Chapitre 3 :

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Les jours puis les semaines passèrent ainsi, Colin passait la quasi-totalité de ses pauses en compagnie du trio d'or, et plus Harry gagnait en popularité grâce à ses victoires aux épreuves, moins les harceleurs de Colin venaient lui chercher des problèmes.

Bien sûr, il y en avait toujours, les Serpentard surtout, mais même eux se faisaient moins violents, cherchant à limiter les humiliations publiques. La rumeur selon laquelle Harry avait désarmé les Serdaigle de septième année qui ennuyaient Colin s'était répandue dans toute l'école, se déformant au point que tout le monde pensait à présent que Harry avait affronté en duel non pas cinq mais quinze septième année et qu'il avait utilisé des sorts aussi puissants que ceux de Dumbledore. Ces bruits de couloirs devaient probablement jouer dans le relâchement des harceleurs, Colin pouvait comprendre que la peur des représailles s'installe, dans ces conditions.

Colin s'intégrait peu à peu dans le groupe du trio d'or, même s'il était plus jeune et qu'il n'avait pas affronté les mêmes épreuves (il en découvrit d'ailleurs de nouvelles dont même lui, le plus grand fan de Harry Potter, n'avait jamais entendu parler avant). Ron prenait soin de lui, Hermione était toujours de bon conseil et Harry...

Harry le regardait.

C'était peut-être quelque chose de banal, mais depuis toujours Colin avait seulement l'impression de l'ennuyer quand il lui disait bonjour ou qu'il lui adressait la parole. Comme s'il n'était qu'un fan parmi d'autres, qui ne méritait pas beaucoup plus d'attention. Mais maintenant, Harry le regardait pour de vrai, il ne le voyait plus comme un parmi d'autres, mais vraiment comme Colin, le garçon qui se faisait harceler et qui aimait les photos.

Parce que Harry aimait les photos, lui aussi. Oh, il n'appréciait toujours pas être pris en photo, ni regarder celles où il figurait. Mais il n'hésitait jamais à passer un moment avec Colin à observer les paysages et les natures mortes que prenait parfois le plus jeune.

- Tu as un vrai talent pour ça, lui avait dit Harry, un jour. Tes photos sont belles et... je ne sais pas, je trouve qu'elles dégagent quelque chose.

Colin avait été ému, et la nuit qui avait suivi, il avait rêvé de Harry.

Cela n'avait rien d'un rêve érotique, attention ! Harry était simplement là, dans les paysages ou devant les natures mortes des photos, souriant à Colin et lui disant : « Tu es beau, tu dégages quelque chose. » Sans qu'il dise je t'aime à voix haute, mais tout son rêve dégageait cette impression.

Quand il se réveilla, Colin ne se sentait pas honteux, ni coupable. Il souriait, il était serein... Heureux, même.

Bien entendu, cela ne dura pas.

Colin n'était certainement pas le seul à beaucoup aimer Harry. Parmi les grands « fans », il y avait aussi Ginny Weasley, et elle, Colin devait désormais s'en méfier plus que de tous les harceleurs.

Contrairement à lui, Ginny n'avait pas attendu de rencontrer Harry Potter pour l'aimer, pour espérer sortir un jour avec lui. Elle entendait son histoire depuis qu'elle était bébé et en était amoureuse depuis toujours. Alors, pour elle, ce n'était pas un petit né-Moldu qui allait lui voler sa place, ça non.

Il y avait une chose que Ginny Weasley avait et que ses harceleurs habituels ne possédaient pas : une très bonne réputation. On ne remettait pas en doute ses paroles, puisque tout le monde savait que c'était une personne honnête. C'était une Weasley après tout, sa famille était du côté de la lumière, du Bien. En plus, son frère était l'ami du Survivant, son meilleur ami, même. Pourquoi aurait-on pensé qu'elle mentait ?

Ainsi, des rumeurs bien plus dérangeantes que celles qui le suivaient jusqu'alors commencèrent à courir sur son compte, lancées d'une voix discrète par Ginny Weasley qui ne manquait jamais de dire « mais ne le répète pas » pour faire semblant qu'elle ne voulait pas lui causer de problème, en sachant pertinemment que tout se répétait toujours à Poudlard.

L'insulter de mouche à merde était une chose, de désirer Harry aussi... Mais de conspirer pour lui causer délibérément des problèmes, ça, c'était autre chose.

