Merci pour vos retours chaleureux du premier chapitre ! J'espère que le second vous plaira aussi.

Bonne lecture !

Yume u_u


Chapitre 2 :

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Deux semaines après que Ron eut découvert la vérité et l'eut réconforté, arrivèrent les élèves des autres écoles pour le Tournoi des Trois Sorciers.

L'événement, tant attendu, fut accompagné d'une grande surprise : la Coupe des Trois Sorciers désigna Harry comme quatrième compétiteur.

Colin avait alors eu la mauvaise idée (bien qu'il estimât avoir raison de le faire) de le défendre publiquement. Des Poufsouffle, soutenant Cédric Diggory, n'avaient pas du tout apprécié qu'il se mette du côté du « tricheur ».

Ce fut la première fois que Colin prit réellement des coups.

Plus que la douleur, ce fut le choc de se faire battre qui marqua le plus le Gryffondor. Recevoir des coups de poings et de pieds sur tout le corps, avoir mal et peur, ne pas savoir quoi faire pour se défendre... Ce fut horrible et effrayant, et même quand il fut seul à nouveau, il ne réussit pas à bouger tout de suite, traumatisé par ce qu'il venait de se passer.

Il lui fallut un moment avant de réussir à avoir le courage de se lever, de rajuster sa robe de sorcier et de rentrer à la tour Gryffondor.

Il y avait de l'agitation, comme toujours, et personne ne le regardait. Ils étaient bien trop occupés à faire la fête en l'honneur de Harry pour avoir réussi à éviter le règlement de manière encore plus marquée que ce dont il avait l'habitude. Pour Colin, c'était inconcevable que Harry ait choisi de devenir champion de lui-même, il suffisait de voir à quel point il semblait déprimé ou énervé dès que la conversation prenait cette allure, ce qui était hélas sûrement le cas en continu ce soir-là.

Quoi qu'il en soit, les élèves ne lui prêtaient pas d'attention, et Colin avait presque atteint les escaliers menant à son dortoir quand une main s'abattit sur son épaule, le faisant sursauter.

- Colin, d'où viennent ces blessures ?

C'était Hermione Granger.

- De nulle part, répondit-il aussitôt en sentant ses joues rougir sous le mensonge.

- Oh, vraiment ? fit-elle avec du sarcasme dans la voix.

- Eh bien...

- Si tu ne veux pas en parler, très bien, mais on va faire soigner ça. Je t'accompagne à l'infirmerie.

- Je ne suis pas sûr que...

- Pas de discussion, viens avec moi.

Elle lui prit la main d'autorité et lui fit faire machine arrière, le traînant jusqu'à la sortie. Une fois dans les couloirs, elle le relâcha mais il continua à marcher à ses côtés, tête basse, honteux. Il n'était pas fier d'avoir été surpris dans cet état, il aurait préféré rester discret pour ça.

- Tu n'es pas obligé de me dire ce qu'il s'est passé, dit-elle d'une voix douce. Mais si tu veux te confier, ou si tu as besoin d'aide, tu ne dois pas hésiter à nous le dire. Ron nous a dit que tu avais des problèmes. Avec Harry, tu peux venir nous voir n'importe quand.

- Non, je... Je n'oserai jamais...

Elle lui sourit doucement.

- Je sais que tu aimes beaucoup Harry, mais c'est un garçon comme les autres. Il n'est pas inaccessible, au contraire. Il est généreux et sera à l'écoute si tu vas vers lui.

Colin ne répondit pas. Pour lui, cela semblait totalement impossible d'aller déranger Harry pour lui raconter ses problèmes. Harry était son idole après tout, il préférait l'aimer de loin plutôt que de l'impliquer dans des problèmes où Colin s'était mis tout seul.

Ils arrivaient à l'infirmerie quand Hermione reprit la parole :

- Je te le dis une dernière fois, tu ne dois pas hésiter à venir nous voir. Tous les trois.

Elle attendit qu'il hoche la tête avant de le laisser entrer dans l'infirmerie.

Il se fit soigner, évita les questions de madame Pomfresh et ne tarda pas à sortir pour rentrer rapidement à la tour Gryffondor. Il faillit croiser Rusard sur le chemin, comme le couvre-feu était passé et que Pomfresh n'avait pas pensé à lui faire un mot d'excuse (elle était plutôt habituée à garder les élèves pour la nuit d'ordinaire). Finalement, il réussit à échapper à son regard, et arriva en un seul morceau à la salle commune.

Une fois encore, personne ne semblait faire attention à lui, et ce n'est qu'après avoir entamé la montée des escaliers menant aux dortoirs qu'il croisa le regard de Hermione, fixé sur lui. Il lui fit un signe de la main pour la rassurer, et c'est quand elle lui répondit qu'il remarqua qu'elle était accompagnée de Harry. Les yeux d'émeraude que Colin avait tant de fois contemplés le firent rougir, et il se dépêcha de disparaître de sa vue.

