La mission est un succès

Ulquiorra marchait calmement dans le garganta. Tout se déroulait selon son plan. L'humaine, Orihime Inoue, avait réagi exactement comme il s'y attendait.

'Les humains sont si prévisibles. Tss. Déchets.'

Il lui avait fourni un bracelet qui la rendait invisible aux yeux de tous à l'exception des arrancars. Il lui avait aussi laissé un délai de douze heures durant lesquelles elle avait droit de dire au revoir à une seule personne mais que cette dernière ne pouvait pas la remarquer sinon elle trahissait leur entente et ses amis mourraient dans d'atroces souffrances. Le pire c'est qu'elle ne savait même pas que ses amis ne courraient pas de réel danger. Mais le fait de l'insinuer l'avait psychologiquement figée, la faisant croire que sa décision interférerait dans la suite des événements.

'Elle aurait fait une parfaite Gryffondor…'

Il s'arrêta en soupirant et sortit son carnet et nota sa dernière réflexion ainsi que la situation pourquoi il la pensait. Peut-être qu'en les rassemblant toutes au même endroit, ces réflexions auront un sens pour lui. Une fois fait, il se releva et retourna dans le monde des humains pour arrêter l'équipe d'arrancars qui distrayaient les shinigamis.

Il sortit et se concentra sur les énergies alentours pour repérer les autres. Ils étaient comme il s'y attendait en plein combat. Il se dirigea vers Grimjow qui semblait essuyer un sale revers au vu de la fluctuation de sa pression et en arrivant devant la scène, il en fut quelque peu certain. Son adversaire s'était interposé entre son rival et lui. Grimjow n'était venu – bien que par obligation sous les ordres de Maitre Aizen – que pour se venger de Kurosaki. Il fut un peu étonné de voir que l'inconnu qui avait mis Grimjow dans un si mauvais état portait un masque mais ne s'y attarda pas plus que cela.

Il avança dans un sonido et arrêta l'arrancar aux cheveux bleus, anciennement sixième espada, dans son élan avant qu'il n'attaque encore son ennemi. Il posa sa main sur la sienne au niveau de la garde de Panthera, son Zanpakuto.

« Mais … Ulquiorra ! » fit Grimjow, étonné, mais qui s'était arrêté dans son geste en sentant la pression spirituelle du cuarto.

« La mission est terminée, » répliqua Ulquiorra de sa voix dénuée d'émotion, vide. « On rentre. »

A peine eut-il dit ces mots qu'ils furent entourés d'un rayon de lumière doré sortant d'un garganta. Et trois autres rayons similaires apparurent à l'horizon pour Yammi, Luppi et Wonderweis. Le Negacion. Ils étaient maintenant en sécurité. Pas qu'ils devaient craindre ces shinigamis, ils les écraseraient aisément. Mais là n'était pas le but de la mission du jour. Il avait fait tout cela pour l'humaine. Et la mission était couronnée de succès. Il irait la chercher plus tard, à minuit, dans le parc où il l'avait rencontrée pour la première fois.

Alors qu'ils s'élevaient pour rejoindre le vide du garganta et le Hueco Mundo, Ulquiorra posa son regard sur le shinigami aux cheveux roux et au bankai noir. Ce Kurosaki. Il se concentra sur ce qu'il ressentait avec son pesquissa.

'Il lui reste de la pression spirituelle ... et on dirait qu'il a fait ce qu'il fallait pour obtenir un nouveau pouvoir. Mais pour l'instant, ce pouvoir est limité. La partie approche de sa fin. Toutes les cartes sont sur la table. Et très bientôt, le soleil, avec ses vérités éclatantes, se couchera entre nos mains.'

US US US US US

Il observait l'humaine de loin. Elle avait respecté ses restrictions. Elle était en ce moment chez le shinigami, ce Kurosaki. Elle lui faisait ses adieux. Elle semblait vouloir lui faire quelque chose de tellement humain : un baiser.

'Tss,' pensa-t-il avec dégoût.

