Des intrus au Hueco Mundo
Ulquiorra avait une fois encore son sommeil agité, il était allongé sur le dos dans son lit, la couverture lui couvrant la moitié du torse. Il respirait rapidement, en proie à d'horribles cauchemars qui lui semblaient tellement familiers.
Harribel était entrée dans sa chambre pour venir le chercher. Sur ordre d'Aizen, tous les Espadas devaient se rassembler sur le champ. Comme ses quartiers étaient proches de ceux du cuarto et qu'elle était au courant pour ses soucis de sommeil, elle était venue vérifier qu'il était bien sur le chemin. Et elle avait bien fait. Elle voyait Ulquiorra en sueur, gémissant et s'agitant dans son lit. Elle s'approcha de lui et le secoua pour le réveiller.
« Ulquiorra, debout ! C'est qu'un cauchemar ! Ulquiorra, rév…. ! »
Ulquiorra se réveilla en sursaut et l'attaqua par réflexe, elle n'eut aucun mal à le maîtriser et le mettre à terre. Il haletait encore de son sommeil agité, les yeux hantés par les rêves horribles dont elle venait de l'arracher. Elle le vit toutefois reprendre progressivement ses esprits et elle le relâcha.
« Tu ferais bien de te préparer rapidement, Aizen nous veut tous dans la salle du trône au plus vite. Il y a des intrus. »
A la dernière phrase, Ulquiorra leva brusquement la tête et lui fit signe qu'il avait compris.
« Donne-moi cinq minutes. »
Il fonça dans sa salle de bain se rafraîchir tandis qu'Harribel sortait et attendait l'arrancar.
« Des intrus ? » demanda-t-il en sortant.
« Oui. De ce que je sais, le vingt-deuxième sous-terrain s'est effondré. Dépêchons-nous. »
« Ce n'est pourtant pas la porte à côté, » remarqua le cuarto en emboîtant le pas à la blonde.
Ils rejoignirent rapidement les autres espadas de quelques sonidos. Ils commençaient à entrer dans la salle, chacun à sa place. Harribel et Ulquiorra s'installèrent à la leur. Ils discutaient tous de l'intrusion en attendant que le Maître Aizen n'arrive.
« Le vingt-deuxième ? Alors ces intrus sont encore très loin d'ici, » fit un espada.
« C'est bien dommage, cela aurait été beaucoup plus amusant s'ils étaient arrivés directement dans la salle du trône, » répondit un autre.
« Yaaa-aah ! On se serait bien amusé ! » s'exclama Noïtra, le cinquième espada.
« Un peu de silence, je tombe de sommeil, » rouspéta Starck, le primera.
'Tu n'es pas le seul à être fatigué, alors arrête de te plaindre !' soupira Ulquiorra intérieurement en jetant un regard noir au primera. Il remarqua toutefois le regard d'Harribel l'enjoignant à bien garder sa remarque de côté, comme si elle savait ce qu'il pensait en ce moment même.
Elle commençait à vraiment trop bien le connaître ces derniers temps … Il se confiait aussi beaucoup à elle pour ce qui était de ses rêves et de ses cauchemars pour essayer de comprendre, et elle ne le jugeait pas.
« Alors, s'il vous plait, je voudrais un peu de calme, » continua Starck de sa voix ensommeillée.
Ils étaient tous les dix autour de la table à attendre l'arrivée d'Aizen, Gin et Tosen, les shinigamis qui avaient pris le contrôle de Las Noches. Ces derniers arrivèrent quelques minutes plus tard.
« Je vous salue, mes très loyaux et chers Espadas, » dit Aizen en entrant dans la salle. « Nous sommes attaqués mais prenons d'abord une tasse de thé. »
Ulquiorra vit certains, dont Grimjow, se tendre face à la proposition de boire une tasse de thé alors qu'il y avait des intrus dans le Hueco Mundo. Il fallait plutôt aller les attaquer et les éliminer. Le cuarto soupira mais accepta la tasse de thé – anglais, je vous prie ! – que lui servit un serviteur et en but quelques gorgées. Le liquide brûlant dans sa gorge le réveilla un peu plus et lui fit beaucoup de bien.
« Tout le monde a eu sa tasse de thé ? » demanda Aizen au bout de cinq minutes. « C'est très bien. Maintenant je veux toute votre attention. Kaname, enclenche la présentation. »
« Bien, » fit le superviseur Tosen en enclenchant un levier.
