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Elle était assise sur le bord d'un nuage, ses jambes balançant dans le vide comme le ferait une petite fille. Penchée au dessus du monde, son attitude apparemment détendue cachait un tumulte intérieur impressionnant. Du haut de son promontoire, elle scrutait les événements en contrebas. Comme un ange à son poste d'observation alors qu'elle n'avait rien avoir avec cela. Qu'était-elle d'ailleurs ? Cette pensée fusa, mais se perdit dans la tempête de questionnement qui torturait son âme.
Sephiroth était réapparu, enfin ça, c'est ce que toute le monde croyait. Dès que son avatar était revenu hanter le sol de Gaïa, elle sut que ce n'était que Jenova, ce monstre effroyable, qui avait pris les traits de son soit-disant « fils » pour commettre méfaits sur méfaits. Elle vit également Cloud, et les nouveaux membres d'Avalanche essayer d'enrayer sa folie destructrice. Il y eut beaucoup de morts, de combats, de puissances misent en jeu. Aerith fut sacrifiée sur l'autel de la sauvegarde universelle. En tant que dernière Cetra, elle avait essayé d'invoquer la Rivière de la Vie pour stopper tout ce carnage. Jenova sous les traits de Sephiroth avait alors eut accès à sa materia blanche, et avec la noire qu'elle avait déjà en sa possession gracieusement offerte par Cloud, elle put invoquer la plus terrible puissance qu'il soit : le Météore.
Sephiroth, le vrai, fut retrouvé prisonnier dans les glaces du Cratère Nord et ainsi libéré. Jenova ayant totalement investit son esprit, en fit un bras droit dévoué corps et âme. Le but de l'ancien général de la ShinRa fut d'aider sa « Mère »à détruire la planète, de s'en approprier chaque parcelle de magie et de vie, pour en faire un astre errant afin de conquérir l'univers. Ainsi, après deux millénaires, l'histoire semblait vouloir se répéter. Cloud et ses amis eurent du mal, mais après maints affrontements Sephiroth fut vaincu, et son corps fut à nouveau accueillit par Gaïa. Le Météore invoqué qui devait blesser la planète mortellement, fut enrayé par la Rivière de la Vie elle-même, et par l'esprit d'Aerith, qui avec le pouvoir de ses ancêtres, eut assez de force pour arrêter cette folie. Le Météore fut stoppé dans sa course, et il gravitait à présent paisiblement autours de la planète, lui offrant une seconde lune.
Quant à Genesis ? Il dormait encore dans son cercueil d'énergie. Chaque cellule se régénérant peu à peu sous l'action de son pouvoir. Syla n'avait plus eu de contact avec eux. Quels qu'ils soient. Bien qu'elle eut bien des fois essayé, tandis qu'elle sentait leur esprit tout près.
Angeal, Zack et Aerith lui rendaient visite de temps à autre, mais elle devenait de plus en plus solitaire, de plus en plus distante … absente. Deux années s'écoulèrent, et elle vit la période des Geostigmates, la recrudescence des pouvoirs de Jenova qui envoya sur terre trois incarnés à l'image de Sephiroth. Eux aussi furent terrassés, alors que Sephiroth lui-même avait été renvoyé sur terre. Encore une fois elle le vit mourir, plonger et disparaître, et elle ne le supportait plus. Il avait peut-être commis des actes horribles, mais la seule responsable de cette folie était Jénova, qui squattait son esprit comme un parasite, l'abrutissant de schizophrénie.
Syla avait assez de savoir à présent, et surtout assez de logique. Si ils voulaient sauver Gaïa, et ses habitants, ils devaient supprimer l'essence même de Jénova. C'est à cela qu'elle pensait tout en observant l'agitation sous elle. Une nouvelle menace, encore une fois fomentée par Hojo. Cette chose, oui car elle ne voulait pas l'appeler homme, trouverait sûrement la mort qu'il mérite.
Reniflant dédaigneusement en regardant des combats, comme si elle regardait un match de boxe à la télé, elle bascula en arrière et observa l'espace. Flottant agréablement elle essaya de se connecter à la Rivière de la Vie comme elle avait appris à le faire. Elle fut propulsée dans son courant en une fraction de seconde, et suivant le cours impétueux comme un poisson ivre, elle vit les marques sombres qui s'éparpillaient ça et là, les courants étaient pollués par les Hommes et Jenova. Pour les Hommes elle ne pouvait rien faire, pour l'autre par contre ... elle se laissa dériver, comme soulagée de sentir ce courant énergétique traverser son âme. Analysant la situation, elle repensa étrangement à elle , à ce qu'elle était. Un corps en hibernation, un esprit errant. Et pire que tout, comme si ce n'était qu'un souvenir enfouit qui refaisait rudement surface, ses enfants. L'idée l'horrifia un instant, ce qui la perturba et par la même, perturba sa connexion avec la rivière. Elle se retrouva sur un sol recouvert d'une brume verte, scintillant comme une couverture d'or, puis elle sentit un tiraillement désagréable dans son âme. Comme si on voulait la scinder en deux. Elle ne put contenir un cri de douleur en se recroquevillant brusquement, se tenant le bas-ventre avec force. Elle paniqua sentant que quelque chose la tirait vers le bas, s'évertuant apparemment à la ramener sur terre, après ces années de sommeil. Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas ! La douleur se fit de plus en plus cruelle, et un hurlement bref se perdit en écho autours d'elle. Elle vit alors à quelques mètres, la silhouette d'Angeal apparaître, venant dans sa direction prestement, l'air visiblement soucieux.
« Syla ?! Syla que se passe-t-il ?! »
Elle secoua la tête vivement alors qu'elle essayait de comprendre.
« J'ai mal ... atrocement mal ... c'est comme si on m'arrachait d'ici de force. Quelque chose me tire vers en bas ! »
Angeal scruta le monde et le cercueil de mako à Banora, mais rien. Un instant il avait pensé à Genesis voulant la ramener avec ardeur, mais non. Perplexe il énonça :
« Je ne vois rien Syla .. je ... Puis son regard s'agrandit alors que la réponse évidente lui parvenait. Tes fils, se sont eux qui te rappellent, tu dois être bientôt au terme Syla ...
- NON ! »
Son cri déchirant lui perça le cœur tant transparaissaient ses peurs. En sommeil depuis des années, libérée de toute contraintes physiques, de toutes douleurs mortelles. Elle avait peur de devoir à nouveau subir cela, là qu'elle était la plupart du temps dans un bien-être absolu, sans heurt, sans blessure, sans rien de ce qui pouvait lui laisser de cicatrices sur le corps ... ou dans l'âme. Il attrapa son visage entre ses mains et il capta son regard qui était devenu sauvage sous cette agression invisible.
« Calme-toi ... tu entends ? »
Elle hocha la tête, une fois de plus rassurée par son imposante stature et sa force naturelle. Il fronça les sourcils et fit en regardant le sol :
« Il y a un tumulte impressionnant chez les vivants Syla. Omega, l'arme ultime de Gaïa s'est éveillée, je crois que tout ce qui est reliée à la Rivière de la Vie doit en être perturbé. Toi avec ... tes enfants encore plus. Si tu ne te calmes pas, la réintégration dans ton corps risque d'être catastrophique, et d'avoir des conséquences très fâcheuses tu entends ?! »
Elle se calma, et serrant les dents elle se releva lentement, Angeal faisant de même. L'ex Première Classe continua apparemment inquiet :
« Les troubles qui découlent des affrontements là-bas, sont en train d'affaiblir la Rivière de la Vie, j'ai peur que Jénova n'en profite pour faire des siennes ... »
Réalisant où il allait en venir elle pensa de suite à Séphiroth, elle eut un regard dur et elle lança :
« Non Angeal ! Je ne le permettrai plus ! Il faut se débarrasser d'elle coûte que coûte !
- Mais comment ... ? fit Angeal désemparé en levant les mains vers le ciel, comme si il allait recevoir la réponse tombant comme un fruit mûr.
- J'y ai réfléchi ... longuement …. je n'ai eu que ça à faire après tout. Je ... je vais l'affronter ...
- Seule ? Mais tu es folle ! Jamais tu n'y parviendras malheureuse! Grogna-t-il presque en colère par cette annonce.
- Je n'ai pas dit que je serai seule ... Néanmoins je ne sais pas comment faire autrement ... j'ai pensé qu'avec mes liens particuliers avec Gaïa et mes origines, je pourrai peut-être tenter quelque chose ... » ses yeux oscillant entre le sombre et l'ambre balayèrent l'espace immense alentours, profondément pensifs.
La Rivière de la Vie n'était plus qu'un courant discordant, faite de vagues et de soubresauts anarchiques. Le combat qui opposait Omega et Chaos devait être titanesque. Syla ressentit au plus profond d'elle-même sa faiblesse, sa détresse. Une pointe lancinante déchira son bas-ventre, et elle étouffa un cri entre ses dents. Angeal la dévisagea, réellement inquiet, l'observant alors qu'elle tentait vaillamment de taire ce qui semblait la dévorer de l'intérieur. Elle s'accroupit presque dans une position fœtale, et les larmes aux yeux elle déclara :
« Je .. n'ai plus ... beaucoup de temps ... »
Les souvenirs de ce que lui avait dit Bugenhagen lui revinrent, froids et cruels.
