Des rêves étranges

Ulquiorra se réveilla en sursaut, le corps entièrement en sueur. Que se passait-il ? Cela faisait trois jours que l'humaine était à Las Noches et qu'il en avait la garde, qu'il veillait à son confort et à ses besoins, qu'il l'entendait parler dans le vide, …. Et depuis, il avait le sommeil agité. Il rêvait de personnes en tenues rouges et vertes volant sur des balais, d'un vieil homme à la longue chevelure et à la barbe argentée, à un chien noir hirsute qui aboie joyeusement, à des plumes qui volent dans une salle de classe, à des chouettes et des hiboux apportant du courrier, …. Toutes ces choses n'avaient aucun sens mais elles n'étaient pas les plus effrayantes. Il se voyait entourer de flammes devant un être difforme qui lui faisait peur, un être aux yeux rouges et sans nez, un être qui lui faisait penser à un serpent. Il voyait aussi un serpent géant aux yeux crevés qui l'attaquait, une armée de créatures dans des capes noires qui plongeaient sur lui depuis le ciel, une sorte de créature ailée à écailles et crachant du feu – un dragon ? – un homme squelettique aux yeux rouges tenant dans sa main un bâton blanc jetant des espèces de cero et ayant un rire à glacer le sang, ….

C'est ce qui avait réveillé Ulquiorra, ce rire. Il était effrayé. Pourquoi ? Il n'avait peur de rien. La peur n'était qu'une information de l'esprit destinée à l'entraver. Pourquoi ? Pourquoi avait-il peur d'un rêve ? De cette personne ? Qui était-elle pour causer une telle émotion en lui ? Il ne comprenait pas … Et il n'aimait pas cela.

Est-ce que cette fille était la source de son mal être ? Est-ce qu'elle était la source de ces rêves ? Non, peu probable. Il ne lui parlait même pas, lui ordonnant juste de manger et de se tenir tranquille, supportant sa conversation avec patience et indifférence. Alors d'où venaient ces rêves ? Comment pouvait-il songer à de telles aberrations que des balais volants, des oiseaux transportant le courrier, un dragon et un serpent géant ? Cela n'avait absolument aucun sens !

Il se leva et alla se rafraîchir dans la salle de bain afin de se débarrasser de ses sueurs froides aux origines obscures et pour le moins … inquiétantes. En revenant dans sa chambre, il enfila rapidement son hakama et jeta un œil dans le miroir. Il avait d'affreuses cernes sous ses yeux, preuve de son manque de sommeil. Maître Aizen allait le remarquer, c'était indéniable. Il soupira. Il ne pouvait de toute façon rien y faire, mis à part se reposer. Et il ne se sentait pas capable de se reposer maintenant, l'esprit trop alerte pour pouvoir retourner aux pays des songes. Pays dans lequel il n'était pas pressé de retourner de toute façon. Il enfila son haori et sortit pour prendre le chemin des cuisines. Manger quelque chose en dégustant une bonne tasse de thé bien chaude lui ferait du bien.

« Tu as une tête affreuse, Ulquiorra, » fit Harribel alors qu'elle s'installait devant lui.

Le cuarto espada ferma les yeux de dépit. Il s'en doutait que ce serait remarqué. Harribel se tenait devant lui, pour une fois son visage à découvert. Elle le cachait toujours sous sa veste pour camoufler son masque qui recouvrait sa mâchoire et sa poitrine. Il fixa pendant quelques secondes le numéro trois tatoué sur son sein avant de revenir vers le visage de sa supérieure hiérarchique au sein des espadas.

« En quoi cela t'intéresse, Harribel ? » demanda-t-il prudemment.

« De nous tous, tu es le plus calme et le plus détaché des espadas, Ulquiorra, » dit-elle calmement après avoir bu une gorgée de son café. « Pourtant quelque chose semble te perturber. »

Il soupira. « J'ai le sommeil agité. »

« Veux-tu en parler ? »

La voix d'Harribel ne montrait aucune curiosité. Elle était juste comme … Elle agissait en tant que numéro trois à comprendre et aider son subordonné comme tout espada de rang supérieur devrait le faire.

« C'est étrange et difficile à expliquer. Depuis quelques temps j'ai remarqué que j'avais des pensées étranges, des expressions sur le vif que je n'arrive pas à expliquer ou même de savoir d'où elles viennent. »

« Comme avec Mila-Rose et Sunsun ? Tu avais dit deux mots étranges … serpentard et gryffor ? »

« Gryffondor, » corrigea lentement Ulquiorra. « Je ne sais pas ce qu'ils signifient et pourtant je sais que sur le moment, ils avaient leur juste place dans la conversation. Je ne me l'explique pas et cela me triture l'esprit de ne pas comprendre. Je vois aussi des lieux et des gens qui me semblent familiers mais sur lequels je n'arrive pas à mettre un nom, des créatures étranges, plus encore que certaines formes que prennent les hollows, et elles vivraient dans le monde des humains. Et il y a un humain qui étrangement me …. »

Ulquiorra s'interrompit, peu enclin à continuer mais Harribel avait vu la lueur que tout espada normalement formé devait un jour au moins ressentir.

