenait à Midgar pour retrouver une personne.
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Y avait-il plus belle félicité que ce rayon de soleil réchauffant sa peau, cette brise légère caressant ses cheveux ? Il ouvrit les yeux face au ciel qui semblait se dégager, et s'ouvrir devant lui, laissant passer des vagues dorées et lumineuses pour accueillir son arrivée. Zack se sentait bien, tellement bien. Jamais de sa vie il n'avait ressenti cela. Tandis que ses iris bleus contemplaient le spectacle de cette voûte azurée, il vit dans ce rai de lumière qui se présentait pour lui seul, une ombre majestueuse descendre vers lui. Une ombre imposante dont la carrure lui rappelait quelqu'un. Une grande aile blanche balayait l'espace alors que l'ange venu l'accueillir lui tendait une main chaleureuse. Zack la prit, et délaissant totalement sa vie mortelle, il suivit son ami et mentor jusque dans la Rivière de la Vie.
Syla était à la fois émue, heureuse et terriblement triste. Elle se demanda comment un être humain pouvait ressentir tout cela à la fois. Comment le cœur pouvait gérer des sentiments si antagonistes à l'unissons. Elle vit Zack prendre Angeal dans ses bras dans un étreinte amicale et enchantée, alors qu'il venait de mourir. Angeal lui aussi était bouleversé, il ne savait pas trop comment réagir. Il eut un petit rictus à la fois gêné et amusé quand il entendit Zack lancer :
« Et bien ! On peut dire que tu portes bien ton nom Angeal ... mais j'aurais peut-être préféré une belle jeune-fille pour venir me chercher ! »
Il s'étira, prenant conscience des différences notables avec sa carnation mortelle, puis se regardant il prononça surpris :
« Etrange, je ne pensais pas que nous gardions notre forme ici.
- Ta forme fait partie de ce que tu es. Ton esprit y est habitué depuis ta naissance. Gaïa est assez maligne pour nous offrir une chose importante, celle d'avoir un repère malgré tout ... ici. »
Zack eut une moue dubitative, puis comprenant il s'écarta d'Angeal en regardant l'univers autours de lui.
« Alors c'est ça ... l'autre côté ... c'est bizarre, je m'attendais à tout sauf peut-être à ça, cette vision ahurissante de l'espace. Est-ce cela la Rivière de la Vie ?
- Une partie. Elle vient et repart, tout en ne nous délaissant jamais. Elle se matérialise sous toutes les formes qu'elle souhaite. Elle n'est que pure énergie, pur esprit. Mais tu t'en apercevras avec le temps ... bien que celui-ci n'existe plus vraiment ici. » expliqua Angeal patiemment, souriant tout de même devant le visage de son ancien élève, qui s'était figé dans une moue de perplexité probante.
Zack se gratta pensivement la tête et d'un seul coup il demanda :
« Je pourrais voir Clarisse ici ?
- Oui bien sûr, et tous les êtres chers qui sont partis. Tu n'as qu'à te focaliser sur eux, et ta pensée t'y mènera.
- Ça c'est plutôt chouette ! » S'exclama Zack enjoué.
Syla l'observait, silencieuse, totalement ébahie devant sa bonne humeur. Elle savait pourtant son attachement à Cloud, et à cette jeune-fille, Aerith. Comment pouvait-il être aussi insouciant alors que tout cela venait de lui être pris ? Elle soupira, se disant que, dans le fond, Zack avait toujours été ainsi, un indécrottable optimiste. C'est alors qu'il la vit, et que toute son âme se figea sur place. Abasourdi, perdu, il ne put que balbutier :
« Syla ... ? C'est toi ? »
Alors Angeal le mena jusqu'à elle et lui expliqua tout. Et bien que le grand gaillard puisse avoir une interaction avec elle, il semblait que Zack lui, en était dénué. La barrière invisible ne laissait passer que leur mentor à tous deux. Même intégrée, Syla ne pouvait agir avec les morts. Elle pensa alors qu'Angeal devait être réellement quelqu'un de particulier, même ici. Son prénom avait peut-être plus de chose à avoir là dedans qu'on ne pourrait le soupçonner ...
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Je ne voulais pas interférer avec l'histoire déjà existante. Mon but était d'intégrer un personnage qui aurait pu vivre en parallèle des évènements connus, sans pour autant créer de dissonances.
Il n'y a qu'à Nibelheim où je me suis permise de le faire, car la folie de Sephiroth pouvait très bien s'expliquer ainsi : en plus de ses découvertes, la perte du peu de choses auxquelles il tenait.
La fin se profile, l'histoire ne sera pas très longue :)
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