« J'espère que l'un ne tue pas l'autre, ou qu'ils ne me tuent pas moi ... j'espère que les grossesses qui ont martyrisé ces pauvres femmes me seront inconnues ... »
Un voile de panique cerna son regard, et Angeal, l'aidant à se redresser demanda :
« Syla ... ?
- Il faut que j'y aille Angeal ... il faut que je tente quelque chose, si je dois y laisser la vie, et mes enfants avec, autant que ce soit pour une bonne raison ! répondit-elle un grognement sourd dans la voix. De toutes façons, morte, ou errante ici indéfiniment, dans un entre-deux mondes qui me prend le peu de bien que je fus ... je préfère la mort Angeal. Au moins je serai avec toi, et avec tous les autres. »
Les images heureuses de son passé avec ses amis revinrent lentement la bercer, comme un ressac doux et chaleureux, et avec eux, leur lot de sentiments et de souvenirs vivaces. Elle eut un faible sourire, les visages de Sephiroth et Genesis emplissant le champ de sa conscience.
« Tu m'as dit un jour que Sephiroth avait fait beaucoup pour moi ... qu'il avait veillé sur moi, sur ma convalescence, donnant de sa personne plus qu'il ne l'avait jamais fait. Tu te souviens ? »
Angeal hocha pensivement la tête alors qu'il voyait dans le regard de son amie la douleur muette qu'elle n'exprimerait jamais.
« Tu m'as dit que je lui devais quelque chose ... et tu avais raison. J'ai l'occasion de payer ma dette Angeal ... Je vais le libérer, qu'importe le prix à payer ….»
Le grand gaillard se figea à cette annonce, comprenant très bien où elle voulait en venir. Il lui accrocha les épaules de ses mains massives, et soupirant il fit résigné :
« Si tu le souhaites, je n'irai pas contre. Et si tu veux de l'aide ... je suis là ... »
Elle leva vers lui des yeux brillants de reconnaissance, hochant la tête lentement elle déclara :
« Je sais où la trouver ... la Rivière de la Vie, même si elle ne m'accorde pas le repos éternel, me laisse le droit de voyager et d'apprendre. Je peux suivre ses courants, visualiser ce qu'il s'y passe. Je crois ... je crois que les autochtones de Canyon Cosmo avaient ce pouvoir Angeal. Un pouvoir psychique assez puissant pour Vivre avec elle, et quand je dis Vivre, ce n'est pas juste qu'en tant qu'être vivant sur Gaïa. Ils avaient accès à elle, à son savoir, son pouvoir. Tout comme l'avaient plus ou moins les Cetras à une époque. Je vais trouver Jénova, et je vais l'exterminer ! »
Angeal eut un rictus amer malgré lui, qui la surprit autant qu'il la vexa. Il posa ses mains sur ses hanches et dans un mouvement presque théâtral il demanda :
« Ha oui ! Et comment tu extermines une énergie toi ? Une chose qui est déjà morte et qui ne survit que dans un état immatériel, presque tout-puissant ?!
- Je ne peux détruire une énergie Angeal, je ne suis pas stupide, mais je peux la transformer, l'amoindrir, la déplacer ... » répondit Syla en commençant à marcher lentement, les douleurs dans son bas-ventre semblant s'atténuer.
L'ex Première Classe la dévisageait en silence, voyant derrières ses yeux qui balayaient presque frénétiquement le sol, que son esprit était assailli par tout un tas de pensées simultanément fulgurantes. Il eut un autre long soupir et il osa exposer son opinion :
« Si tu disparais, qu'est-ce que je vais dire à Genesis ? »
Elle ouvrit de grands yeux ronds à cette question fixant son attention sur lui soudainement. Il vit qu'elle ne comprenait pas tous les sous-entendus de sa question.
« Tu penses bien que ta mort, ainsi que celle de son fils risque de l'affecter à son réveil ...
- Tu lui diras la vérité.
- Que tu as donné la vie de tes enfants pour sauver Sephiroth ? Fit-il presque cruellement, lui-même un peu dépassé par cet état de fait.
- Dis-lui cela si ça te chante Angeal ! » S'écria-t-elle presque, atteinte par sa réflexion.
Pouvait-elle lui en vouloir seulement de penser cela ? Qui la comprendrait réellement ? Tout comme ceux qui avaient jugé Sephiroth sans se soucier de ce qu'il vivait. L'esprit sous l'emprise d'une entité vieille de deux milles ans, se servant de lui comme d'un jouet, annihilant sa conscience. C'étaient-ils déjà demandé, tous ces fameux héros, ce que lui pouvait vivre comme tortures ? Emprisonné dans un corps qu'il ne contrôlait plus. Elle, elle savait. Pour l'avoir en un sens vécu, pour l'avoir ressenti en elle aux travers de la Rivière de la Vie. Une vibration intense secoua les tréfonds même de la Terre, jusque dans son essence. L'explosion qui fit vaciller le globe à la surface, chamboula un instant l'Univers. C'est là qu'elle l'entendit, la clameur atroce, comme si Gaïa hurlait de tout son être. Elle se boucha les oreilles et cria à son tour tant la souffrance qui vint frapper son esprit était brutale. Angeal était perdu, lui n'avait ressenti qu'une simple secousse, une léger tremblement, et l'état de son amie le laissait quelque peu désemparé. Il ne soupçonnait pas à quel point elles pouvaient être liées. Quand le tumulte cessa, elle retira ses mains lentement, tremblant comme une feuille. Angeal voulut la prendre dans ses bras pour la réconforter, mais il se figea quand elle le regarda. Ce n'était pas l'état de choc, ou un froid quelconque qui la faisait frisonner. Non, c'était autre chose, et il le comprit quand elle posa sur lui un regard jaune de lumière. Ses iris de chat émettant un halo doré comme deux soleils.
« Syla ?
- Il est temps Angeal ... elle m'appelle. Voilà la finalité, voilà pour quelles raisons je suis venue au monde. Si Hojo seulement savait, que certaines de ses inspirations n'étaient pas seulement le fruit de son génie propre, il en mourrait sûrement. La folie d'un homme, la déraison, au service d'un schéma plus grand. Ainsi, tout à un sens. Même mes « morts successives ». Gaïa ... l'Univers même, cette énergie là, a plus de cognition et de vision, que l'on ne pourra jamais le soupçonner. Tous ces combats, ces souffrances, pour un seul et unique but. Cet instant précis, un combat entre les mondes, un combat entre les âges. J'ai été créée dans cet unique but, CE combat Angeal. »
Il resta sans voix, frissonnant devant le timbre mû par une voix semblant multiple. Elle lui sourit tendrement, et lui posant une main chaleureuse sur la joue elle déclara :
« Dis-lui que la Déesse avait tout prévu Angeal. Dis-lui que certains sacrifices sont inéluctables ... dis-lui que la seule pensée qui m'a poussé à le faire, est l'Amour que je porte en moi ... que je leur porte à tous deux ... »
Il posa sa main carrée sur la sienne, et il paniqua quand il la sentit se dissoudre lentement. Il essaya de refermer ses doigts sur les siens, mais elle glissait comme de la poussière entre son énergie, filante comme une brise dorée, tandis que son corps devenait une essence d'un vert-jaune scintillant. Le souffle l'éleva puis la plongea vivement dans la Rivière de la Vie qui ondoyait non loin. Il sut en cet instant, que quoi qu'il advienne, le destin de la jeune-femme était à présent scellé.
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…...
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Syla s'était sentie comme galvanisée par une énergie étrange, mêlant son amour et ses instincts de chasseur du Canyon. Tout ce qui avait de plus féminin en elle sembla exploser. L'instinct de protection et de préservation engloutissant toutes traces d'humanité. Elle sauverait Gaïa, Genesis ... Sephiroth ... d'une façon ou d'une autre.
Les faims qui s'éveillaient en elle la grisèrent un instant tandis qu'elle essayait de se concentrer sur les flux verdoyants dans lesquels elle naviguait. Elle pensa au Cratère Nord, là où tout avait commencé. La Rivière la conduisit là-bas. Son voyage se stoppa presque abruptement, elle reprit sa forme, et elle commença ses recherches.
Tout le Cratère Nord était là, ses roches, ses failles, ses cascades de glace, ses grottes, ses animaux. Mais pas comme elle pourrait le voir avec ses yeux d'humaines, non, ici tout était bien plus magnifique encore. Tout était lumières, scintillements, des filigranes d'étoiles et d'étincelles, des rivières de flammes électriques, bleues, vertes, blanches. Traçant des sillons, dessinant les contours. Chaque pas qu'elle faisait, déclenchait une réaction en chaîne, faite de rayonnements en pulsation, dégressifs et hypnotiques. Le contact communiait deux énergies différentes, la sienne et celle de Gaïa, et quand elles se rencontrait, ce mariage donnait un ballet de chatoiements merveilleux. Elle oublia un instant la raison de sa présence ici, et elle s'émerveilla comme une enfant devant ce ballet fantastique. Mais la réalité la rattrapa bien vite quand elle s'avança peu à peu vers le cœur du Cratère, et que les lumières étaient de plus en plus ternes, de plus en plus ténues, alors qu'elles semblaient toutes aspirées vers un même point.