« Tu as peur de cet humain ? Pourquoi ? Qu'a-t-il de si spécial pour que tu le craignes autant ? »

La voix d'Harribel était surprise par le fait que ce soit un humain qui l'effraie à ce point mais non du fait qu'il éprouve de la peur.

« Je ne sais pas. Je me tiens dans un cimetière et il y a des humains vêtus de noirs autour de moi. Ils portent des masques identiques qui me font légèrement penser aux nôtres mais ils ne sont pas comme nous. Ils sont bien humains. Au milieu se tient un homme chauve et squelettique. Il a le teint aussi pâle que le mien, presque cadavérique même, et il a des yeux rouge sang. Il tient dans sa main un bâton qui lance des sortes de cero mais qui n'en sont pas vraiment. Je sens mon corps convulser sous la douleur alors que je hurle qu'il me délivre et lui ne fait que rire. Un rire qui me glace le sang. »

Ils restèrent silencieux un moment. Harribel réfléchissait aux révélations du cuarto pendant que ce dernier terminait son petit-déjeuner.

« Tu as l'esprit trop terre à terre pour inventer de telles choses, » dit-elle au bout d'un moment. « Je doute que tu l'aies fait même inconsciemment. Mais peut-être que ce sont des choses qui te viennent de ton passé et que d'une certaine manière ton subconscient les a transformées pour te dire quelque chose. Que te rappelles-tu de ta vie humaine ? »

« Rien. C'est ça le problème, Harribel. Je ne me souviens à peine de ma transformation en hollow. Juste de la douleur... De la douleur, de la solitude et du désespoir. Je n'ai plus aucun souvenir d'avant cela. »

« Peut-être que ces rêves sont tes souvenirs perdus et qu'ils essaient de faire surface. »

« Dans quel but ? »

« Ca, je ne sais pas. Si je peux te conseiller, quand tu auras une idée d'un endroit où aller par rapport à ces rêves, va y faire un tour. Peut-être que tu comprendras… »

Harribel se leva et partit, laissant Ulquiorra à ses pensées.

« Merci, Harribel, » dit-il avant qu'elle n'ait quitté la pièce.

« Si jamais tu as besoin de parler, Ulquiorra, » répondit-elle en fermant sa veste blanche. « Ma porte est ouverte. »

Le quatrième espada hocha la tête pour lui signifier qu'il avait pris note de la proposition. La femme arrancar sortit. Ulquiorra débarrassa sa vaisselle et retourna dans ses appartements pour noter ses rêves étranges dans son calepin en attendant d'aller s'occuper de ses devoirs auprès de l'humaine. Quand vint l'heure, il soupira. C'est tout ce qu'il faisait de ses journées : soupirer. Soupirer et se perdre dans ses réflexions sans laisser paraître autre chose sur son visage qu'un profond ennui. Pourtant aujourd'hui, et Harribel le lui avait confirmé le matin même, tous allaient se poser des questions sur lui. Maître Aizen le premier mais très certainement cette fille aussi. Elle était très perspicace pour une humaine.

Il se leva et quitta ses quartiers. Il marcha dans le couloir vide menant à la chambre de sa prisonnière – enfin, plutôt celle de Maître Aizen – les deux mains plongées, comme à son accoutumée, dans les fentes de son hakama. Comme toujours il se tenait droit et ne faisait attention à rien de particulier à ce qui l'entourait. Sa silhouette se reflétait sur la surface des dalles polies de Las Noches dans cette partie du château. Celle qu'avait fait construire Aizen en arrivant au Hueco Mundo. C'était un homme narcissique et égocentrique. Qu'il veuille voir son reflet n'était pas très étonnant. Les flambeaux accrochés à intervalle régulier diffusaient une lueur bleutée, accentuant encore plus la pâleur de sa peau et l'éclat glacial de ses yeux d'émeraudes, les rendant plus ternes, plus tristes encore qu'ils ne le paraissaient déjà.

Il passa par les cuisines prendre de quoi sustenter l'humaine, un repas complet, et alla directement dans les quartiers où elle était enfermée. Quand il y entra, le salon était sombre et inhabité. Il s'y attendait un peu. Il était encore tôt. Ce n'était pas parce que lui avait eu une insomnie que tout Las Noches allait en faire autant. Il posa le plateau sur la table et s'installa dans le canapé pour se perdre à nouveau dans ses pensées.

US US US US US

« …quiorra. Ulquiorra, réveillez-vous. »

Une main douce et fraîche glissait sur le visage de l'espada alors qu'il émergeait d'un sommeil sans rêve. Il ouvrit brusquement ses yeux et attrapa la main qui osait le toucher.

« Aïe ! » cria l'humaine.

« Que fais-tu, Femme ! » demanda-t-il d'une voix froide en la relâchant.

