Quatorzième Chapitre
Retour en arrière
Goute… Goute… Goute…
James ne voulait pas rentrer à la maison.
Goute… Goute… Goute…
Il pleuvait dehors. Il faisait froid.
Un vent glacé vint l'étreindre. Il trembla de tous ses membres et enfonça ses petites mains dans les poches de son blouson rouge. Il était assis sous un arbre, ses pieds baignant dans de la boue. Il aurait été mieux à la maison, sous une couverture, un verre de lait chaud à la main. C'est si bon d'être à l'intérieur, de ne pas subir les humeurs d'un hiver peu clément.
Mais malgré tout cela, James ne voulait pas rentrer à la maison.
Goute… Goute… Goute…
Il retira ses lunettes embuées pour, de nouveau, essuyer ses larmes.
Il savait qu'un garçon, ça ne pleurait pas, pourtant il ne pouvait s'en empêcher. Les sanglots lui montaient à la gorge comme la lave monte dans un volcan, et il ne pouvait les contenir, même en essayant de toutes ses forces. Il aurait voulu être une fille pour pouvoir pleurer sans être frappé en châtiment, mais en même temps, il ne voulait pas en devenir une. Il avait l'impression que s'il était une fille, ce qu'il était en train de vivre serait pire.
Soudain, devant ses yeux, tout vira au rouge.
Goute… Goute… Goute…
La pluie est infinie.
La douleur aussi.
…
L'emploi du temps de Drago Malfoy était méticuleusement étudié. Ses parents lui imposaient une pléthore d'activités plus ou moins intéressantes pour le cultiver et en faire un futur homme du Monde. Ainsi, il était un habitué des opéras, des restaurants gastronomiques, des salles de théâtre et de cinéma, des clubs d'échecs et d'équitation, et surtout des expositions.
Une fois par semaine, selon les saisons et les occasions, sa gouvernante l'emmenait faire le tour des musées de Londres. C'était une journée où l'on ne parlait que d'artistes et de stupides œuvres inintéressantes.
Malfoy trouvait que les arts visuels étaient les moins expressifs et les moins nobles de tous. Comment une image figée pouvait-elle renvoyer une émotion complexe ? La poésie, à la rigueur, avait ce pouvoir, la musique aussi. Mais le dessin ? N'abusons pas !
Les journées peinture étaient ainsi un supplice pour lui, et pas seulement à cause de cette aberration incompréhensible qu'on appelait art contemporain. Son père et sa mère avaient beau adorer cela, Drago n'y avait jamais eu aucun penchant. L'art contemporain était surtout, selon lui, une perte de temps abyssale que l'on ne pouvait se permettre que lorsqu'on avait vraiment du temps à perde. Quoiqu'en disent les amateurs d'art prétentieux qui écumaient les galeries pour étoffer leur collection d'investissements.
Car les gens fortunés ne s'intéressent pas à l'art tant par passion que par appât du gain. Acheter une œuvre est un investissement très intéressant, car c'est l'objet de spéculations par excellence. Posséder de l'art, c'est transformer le sentiment en argent.
Après avoir passé toute sa matinée et une bonne partie de son après-midi à écumer les expositions avec Mrs. Fleming, sa gouvernante, Drago put enfin faire une petite pause.
En effet, la galerie qu'ils devaient visiter en fin de journée était connue pour proposer une introduction à l'histoire de l'art pour les enfants, et il y avait été inscrit, bien malgré lui, pour une leçon. Drago comptait sur cette dernière activité pour pouvoir reposer ses pieds, et qui sait, faire un petit somme pendant le cours.
Ce n'était pas comme si c'était noté.
En rentrant dans la petite salle aménagée en classe, il fut légèrement étonné de réaliser que ce n'était pas aussi élégant que ce qu'il avait pensé. La petite classe était modeste, elle ne contenait que quelques tables pour les enfants, un tableau noir, de la peinture pas chère, et des affiches moralisatrices et trop colorées qui disaient : « Mangez les légumes, ils ne mordent pas ! », ou encore : « Faire du sport tous les jours, c'est bon pour les vieux jours ».