Elle suivit prudemment cette piste d'ombres, l'impression malsaine qui se dégageait du peu de contact qu'elle donnait à cela, lui procura une sensation de dégoût. Elle ressentit une affreuse nausée. Quand elle arriva au bout de son avancée entre rochers et parois lisses d'une grotte immense, elle se figea littéralement face au spectacle qui se tenait devant elle.
La grotte se terminait dans une alcôve gigantesque, dont le sommet semblait être au grand jour, loin, très loin au-dessus d'elle. Au centre, tournoyant dans une tornade d'ombres et de fumées, un corps en lévitation se tenait les bras en croix. La silhouette féminine d'un teint grisâtre, avait une immense chevelure qui s'étalait comme une foule de tentacules vaporeux. Elles se rejoignaient en périphérie pour donner vie à ce vortex ténébreux. La puissance qui se dégageait de cette entité, était effroyable. Syla sentit toute son échine se hérisser, chaque particule de son essence se sentant directement agressée par les effluves de Mako souillée. Elle continua à avancer malgré l'envie soudaine qu'elle avait de tourner les talons et de disparaître. Elle faillit le faire, mais elle se sentit stupide et presque honteuse quand elle réussit à entrapercevoir dans ce maelström de nuages cendreux, une énergie verte, un peu blafarde, une énergie qu'elle reconnut de suite : Sephiroth.
Lui aussi avait gardé sa forme initiale, Jénova devait le trouver parfaitement à son image. Il était prostré à ses pieds, recroquevillé même, la tête enfouie entre ses genoux, comme le serait un enfant en train de pleurer. Celle qu'il appelait « Mère » n'avait apparemment que faire du bien-être de son enfant, ici comme sur Terre d'ailleurs. Tout comme dans certaines croyances, elle avait envoyé son fils en sacrifice, elle l'avait ressuscité, et continuerait encore et encore, jusqu'à ce qu'il réussisse. Jusqu'à ce qu'il lui apporte le Monde, l'Univers sur un plateau. Syla l'en empêcherait. L'homme qu'elle avait tant aimé, qu'elle aimait encore, méritait mieux que cela ! Il avait été un Héros aux yeux de tant, une inspiration pour tellement de jeunes âmes. Si ils le voyaient à présent, il y aurait fort à parier que beaucoup en riraient. Mais pas elle. Cette vision ne lui apportait que souffrance. La rage même que cela déclenchait dans son âme était hallucinante. C'était comme si on avait mis un tigre en cage et qu'on le laissait mourir à petit feu, sous les yeux gourmands d'un dompteur avide. Jamais elle ne pourrait accepter cela.
Un pas de plus, un pas qui vint à trahir sa présence. Son aura donna un son discordant en touchant celle de Jénova, comme si on torturait un violon au point de le faire saigner. Une immense toile, voilà ce qu'elle avait construit. Une arachnide qui ressentait chaque vibration, chaque souffle, qui osait troubler son repos. L'essence de l'extra-terrestre riva sur elle des yeux verts lumineux, et elle siffla :
« Qui ose me déranger ici !? Dans mon repère ?! »
La tornade explosa en des bribes violentes de courants glaciaires, projetés comme des détritus d'énergies malades, agressant Syla qui dut se protéger les yeux dans un pur réflexe humain. Quand elle abaissa son rempart futile, elle vit Jénova flottant légèrement au-dessus du sol constellé de lumières mourantes. Elle s'approchait lentement vers elle. Sa forme féminine était très élancée, à la limite du difforme. Son beau visage allongé rappelait certains traits de Sephiroth, mais son fils la surpassait sans problème. Son côté humain sauvant le brassage des gênes. Sa longue chevelure vaporeuse caressait l'espace comme des serpents de fumée. L'essence de Jénova oscillait entre quelque chose de palpable matériellement, et cette étrange impression de brouillard. Quand elle se trouva à un mètre de Syla, elle s'arrêta et avec un sourire machiavélique, elle fit :
« Tiens tiens tiens ... notre petite Chimère a bien grandi ... Je t'ai vu morte dans l'esprit de Sephiroth, et tu étais dans la Rivière de la Vie la dernière fois que je t'ai vu ... »
Elle se rapprocha si vivement de la jeune-femme qu'elle n'eut pas le temps de bouger. Le visage vaporeux ondula de façon disgracieuse tandis qu'elle se collait à elle. Un étrange son, presque roucoulant, s'éleva, puis tout aussi brusquement Jenova sembla feuler en reculant..
« Tu aurais du venir ! Tu aurais du répondre à l'appel ! Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? Pourquoi m'es-tu restée invisible tout ce temps ?! »
L'essence de l'extra-terrestre vibra de façon désordonnée alors qu'elle reprenait sa place en lévitation au centre de la caverne. Syla n'avait pas les réponses, et elle aurait bien voulu les avoir. En effet, pourquoi est-ce que sa présence dans la Rivière de la Vie avait été à ce point si insignifiante, alors qu'elle n'était pas à sa place. Et pire, pourquoi Jenova s'intéressait tant à elle ?
L'esprit millénaire braqua ses yeux verts sur elle, et répondit comme si elle l'avait entendu :
« Parce que tu as les clés pour voyager entre les mondes Chimère ! La capacité de rester toi-même, de véhiculer ton savoir et ce que tu es, sans aucune altération. Tu n'as même pas conscience de ce que tu recèles. Je n'ai pas ce pouvoir, je ne peux que créer des avatars condamnés sur le court terme. Mais je vais l'acquérir. Quand tu auras fondu ton énergie avec la mienne, j'aurais accès à tous les mystères de l'éther. Le peuple de Canyon Cosmo avait un lien plus fort encore que les Cetras. Il pouvait ouvrir les portes, et voyager. Les Cetras n'avaient que la faculté d'entrer en contact avec Gaïa ... mais les grands félins, cette espèce animale hors du commun, étaient ses véritables messagers.
- Et tu penses que je vais te laisser me prendre ? » lança Syla acerbe, commençant tout juste à comprendre ce qui intéressait tant la navigatrice avide de pouvoir, qu'était Jenova.
Un rire caverneux s'éleva dans la grotte, au point de faire résonner tout le Cratère Nord de ses vibrations effroyables. Sûre d'elle, Jenova répondit presque trop vite :
« Bien évidemment ! Tu ne peux résister ou échapper à ton destin ... tu le sais !
- Oui en effet. Mais ce n'est pas ce destin qui m'attend Jénova. »
L'entité sembla se figer un court instant dans l'espace, un éclair brûlant éclairant furtivement ses yeux verts, et dans un roucoulement trop suave au goût de Syla, elle demanda :
« Ha ? Et quel est-il donc petite Chimère ?
- Te détruire...
- Insensé ! Tu ne peux me détruire ! Je suis Gaïa à présent ! Je suis sur le point de prendre le contrôle total sur son essence. Et tu m'aideras à cela, que tu le veuilles ou non !
- Non ! Jamais ! Gaïa est plus forte et plus maligne que tu ne peux l'imaginer malheureux débris interstellaire … Elle m'a envoyé ici pour mettre un terme à ta folie !
- Pauvre petite, tu penses avoir la moindre chance contre moi ?! Qu'es-tu donc à part un vaisseau de pouvoirs que tu ne comprends même pas ? Pathétique hybride sans cervelle ! Ton essence seule m'est utile. Disparais pour de bon si tu ne veux allier ta force à la mienne ! » Coupa Jénova la voix dure et totalement inhumaine.
Elle eut un geste ample de son bras droit, et quelque chose sembla fondre vers le bas, emprisonnant l'essence de Sephiroth qui n'avait toujours pas bougé. Le bras de fumée qui ressemblait à un tentacule translucide, vint effleurer la tête de l'argenté, et celui-ci la releva lentement, comme sortant d'une douloureuse torpeur.
« Voyons jusqu'où l'amour que tu lui portes va, ma petite Chimère ... parce que je me doute que c'est aussi pour lui que tu es là ... je me trompe ?
- Non.
- Crois-tu qu'il va se souvenir de toi ? Crois-tu que les instants partagés avec lui étaient si innocents et amoureux que cela ? ... »
Syla déglutit avec effort à cette annonce, ne voyant que trop bien ses sous-entendus.