Un projecteur holographique s'alluma sur la table. Ulquiorra regarda attentivement les images en écoutant Aizen.
« Il y a trois intrus : Uryu Ishida, Yasutora Sado, Ichigo Kurosagi. »
'Voilà qui n'est vraiment pas une surprise. C'était à prévoir,' pensa Ulquiorra bien qu'avec une pointe de colère qu'il ne s'expliquait pas.
Grimjow eut une réponse bien plus émotive : surprise. Aizen le remarqua mais n'en dit rien. Ulquiorra regarda la projection du roux qui courrait vers le château de Las Noches pour sauver Orihime Inoue, sa captive depuis maintenant une quinzaine de jours. Il finit malgré tout par détourner son regard de la visualisation, elle ne lui apporterait rien de plus qu'il ne savait déjà.
« C'est une blague ? » demanda Barragan, le deuxième espada. « Je m'attendais à mieux que cela quand tu as dit que nous étions attaqués. Ce ne sont que des enfants. »
« Je suis d'accord, » ajouta Szayel, l'octavo. « C'est ridicule, il n'y a aucun danger. »
« Ne les sous-estimez pas, » dit Aizen en posant sa tasse. « Ce serait une erreur. Une grave erreur. D'autres l'ont faite et l'ont regretté. Ces humains ont réussi à quatre à s'introduire dans la Soul Society et à mettre en échec les treize divisions de la Cour. »
« Ils étaient quatre, pourtant je n'en vois que trois, » fit le septième espada. « Mais où est passé le quatrième ? »
« C'est Orihime Inoue. »
« Ah ! » comprit Noïtra. « Ils sont venus sauver leur petite copine. C'est quoi le problème ? Ils ont l'air faibles. »
« Tu étais entrain de dormir ou quoi ? » lui demanda Harribel de sous sa veste. « Maître Aizen viens de nous dire de ne pas les sous-estimer. »
« Eh bien, qu'est-ce qui t'arrive, vieille branche ? » demanda à son tour le cinquième espada avec un mauvais sourire. « Je te sens tendu tout d'un coup. Aurais-tu peur ? »
« Pardon ? » La voix du Tercera se fit glaciale.
C'est à ce moment-là que Grimjow frappa du plat de la main sur la table et se leva pour quitter la salle, attirant sur lui tous les regards.
« Où vas-tu, Grimjow ? » demanda Tosen.
« Je vais les tuer. Il faut savoir exterminer les cafards à partir du moment où ils deviennent visibles. »
« Maitre Aizen n'en a pas encore donné l'ordre Grimjow… Assieds-toi, » ordonna Tosen.
« C'est justement pour Maître Aizen que je vais les écraser. Je n'ai pas besoin d'avoir des ordres, » s'énerva l'espada aux cheveux bleus.
'Il va encore s'attirer des ennuis,' soupira Ulquiorra en buvant encore un peu de son thé.
« Grimjow, » fit Aizen.
« Oui ? »
« J'apprécie ton attention mais je n'ai pas encore fini de parler. Peux-tu revenir te rasseoir ? »
Grimjow resta immobile à regarder le dos d'Aizen. La voix de ce dernier restait mielleuse mais sous la surface suintait le venin d'un serpent vicieux.
« Alors ? Je n'ai pas entendu ta réponse Grimjow Jaggerjack. »
Aizen libéra une partie de sa pression spirituelle. Ulquiorra sentait que ce n'était qu'une infime mais c'était écrasant. Grimjow s'agenouilla au sol sous la pression, haletant. Le cuarto se demandait qu'elle était la puissance réelle de son maître, il ne l'avait encore jamais sentie, sa nature de hollow voulant savoir si oui ou non, il devait rester sous le joug de ce shinigami. Un hollow ne supporte pas d'être sous le joug d'une créature plus faible que lui. Il s'était entraîné et avait découvert un nouveau pouvoir qu'il n'avait encore montré à personne en attendant de voir la suite des événements. Et pour l'instant, le moment n'était pas encore venu.
Aizen relâcha la pression et libéra Grimjow de son emprise.
« Bien. Je vois que tu as compris. »
'En même temps, tu ne lui as pas laissé le choix. Je me demande qui entre toi et Voldemort est le pire …. Voldemort ? C'est qui cette personne ? Et pourquoi je pense à ça maintenant ?!'