Ce soir-là, dans son lit, beaucoup de choses se passèrent dans sa tête, et son adoration pour Harry se mélangea avec les suppositions de ses harceleurs. Il s'imagina séduire Harry, ou plus vraisemblablement être séduit par Harry. Il s'imagina amoureux et en couple avec lui... Même quand il essaya de penser à autre chose, le souvenir des yeux concernés de Harry, dans la salle commune, le ramenait au même point.

L'expression « manger du lion » qu'avaient utilisé les Serpentard lui revint en tête et il rougit affreusement en sentant de l'excitation venir se loger dans ses reins.

Il avait honte, si honte...

Harry ne méritait pas d'avoir quelqu'un comme lui dans son entourage. Quoi que dise Hermione, Colin n'irait plus voir Harry tant qu'il continuerait à penser à lui de cette manière.

Cette nuit-là, il pleura un peu, en silence pour ne pas que ses camarades de dortoir le remarquent, regrettant de ne pouvoir mettre de la musique dans la salle de bain.

Le lendemain, ainsi que tous les jours qui suivirent, Colin encaissa les insultes, les bousculades et parfois même les coups, sans rien dire mais en rendant la violence autant qu'il le pouvait malgré sa faiblesse. Il resta loin de Harry, déterminé à faire de son mieux pour oublier ses envies étranges, et rangea son appareil photo qu'il ne sortit que lors de la première épreuve, pour immortaliser ses actions incroyables.

Ce fut l'année où il prit le moins de photos de son idole depuis qu'il était entré dans le monde sorcier, ainsi que celle où il se sentit le plus seul.

Malgré la présence de son frère à l'école, il ne le voyait quasiment pas. Il n'avait pas vraiment d'ami dans son année, et même dans les autres... En fait, les seuls contacts qu'il avait étaient avec les professeurs pendant les cours, et avec ses harceleurs durant la quasi-totalité de la journée.

C'était assez dur à supporter, si bien qu'un jour, il finit par craquer et reprendre son appareil photo. Il avait vu Harry sortir avec son balai, il allait probablement aller voler un peu pour se détendre : Colin savait que Harry aimait beaucoup le faire quand il était trop stressé. Harry avait toujours l'air incroyable quand il était dans les airs. C'est comme s'il se libérait d'un poids énorme et qu'il pouvait alors enlacer le vent.

Colin ne voulait pas manquer cela, pas aujourd'hui en tout cas. Mais avant d'atteindre le lac que son idole survolait, un groupe de cinq Serdaigle de septième année remarqua sa présence et l'intercepta. Sur chacune de leurs robes de sorciers était accroché le badge soutenant Cédric puis rabaissant Harry à tour de rôle.

- Hé, la mouche ! Encore en train de traîner dans les pattes du tricheur ?

- C'est pas un tricheur, répondit-il en fronçant les sourcils. Il a toujours dit qu'il n'avait pas triché !

- Il n'y a que les mouches à merde dans ton genre qui croient à ce genre de déclarations stupides, répondit un des plus grands et des plus costauds en lui chopant le col sans douceur.

Colin se débattit pour se dégager de sa poigne mais sa robe se déchira bien avant qu'il réussisse à le faire lâcher. Il essaya ensuite d'attraper sa baguette, même s'il ne connaissait pas le moindre sort qui puisse suffire face à des septième année, mais un autre Serdaigle comprit son intention et lui attrapa méchamment le bras avant de prendre lui-même sa baguette.

- Tu comptais faire quoi avec ça, au juste ? Nous lancer des papillons ?

Colin fut violemment jeté au sol et son appareil photo passa au-dessus de sa tête et s'écrasa un peu plus loin derrière lui. Il voulut aller le chercher mais dès qu'il se retourna, un sort s'écrasa dans son dos et il se mit à trembler violemment alors qu'un froid glacial envahissait chaque partie de son corps.

- Tu ne sers vraiment à rien d'autre qu'à emmerder le monde !

Les insultes continuèrent de retentir mais il n'y prenait plus garde : son précieux appareil photo s'était abîmé en tombant, et malgré les soubresauts qui agitaient son corps, c'était tout ce qui lui importait. Il mit ses mains autour de l'objet sans oser le prendre, tant il craignait que ses tremblements n'aggravent la fissure sur l'objectif.

Comme il ne réagissait pas à leurs attaques verbales, les Serdaigle finirent par s'énerver et voulurent lui lancer un autre sort. Mais avant qu'ils ne finissent leur formule, quelqu'un cria :

- Expelliarmus !

Colin tourna la tête à temps pour voir les cinq garçons être expulsés en arrière tandis que leurs baguettes s'envolaient. Aussitôt, le sort le faisant trembler disparut.