« J'étais là Syla ... tout ce temps. Bien au chaud dans un coin de sa tête. Moi aussi je t'ai vu, moi aussi je t'ai senti. Penses-tu réellement qu'un être de sa trempe se serait intéressé à toi si je ne l'avais pas incité à le faire ? Crois-tu réellement que Sephiroth a eu réellement un jour ce genre de sentiments pour toi ? »
Le rire moqueur qui suivit ces mots lacéra son âme, mais Syla, au-delà de son amour pour lui, savait ce que Gaïa voulait d'elle. Ce pour quoi elle l'avait créée et laissée vivre. Elle était la seule à faire la jonction entre les mondes, la seule qui pouvait également allier le pire, mais aussi le meilleur des deux espèces. Une simple enveloppe chimérique certes, mais qui renfermait la force et l'esprit combatif des plus vaillants défenseurs de Gaïa. Elle serra le poing, et rivant son attention sur Sephiroth qui se redressait peu à peu, elle dit d'une voix blanche :
« Qu'il ait eu des sentiments ou non, ne changera pas ce que je dois faire.
- Si tu me tues, il disparaîtra avec moi ... grogna presque Jénova dans un chuintement de colère.
- Alors il mourra ! Et je le préfère le savoir perdu qu'à nouveau tué par Cloud ou n'importe qui d'autre ! A nouveau sous ton emprise ! A nouveau soumis à milles tortures juste pour Te satisfaire ! Sale monstre ! »
C'est le mouvement sur sa gauche qui la fit réagir. Toute à ses réponses, elle n'avait pas fait cas de Sephiroth qui s'était levé et s'était rapproché. Masamune, elle aussi toute faite d'énergie et d'ondes psychiques, étincela d'une infinité de constellations quand il l'abattit sur elle. Syla bougea très rapidement, bien assez pour éviter le coup. Elle lui fit face et toute son âme frémit d'épouvante. Son regard était vide, totalement vitreux, ses iris verts n'étaient que deux orbes sombres, et rien ne semblait transpirer une quelconque conscience chez lui.
« N'était-il donc qu'un pantin ? Tout ce temps, n'était-il donc qu'un incarné régi par la volonté de cette chose abominable ?! » tempêta l'esprit de Syla alors qu'elle évitait une autre de ses attaques.
Ce doute lui déchira le cœur, et refoulant ce qui menaçait de l'engloutir, elle cria :
« Seph ?! SEPH ?! Est-ce que tu m'entends ?! »
Rien ... pas même une étincelle de vie ne vint habiller ses iris éthérés. Il était comme une poupée de chiffon taillée pour la guerre. Parfaitement affûté, aiguisé, et absolument prêt à la supprimer. Dans ce monde il était même bien plus fort tant les contraintes physiques n'existaient plus. La représentation astrale de Masamune fendait les airs avec une rapidité foudroyante, Syla évitait toutes les attaques sans pouvoir se résoudre à passer elle aussi à l'action. Trop de choses se bousculaient en elle, comme ce doute lancinant que Jénova avait réussi à lui injecter. Ses enfants sur le point de voir le jour revinrent la hanter, et elle eut un instant d'inattention qui lui coûta. La lame d'énergie pure transperça son corps dans une décharge douloureuse qui la fit gémir. Elle fixa le trait de lumière qui la perforait de part en part, juste au niveau du plexus, et des larmes brillantes bordèrent ses yeux jaunes. Le rire de Jénova retentit dans un croassement victorieux, et Syla porta les mains sur la lame incandescente. Plus qu'une souffrance physique, la blessure semblait segmenter son énergie propre. Elle essaya de reprendre son souffle, mais chaque contraction de son essence la faisait souffrir le martyr.
Sephiroth poussa plus avant et coinça le corps de Syla entre une des parois translucides et la garde de son épée. Chaque vibration, chaque secousse, grignotait ce qu'elle était, la découpait littéralement en petits morceaux. Elle leva un regard quasi désespéré à l'homme qu'elle aimait, et elle chuchota suppliante :
« Seph ... je t'en prie ... »
Son amour pour lui s'envola dans l'espace qui abritait leur face à face. La Materia Primale en accord total avec elle, se mit à irradier lentement de ses volutes vert-dorées. Ses timides pulsations devinrent de plus en plus intenses, au point de créer une étoile aveuglante, effaçant la terrible blessure de Masamune dans le corps séraphique de la jeune-femme.
La petite étoile devint soleil, tandis que ses souvenirs et ses émotions réinvestissaient son âme avec la même force que leur prime jeunesse. Même elle, s'en sentit déboussolée, tant ces années de sommeil avaient effacé certaines choses. De la boule lumineuse sortirent des courants tièdes et chaleureux, comme des serpentins de velours. Ils se déployèrent gracieusement dans des rayons vertueux formant une galaxie en spirale. Chaque bras fait d'une pluie dorée, contractait une réaction en chaîne, réanimant les points d'énergie que Jénova avait éteint. D'abord cela se confina qu'aux abords de Syla, puis les scintillements s'allumèrent progressivement autours d'elle, de tout ce qu'elle touchait. Et Jénova du haut de son promontoire de vent et de glace, ne put louper le spectacle.
Saisie par la surprise Syla ne bougeait plus, ne parlait plus, elle était comme tétanisée par la chose qu'elle produisait. Totalement dépassée, elle ne comprenait plus. Elle était persuadée qu'elle était là pour détruire, pas pour créer un tel miracle. Elle leva les yeux vers Sephiroth qui sembla expirer, alors que depuis le début aucun son n'était sorti de lui. Les doigts de Syla se refermèrent encore plus fort sur la lame de Masamune, et elle en sentit la coupure désincarnée. Cependant elle ne lâcherait pas, plus maintenant, alors que dans les yeux de son bien-aimé, la vie reprenait ses droits. Il fronça les sourcils un instant, totalement désorienté. Seul le visage de Syla fut l'écueil où sa raison put s'accrocher. Elle lui sourit faiblement, et c'est là qu'il fit attention à Masamune. Il trembla, voulant la retirer, mais Syla l'en empêcha, retenant l'arme en elle de toutes ses forces. Les palpitations de la matéria prirent en vigueur, et ses yeux totalement félin tracèrent une ligne brûlante dans la mémoire de l'homme en face d'elle.
Des fragments, des bribes, des morceaux éparpillés de souvenirs s'envolèrent dans sa tête comme une nuée de papillons, colorés, mais terriblement cuisants. Il lâcha la garde de son épée, et dans un hurlement déchirant il se recroquevilla en se tenant la tête comme un dément luttant contre sa folie.
« IMPOSSIBLE ! » tonitrua alors la voix de Jénova qui laissa éclater sa colère et son étonnement.
Syla sentit sa magie propre grouiller entre ses doigts, ressourcée d'un espoir nouveau, son énergie s'intensifia et serrant ses phalanges elle sentit la lame se dissoudre sous son âme qui commençait à flamboyer. L'empreinte énergétique de Masamune vola littéralement en éclat, libérant une myriade de petites étoiles blanches. L'emprise de l'arme cessa et Syla se redressa, ses yeux ne pouvant se détacher du corps tremblant de Sephiroth, à moitié recroquevillé sous la douleur qui semblait le déchirer de part en part. Totalement hébété il restait quasi paralysé sous le raz-de-marée qui assaillait son esprit. Dans le vortex qui noircissait ses pensées, la désorientation qu'il ressentait ne trouvait aucun appui sur lequel se stabiliser.
Syla se rapprocha de lui, son corps irradiant de plus en plus fort, alors que son aspect de félin semblait vouloir prendre part au combat. Il ne fit attention à sa présence que part le papillonnement de lumière qui advint quand elle fut près de lui. Il leva vers elle des yeux presque déments, et fronçant très fortement ses sourcils il geignit :
« Syla ? ... »
Elle eut un sourire affectueux, et répondit doucement :
« Oui ... Seph ... tu te souviens de moi ? »
Sans qu'elle n'eut le temps de bouger, il bondit vers elle et s'agrippa à son esprit comme un naufragé à une bouée. Il serra tant et si bien que leur deux corps éthérés semblèrent se fondre l'un dans l'autre. Jenova à cette vision hurla un gargouillis inepte où les sons gutturaux exprimaient une rage démentielle. Un vent violent et glacial satura l'espace, et elle vint les séparer sans ménagement. Sephiroth se sentit soufflé comme un vulgaire fétu de paille, et encore sous l'emprise de Jenova et de ses souvenirs, il ouvrit des yeux terrifiés face à l'essence extra-terrestre et émit un « Mère ? » des plus crédule.
L'entité s'approcha de Syla qui était encore un peu sonnée, et la soulevant du sol en lui attrapant la mâchoire elle vociféra :
« Il est à moi ! A MOI TU ENTENDS ! »
Elle fit un geste rapide et Syla ne put qu'amortir le choc du mieux qu'elle put. Elle regarda Jenova reprendre sa place au centre de la grotte, fichée dans sa fureur d'ombres et de fumées, puis elle commença à rire. La jeune-femme sentit une variation étrange dans les courants de la Rivière de la Vie, qui la déstabilisa.
« Tu te crois forte petite Chimère ? Forte au point de vouloir me vaincre, de penser le pouvoir ? Si tu souhaites m'atteindre, mets à terre déjà MON engeance ! »
Il y eut un son discordant qui sembla venir de partout, et c'est avec horreur que Syla découvrit quelles étaient les magies que Jenova avait touché. Les mêmes que Gaïa utilisait pour créer la Vie.