« Chers Espadas, » continua Aizen en se levant. « Comme vous le savez maintenant, nous avons trois ennemis. Il serait déraisonnable de les sous-estimer. Pour autant, il n'y a pas de quoi s'affoler. Vous allez regagner vos quartiers et vous comporter comme si de rien n'était. Ne soyez pas impatients. Attendez tranquillement que l'ennemi vienne à nous et ne vous inquiétez pas, quoi qu'il advienne, tant que vous serez avec moi, rien ne nous arrêtera. »
'Voldemort aussi disait ça …' soupira Ulquiorra. Il soupira une deuxième fois pour sa nouvelle remarque. Il en avait marre et il était épuisé.
Aizen les congédia et il partit vers ses quartiers, suivi d'Harribel. Elle le rattrapa au détour d'un couloir et l'enjoignit à la suivre. Il fronça légèrement les sourcils, voulant rentrer dans ses appartements pour espérer se rendormir, mais il lui emboîta malgré tout le pas. Elle mena jusqu'à ses propres appartements.
« Dors, ici, » lui dit-elle en lui montrant le canapé. « Si il y a quoi que ce soit, je te lèverai. Tu tombes de sommeil toi aussi. »
« J'étais si ouvert que cela. »
« Non, mais j'ai appris à lire en toi, Ulquiorra, » répondit Harribel en lui lançant une couverture. « Dors. Je te lèverai vers dix heures pour que tu t'occupes de l'humaine. En attendant, essaie de récupérer un peu. Avec ces intrus, mieux vaut être au meilleur de sa forme, même si a priori ils ne sont pas dangereux. »
Ulquiorra hocha la tête et s'allongea sur le canapé. Il ferma les yeux et, épuisé, s'endormit rapidement.
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« Harry, maman t'aime, papa t'aime. Harry, tu es tellement aimé. Harry soit fort. »
Bruit d'une explosion. « AVADA KEDAVRA ! » hurla une voix d'homme familière et glaciale.
« T'AS UN PROBLEME, SUNSUN ? » hurla Mila Rose, la Fraccion d'Harribel, réveillant Ulquiorra en sursaut.
« Oui, toi cervelles de babouin. »
« Arrêtes de siffler et dis clairement ce que tu penses ! »
« Elle vient de le faire Mila Rose, » maugréa Ulquiorra qui sentait poindre le mal de tête avec ces hurlements. « Et si tu arrêtais de crier, il y en a qui dorme. »
« Juste toi, cuarto, » ricana Apache, l'autre Fraccion d'Harribel, se coltinant un regard noir d'Ulquiorra et de sa bienfaitrice.
« Tu peux me comprendre ? » demanda Sunsun en fourchelangue.
« Bien sûr. »
« Et c'est ça, faites un concert de sifflements pendant que vous y êtes ! » s'exclama Mila Rose en colère.
« Si tu n'as pas reçu le don de fourchelangue, ce n'est pas mon problème, arrancar, » répliqua Ulquiorra en se massant la tempe. L'autre était inaccessible sous son masque. « Et par Salazar, arrêtes de hurler ! C'est très désagréable et indigne d'une dame ! »
Il se leva et quitta la pièce en maugréant sous les regards étonnés de Mila Rose et d'Apache qui ne l'avait jamais vu perdre son sang-froid de la sorte, de Sunsun, curieuse de rencontrer un parleur, et inquiet d'Harribel. Elle se promit de le laisser dormir si nécessaire et d'aller s'occuper elle-même de l'humaine. Ulquiorra avait vraiment besoin de repos.
Il marcha jusqu'à ses propres appartements et s'effondra sur son lit. Il se réveilla quelques heures plus tard, frais et dispo. Il remarqua tout de suite la présence étrangère dans sa chambre.
« Puis-je savoir ce que tu fais ici, Sunsun ? »
« Maitresse Harribel m'a demandé de t'avertir qu'elle portait de la nourriture à l'humaine. Elle voulait te laisser dormir. »
Ulquiorra soupira mais ne dit rien. C'était prévenant de la part d'Harribel. « Merci, » siffla-t-il après quelques secondes.
« Est-ce que cela te dérange si je te parle dans ma langue, beau parleur ? »
« Tant que tu ne m'appelles pas comme cela, tu peux me parler en fourchelangue autant que tu veux, » fit Ulquiorra en sortant un nouveau hakama et un haori. « Vas prévenir Harribel que je vais arriver. »
« Oui, Espada. »
Et elle sortit de son pas glissant, sans un bruit. Ulquiorra se rafraîchit rapidement et sortit pour rejoindre les appartements d'Orihime Inoue. Il la retrouva en grande discussion avec Harribel sur les garçons.
