Réflexions et Piège
Ulquiorra marchait vers la salle du trône pour faire son rapport, toujours en compagnie de Yammi. Les portes s'ouvrirent pour révéler la présence non seulement des trois shinigamis à la tête du Hueco Mundo mais également les vingt plus puissants arrancars qu'Aizen avait créés jusqu'à présent : les Espadas et leurs Fraccionnes. L'Espada Cuarto s'avança et s'agenouilla devant Aizen.
« Nous sommes de retour, Maitre Aizen, » dit-il de sa voix dépourvue de toute émotion, vide.
« Ulquiorra, Yammi. Je suis heureux de vous revoir, mes amis, » répondit Aizen avec un sourire froid. « Vos vingt compagnons et moi attendons votre rapport. Fais ton rapport, Ulquiorra. Je veux que tu me montres tout ce que tu as vu, tout ce que tu as ressenti dans le monde des humains. »
« Bien. Je vous en prie. Regardez, Maitre Aizen. »
Ulquiorra, à la différence des autres Espadas, avait en évoluant gardé une aptitude que beaucoup d'autres avaient sacrifiée. La régénération ultrarapide de ses cellules tant qu'il ne s'agissait pas de sa cervelle ou de ses organes vitaux. Il porta sa main à son œil et le sortit de son orbite. Il le serra dans sa main pour le faire imploser. Des millions de particules spirituelles contenant ce qu'il avait vu et ressenti durant sa mission s'éparpillèrent dans la salle et touchèrent chaque personne présente. Ils avaient tous les yeux fermés et revivaient tout selon le point de vue d'Ulquiorra.
« Je comprends, maintenant, » dit Aizen. « C'est pour cette raison que tu as estimé qu'il ne méritait même pas d'être tué. »
« Oui. Vos ordres étaient de le tuer s'il représentait un danger. J'ai estimé qu'il pouvait rester en vie. »
« Ben voyons, » s'exclama une voix nasillarde derrière le quatrième Espada, faisant tourner la tête de ce dernier.
Son regard émeraude se posa sur un Espada aux cheveux bleus électriques et au masque brisé ressemblant à une demi-mâchoire sur le coté droit de son visage. Le sixième Espada, Grimjow Jaggerjacq. Ulquiorra se retint de soupirer d'ennui.
« Je vais te dire un truc. Moi je n'aurais pas hésité à éliminer cet avorton. »
« Cela ne m'étonne pas de toi. »
« Ecoute moi bien, si dans les ordres, il y a le mot tuer, alors il faut tuer. Un point c'est tout. Tu dois agir. Pas réfléchir. Vu ? »
« Je suis d'accord avec lui, » dit un autre arrancar. « Il faut se débarrasser de nos ennemis. Il n'y a pas de bons ou de mauvais. Moins il y en a mieux c'est. »
« Eh ! Yammi, » s'exclama Grimjow. « En fait, vous avez pris une sacrée correction. J'ai estimé qu'il pouvait rester en vie. Tu parles ! Vous n'aviez pas le choix, oui ! »
« Dis donc, » répliqua Yammi. « Tu as besoin de lunettes ? Avant de l'ouvrir, apprends à regarder. Si nous avons été battus, c'est par le type aux sandales et la fille à la peau sombre. »
« T'as pas l'air de comprendre, Yammi. Moi à votre place j'aurais buté ces deux clowns d'un seul coup. »
'Quelle suffisance ! Affligeant !' pensa Ulquiorra.
« Qu'est-ce que tu insinues ? » s'énerva l'Espada décimo.
Ulquiorra fit quelques pas pour s'interposer entre Yammi et Grimjow et posa une main sur le poitrail de son compagnon d'armes du jour. « Laisse tomber, Yammi. Grimjow. Tu ne comprends donc pas que le problème n'est pas ce que ce garçon est à l'heure actuelle ! »
« Hein ? » fit intelligemment le sixième Espada.