A ses pieds, du brouillard qui léchait avec force les surfaces rocailleuses de son antre, s'élevèrent des colonnes de fumée, et chacune d'elle mit au monde un incarné. Elle y vit le gang de Kadaj que Cloud avait vaincu, mais pas que. Les âmes de ceux qui étaient morts pour elle, toutes ces pauvres créatures avilies par ses gênes monstrueux. Debout, à présent face à une armée, elle était séparée de Sephiroth par ce rempart de fantômes dévoués. Totalement sous l'emprise de celle qu'ils considéraient tous comme leur Mère. L'ex-général se redressa au milieu d'eux, et à son air hagard, elle sut que Jenova usait de son ascendance sur lui. Cette vision anima la haine qu'elle ressentait, et même ici, sa transformation eut lieu. Le stade ultime dès le départ, figeant d'effroi Jenova elle-même.
« Tu ne t'attendais pas à cela pas vrai ?! demanda alors Syla un sourire mauvais dessiné sur son faciès félin.
- Et toi ? Tu pourras survivre à ceci ?! » cria Jenova en ricanant.
D'un seul mouvement tous les incarnés s'élancèrent vers elle comme une marée noire. Elle esquiva les premières attaques, mais la supériorité numérique jouait évidemment en sa défaveur. Elle échappa à leurs vindictes par des bonds souples et aériens, dans une rapidité incroyable. Elle ne quittait que peu Jenova du regard cependant, elle savait que le pouvoir central provenait d'elle, qu'il fallait qu'elle décapite le monstre de puissance qu'elle était devenue. Les bras tentaculaires brumeux se mêlaient au combat, et même Séphiroth fut à nouveau sous l'emprise de l'un d'eux.
Acculée, épuisée, Syla se retrouva bientôt en mauvaise posture. Ses griffes découpaient et tailladaient les malheureux qui osaient s'approcher de trop près, mais que faire face à une armée . Son énergie vitale s'épuisait, et elle sentit le lancinant rappel de son corps et de ses enfants. Elle serra les dents et supplia :
« Pas maintenant ... je t'en prie Minerva ... si je suis ici pour t'aider, donne-moi la force d'y parvenir ... »
Sephiroth s'avança vers elle, trop lentement pour que ce soit une action consciente, et elle hésita à se défendre aux vues de sa reprise de conscience précédente. Ce fut son erreur. Poussé par le pouvoir de Jenova il attrapa Syla à la gorge et ses doigts se fichèrent en elle, comme si ils étaient munis de serres. Elle ressentit une horrible sucions, et elle comprit que ceux-ci aspiraient son énergie. Jenova allait se repaître d'elle par son intermédiaire, et ainsi elle lui conférerait un pouvoir que nul ne pourrait arrêter.
« Seph ... » arriva-t-elle à articuler les larmes aux yeux.
Mais l'argenté de semblait rien entendre. Tandis que la lueur de son aura se dissolvait progressivement, Syla eut une pensée pour ses fils, puis étrangement pour Nanaki et sa région d'origine. Dans la demi conscience qui lui restait, il lui sembla même entendre le rugissement du lion roux.
Il y eut un chaos indescriptible, où grognements et hurlements se fondirent. Elle sentit l'emprise vampirique de Sephiroth disparaître brusquement, lui arrachant un cri rauque. Quand elle ouvrit les yeux pour voir ce qu'il se passait, elle se décomposa. Deux yeux jaunes semblables aux siens, dévorant l'espace alentours de leur attention, étaient braqués sur elle. Seto ... Seto était à présent avec elle. Sa tête massive de gros félin s'inclina vers son corps avachi et il déclara :
« J'avais dit Syla ... que quiconque te voudrait du mal, devrait d'abord me passer sur le corps ! »
Elle réalisa par la suite qu'il n'était pas seul, d'autres entités félines étaient aussi présentent. Une armée de lions du Canyon face à celle de Jenova. Comme si cet affrontement avait été écrit depuis des millénaires, les guerriers de Gaïa se dressaient fièrement face à son ennemie. Dans un monde à l'écart de l'humanité.
Syla ne put décrire ce qui la transporta en cet instant, joie, reconnaissance, amour ?! Tout ça et plus encore, pendant que la musculature éthérée du lion frémissait de rage à ses côtés. Les yeux de Seto eurent un éclat effroyable d'or incandescent, il grogna et rugit, et son rugissement puissant fit frissonner la terre elle-même. Il transmit également à Syla un nouveau souffle, et la Materia Primale sembla exploser de lumières. Ressourçant l'âme de la jeune-femme. Le grand félin passa à l'attaque et exposa à « sa fille » :
« On s'occupe d'eux, toi va rabattre le caquet de cette horreur ! »
Elle hocha la tête et elle délaissa Sephiroth qui était en mauvaise posture avec Seto. Un regard de regret se porta sur lui, mais elle n'avait plus le temps de penser à cela. Elle s'élança vers le cœur de la tornade de nuages carbones que Jenova avait levé en ultime rempart. Quand elle arriva à passer au travers des vents cinglants chargés de cristaux glaciaux, écorchant, entaillant la surface immatérielle de son aura, elle se trouva fort surprise du calme qui régnait dans l'oeil du cyclone. Sa Materia Primale enveloppa son corps dans une sorte de cocon lumineux, et ses pouvoirs s'accentuèrent en ces lieux. Jenova descendit lentement de son promontoire aérien, puis avec un sourire machiavélique elle fit :
« Alors ? Toujours prête en découdre ? »
Sans une réponse Syla passa à l'attaque. L'extra-terrestre sembla se murer dans une armure de brumes et de poussières ténébreuses. Le surplis magique avait les allures d'une carapace noire constellée de lumières blafardes. Une arme semblant sortit tout droit de quelques entrailles infernales, vint habiller son bras droit. La forme d'une hallebarde avec une extrémité plate et arrondie, tranchante comme un rasoir. A l'intérieur un fourmillement d'éclats condensait toutes les énergies vitales qu'elle avait aspiré. Syla en voyant l'objet, compris qu'elle tirait sa force de toute la vitalité qui composait leur monde. Comme une tique sur le dos d'un chien, Jenova se nourrissait des âmes de Gaïa. C'est ainsi qu'elle survivait indéfiniment. La lame mortuaire étincela quand elle porta son coup, et la vague d'énergie qui en sortit souffla la Chimère. Celle-ci se rattrapa souplement avec ses griffes sur une des parois environnantes, puis dans un bon prodigieux fit une pirouette agile pour se retrouver derrière l'entité machiavélique. Jenova retenta le coup, et cette-fois ci Syla l'évita, ses entraînements avec Sephiroth, Genesis et Angeal portaient leurs fruits. L'affrontement fut long et acharné. L'une comme l'autre ne trouvant pas la faille de son ennemie, seulement Syla n'avait pas les millénaires de pouvoir de Jenova. Ni d'ailleurs cette source intarissable qui appuyait ses facultés. Sa force semblait inépuisable. Face à cette cruelle réalité, la Chimère sut qu'elle allait devoir tenter le tout pour le tout. Lorgnant l'arme de Jenova, elle s'aperçut néanmoins d'une chose. Les petits fourmillements de lumières étaient aspirés par elle. Elle lui servait de catalyseur pour le combat. La jeune-femme réfléchit très vite.
Devant son instant de doute, Jenova eut un petit rire mesquin et fit dédaigneuse :
« Pauvre petite hybride, tu ne peux rien contre moi ... mon énergie ... est éternelle !
- Faux ! Elle est régie par les mêmes lois physiques que la mienne ! » rétorqua alors Syla en se redressant.
Elle eut une idée, totalement dangereuse et suicidaire, mais pour Sephiroth, Genesis, Angeal, et les autres, elle le ferait. Pour Gaïa, pour ce qu'elle lui avait offert malgré tout.
« Tu es froide Jenova ! Aussi froide que le monde stérile d'où tu proviens. Tu n'as aucune âme, aucun sentiment, tu n'es qu'un amas de particules quasi statique. Tu es obligée de vivre comme un parasite pour garder ta force ou la faire croître. Tu es dépendante de Gaïa. Tu n'es que dans cette sphère-ci. Alors que moi ... moi je suis des deux mondes. Mon métabolisme, mon essence est plus complexe que la tienne, plus incandescente également ... Mes sentiments en sont d'ailleurs un moteur puissant. Et toi ? Toi tu voudrais me prendre ceux que j'aime. Me reprendre Sephiroth ? Jamais ... ma haine te dévorera abjecte créature ! »
Jenova la regardait presque impassible, son visage clair encadré par ses cheveux d'argent lui donnant un aspect effroyable tant elle semblait de marbre. Même Sephiroth était plus chaleureux.