Drago trouva une fille de son âge assise au premier rang de cette classe. Il alla s'assoir à côté d'elle, lui qui n'aimait que les premières places, et constata qu'elle crayonnait furieusement sur la feuille d'un carnet.
Les autres participant au cours n'étaient toujours pas arrivés. Elle et lui étaient visiblement venus en avance. S'ennuyant, Drago jeta un regard pardessus l'épaule de la fille pour savoir ce qu'elle dessinait, et là, il vit un petit garçon blond, portant un uniforme bleu d'écolier, en train de tenir une baguette magique dans une main, et un grimoire dans l'autre. Le dessin était médiocre, mais assez reconnaissable.
- C'est Gabriel Delaunay ?
Elle sursauta sur place, faisant tomber son crayon de couleur par terre. Puis, elle se retourna en catastrophe pour savoir qui était cette personne qu'elle n'avait pas vue ou entendue venir. Drago remarqua son étonnement à sa vue. Ce n'était pas n'importe quel étonnement. Elle ne donnait pas l'impression de rencontrer un inconnu, mais de revoir une personne qu'elle connaissait déjà.
Drago balaya cette pensée rapidement. Seuls les versés en musique classique le connaissaient, et cette fille n'était pas assez vieille ou distinguée pour connaitre ce monde-là.
- Oui, c'est lui… répondit-elle, le souffle court.
Bientôt, il vit ses joues rosir et une étincelle s'allumer dans ses yeux bruns. Elle se leva et sans préparation, elle lui tendit une main assurée.
- Moi, c'est Martha ! Enchantée de faire ta connaissance ! dit-elle avec un grand sourire ravi.
Il croisa ses bras pour ne pas serrer sa main.
- Bonjour, Martha, répondit-il d'un ton détaché.
C'était son éducation qui voulait cela. Dans son milieu, les gens étaient plus polis quand ils se présentaient. Drago n'était pas habitué à toucher aussi facilement les inconnus, lui qui touchait assez peu les gens qu'il connaissait bien, d'ailleurs.
- Bonjour, alors tu es là pour le cours d'art aussi ? lui demanda-t-elle après un court silence de sa part.
Elle voulait visiblement alimenter la conversation.
- Malheureusement, oui… soupira-t-il en regardant le tableau sur lequel étaient épinglées des photos d'œuvres célèbres. Sinon, à part découvrir des futilités comme Raphael, vous faites quoi ?
Elle leva un sourcil.
- Alors, tu t'y connais, en art ?
Il étouffa un rire indigné.
- Oh oui bien sûr que je m'y connais ! Je me coltine cette aberration depuis toujours. Toutes les semaines, ma gouvernante m'emmène voir des exhibitions stupides.
- Wow ! Trop bien ! Moi aussi j'aimerais aller voir des expos, mais ma tata est toujours occupée. Que ça doit être bien, de voir autant de toiles toutes les semaines !
Ce fut à son tour d'hausser un sourcil.
- Pas tant que ça. C'est répétitif et ennuyeux. Les arts visuels sont, à mon humble avis, vraiment surfaits.
Elle sourit et pencha la tête sur le côté.
- Avis très tranché. Mais tu sais, je ne viens pas ici seulement pour découvrir de nouvelles œuvres d'art, je viens aussi parce que la maîtresse est gentille et que j'apprends plein de techniques pour améliorer mes dessins. C'est amusant de découvrir les vies des artistes, aussi.
Drago jeta un nouveau coup d'œil à son dessin et afficha un sourire moqueur.
- Améliorer tes dessins ? Mais il n'y a rien à améliorer, ils sont déjà parfaits ! plaisanta-t-il.