Au moins, la seule petite variable de son plan allait dans son sens. C'était la seule inconnue. Qui allait-elle choisir pour faire ses adieux ? Il fallait que ce soit Kurosaki mais rien n'était moins sûr qu'elle le fasse. Il la vit le soigner, les plaies imprégnées de la marque spirituelle de Grimjow.

'Tout se déroule exactement comme prévu.'

Il se détourna et alla attendre l'humaine sur le point de rendez-vous, dans le parc de Karakura. Il faisait calme, le vent faisait bruire les feuilles et voler ses cheveux corbeaux dans la nuit. Ce calme changeait de l'activité plus que bruyante de Las Noches. Ulquiorra appréciait de ne plus être seul, mais sa quiétude lui manquait. Le silence dont il avait pris l'habitude d'apprécier lui manquait.

Il laissa vagabonder un moment ses pensées sur ses réflexions étranges pour en comprendre le sens caché tout en observant les alentours de son œil attentif. Il se tenait au milieu du parc, droit, les mains dans les poches, une expression d'éternel ennui gravée sur son visage. Cela l'ennuyait de ne pas comprendre. Qu'est-ce que Gryffondor ? Qu'est-ce qu'un Serpentard ? Pourquoi jure-t-il par Merlin ? Un hippogriffe, qu'est-ce que c'est ? Et un sombral ? Un détraqueur ? Qui est Malfoy ? Et Potter ? Et Dumbledore ? D'où venaient ces mots qu'il entendait parfois dans son sommeil ? Avada Kedavra ? Quelle était leur signification ?

Les bruits d'un pas léger allant dans sa direction le ramenèrent au temps présent et il tourna son regard émeraude vers Orihime Inoue qui arrivait en temps et en heure. Il l'observa en silence. Elle avait les yeux rougis mais une lueur déterminée brillait dans son regard, ainsi que beaucoup de regrets. Il la vit s'arrêter un instant et observer l'horizon et la ville où elle vivait. Une larme coula le long de sa joue alors qu'elle reprenait sa marche vers lui.

'Elle a vraiment du cran, cette petite,' pensa-t-il en ouvrant un garganta.

« Suis-moi, » lui ordonna-t-il. « Et ne t'éloignes pas de moi si tu ne veux pas mourir dans le vide entre les mondes. »

« Oui, » murmura-t-elle de sa voix chevrotante en lui emboîtant le pas.

Elle avançait, tête baissée. Elle avait cessé de pleurer, même silencieusement. Elle était déterminée à se sacrifier pour ses amis. Ulquiorra était impressionné par une telle force de l'esprit humain. Était-ce cela la force qu'ils appelaient 'le cœur' ? Il soupira. Cela n'avait aucune importance. Il avait reçu l'ordre de la mener directement à son Maître, Aizen. Et c'est ce qu'il faisait. Ils arrivèrent sur l'étendue de sable qu'était le toit du Hueco Mundo. Il respira à plein poumons en arrivant, l'air chargé en particules spirituelles lui fit énormément de bien et calma un peu sa faim insatiable. Un peu. Il aurait toujours faim. A jamais. C'était ce qui faisait de lui un hollow, certes évolué, mais il restait une âme torturée.

Il la sentit s'arrêter derrière lui. Il soupira. Au moment où il s'apprêtait à se retourner pour la réprimander et lui ordonner de la suivre, il l'entendit hurler, lui perçant les tympans alors qu'elle s'était mise à courir au loin, le dépassant, un hollow à ses trousses. Et il était énorme.

'Evidemment, j'aurais dû me douter que la présence de l'humaine allait se faire sentir. Elle est si appétissante… Tss.'

Il dépassa d'un sonido le hollow qui pourchassait l'humaine et tendit le bras devant lui. De son doigt se dégageait une lumière verte aussi émeraude que ses pupilles de chat et son cero partit, fauchant l'adjudjas devant lui. Il atterrit au sol et glissa à nouveau sa main dans la fente de son hakama. D'un autre sonido, il se mit à la hauteur de l'humaine et lui coupa sa course.

« Vas-tu cesser de hurler ? » lui demanda-t-il froidement. « C'est irritant. »

Elle se cogna contre son torse avant de se frotter la tête en gémissant. Il n'avait pas bouger d'un pouce.