Parce que désormais, les gens arrêtaient de croire que Harry avait triché... Persuadés que c'était Colin qui avait demandé à un élève plus âgé de mettre le nom de Harry dans la coupe, afin de le voir dans une posture « héroïque » dont il pourrait prendre des photos.

Colin ne s'en rendit pas compte, au début. Les brimades avaient repris, mais elles n'avais jamais tout à fait cessé alors Colin n'y avait pas particulièrement prêté attention.

Jusqu'à ce que Dean Thomas, un camarade de classe de Harry, vienne l'accoster dans un couloir pour l'accuser ouvertement d'avoir délibérément mis Harry en danger pour son « obsession de malade », et qu'il causait des problèmes à tout le monde en collant les membres du trio d'or.

- Tu devrais les laisser tranquilles, le menaça-t-il en lui attrapant le col de sa robe. Ils sont mieux en restant tous les trois ensemble, ils n'ont pas besoin d'un parasite qui vienne les mettre plus en danger qu'ils ne le sont déjà quotidiennement.

Colin, puisant son courage il ne savait où, se dégagea de sa poigne et lui demanda :

- C'est Ginny qui t'a dit cela ? C'est elle qui répand ces rumeurs absurdes sur moi et Harry, pas vrai ? Juste parce qu'elle est jalouse de moi !

- Je t'interdit de parler d'elle comme ça !

- Alors dis-lui d'arrêter de me casser du sucre sur le dos, répondit agressivement Colin. Si elle a quelque chose à me dire, qu'elle vienne me voir en face plutôt qu'envoyer son copain en première ligne et en restant derrière ! Ce n'est pas un comportement digne d'une Gryff...

Il ne put finir sa phrase quand le poing de Dean s'écrasa sur son visage, le faisant reculer d'un pas. Il porta ses mains à son visage et, quand il les retira, constata qu'il y avait du sang dessus.

- Je t'ai dit de ne pas parler de Ginny. Et d'arrêter de traîner avec Harry et sa bande, c'est clair ?

Ça pour être clair, c'était clair. Mais Colin n'avait plus l'intention de se laisser faire, de se laisser défendre encore par Harry, Hermione ou Ron. Cela suffisait, il en avait marre !

Alors il se jeta sur Dean et lui donna un coup de poing de toutes ses forces.

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Il avait fallu que MacGonagall les sépare pour qu'ils arrêtent de se battre. Elle leur avait enlevé dix points chacun et ils avaient eu une retenue, le samedi suivant, avec Rusard.

Quand Ron, Hermione et Harry avaient appris la nouvelle, ils étaient venu le voir à l'infirmerie, où madame Pomfresh lui donnait une potion contre les bleus. Dès qu'il fut assuré que ni Dean ni l'infirmière ne pouvaient l'entendre, Ron se pencha vers Colin et lui dit :

- T'as bien fait de lui rendre ses coups. Depuis quelques temps, je trouve que c'est un sacré con, ce type.

- Tu dis ça parce qu'il sort avec ta sœur, ou parce que tu le penses vraiment ? demanda Colin en jetant le mouchoir imbibé de sang à la poubelle.

Il savait que Ron était surprotecteur avec Ginny. C'était d'ailleurs aussi pour cela qu'il ne lui avait pas parlé de ce qu'elle faisait contre lui. Il ne tenait pas à se mettre le garçon, et peut-être même aussi Harry et Hermione, à dos.

- Qu'est-ce que ça peut faire ? répondit Ron en haussant les épaules, un petit sourire aux lèvres. Je suis content que tu lui aies mis un pain, c'est tout.

- Tu ne devrais pas l'inciter à la violence, dit Hermione en croisant les bras sur sa poitrine.

- Rendre des coups, on a le droit, protesta Ron.

- Hermione, rajouta Harry avec un sourire mutin, tu as mis un coup de poing à Malfoy l'année dernière, alors qu'il ne t'avait pas agressée physiquement. Tu es mal placée pour le critiquer, non ?

Elle lui donna un petit coup dans l'épaule en grognant pour la forme, et Harry rit en retour. C'était un petit rire, complice, agréable. Colin avait l'impression qu'il pourrait rougir et sourire éternellement rien qu'en entendant ce rire. Il se dit que ce serait dommage que ce soit Ginny et non pas lui qui puisse écouter Harry. Vraiment dommage...

- Allez, arrêtons de traîner là. Harry a une épreuve à préparer.