« Maitre Aizen ne se méfie pas de lui mais de ce qu'il risque de devenir. Il est évident qu'il a des capacités cachées. Je suis persuadé qu'il ne sait pas lui-même jusqu'où il peut aller. Ses capacités sont si puissantes et si instables que j'estime qu'il y a une forte probabilité qu'il se détruise lui-même ou que nous finissions par le contrôler. Voilà pourquoi je l'ai laissé en vie. »
« Qu'est-ce que tu racontes ? C'est n'importe quoi ! Qu'est-ce qu'il se passera s'il contredit tes prédictions et qu'il devient assez fort pour nous battre ? Hein ? On fera comment ?»
'Enfin un raisonnement correct dans sa petite tête. Etonnant. C'est vrai que c'est possible …'
« Si cela devait arriver, » répondit calmement Ulquiorra. « Je m'en occuperais personnellement. Voilà je crois qui clôt ce débat. »
« En effet, » fit Aizen du haut de son trône. « Dans ces conditions, je suis d'accord. Fais comme bon te semble Ulquiorra. »
Ulquiorra se retourna pour croiser le regard de son maître. Il reposa un genou en terre en le saluant. « Je vous remercie, Maître Aizen. »
Il se redressa et repartit pour ses appartements. Il voulait ôter toute cette poussière des sables du désert blanc mais aussi des combats de Yammi que le vent avait porté jusque sur lui. Il se sentait sale. Et il n'aimait pas la saleté. Il se fit couler un bain très chaud et s'y plongea. L'eau lui fit énormément de bien et le détendit comme à chaque fois. Elle était si rare au Hueco Mundo. Certains arrancars ayant des aptitudes liées à l'eau, comme l'Espada Tercera Halibell, l'avaient stockée dans des cuves pour alimenter le palais et ils les remplissaient régulièrement. Cela permettait d'avoir de l'eau courante jusqu'à un certain point. Ulquiorra en était ravi. C'était l'une des rares choses qui ne le laissaient pas indifférent.
Ca et un met humain en particulier : la tarte à la mélasse. Il en raffolait. Et il ne comprenait pas pourquoi. Mais fallait-il toujours une raison ? Son esprit rationnel lui disait que oui. Probablement vestige mémoriel inconscient de son passé humain. Il était l'un des rares hollows à ne pas se souvenir de qui il était. La seule chose dont il se souvenait était de sa naissance en tant que Menos. Et encore. Juste la douleur et le sentiment de désespoir qui l'avaient envahi. Il ne se souvenait de rien d'autre.
Il ne se posait pas souvent des questions sur son passé, n'y trouvant pas grand intérêt. C'était son passé humain, quand il était un être faible. Il ne ressentait pas le besoin de savoir qui il était. Il se créait sa propre identité. Mais parfois, parce que quelque chose lui fait se poser des questions comme son goût pour cette pâtisserie anglaise, ou quand des objets auxquels il pensait venaient de temps en temps d'eux-mêmes dans sa main en flottant dans les airs, ou encore une remarque qu'il se faisait du tac au tac en entendant un mot ou un autre et que après réflexion, il trouvait cela troublant. Et même frustrant. Peut-être qu'un jour, il aurait la réponse. Mais ce n'était pas vraiment sa priorité.
Ce soir, il avait l'esprit préoccupé par autre chose : le pouvoir de cette humaine avait piqué sa curiosité. Le bouclier et l'attaque – si toutefois on pouvait appeler cela une attaque – l'indifféraient. C'était monnaie courante parmi les pouvoirs. Non, c'était plutôt son pouvoir de guérison qui l'intriguait. Ou du moins son pouvoir d'intervenir à travers l'espace et le temps selon son hypothèse. Un tel pouvoir entre les mains d'une humaine pouvait s'avérer être dangereux.
'Mais en soi, dès qu'il y a pouvoir, il y a danger…. C'est inévitable.'
Il soupira et se vida l'esprit, exercice qu'il faisait chaque soir, il ignorait aussi d'où lui venait cette habitude mais elle s'avérait être très efficace pour le relaxer totalement avant d'aller dormir. Une fois ses muscles détendus et son esprit vidé de toute pensée parasite, il se leva et se sécha minutieusement le corps avant de se coucher sous la chaleur de ses douces couvertures, veillant à ne pas s'appuyer sur son masque pour éviter de se blesser.