Syla prit sa Materia Primale dans ses mains et elle pria en accordant son âme avec l'essence de tout ce qui l'entourait, contactant Gaïa au-delà des ondes visibles du Lifestream :
« Je sais que tu as la réponse, je sais que tu connais le pouvoir qu'il me faut. Je suis prête, prête à t'écouter, prête à me fondre en toi ... »
La pierre émit un drôle de carillonnement et les volutes vertes-dorées qui s'en dégageaient explosèrent dans des rayons lumineux aussi crus que des lasers. Syla sentit la pierre vibrer contre elle, et son pouvoir intégrer sa conscience. Jamais elle n'avait ressentit sa magie ainsi, mais sa colère et sa rage, liées à son amour, donnèrent une réponse qui l'ébranla. Elle sentit son corps grandir, grossir, se transformer, pour au final se retrouver sous les formes d'un félin immense. Tout au sentiment grisant de puissance qui lui advint elle ne put s'empêcher de rugir, et son cri trouva écho dans l'euphorie cristalline de la Rivière de la Vie. Jenova, d'abord tremblante, se mit à rire, et augmentant elle aussi sa taille, aspirant avidement toutes les forces extérieures qu'elle pouvait, elle fit :
« Tu pensais donc m'impressionner avec ceci ?
- Non pas vraiment ! » lança alors Syla qui se jeta sur elle.
Il n'y avait que ses armes naturelles qui pourraient trancher, taillader, éradiquer les défenses de la démente qui lui faisait face. Elle venait seulement de le réaliser. Les enfants de Canyon Cosmo étaient parfaits. Ils étaient nés pour ça. Ses pattes agrippèrent violemment les bras de Jenova qui hurla de douleur alors que les griffes la pénétraient cruellement, faisant fi de son état immatériel et de son armure surnaturelle. La gueule de Syla se ficha dans l'arme et de sa mâchoire puissante, elle sectionna la garde en deux. L'énergie contenue fusa de toutes parts dans un ballet coloré ressemblant à un feu d'artifice gigantesque. Chaque particule allant réintégrer la Rivière de la Vie qui reprenait peu à peu ses droits. Ressourçant dans son sillage, son propre pouvoir. Elle entendit la voix de Jenova tonner littéralement sous le coup porté, puis, une faim enivrante prenant le pas, Syla ne vit plus qu'en cette forme humanoïde une proie des plus alléchante. Combien d'humains étaient tombés sous ses crocs ? Cette monstruosité stellaire ne ferait pas exception !
Jenova tomba à la renverse, réalisant trop tard que Syla était à présent bien plus imposante qu'elle. L'animal rugit une dernière fois tandis que sa queue fouettait violemment les airs. Elle ouvrit une gueule gigantesque, dans un geste vif et sec elle engloutit Jenova d'une seule traite. Faisant claquer sa mâchoire dans un son morbide. Il y eut une clameur effroyable suivit d'un cri strident, et là commença le véritable combat. La dévorer n'était qu'un début, Syla le savait. A présent il fallait qu'elle arrive à détruire, à digérer cette énergie. Il fallait qu'elle la consume, qu'elle la fonde, qu'elle la transforme. Ainsi elle anéantirait une bonne fois pour toute la plus infime trace de Jénova sur terre, et surtout, dans la Rivière de la Vie.
Le froid intense qui sembla lui glacer l'intérieur la figea un moment, ses pupilles de félin se contractèrent sous la souffrance. Puis un rugissement douloureux retentit.
« Concentre-toi .. concentre-toi ... il faut que tu augmentes ton énergie au point de fusion Syla ... » pensa-telle alors que milles tourments s'offraient son corps éthéré.
Les larmes aux yeux, elle revit les instants magiques qu'elle avait partagé avec Genesis et Sephiroth. Elle murmura :
« Pour vous ... »
La Materia Primale et son corps semblèrent vibrer sous les mêmes soubresauts énergétiques, et ses sentiments affluèrent comme une vague lumineuse et brûlante. Syla conçut une vision de son essence en une boule de lumière jaune et dorée, qui grossissait au fur et à mesure, au point de créer une super nova. Jenova se fit consumer par cela, les corpuscules platinés de Syla se collèrent aux siennes, et commencèrent à les grignoter lentement. La Chimère imagina une multitudes de petits animaux difformes qui avalaient et se fusionnaient avec les morceaux polaires qui constituaient Jenova dans son imaginaire. Se fut long, éprouvant, cruel. L'énergie de Jenova fut lentement dissoute et fusionnée à celle de Syla, et toutes les pointes d'ombre de son esprit furent intégrées dans l'éblouissante quintessence de la jeune-femme. Dans un dernier rugissement, un éclair aveuglant se produisit, et toute la magie de Jenova fut balayée.
Tremblante, à bout de forces, le grand félin qu'était Syla s'effondra dans un grand bruit sourd, tandis que son corps immatériel reprenait peu à peu sa forme initiale.
Les combats de Seto et de ses frères finirent en même temps, tandis que les invocations de Jenova se volatilisaient dans des nuages d'or lumineux. Seul Sephiroth était là, sous la patte puissante de Seto, ses yeux verts reprenant leur brillance d'autrefois.
Le puissant félin le relâcha lentement, et plus inquiet pour Syla que pour son prisonnier, il vint vers le fantôme de la jeune-femme qui gisait sans bouger. Les fluctuations de son énergie semblaient avoir du mal à se calmer. Son aura changea peu à peu, et le doré se transforma en un blanc-vert très lumineux. Elle ouvrit les yeux lentement, et la première chose qu'elle vit fut les orbes dorées de Seto. Il ronronna de plaisir en la voyant revenir à elle, colla sa tête massive contre la sienne en une caresse tendre, puis il s'écarta pour la laisser se relever. Elle se redressa en vacillant un peu, totalement groggy et saoule. Seto lui offrit son épaule large et massive en soutient. Reprenant peu à peu tous ses esprits elle s'écria alors :
« Sephiroth ! »
Le lion riva son attention vers l'argenté et il le lui montra d'un mouvement de la tête. Marchant comme si elle était ivre, elle arriva à sa hauteur, et s'effondra face à lui ne tenant plus debout. L'argenté s'était assis, et il la dévisageait, totalement perdu. Il ne savait plus quoi penser, quoi ressentir. Ressentait-il seulement quelque chose ? Il vit le sourire tiré qu'elle lui adressa, puis un mouvement de panique le gagna.
« Mère ?! » hurla-t-il alors que ses yeux balayaient l'espace à la recherche de la vaincue.
Il essaya de se relever mais il n'avait plus la force nécessaire. Son esprit semblait vide de tout. Il incendia Syla du regard, et cela blessa la jeune-femme plus cruellement encore que son affrontement.
« Tu l'as tué ! Tu as tué ma mère Syla ! »
Elle eut une moue pincée, il ne soupçonnait pas les souffrances qui l'assaillaient. Elle eut un faible rictus dédaigneux, et cracha presque :
« Tu n'as vraiment d'yeux que pour ce monstre Seph ...
- Ne l'appelle pas ainsi ! » Cria-t-il en la giflant lourdement totalement désorienté.
A peine la main eut-elle quitté la joue de Syla que Seto était à ses côtés en rugissant fortement, faisant tomber Sephiroth à la renverse.
« Ce n'est rien Seto ... » dit alors laconiquement Syla qui regardait la scène avec dégoût.
« A-t-elle à ce point dit la vérité? » pensa alors la jeune-femme qui regardait l'âme de l'ex-général qui se tenait face à elle.
« Ta mère est morte à ta naissance Seph ... commença alors à dire Syla.
- Tu mens ! cria-t-il visiblement affecté et à nouveau au bord de la folie.
- Non ! » Lança-t-elle d'un ton ferme.
Il faillit avoir un mouvement brusque mais l'imposante stature de Seto le tint en respect.
« Ta mère se nommait Lucrécia Crescent, elle était l'épouse de Hojo, Seph ... tu n'es pas le fils de Jenova, juste le malheureux fœtus qui a subi les desseins de ce malade ! Ta mère biologique, la vraie, t'aimait bien plus que cette chose que nous avons anéanti ... »
Sephiroth était déphasé, totalement anéanti, il ne savait plus que croire ou qui croire. Tous ses souvenirs formant un amalgame sans queue ni tête dans son esprit. Le parasitage de Jenova lui ayant perturbé la raison de façon anarchique. Qui était-il vraiment ? Qu'était-il ? Il se plaqua les mains sur les tempes et hurla. Ses yeux fous fixèrent la jeune-femme si magnifiquement forte devant lui, et les sentiments véritables qu'il avait eu à son égard, finirent par percuter son esprit. Il se sentit sombrer comme si on boxeur professionnel venait de lui asséner un K.O magistral.
Quand elle le vit basculer en arrière, Syla se jeta en avant et le retint. Les yeux de l'argenté trouvèrent les siens et elle fit d'une voix douce :
« C'est fini Seph ... elle n'aura plus jamais d'emprise sur toi ... j'ai fait ce qu'il fallait.
- Mère ... » dit-il simplement
La Materia Primale de Syla se mit à étinceler légèrement et une voix douce et aimante habilla l'espace.