Le brun soupira aussitôt en levant les yeux au ciel en entendant Hermione dire cela.

Il fallait dire qu'il n'était absolument pas pressé de passer la dernière épreuve, sur laquelle il n'avait cette fois pas la moindre indication, contrairement aux deux premières où il savait, au moins vaguement, ce qui l'attendait. Il avait confié à Colin ses craintes à ce sujet, mais le troisième année n'avait pu, hélas, lui être du moindre secours. Contrairement à Hermione, il n'avait pas de connaissances magiques à enseigner à Harry et contrairement à Ron, Colin ne savait pas élaborer des stratégies. La spécialité de Colin était de prendre des photos... Et il doutait que ce soit utile face à une créature magique enragée ou que cela lui permettrait de survivre à quoi que ce soit qu'on mettrait face à lui durant l'épreuve.

C'est pourtant la seule chose qu'il put lui confier quand le jour J arriva : son appareil et la promesse d'immortaliser toutes les choses incroyables qu'il allait affronter à l'intérieur du labyrinthe. Après l'avoir réduit et allégé pour que Harry puisse le porter autour du cou sans qu'il n'en soit dérangé, Hermione l'avait ensorcelé pour qu'il résiste aussi aux chocs, à l'eau et aux sorts. Il y avait aussi des protections contre un tas d'autres risques moins probables, la jeune fille n'avait rien voulu laisser au hasard.

Harry, malgré le stress, le remercia chaudement, et Colin se sentit assez embarrassé quand Harry le prit dans ses bras pour une étreinte courte, mais puissante.

- Souhaitez-moi bonne chance, leur demanda-t-il.

- Tu vas assurer, lui affirma Ron en souriant.

- On t'attend là ! rajouta Colin. Et à ton retour, on fêtera la victoire.

Harry tenta de leur dire qu'il n'avait pas encore gagné, mais Hermione le poussa vers l'entrée du labyrinthe, lui rappelant que l'épreuve allait bientôt commencer.

C'est avec angoisse que Colin observa son ami entrer dans le labyrinthe, et avec encore plus d'anxiété qu'il attendit sa sortie. À plusieurs reprise, des étincelles rouges annoncèrent l'abandon d'un champion, et Colin s'agrippait aux bras de ses voisins jusqu'à voir que ce n'était pas Harry.

Et puis, plus rien. Ni d'éclairs au-dessus des haies, ni étincelles dans le ciel... Le temps passait, et c'était bien le seul. Tous étaient en attente de savoir qui, entre Harry et Diggory, allait sortir vainqueur...

Enfin, la coupe apparut en-dehors du labyrinthe, amenant les victorieux champions de Poudlard qui s'étalèrent sur le sol, ensemble.

Colin, comme les autres, bondit de sa chaise pour acclamer Harry à grands renforts de hurlements de joie et d'applaudissements... puis il s'immobilisa, horrifié, en se rendant compte que Diggory ne bougeait pas, et que Harry pleurait.

- Il est revenu ! hurla-t-il. Voldemort est revenu, c'est lui qui a tué Cédric !

On le sépara de force du Poufsouffle, et il se débattit plusieurs fois, comme s'il éprouvait un besoin presque physique de toucher le cadavre. Le père de Diggory se précipita vers eux en criant « c'est mon fils » et Harry pleurait toujours en s'éloignant contre son gré.

Colin n'entendit pas ce qu'il se dit ensuite entre les personnes présentes en bas, mais il vit Harry donner l'appareil photo à Dumbledore, avant que le professeur Maugrey ne l'entraîne à l'écart de la foule.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il aux deux Gryffondor à ses côtés. Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

Ils ne répondirent pas. Ron avait une mine sombre, et Hermione semblait aussi inquiète que lui.

À l'aide d'un Sonorus, les juges ordonnèrent à tout le monde de rester sur leurs sièges et de conserver leur calme, tandis que le corps de Cédric était recouvert d'un drap et sortait du terrain en lévitant, suivi par deux professeurs et son père.

Malgré la demande des professeurs, Hermione voulut quitter les gradins, mais la foule était si dense qu'ils ne purent rien faire, contraints à rester sur place jusqu'à ce que, enfin, on les autorise à quitter « dans le calme » leur place.

Mais alors qu'ils se dirigeaient vers l'infirmerie, un professeur appela Colin pour qu'il rejoigne Dumbledore. Laissant ses amis derrière lui, Colin rejoignit le directeur, qui tenait l'appareil photo entre ses mains.