Il voulait la blesser en disant cela, mais quelle ne fut sa surprise quand, à la place de tomber, le visage de la petite fille s'illumina d'un large sourire et qu'elle se mit à glousser.
- Vraiment ! Oh merci, c'est trop gentil ! Je fais toujours de mon mieux, tu sais.
Il se dit en l'écoutant qu'elle n'était pas très futée, mais que sa candeur avait presque quelque chose d'adorable.
Il se sentit un peu mal de l'avoir insultée.
- Et sinon, lui demanda-t-elle avec un sourire espiègle, se dandinant sur place, toi aussi tu aimes Gabriel Delaunay ?
- Il n'y a que les gens sans goûts pour ne pas apprécier une aussi grande œuvre littéraire, dit-il, d'une manière qu'il espérait flegmatique.
On aurait en l'écoutant qu'il parlait d'un classique du XIXéme siécle, et pas d'une série littéraire pour enfants
- Je suis d'accord. Ma tante pense que c'est qu'une œuvre jeunesse sans profondeur, mais c'est faux. C'est une histoire très profonde sur le sens de la vie et la mort, l'accomplissement personnel, le mérite, de dépassement de soi, la justice, l'amitié… Et beaucoup d'autres trucs très profonds, tu vois.
Drago acquiesça, pensant finalement que malgré ses talents d'artiste limités, cette Martha était une personne distinguée, cultivée et éclairée.
- Je vois parfaitement. Il est bien de voir qu'il existe des gens qui considèrent ces livres comme plus qu'un divertissement. Tu lis les livres, j'espère ?
- Evidemment ! répliqua Martha. J'en suis au quatrième ! lui apprit-elle. J'aurais pu acquérir tous les tomes d'un coup, mais Tata Pam n'a pas voulu. Elle m'a dit qu'elle ne voulait pas acheter des livres que je risquais de ne pas toucher. Tu vois, je n'ai pas l'habitude de lire des livres sans images.
Il hocha la tête.
- C'est une décision raisonnable, approuva-t-il, répétant une phrase de son père. Moi, mes parents, ils m'ont acheté les cinq tomes d'un coup !
- Ils sont drôlement gentils, tes parents. Tata Pam est gentille aussi, mais elle a beaucoup de règles que je ne trouve pas justifiées. Ça fait des mois que je n'ai pas mangé mes céréales préférées, et ça, ce n'est vraiment pas sympa ! Même les professeurs de Durmstrang ne sont pas aussi stricts, tu ne penses pas ?
- Les professeurs de Durmstrang ne sont pas stricts, répliqua Drago sans sourciller. Je trouve qu'ils prennent beaucoup de décisions sensées et qu'ils sont un modèle à suivre pour tous les éducateurs.
- Tu aimes Durmstrang ? demanda Martha, l'air horrifié.
- Pas toi ?
- Mais Durmstrang, c'est les méchants ! Ils font du mal à tout le monde !
- Le mal, le bien… Tout ça, c'est des concepts flous et arbitraires. C'est Père qui le dit. Il n'y a que les benêts pour croire à ce genre d'inepties puériles.
- Ce que tu dis là, mais c'est la porte à toutes les dérives… Si on fait fi du bien et du mal, on en arrive à tellement de choses mauvaises !
- Mais je n'ai jamais dit que le bien et le mal n'existaient pas. J'ai juste souligné que la morale est loin d'être absolue et parfaite. Elle est relative. Penser que le bien et le mal sont si différents revients à simplifier grossièrement la nature. C'est plutôt ça, la porte à toutes les dérives…
- Mais il n'empêche que tous ceux qui vont à Durmstrang commettent des actes abjects.
- Tout dépend de là où on se place. Personnellement, je pense que ce qu'ils font n'est jamais foncièrement mauvais. Ils ont des ambitions, et ils se donnent les moyens de les atteindre. C'est tout. Peut-on les blâmer de vouloir réussir ?