Harry attrapa toutes les baguettes dans les airs puis il se posta entre Colin et ses agresseurs.

- Regardez qui voilà, s'exclama un des Serdaigle en se remettant debout. Le tricheur qui vient défendre sa mouche.

- Vous devriez partir maintenant.

- Ou sinon quoi ?

- Ou sinon c'est moi qui jette un sort. Et sans baguette, vous allez avoir du mal à vous en défendre.

Les Serdaigle s'agitèrent mais ne paraissaient plus menaçants.

- Je donnerais vos baguettes au professeur Flitwick ce soir. Maintenant, si vous ne voulez pas de problèmes, barrez-vous !

Finalement, ils n'insistèrent pas plus et les contournèrent avant de partir vers le château, abandonnant la baguette de Colin sur le sol. Mais le plus jeune n'alla pas vers elle, préférant prendre son appareil qu'il serra contre lui.

Harry lui mit une main sur l'épaule, ce qui le fit sursauter et tourner vers lui.

- Tout va bien ?

- Oui je... Je suis habitué, à force.

- Ça t'arrive souvent ?

Colin haussa les épaules, sans réussir à lui avouer.

Harry s'accroupit à côté de lui et lui saisit délicatement le menton pour le tourner vers lui.

- Ça te fait mal ? lui demanda-t-il.

- De quoi ?

- Ta pommette, elle est coupée.

Colin porta sa main à sa joue et effectivement, il y avait un peu de sang. Il n'avait même pas remarqué qu'il s'était blessé.

- Lève-toi, lui conseilla Harry en le soutenant par le bras. On va aller à l'infirmerie.

- C'est une toute petite blessure, protesta Colin qui était très gêné de se montrer dans cet état face à Harry.

- Peut-être, mais je ne connais pas de sort de soin. Alors à part si tu veux te retrouver avec de la morve bleue sur tout le visage ou quelque chose dans le même genre, c'est plus prudent d'aller voir Pomfresh.

Sans réussir à lui refuser cela, Colin le suivit jusqu'au château.

Tout le long du chemin, Harry avait laissé sa main dans le creux du coude de Colin pour le tirer derrière lui. C'est donc rouge et embarrassé qu'ils entrèrent dans l'infirmerie où deux simples coups de baguette suffirent à soigner les blessures, tout du moins les physiques, du troisième année.

Mais au moment de repartir, Colin refusa de suivre Harry.

- Qu'est-ce qu'il te prend ? s'étonna le champion en le voyant s'arrêter.

- Tu ne devrais pas te montrer à mes côtés, ça pourrait être mauvais pour toi.

- Comment ça, « mauvais » ?

- Eh bien, hésita Colin. Il y aurait des rumeurs qui circuleraient sur toi...

- Comme celle où je suis un tricheur ? lui demanda Harry en souriant. Ou peut-être celle où un évadé de prison veut ma mort ? Tu préfères peut-être comparer ça à celle où je suis l'héritier de Serpentard ?

Colin ouvrit la bouche sans savoir quoi répondre à cela. Mais déjà, Harry revenait vers lui pour lui prendre la main tandis qu'il continuait :

- Les rumeurs, c'est jamais sympa, et parfois les autres élèves sont vraiment stupides. Mais ne te restreins pas à cause de cela.

- C'est plus facile à dire...

- ... qu'à faire, c'est vrai, concéda Harry sans lui lâcher la main. Mais quand on n'est pas tout seul, je te jure qu'on y arrive.

Ça voulait dire qu'il voulait le soutenir, malgré tout ? Que ça ne le gênait pas de traîner avec la mouche à merde, que l'on accusait de vouloir coucher avec lui et tout un tas d'autres choses aussi dégoûtantes ?

De toute évidence non, car Harry le tint par la main jusqu'à la salle commune. Beaucoup de conversations se turent en les voyant arriver ensemble, comme ça, mais Harry garda la tête haute jusqu'à atteindre le coin devant le feu où ses amis étaient déjà présents. Hermione le salua comme s'il était tout à fait normal qu'il soit là et Ron proposa un Chocogrenouille à Colin sans prêter attention à leurs mains.

Harry le relâcha d'ailleurs à ce moment-là, mais l'assit de force sur le canapé avant de s'installer à côté de lui.

Ron commença alors à raconter les dernières nouvelles de son équipe de Quidditch favorite, tandis que Hermione s'adressait plutôt à Colin pour lui faire la conversation même s'il était si crispé qu'il avait beaucoup de mal à s'y intéresser, craignant la réaction des autres.

Les discussions reprirent peu à peu dans la salle commune, et finalement plus personne ne leur prêta attention. Et au bout d'un moment, Colin le leur rendit, se sentant intégré dans un groupe pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité.

Et contre son bras, celui de Harry le réchauffait doucement.

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