- Est-ce que cet appareil est à vous, monsieur Crivey ?

- Oui, je l'ai prêté à Harry, répondit le garçon.

- Est-ce qu'il a été ensorcelé pour modifier les photographies ?

- Non, monsieur. Hermione Granger l'a ensorcelé pour résister aux chocs, aux sorts et à plusieurs autres risques comme ça, mais les photos sont authentiques.

Le professeur hocha la tête, l'air concentré, puis lui annonça que le ministère allait probablement garder l'appareil un moment. Colin donna son accord, même s'il devinait qu'on ne lui laissait pas vraiment le choix, puis le professeur l'autorisa à rejoindre ses amis.

- Est-ce que je peux voir Harry ? demanda-t-il avant de lui obéir.

Le regardant par-dessus ses lunettes en demi-lune, le directeur l'informa qu'il était à l'infirmerie pour le moment, et qu'il ne pouvait pas encore le voir, tant que Harry ne s'était pas entretenu avec « quelques personnes » avant.

Colin hocha tristement la tête, toujours aussi inquiet, et fit demi-tour pour rejoindre la tour Gryffondor où Ron et Hermione l'attendaient sûrement.

Effectivement, le duo était déjà là et se jeta presque sur Colin quand ce dernier entra dans la salle commune, lui demandant ce que Dumbledore lui voulait et s'il avait des nouvelles de Harry.

- Il m'a demandé si l'appareil photo était ensorcelé pour modifier les photos, mais je n'ai pas eu le droit de voir Harry. Il était à l'infirmerie, et je crois que les gens du Ministère voulaient le voir en premier avant d'autoriser les visites.

Hermione fronça les sourcils.

- Pourquoi s'interroger sur les photos ? se demanda-t-elle à voix haute. Harry a dû voir quelque chose, là-bas, qu'il n'aurait pas dû...

- Quand il est apparu, il a dit « Voldemort est revenu », rappela Ron. Vous croyez qu'il l'a encore affronté ?

Ils s'échangèrent tous trois un regard inquiet, mais n'eurent pas plus d'informations. Ils passèrent donc leur soirée à tenter de ne prêter aucune attention aux rumeurs toutes plus horribles les unes que les autres, et leur nuit dans la salle commune, fixant le feu et somnolant en attendant des nouvelles qui ne vinrent pas.

Ce ne fut qu'une fois le matin venu, dans la Grande Salle, qu'ils eurent quelques informations officielles de la bouche de Dumbledore.

Comme tout le monde le craignait, Cédric Diggory était bel et bien mort dans le labyrinthe, même si l'on ne savait pas encore comment, et Harry était à l'infirmerie à la suite d'importantes blessures dues à des sorts. Lorsque Dumbledore annonça que Poudlard avait gagné la Coupe des Trois Sorciers, les seuls applaudissements furent moroses et peu enthousiastes.

Heureusement, les trois amis furent autorisés à visiter Harry à l'infirmerie cette fois, et ils s'y précipitèrent sans plus tarder.

Harry était conscient, et les accueillit par un sourire un peu forcé. Avant que l'un d'entre eux puisse prendre la parole, le Survivant s'adressa à Colin et lui dit :

- Je suis désolé, mais ils ont confisqué ton appareil photo.

L'entendre parler ainsi, après l'avoir imaginé mille fois aux portes de la mort, rendit Colin fou de soulagement. Toute la peur et l'inquiétude de Colin éclatèrent alors et, fondant en larmes, il se jeta dans les bras de Harry pour le serrer contre lui.

Après un instant de surprise, Harry referma un bras autour de ses épaules et tapota sa tête de sa main libre, lui assurant :

- Ne pleure pas comme ça juste pour ton appareil. Je t'en achèterai un autre, promis.

Colin savait bien que Harry n'avait pas de doute quant à la raison de ses pleurs, et le voir plaisanter ainsi lui arracha un rire nerveux.

Il se détacha un peu de Harry, laissant ses deux autres amis s'approcher à leur tour.

Ron lui mit alors une main sur l'épaule et, avec un sourire taquin, lui assura :

- Ne t'inquiète pas, au bout de la deuxième ou troisième fois où Harry se retrouvera à l'infirmerie, tu t'habitueras à ce qu'il frôle la mort.

Colin fit semblant de le croire.

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