Martha soupira et secoua la tête, peu convaincue.
- Je continue de croire qu'ils ne sont pas des exemples à prendre… Et puis, tu ne peux nier qu'il y'a des idéaux plus nobles que d'autres ? Et il est rarement glorieux de réussir en trichant.
- Tout est une question de point de vue, ici encore. Et toi, n'as-tu pas un rêve pour lequel tu serais prête à tout faire ?
- J'adorerais devenir une sirène, mais je commence à comprendre que ce n'est pas vraiment possible. Et toi, Drago, quel est ton rêve ?
Drago allait répondre directement quand il se retint de justesse.
- J'ai envie de … Ce serait formidable de devenir comme mon père, un homme d'affaires.
- Un homme d'affaires ? répéta Martha en haussant un sourcil. Intéressant… Mais c'est quoi, au juste, le monde des affaires ?
- C'est un domaine où on vend, achète, entreprend, construit… C'est ça, pour faire simple. C'est assez diversifié pour qu'on fasse ce qu'on veut et qu'on ne puisse jamais s'ennuyer. Ma famille fait des affaires depuis plusieurs générations, tu sais. Et toi, ta famille, elle fait quoi ?
- Mes parents sont égyptologues, répondit Martha.
- Alors tu veux devenir égyptologue, toi aussi ?
- Pourquoi pas … Je ne sais pas… hésita-t-elle. Je ne comprends pas pourquoi on doit toujours faire comme ses parents.
- Pour se prouver à eux ? Tu n'as pas envie qu'ils soient fiers de toi ?
- Oui, mais ils devraient être fiers de moi pour moi, et pas pour ce que je fais ou ne fais pas de ma vie. D'autant plus que je ne pense pas que ce sera à eux de travailler à ma place. On est toujours seuls sur le chemin qu'on choisit.
- Certes, certes… Mais beaucoup de gens n'ont pas le choix de ce qu'ils font. Il est naïf de penser que chacun est libre de choisir sa trajectoire. Par son milieu, ses fréquentations, ses besoins et obligations, on s'oriente vers un secteur ou un autre. C'est un luxe de ne faire que ce que l'on aime dans la vie.
- Mais c'est triste, et injuste, tu ne penses pas ?
- La vie est injuste, rétorqua Drago, répétant encore une fois les mots de son père.
- Pourquoi ?
- Père dit qu'on le comprend en grandissant. En attendant, il faut juste garder ça en tête.
- Mais si la vie n'était pas injuste et que tu avais droit à tout, Drago, est-ce que tu deviendrais un homme d'affaires ? N'y a-t-il pas autre chose qui t'appelle ?
Cette question le déstabilisa un peu. On ne la lui avait jamais posée. Depuis toujours, il était hors de question de considérer une voie contraire à celle que lui avait fixée sa famille. Au fond de son cœur, il exécrait le métier de son père, cette austérité, ces bureaux, ces chiffres et ces contrats. Il n'avait aucune passion pour l'argent, lui, tout ce qu'il voulait faire, c'était de…
- Je suis un grand pianiste, le savais-tu ? répliqua-t-il soudain à cette Martha, arrangeant sa posture pour paraitre plus confiant.
- Un grand pianiste ? fit-elle en comparant leurs tailles respectives. Mais on est à la même hauteur, toi et moi, et je ne suis pas particulièrement grande.
Elle le faisait exprès. Depuis le début, il l'avait soupçonné, mais maintenant, il était sûr du fait qu'elle se jouait de lui. Il voyait la malice danser derrière ses yeux bruns moqueurs. Elle voulait jouer.
- J'ai gagné autant de compétitions que Napoléon a gagné de batailles, l'informa-t-il. Et tel que tu me vois, je m'apprête à remporter la compétition internationale pour les pianistes juniors pour la troisième fois.
Et la dernière.