« Vous vous étiez endormi sur le canapé. Je voulais juste vous réveiller pour que vous vous installiez plus confortablement. »

Elle tendit la main vers le côté opposé du canapé où Ulquiorra put voir un oreiller qui venait de toute évidence de la chambre de l'humaine. Elle lui proposait de mieux s'installer, à lui, son geôlier ?!

'Cette fille est trop naïve, trop innocente, trop pure pour être enfermée dans le Hueco Mundo. Sa place n'est pas ici. Pourtant elle doit maintenant servir Maître Aizen jusqu'à son dernier soupir.'

Il se leva et rejetta la proposition.

« Inutile, Femme, » dit-il de sa voix dépourvue d'émotion.

« Vous semblez fatigué. »

« Occupe-toi de tes affaires, Femme ! » cingla l'arrancar en lui lançant un regard courroucé.

« Pardonnez-moi, » fit-elle en baissant la tête malheureuse. « Je suis comme cela. Je n'aime pas voir les gens souffrir. La position dans laquelle vous dormiez allait très certainement vous donner un torticolis. Et vos cernes prouvent votre besoin de sommeil. »

Ulquiorra ferma les yeux et soupira. Son regard se posa sur le plateau-repas intact qu'il avait apporté plus tôt.

« Mange plutôt que de t'occuper de moi, » dit-il plutôt.

Il vit qu'elle voulait répliquer, elle avait esquissé un geste mais finalement elle se ravisa et s'installa devant son repas et commença à manger lentement.

« Ulquiorra, puis-je vous poser une question sur les hollows ? » demanda-t-elle au bout de quelques instants de silence.

Il ne répondit pas, l'observant même pas, gardant son regard rivé sur le croissant de lune éternel à travers la fenêtre. Il savait que quand bien même, il allait lui dire non, elle poserait malgré tout sa question.

« Est-ce que vous avez d'autres besoins que celui de dormir ? »

Il se tourna vers elle. Il croisa son regard bleu-gris et n'y lut que curiosité.

« Tous les hollows ne peuvent pas dormir, » répondit-il au bout de quelques instants. « C'est propre aux arrancars, tout comme le besoin de se nourrir d'autre chose que de l'énergie spirituelle. »

« Vous aimez manger quoi, Ulquiorra ? Quel est votre plat favori ? »

'La tarte à la mélasse,' pensa-t-il.

Il n'allait pas lui donner une information aussi personnelle. Tant quelque chose d'aussi commun que le besoin de dormir, qu'elle avait par ailleurs déduit par son état de fatigue, et celui de manger ne le dérangeait pas, mais pas des choses aussi privées. Elle termina son repas en silence, un peu gênée d'avoir empiété sur sa vie privée.

Il la mena ensuite dans les couloirs vers la salle d'eau. Aizen avait refusé qu'elle ait une salle de bain à elle au cas où elle déciderait de se noyer volontairement. Alors, il la menait chaque matin pour se purifier. Il avait récupéré pour elle des vêtements qu'avaient faits les arrancars de rangs très bas, les serviteurs du château. Cette humaine ne pouvait pas décemment porter les mêmes vêtements. Ils commençaient à se salir et, à vrai dire, à sentir.

Il laissa l'humaine se prélasser et se détendre dans l'eau chaude et l'écouta distraitement chanter depuis de l'autre côté du paravent. Il était assis sur le rebord de la fenêtre, le menton appuyé sur sa main, observant le grand vent nocturne souffler en rafale sur les dunes blanches du Hueco Mundo. Il s'était encore plongé dans ses pensées, ne remarquant pas que l'humaine avait fini et qu'elle le regardait maintenant.

« D'où vous viennent ces marques sous les yeux ? Elles rendent votre visage si triste … »

Ulquiorra soupira et tourna son regard émeraude sur l'humaine. Il fut agréablement surpris par la différence. Tant les vêtements humains que portait Orihime Inoue en arrivant étaient banals et sans intérêts, mais maintenant qu'elle portait un haori et un hakama blancs, la tenue des arrancars, elle était encore plus belle à regarder. C'était fascinant.

« Voilà qui est inattendu, cela te va bien, » dit-il simplement pour entre autre éviter de répondre à la question, encore une fois, trop personnelle. Bien que pour celle-là, il n'avait pas vraiment de réponse à donner, il l'ignorait lui-même.

Elle rougit sous le compliment et passa un bras derrière sa tête et se la frotta en faisant un rire gêné.

'Oui, vraiment trop pure et naïve pour ce monde de désolation.'

Il la raccompagna dans ses quartiers et l'y laissa. Il voulait être seul pour réfléchir, loin de ses bavardages incessants, bien qu'elle fût plus calme comparé aux deux jours précédents, loin de l'effervescence quotidienne de Las Noches, loin de tout ce qui représentait un minimum de civilisation. Il voulait être seul et réfléchir sur ses rêves et sur les paroles d'Harribel.