« Oui mon fils ? ... »
Syla releva la tête et braqua ses yeux de lionne sur l'entité qui venait de les rejoindre. Bien plus que les traits caractéristiques de Jenova, cette femme était sans nul doute possible la mère chérie et disparue beaucoup trop tôt. Elle était d'une beauté presque divine, de long cheveux châtains et des yeux verts magnifiques. Une douceur sur le visage telle qu'on aurait dit un ange, cette douceur qui transparaissait parfois sous les traits polaires de Sephiroth. La femme s'agenouilla aux côtés de son fils, puis regardant Syla elle lui caressa la joue et fit :
« Merci ... pour tout. Vous l'avez sauvé. Votre amour pour lui Nous a tous sauvé. »
L'espace se para de vibrations tendres et aimantes, Gaïa se teinta de sentiments puissants qui colorèrent dans un arc-en-ciel magnifique, toutes les énergies alentours. Sephiroth sentit une onde chaleureuse toucher son esprit, comme une caresse aimante, puis, le brouillard de pensées qui l'inondait se dissipa. Il put enfin reconnaître sa véritable créatrice. Il se colla à elle et pleura à chaudes larmes.
Syla regarda la scène à la fois attendrie et embarrassée. Elle sentit Seto bouger et elle s'aperçut qu'ils n'étaient plus que tous les quatre. Le lion du canyon colla sa tête massive contre sa joue dans un ronronnement puissant et il chuchota :
« Ton pouvoir est grand ma fille. Tu peux rallier les deux mondes, et parler aux morts. Les appeler, et partager leur savoir. Tu pourras utiliser, comme nous le faisions, les courants de Gaïa, puiser en eux force et connaissances. Je suis fier de ce que tu es devenue petite chimère ... je l'ai toujours été. Je serai toujours là ..
- Je sais » lui répondit-elle alors qu'une tristesse insondable vint l'étreindre de façon cruelle.
Elle ne voulait pas qu'il parte, étrangement, ses yeux jaunes qui l'avaient tant éprouvée dans ses souvenirs, venaient de combler ce vide immense qui l'avait toujours accompagné. Elle sut en cet instant, que ses racines autochtones étaient une partie d'elle, et que jamais plus elle ne devait les renier. Seto lui offrit un radieux sourire de félin, et il disparut comme un rêve.
Dans ce décor où l'univers semblait avoir concentré toutes ses étoiles, Syla regarda autours d'elle, et c'est avec les larmes aux yeux qu'elle vit Angeal apparaître, accompagné des volutes gracieuses de la Rivière de la Vie . Cette dernier avait repris en vigueur nota-t-elle. Syla se demanda même si elle ne gazouillait pas à la manière d'un oiseau au printemps. La jeune-femme se releva, donnant un coup d'oeil bienveillant à Lucrécia et Sephiroth, et elle se figea presque quand Angeal la serra dans ses bras. Il était tellement rare qu'il l'étreigne vraiment. Elle explosa en larmes dans ses bras, soulageant les tortures qui martyrisaient son âme. Il lui expliqua que le combat contre Omega était fini. Que la Rivière de la vie était à présent à nouveau solide et gorgée d'une nouvelle ardeur. Elle eut un faible sourire en pensant que les mortels ne retiendraient de cette journée que le combat de Chaos, et que la disparition de Jenova serait seulement comme un doux rêve. Un fantasme chimérique.
Angeal la sentit s'effondrer contre lui d'un seul coup, et inquiet il l'appela. Les yeux jaunes de Syla le fixèrent et elle dit terrorisée tout en tremblant :
« Angeal ... ils m'appellent ... je ...
- Chut Syla ... tout va bien se passer ... ne t'inquiète pas ...
- Angeal ... j'ai peur ... » avoua-t-elle dans un sanglot déchirant.
Elle s'agrippa à lui de toutes ses forces, ne voulant plus partir. Sephiroth dû prendre conscience de ce qu'il se passait car il focalisa enfin son attention sur elle. Il s'agenouilla à côté d'eux et elle serra les dents sous la douleur. Se rappelant une chose qu'elle avait appris dans ces lieux étranges, elle arracha la Materia à sa chaîne. Son étrange Materai était des deux mondes à la fois. Elle pouvait en user en toute liberté dans les limbes ou la réalité. Elle ne perdait pas son pouvoir. Prestement, elle attrapa la main droite de Séphiroth, et plaquant l'orbe luminescent dans la paume elle le supplia :
« Sephiroth ... je ne sais si tu te souviens de ce que l'on a vécu, si tu te souviens de Nous. Mais si c'est le cas, je te la donne. Elle ... elle te permettra de revenir de la Rivière de la Vie, toi qui dans le fond, n'y a jamais vraiment été, prisonnier tout ce temps de Jénova. Si ... si tu m'as réellement aimé ne serait-ce qu'une fois ... utilise-la je t'en prie... »
Serrant fortement ses doigts elle lança un regard totalement paniqué vers Angeal et s'écria, sentant qu'on la rappelait inexorablement sur Terre :
« Angeal! Je ne veux pas ...Angeal ! »
Puis son esprit fut compressé de douleurs. Il lui sembla qu'on la faisait se plier sur elle-même de façon violente puis qu'on étirait son corps dans tous les sens. Le puits sans fond dans lequel elle sombra l'arracha violemment aux bras d'Angeal et c'est dans un hurlement presque animal qu'elle se redressa en reprenant vie dans son cercueil de Mako.
La pierre cristallisée fut pulvérisée sous la force de sa résurrection et elle s'extirpa du bain bleu-vert dans lequel elle baignait depuis des années. Elle arracha avec vigueur le matériel médical qu'elle avait dessus d'une main tremblotante. La seule pensée qui s'extirpa dans son réveil fut Genesis.
A des centaines de kilomètres de là, alors qu'Omega eut été terrassé, et appelé par la voix de Syla qui arriva jusqu'à lui, Genesis sortit de son sommeil. Son bouclier de magie lui aussi explosa en milliers de bribes lumineuses. Reprenant peu à peu ses esprits, et la possession de son corps à présent totalement guéri, il leva le visage en inspirant à fond. Il trouva le corps de Weiss, puis dans un murmure il dit tendrement :
« J'arrive ... Syla ... »
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La première sensation qu'elle eut, après la cuisante morsure de l'air dans ses poumons, fut celle de son bas-ventre qui semblait se disloquer. Rampant dans la terre humide de la caverne éclairée par les radiations naturelles de la Rivière de la Vie, elle se hissa sur une roche plane et dégagée. Elle avait du mal à respirer, les contractions semblaient déchirer son corps qui revenait peu à peu à la vie. Elle hurla et son cri se répercuta dans un écho sinistre dans les galeries adjacentes, à peine éclairées par les flux du Lifestream et ses cristaux. Elle ne savait pas comment on mettait des enfants au monde, elle n'avait jamais été préparée à cela. Elle savait que c'était dur et laborieux, qu'elle allait souffrir, mais rien n'aurait pu la préparer à cela. Ses yeux se portèrent sur son ventre distendu qu'elle ne reconnaissait plus, paniquant même tant la situation semblait irréelle. Elle perdit les eaux, et le liquide visqueux se répandit dans des reflets scintillants à la lueur de la Mako pure toute proche. Elle essaya de caler sa respiration, mais seuls les hurlements trouvaient grâce à sa gorge. Elle poussa de toutes ses forces pour extirper ce qui la broyait de l'intérieur. Elle n'avait pas beaucoup de force, la quasi totalité de son énergie avait été donné en sacrifice dans son affrontement contre Jénova. Mettre au monde des enfants, serait sans doute son combat de trop. Lacérant la roche même sur laquelle elle était, elle sentit l'un des deux êtres qui avait pris possession de sa matrice s'extirper peu à peu, et le second suivit de suite après. Même si le cauchemar eut l'air de durer une éternité elle sut que sa délivrance n'avait durer que quelques minutes. Baignés de plasma, totalement nus dans le froid et l'humidité, elle les pris contre elle. Le sang gluant collait à ses doigts, et amenant à sa poitrine les deux enfants qui se mirent à brailler de concert, elle se mit à pleurer. De fatigue, de douleur, de joie, de tout un tas de choses que son organisme épuisé n'arrivait plus à gérer. Elle s'entendit ronronner malgré elle, et de ses ongles acérés elle coupa les cordons ombilicaux. Cela ne la répugnait guère, sous sa forme de félin elle avait eu l'habitude de manger des proies. Sang, viscères et tout ce que ça comportait, ne la touchait plus depuis longtemps. Elle porta les deux têtes près de son visage, et elle s'imprégna de leur odeur. Il y avait chez eux, un peu de cette odeur caractéristique qu'avaient Angeal, Genesis et Sephiroth. L'un serait sans doute roux et l'autre arborait déjà une couleur de cheveux d'un gris foncé qui pâlirait sûrement avec le temps. Elle ne put s'empêcher de pleurer à nouveau, et ils durent sentir son désespoir tant leurs cris redoublèrent. Il fallait qu'elle bouge, qu'elle trouve un moyen de les laver, de les sauver, mais la torpeur quasi mortelle qui s'offrait son corps lui ôtait tout courage. Tandis qu'elle percevait leur grelottements contre son giron, son odorat détecta quelque chose d'alarmant, alors qu'elle sentait une partie de son corps lâcher. Son sang, son précieux liquide vital qui se mit à la trahir et à se déverser un peu trop rapidement sur la roche froide sous elle. Ses forces l'abandonnèrent, elle se sentit glisser vers l'inconscience, vers le vide et le néant. Seul le désespoir d'être vaincue si près du but, de perdre ceux qu'elle aurait dû aimer, habilla son cœur. Elle chuchota à ses deux fils dans un filet de voix :
« Je suis si désolée ... » puis ses paupières abattirent un voile noir et épais sur ses yeux, elle n'entendit presque pas la voix de Genesis hurler son nom.