- C'est qui, Napoléon ? Mais non, ça n'a pas d'importances. Sinon, l'un de mes amis participe à la CIPJ aussi. Il s'est qualifié pour la deuxième étape, je crois.
Drago se demanda qui pouvait être l'ami de Martha, elle qui ne donnait pas l'impression de connaitre des gens importants. Mais si elle disait vrai, cet ami devait avoir un bon niveau… On verra à la seconde manche. Drago n'allait probablement jamais se confronter à lui.
- Ah, je suis très heureux pour lui. N'oublie pas de lui recommander les mouchoirs. La difficulté du concours se décuple à chaque manche.
- Quand tu auras affaire à lui, je n'oublierais pas de t'en apporter, répliqua-t-elle avec un sourire en coin.
Il rit sincèrement à cette boutade.
- Sans vouloir douter du talent de ton ami, Martha, je ne pense pas qu'il ira jusqu'à la finale nationale. Je représenterais le Royaume-Uni cette année, comme chaque fois.
- Ah, Drago si j'étais toi, je ne dirais pas ça. Ne vends pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué.
- J'ai déjà tué plusieurs ours de même taille et de même gabarit, je ne vois pas pourquoi cette fois-ci ferait exception à la règle.
- Qui sait ? dit-elle en haussant les épaules. On ne sait jamais quelles surprises le futur nous réserve.
- Le futur n'a aucun secret pour celui qui contrôle le présent, répondit Drago, le regard froid et déterminé.
- Si tu le dis… rétorqua-t-elle en bifurquant son regard sur le côté, pas vraiment convaincue. En tous cas, l'important, ce n'est jamais de gagner.
- Quoi ? répondit-il, indigné. Depuis quand on ne joue plus pour gagner ?
- Depuis qu'on aime ce qu'on fait, j'imagine. Si on apprécie vraiment une activité, on la poursuit même si on n'en retire rien.
Drago secoua la tête, et était sur le point de répliquer, quand soudain, il se rendit compte qu'il n'avait rien à répondre.
Oui, cette fille avait raison. Sur le fond, elle avait raison… Si on aime vraiment le piano, on en joue même s'il n'y a aucune foule pour nous applaudir ou aucun jury pour nous récompenser. C'est ainsi, ou alors, ce n'est pas la musique que l'on aime, mais bien l'attention et la célébrité que sa pratique nous procure. Et c'est différent, il y'a un monde de différence entre l'artiste qui vit pour l'art et l'artiste que l'art fait vivre.
- Tu sais quoi… dit-il, finalement. Tu n'es pas aussi bête que tu en as l'air.
- Merci ? C'est un compliment, ça ?
- Oui, venant de moi, c'est un honneur. Tu dis que tu n'aimes pas Durmstrang, Martha, mais j'ai l'impression que tu y réussirais mieux qu'à Beauxbâtons. Tu as la ruse qu'il faut pour ça, fit-il remarquer.
Il la vit hausser les sourcils, s'offusquant presque.
- Moi, Durmstrang ? Mais je suis une gentille, moi ! Je ne rejoindrai jamais le camp des méchants, jamais !
- Qui sait ? fit-il, reprenant ses mots de tout à l'heure. On ne sait jamais ce que le futur nous réserve…
Elle était sur le point de répondre, quand soudain, d'autres élèves arrivèrent et lui soutirèrent l'attention de Martha.
Drago vit les autres enfants encercler Martha et se mettre à discuter avec elle, l'ignorant complètement, lui, Drago Malefoy.
Sur le coup, il comprit quelque chose : Martha était une fille populaire. Elle s'adaptait facilement à n'importe quel interlocuteur, ne prenait jamais personne de haut, et pouvait discuter d'une vaste variété de sujets sans être déstabilisée.
Cette fille était unique. Ce n'était pas une godiche dans le genre de Greengrass ou des autres filles qu'ils avaient à Serpentard.