« Je t'avais dit de rester près de moi. Maintenant suis-moi. »

Il fit demi-tour et marcha vers Las Noches. Il sentit la fille le suivre.

« Où sommes-nous ? » demanda-t-elle d'une petite voix.

Ulquiorra tourna la tête pour l'observer du coin de l'œil. Elle regardait autour d'elle, un peu effrayée mais aussi curieuse. Il hésitait à lui répondre. Mais d'un autre coté, elle allait le savoir tôt ou tard.

« Tu es dans le Hueco Mundo, le monde des Hollows, » répondit-il après quelques instants.

« Oh. » Elle continua de le suivre en silence. « C'est si morne et triste. »

'Oui, Femme. C'est morne et triste.'

Mais Ulquiorra ne lui partagea pas sa pensée. Il n'était pas du genre à parler sentiment. Surtout que c'était quelque chose de si futile, si inutile, si … humain. 'Tss. Déchets.'

Ils entrèrent dans le palais et il la mena directement dans la salle du trône où l'attendaient Maître Aizen et les autres. Il s'annonça avant d'entrer, suivi de l'humaine. L'équipe qu'il avait rassemblé pour la mission était revenue dans un sale état s'il en croyait leurs pansements. Ils se tenaient au pied du trône. Maître Aizen était détendu sur son siège, dominant tout le monde dans la pièce, la tête nonchalamment appuyée sur sa main droite. Ulquiorra s'agenouilla pour saluer son Maître avant de se redresser et d'attendre patiemment les ordres.

« Bonjour, ma belle, » fit Aizen. « Sois la bienvenue dans notre château de Las Noches. » Il fit une pause. La salle était silencieuse. « Tu t'appelles Orihime Inoue, n'est-ce pas ? C'est bien ça ? »

« Oui, » répondit l'humaine.

« Pardonne-moi de te brusquer, Orihime, mais aurais-tu l'obligeance de me montrer tes pouvoirs ? »

L'humaine était paralysée et elle tremblait. Ulquiorra pouvait le sentir à travers ses pieds, il entendait aussi son petit cœur fragile battre rapidement dans sa poitrine. Elle avait peur.

« Je me suis laissé dire, » continua Aizen, « que dans mes propres rangs, certains n'approuvaient pas ma décision de te faire venir ici. Est-ce que je me trompe, Luppi ? »

« Comment pourrait-il en être autrement, » répondit cette dernière en détournant le regard. « Nous avons dû livrer une bataille féroce juste pour faire diversion pendant que l'on emmenait cette fille jusqu'ici, au château. Comment pourrais-je avoir le cœur d'approuver ces choses-là ? »

'Tss. Le cœur. Ridicule,' pensa Ulquiorra. 'On obéit juste aux ordres. Le cœur, les sentiments, c'est pour les faibles.'

« Je suis désolé, » fit Aizen. « J'étais loin de penser que tu te ferais autant botter les fesses. »

Luppi grogna de dépit mais n'ajouta rien.

« Bon allez. J'ai une idée. Orihime, tu sais ce que tu vas faire pour me montrer ton pouvoir. Tu vas guérir le bras gauche de notre pauvre Grimjow. »

« Hein ? » fit justement Grimjow, comme si on venait de le sortir de ses pensées. Il semblait étonné.

« Ah ah ! Ben voyons. C'est n'importe quoi ça ! Grimjow ? » s'exclama Luppi. « Son bras gauche, le superviseur Tosen l'a réduit en cendres. Comment pourrait-elle guérir ce qui n'existe plus ? Elle n'est pas dieu ! »

Pendant que l'arrancar sexto s'exprimait, l'humaine s'était tournée lentement et s'était dirigée vers Grimjow la tête basse. Ce dernier la regardait faire sans bouger, ne la craignant pas du tout et curieux de ce qu'Aizen entendait par la guérison de son bras.

« Bouclier des deux cieux : Fais repousser cette énergie. »

« Eh ! » s'exclama Luppi. « Arrêtes ce petit jeu, Femme ! Ecoute-moi. Ce n'est pas ton minable petit numéro de foire qui te sauvera la vie ! Tu ferais mieux d'arrêter cela tant qu'il en est encore temps ! Tu sais que si cela ne marche pas, je te tuerai, » continua-t-elle avec un sourire carnassier.