Il avait fait le plus vite possible, ses nouvelles capacités avaient accru sa vitesse, sa force aussi, mais rien n'y avait fait. Il se sentit anéanti quand il vit le spectacle morbide qui s'offrait à lui. Il activa une materia de soin, la dernière qui lui restait, et essaya de la sauver. Il concentra toute ses facultés dans l'orbe verte qui irradia d'un feu immense. Ses mains, de concert avec la materia, essayèrent d'insuffler la vie au corps inerte devant lui. Il prit les deux nouveaux-nés contre lui, les réchauffant dans l'intérieur de son manteau de cuir, alors que les ondulations vertes continuaient à parcourir l'organisme de sa bien-aimée. L'hémorragie cessa, mais le corps de Syla se transforma très rapidement, et quand elle ouvrit les yeux de nouveau, son feulement et son rugissement n'étaient plus qu'animal. Il se recula vivement, les deux bébés dans les bras, et la rage de la lionne sembla redoubler. Il se stoppa net quand il comprit. Il s'agenouilla lentement, calculant au millimètre tous ses gestes. Les yeux fous du félin devant lui le dévoraient littéralement, ses rétines ne ressemblait plus qu'à deux tête dépingles noires dans un océan de feu. Un seul faux pas et elle le dévorerait sûrement dans sa folie. Apparemment, les souffrances qui avaient martyrisé ses chairs et son âme avaient enclenché un puissant processus de survie. Le pire pour Génésis. Cependant, il savait pour l'avoir déjà vécu, qu'une part d'elle se trouvait forcément là, quelque part dans le maelström furieux de son esprit. Il écarta les pans de son manteau lentement, et les oreilles de la lionne d'obsidienne s'aplatirent sur le sommet de son crâne de façon menaçante.
« Syla ... Syla c'est moi .. Genesis ... tu te souviens ? »
Le grognement sourd et puissant qu'il eut en réponse ne le réconforta pas le moins du monde. Les griffes de nacres se plantèrent lentement dans le sol, faisant un craquement sinistre sous les pattes énormes du gros félin. Il continua alors à lui parler calmement, essayant de maîtriser sa respiration au mieux pour cacher l'angoisse qui lui tiraillait les entrailles. Une seule preuve de faiblesse et il finirait en filet mignon.
« Un de ces enfants est à moi Syla ... tu te souviens ? ... Je suis le père de l'un d'entre eux ... » les derniers mots furent dit avec plus de force, plus de conviction, comme si lui-même prenait juste conscience des êtres qui se blottissaient péniblement entre le couvert de cuir et son buste.
Les oreilles de l'animal cillèrent puis se redressèrent presque brusquement. Les rétines jaunes se dilatèrent un bref instant, puis la queue qui fouettait très violemment les airs se figea.
« Oui ma belle ... ce n'est que moi ... » dit-il en esquissant un sourire timide.
Amadouer un félin, qui plus est de cette taille, n'avait rien de rassurant ou de facile, surtout avec deux nourrissons terrorisés qui hurlaient à en fendre les tympans. Il déposa les deux enfants sur le sol froid et leurs pleurs redoublèrent. La lionne fit un bond en avant, et Genesis se vit perdu. Au lieu de cela, elle se coucha rapidement sur le sol et se lova contre les deux bébés. Entreprenant leur toilettage avec une douceur ahurissante. Ils se collèrent dans la fourrure douce et chaude qui leur était offerte, enserrant le pelage d'onyx entre leurs minuscules doigts, ils s'arrimèrent à leur mère de toutes leurs forces. Ce fut le petit rouquin qui trouva le premier une mamelle pleine de lait, et Genesis, regardant la scène, ne put s'empêcher de dire avec un sourire orgueilleux :
«Hé ! Ça ne m'étonne pas, aussi doué que son père ! »
Syla émit un drôle de son entre un grognement et ce qui pouvait s'apparenter à un rire. Elle se plaça sur le flanc, lovée dans une position qui la faisait ressembler à un énorme pneu, puis ses yeux d'or fixèrent Genesis intensément. Le sourire de l'ex Première Classe s'effaça et il soupira :
« Et maintenant Syla ? ... Combien de temps vas-tu rester ainsi ? As-tu seulement conscience de ce qu'il se passe actuellement ... ? »
Il se coucha sur le sol froid et dur, et à plat ventre, il posa son menton sur ses avant-bras, qu'il croisa sous sa mâchoire, fixant Syla qui sombrait au ralenti dans un profond sommeil. C'est alors qu'il fit attention à un détail, la Materia Primale n'était plus là. Il fit une grimace perplexe, trouvant cela très fâcheux, se demandant si l'absence de cette pierre causerait une transformation irréversible.
Il mit plusieurs jours à pouvoir approcher le grand félin sans danger. Il eut alors tout le loisir de prendre son fils dans ses bras, et son bonheur d'être père transperça son âme, finissant de parfaire les transformations que Minerva avait commencé sur lui. A présent, jamais plus il ne lui viendrait à l'idée d'étendre le mal ou une quelconque vengeance, il voulait un monde dénué de tout cela pour son héritier. Après deux semaines, ils sortirent des entrailles de la terre, et quittèrent Banora. Syla le suivait d'un pas silencieux, tout comme sa voix qui ne semblait plus vouloir revenir. Le soleil radieux d'un matin d'été accueillit leur liberté nouvelle, et Genesis, prodiguant à Syla un regard chargé de tendresse, ne put que souffrir de cette situation. Elle n'avait même plus les comportements qu'elle avait eu au Village Glaçon, elle ne semblait plus être que cet immense animal fabuleux. Il lui caressa le sommet du crâne, et prenant les deux enfants dans ses bras il dit :
« Trouvons un endroit plus adéquat pour les élever Syla ... ensuite ... nous verrons... »
Leurs silhouettes disparurent dans les vastes étendues d'herbes qui avaient recouvert les cicatrices du temps. Banora avait été détruite sous les ordres de la ShinRa, à présent la nature avait repris ses droits. Genesis passa près d'un pommier, et il s'aperçut que les pommesottes n'avaient pas disparu. Cela lui colla un sourire nostalgique sur les lèvres, il en prit une au passage, emboîtant le pas de Syla qui dans son silence, avait l'air de savoir où ils devaient aller.
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Et voilà Jenova n'est plus, je veux dire réellement, dans la façon dont je voyais les choses.
J'avais imaginé qu'à l'instar de toutes vies sur Gaïa, son essence avait trouvé le moyen d'intégrer, et de ce fait, parasiter le Lifestream. Ce qui est plus ou moins mis en avant dans "Advent Children". Mais les histoires de FF7, dans les faits, ne faisaient que combattre la partie visible. J'ai donc imaginé un personnage capable de se battre dans les deux mondes. De voyager entre eux, en intégrant les lions du Canyon, que je trouve bien peu exploités.
Dans FF7; le premier volet; Hojo explique qu'il voulait se servir d'Aerith et Nanaki pour certaines expériences. Je suis allée plus loin en imaginant la Chimère, et que ces emprisonnements découlaient d'une "expérience ratée" qu'il voulait terminer et mener à bien. Syla est alors née dans mon imaginaire. Elle devait avoir un lien avec les 3 premières classes. Un lien qui ne s'explique pas de prime abord. Qui laisse perplexe le lecteur. Où la seule preuve de son existence est un parfum particulier qui éveille tout en elle. Ses éveils trouvant forcément écho chez les trois autres, vu qu'ils partagent, en un sens, la même destinée et quelques cellules. Ces destins étaient dès-lors liés par un fil conducteur, scientifique même devrai-je dire ^^, qui s'inscrit dans une logique des plus basique : Chasseur et Proie. Le nom de ma OC était un indice bien évidemment. Bien que les rapprochements semblent rapides et peut-être risibles dès le début, ils ne sont en fait que l'expression d'instincts qui échappent totalement aux protagonistes. Inconscient et conscient brouillant leur raisonnement, et je ne parle même pas des sentiments qui en découlent. J'espère que cette partie est bien comprise au fur et à mesure de la lecture. La trame étant simple, je pense avoir tout dit.
Bien évidemment si il y a des questions n'hésitez pas à me MP.
Il y aura un épilogue.
Vous verrez si les personnages ont été bénis par Gaïa ou non.
Tout est possible ...
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