Profitant du fait qu'il était arrivé en premier, Drago se débrouilla pour garder sa place à côté de Martha pendant le cours de dessin qui suivit. Pendant que la prof avait le dos tourné, il lui murmura à l'oreille :
- Je t'aime bien. Tu veux venir prendre le goûter chez moi, un de ces quatre ?
Elle sourit et hocha la tête avec enthousiasme.
- Mais bien sûr, Drago ! À condition que tu me parles de ce qui se passe dans les prochains tomes de Gabriel Delaunay.
- Marché conclu, accepta-t-il rapidement, satisfait. Ma gouvernante te joindra dans les plus brefs délais pour arranger les détails.
Son père serait fier de lui, s'il le savait. Il venait de conclure son premier contrat.
…
Sur le chemin du retour, Martha repensa à sa rencontre avec Drago Malefoy. De toutes les personnes qui habitaient Londres, elle était tombée sur lui ! Elle n'avait jamais vraiment souhaité faire sa connaissance, mais il avait les cheveux blonds, et les yeux bleus, et ce petit je-ne-sais-quoi qui vous agrippe instantanément quand vous le rencontrez.
Il était vraiment fascinant.
S'il lui avait un peu semblé prétentieux dans le reportage qui lui avait été dédié à la télé, Martha l'avait quitté avec une impression toute autre.
En effet, Drago ne lui avait pas donné l'impression d'avoir tant confiance en lui que ça. Il était, certes, conscient de sa valeur et de ses capacités, mais il ne se surestimait guère. Il savait qu'à la moindre défaillance, tout ce qu'il avait bâti pouvait voler en éclats.
En cela, il était totalement opposé à Harry.
Harry pouvait bien sembler fragile au premier abord, mais il suffisait d'apprendre à le connaitre pour comprendre qu'il était le courage et la détermination incarnés. Il l'ignorait lui-même, mais Martha était sûr du fait qu'un jour, il allait se découvrir ces qualités, et que, ce moment venu, il n'allait pas hésiter à pleinement en profiter.
Martha ne lui souhaitait que ça. Et elle allait l'y aider.
Elle allait faire tout son possible pour le soutenir et l'encourager, elle allait être une sœur pour lui.
Lui qui, comme elle, n'avait ni sœur, ni frère.
Martha regarda à travers la vitre, dans la voiture de Tata Molly, le paysage lugubre qui défilait. Dieu, que l'Angleterre était laide ! Toute cette pluie, tous ces nuages, toute cette morosité !
Ça ne valait pas l'air salé de la Floride, le sable chaud, les crèmes glacées, l'accent américain, ses amis qui l'attendaient là-bas, son père et sa mère…
Rien que d'y penser, la petite fille se sentit un pincement au cœur. Une émotion qu'elle ne sut nommer la submergea entièrement, et l'espace d'un instant, elle craignit de ne plus jamais rentrer à la maison. Evidemment, elle chassa cette pensée aussi vite qu'elle le put, mais le sentiment resta.
C'était absurde de penser comme ça. Elle le savait très bien.
Les mots de Drago lui revenaient malgré elle.
Qu'allait-elle devenir ? Allait-elle être égyptologue ou sirène ? Docteur ou princesse ?
Allait-elle devenir quelqu'un d'utile, ou ne le méritait-elle tout simplement pas ?
Ah, méchant Drago, méchant !
Avant, elle pensait qu'il suffisait de vouloir pour avoir, mais à cause de ce vilain blondinet, elle réalisait que, parfois, les rêves ne devenaient pas réalité.
Cette pensée lui donna envie de pleurer.
… Fin du Chapitre …
Note : Je reprends cette fanfic après plusieurs mois d'arrêt. Je vais essayer de poster aussi souvent que possible, à présent. Merci de rester fidèle !
Vous pouvez laisser un commentaire pour m'encourager, ça fait toujours plaisir !
Portez-vous bien.