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Ulquiorra marchait. Son esprit était tourné vers Grimjow et son imbécilité. Il avait été déchu des rangs des Espadas parce que Tosen, le shinigami aveugle avide de justice, n'avait pas apprécié que l'espada parte affronter Ichigo Kurosaki en compagnie de ses fraccionnes. Il l'avait payé au prix fort : toutes ses fraccionnes étaient mortes au combat et il avait lui-même perdu un bras, tranché par Tosen lui-même en guise de punition pour sa désobéissance.
'Quel crétin ! Par Gryffondor ! S'il continue à défier Maitre Aizen, il se fera tuer !'
Il marche encore.
'… Encore cette expression…. Mais d'où vient-elle ? Que veut-elle dire ?'
Il chassa ses réflexions en arrivant à la salle du trône et fit le vide dans son esprit avant d'entrer.
« Ah ! Mon cher Ulquiorra, » fit Aizen en posant sa tasse de thé. « J'ai une nouvelle mission pour toi. »
« Je vous écoute, Maître Aizen, » fit l'Espada Cuarto en posant un genou au sol.
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Il revenait calmement de sa mission. La diversion avait été parfaite et les traîtres éliminés par les ennemis. Maitre Aizen avait usé de son Zanpakuto, Kyōka Suigetsu, pour berner ces derniers quant au fait de réussir à voler le Hogyoku.
Et la diversion avait pour unique but de retenir les shinigamis loin de lui pendant qu'il faisait son analyse. Il avait toutefois croisé Kisuke Urahara et sa petite bande au moment même où il allait partir. Il avait refusé le combat et était parti à travers un garganta.
« C'est Ulquiorra, » dit-il en arrivant devant la salle du trône. « Je demande à entrer. »
Les portes s'ouvrirent. Et il s'y engouffra, toujours aussi froid et impassible qu'à l'accoutumée. Indifférent. Il posa un genou en terre et attendit.
« Alors ? » demanda Aizen.
« Il restait encore quelques traces de l'incident. A l'époque, je n'en avais tiré que de vagues suppositions, mais cette fois-ci, l'analyse m'a permis de comprendre l'étendue de son pouvoir. »
« Et qu'en penses-tu ? »
« Je pense que ce pouvoir, par sa nature et ses implications, pourrait vous servir. »
« Je vois, » fit pensivement le shinigami. « Où se trouve-t-elle en ce moment ? »
« Je ne sais qu'une chose. C'est qu'elle n'est plus dans le monde des humains. »
« Bon travail, Ulquiorra. »
« Ce n'était rien, Maître Aizen, » répondit l'arrancar en se levant.
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Ulquiorra attendait patiemment dans le garganta. Cela faisait un mois qu'il avait reçu l'ordre spécial de ramener l'humaine à Las Noches. Il ne savait juste pas quand il pouvait accomplir cette mission, attendant l'ordre de son Maitre Aizen. Et il l'avait reçu la veille. Il avait eu carte blanche tant que la mission était un succès, il pouvait faire ce qu'il voulait. Seule restriction : il devait intégrer Grimjow dans le plan. Mais il ne faisait pas un grand cas pour l'ancien espada. Il avait soif de vengeance face au Kurosaki.
Il avait ordonné à Luppi, l'espada sexto, Yammi, l'espada decimo, Wonderweis Margela et Grimjow d'aller attaquer le monde des humains afin de faire sortir l'humaine de la Soul Society. Elle s'y cachait pour il ne savait – et ne voulait pas savoir – quelle raison. Comme elle était humaine, elle devait absolument passer dans un type de Seikaimon précis pour permettre la conversion de l'énergie spirituelle en corps matériel et inversement. L'idée était de l'isoler des restes des combattants, de ses amis, pour mieux la piéger.
C'est pour cela qu'il attendait. Les combats faisaient rage dans le monde des humains. Depuis le temps, le Seikaimon que l'humaine devait emprunter ne tarderait pas à s'ouvrir. Et là il foncerait sur sa proie tel un serpent, lui coupant toute possibilité de replis ou de négociation.