Ulquiorra soupira d'ennui en entendant cela, il pouvait déjà voir du coin de l'œil le bras de Grimjow repousser. Ses os, ses muscles, sa chair. Tout repoussait.

« Ton pouvoir est complètement bidon ! Comment une femme comme toi pourrait … ? » Luppi s'interrompit en se rendant compte du pouvoir de l'humaine.

'Il était temps,' pensa Ulquiorra. 'Elle m'exaspère encore plus que Grimjow et Yammi.'

« Quoi ?! » murmura Luppi alors que l'humaine venait de finir de soigner Grimjow. « Mais comment ? Ce n'est pas possible, ça ! Cela ne fait pas partie du domaine d'un simple pouvoir guérisseur ! Femme, qu'est-ce que tu as fait ?! Parle ! »

Grimjow pliait et dépliait ses doigts, remuant chacun, testant les muscles de son poignet. Il était étonné.

« Tu ne comprends pas ? » fit calmement Aizen. « Ulquiorra a interprété ce phénomène comme une sorte de retour en arrière dans le temps ou l'espace. »

« C'est vrai, » confirma le cuarto.

« C'est impossible ! Aucun être humain n'a de pouvoir aussi élevé ! Cela ne se peut tout simplement pas ! » s'exclama Luppi.

« Tout à fait, il a tort. Mais toi aussi tu as tort, » répliqua le Maître. « Ce dont il s'agit, c'est d'un rejet des phénomènes. Le pouvoir de cette fille lui permet de limiter, de repousser voire de refuser carrément tel ou tel événement qui est arrivé à un corps. Il lui permet de ramener ce corps à un état antérieur à cet événement. Ce pouvoir est bien plus puissant qu'un simple retour en arrière dans le temps ou l'espace. Il lui permet de s'affranchir des limites fixées par dieu lui-même. Ce pouvoir empiète sur le domaine divin. »

« Eh ! Dis donc, Femme, » fit soudain Grimjow après avoir minutieusement testé les mouvements de son bras, sans pour autant faire de la casse, ou être trop visible dans cette inspection. Il se tourna et lui montra son dos où une brûlure était visible à côté de son trou de hollow. « Tu as encore un endroit à guérir. »

Elle le fit. Le tatouage montrant qu'il était le sixième espada réapparut au fur et à mesure que la brûlure disparaissait.

« Qu'est-ce que tu as derrière la tête, Grimjow ? » demanda Luppi, suspicieuse.

Grimjow grogna et, quand il tourna la tête vers celle qui venait de lui poser la question, il lui fit un sourire carnassier. Il fonça d'un sonido et lui planta son nouveau bras dans le corps, le transperçant de part en part. Le sang gicla, apportant son odeur métallique jusqu'aux narines d'Ulquiorra. Il soupira en voyant ce spectacle ennuyeux. Pourtant Grimjow semblait bien s'amuser à reprendre son titre de sixième Espada. Il lança un cero à Luppi à bout portant, la réduisant en cendres pour ce qui était de la partie haute de son corps. Le sixième Espada éclata de rire en hurlant son rang.

'Tss. Crétin arrogant. Si tu n'agissais pas en Gryffondor à chaque fois, tu n'en serais pas là…. Par Merlin ! Encore …. Non mais … Décidément !'

Aizen ordonna à ses espadas de se retirer pour discuter avec l'humaine. Ulquiorra s'inclina respectueusement et fit demi-tour pour aller dans ses quartiers. Sa journée avait été longue, il voulait se reposer. Il commanda un repas léger et alla se prélasser quelques instants sous l'eau chaude le temps qu'il arrive. Quelques fruits et un pot de yaourt. Juste assez avant d'aller se coucher. Ni trop ni trop peu. Il mangea lentement, savourant le gout sucré qui provenait des chairs juteuses à souhait. Il soupira d'aise, se lava les mains et le visage avant d'aller se coucher, un bras sur les yeux. Il laissa vagabonder son esprit jusqu'à finalement s'endormir.