'Un plan tout bonnement Serpentard,' pensa-t-il. '… Encore un terme étrange … Faudrait que je les note car cela commence à faire beaucoup….'
Il la vit enfin s'engager dans l'espace entre les deux mondes, escortées par deux shinigamis de basse classe.
'Déchets.'
« Comment ? Tu n'es escortée que par deux gardes, » dit-il en ouvrant le garganta. « C'est surprenant. Les gens de la soul society me semblaient plus compétents. Ils n'ont pas l'air d'avoir bien réalisé que ce passage, parmi tous ceux disponibles est bien le plus dangereux. »
Il sortit et fit quelques pas avant de s'immobiliser, les mains dans les poches, observant sa proie. Elle était terrorisée et déterminée. 'Gryffondor.' Il soupira intérieurement face au retour de ce terme dont il ne comprenait rien et venait si instinctivement pourtant.
« Deux gardes, cela ne peut pas suffire. Je crois que l'on se moque de toi, » continua-t-il de sa voix grave dépourvue d'émotion. « Et comme vous avez du bloquer le courant qui inhibe l'énergie spirituelle, vous m'avez offert une occasion en or. »
Il l'observa. Elle serrait les poings et tremblait légèrement. Les deux shinigamis, eux, avaient dégainé leur arme et étaient en position de combat.
« J'ai à te parler. Et je te préviens, je n'aime pas avoir à répéter les choses ! »
Les yeux de l'humaine s'étrécirent.
« Ne fais pas un pas de plus, » dit l'un des shinigamis. « Qu'es-tu ? Un arrancar ? »
Ulquiorra leva la main et prépara son énergie spirituelle pour faire un bala.
« Attends ! N'as-tu rien d'autre à me dire ? » demanda l'humaine à l'arrancar.
Ulquiorra lança le bala sur le shinigami qui avait parlé, le blessant gravement au point qu'il s'effondre sans possibilité de se relever. Il vit le visage de l'humaine s'animer par un sentiment de culpabilité en plus de l'effroi.
« J'ai bien des choses à te dire, » dit l'arrancar. « Mais nous verrons cela en temps et en heure. »
« Bouclier des deux cieux. »
L'humaine utilisa son pouvoir pour soigner le shinigami blessé. Une fois installé, elle se tourna vers l'autre.
« Allez-vous-en ne restez pas là ! » dit-elle d'un ton paniqué mais ferme.
« Mais on m'a dit …. »
« Peu importe ce qu'on vous a dit ! Allez-vous-en ! »
Trop tard. Le shinigami tomba lui aussi sous un bala de l'arrancar. Elle appela une de ses fées pour agrandir le cocon régénérateur afin de soigner en même temps les deux shinigamis.
« Oh. Tu es capable de les soigner malgré la gravité de leurs blessures. Quel pouvoir impressionnant ! »
Ulquiorra commença à s'approcher de l'humaine, parlant de sa voix basse, usant de son charisme naturel et sa logique pour bloquer psychologiquement la femme et la faire tomber dans son piège.
« Approche, femme, tu vas me suivre. Pas un mot. Oui sera ta seule réponse. Toute autre parole de ta part entraînera la mort. Mais pas forcément la tienne. Tes amis seront les premiers visés. »
Il fit une pause pour qu'elle intègre ce qu'il venait de dire et pour que cela ait son petit effet sur son moral.
« Ne pose pas une seule question. Ne prononce plus un mot. A compté de cet instant, tu n'as plus aucun droit. Ta seule prérogative est de choisir lequel de tes amis tu lâcheras en premier. Pour le reste, nous avons des projets très précis. Est-ce que tu comprends ? Suis-je assez clair ? »
Elle le regardait, effrayée mais se tenant bien droite, prête à affronter le pire.
« Cela n'a rien d'une négociation ! C'est un ordre. Aizen, mon Maître, s'intéresse beaucoup à toi, ou plutôt à ton pouvoir. Il m'a demandé de te ramener sans toucher à un seul de tes cheveux. Je ne le répéterai qu'une seule fois ! Viens avec moi, Femme. »