'Voilà qui est un sujet dont je me serais bien passé,' pensa-t-il en se frottant les yeux.
« Bonjour, Ulquiorra, » fit Orihime en s'inclinant. « Dame Harribel m'a dit que vous ne vous sentiez pas très bien et que vous souhaitiez vous reposer. J'espère que vous vous sentez mieux maintenant. »
« Oui, » répondit-il simplement en s'installant dans le fauteuil libre, en face d'Harribel qu'il salua d'un mouvement de tête.
« Tu as en effet meilleure mine, Cuarto, » dit-elle en se levant. « Viens Sunsun, rejoignons Mila Rose et Apache. Elles doivent certainement encore essayer de s'entre-tuer. »
« En même temps, laissez un lionne avec une biche, il y aura forcément un problème, » soupira l'arrancar-serpent.
Elles quittèrent la pièce en laissant Ulquiorra et Orihime dans un silence calme, apaisant, pour une fois. Il en était étonné. Elle le dérangeait de moins en moins avec ses bavardages incessants. Posant juste quelques questions par jour et s'arrêtait quand elle le sentait s'énerver. Il avait en effet les nerfs à fleur de peau depuis que ses mauvais rêves l'empêchaient de dormir correctement. Il en était que plus irritant et froid que d'habitude, alors qu'il montrait en général un visage ennuyé et indifférent.
Orihime se tenait debout devant la fenêtre haute et observait le croissant de lune sur le ciel sombre du Hueco Mundo. Il la regarda en silence, appréciant la quiétude du moment. Il en aurait plus avant un moment avec ce Kurosaki qui venait de débarquer sur leurs terres. Cela allait mettre le palais sans-dessus, dessous. Cela avait même déjà commencé, Ulquiorra en était certain.
« Est-ce qu'Harribel t'a mise au courant des dernières nouvelles ? » demanda-t-il doucement au bout d'un long silence.
« Oui, » l'entendit-il murmurer. « Ichigo et les autres sont venus me chercher. »
« Et qu'en penses-tu, Femme ? »
« Qu'ils n'auraient pas agi autrement, » répondit-elle en se retournant.
Ulquiorra plongea son regard émeraude dans les pupilles bleues grises de sa captive. « Que comptes-tu faire s'ils arrivent ici ? »
« Ne pas les suivre. Si … si je reste auprès d'Aizen, si je le sers, il pourrait être clément avec mes amis et les laisser repartir. »
Sa voix s'était brisée tandis qu'elle serrait ses bras tout contre elle pour se réconforter. Ulquiorra la vit éclater en sanglots. Les premiers vrais sanglots depuis qu'elle était à Las Noches. Il la vit s'agenouiller sur le sol, dans son coin. Il hésitait. Il hésitait entre partir et la laisser se calmer comme le ferait n'importe quel geôlier, ou la réconforter comme le ferait n'importer quel ami ou protecteur.
'Ami ? Protecteur ? Depuis quand est-ce que je me considère ainsi auprès d'elle ?'
Il soupira à l'énième énigme qu'était sa propre personne et se leva. Il attrapa un plaid sur le canapé et le posa sur les frêles épaules d'Orihime.
« Tu as beaucoup de cran et de courage pour te sacrifier ainsi pour tes amis, Femme. Tu m'impressionnes, » dit-il simplement.
Il la releva et la mena au canapé le plus proche. Elle se blottit contre son torse et il la laissa pleurer de tout son saoul. Il s'étonnait qu'elle n'ait pas pleuré plus tôt. Il lui frotta distraitement le dos en regardant dans le vide, se plongeant une fois encore dans ses pensées bien que tourné vers son comportement envers Orihime ainsi que ses impressions de cette dernière.
Pourquoi agissait-il ainsi ? Il était un arrancar, un hollow, un monstre dénué d'émotions si ce n'est le désespoir … Et pourtant, depuis qu'elle était là, il avait commencé à en éprouver d'autres : la peur, la pitié, la colère, la surprise, l'admiration, la gratitude, l'amusement, … Que lui arrivait-il ? Est-ce que le fait d'être un arrancar permettait de ressentir un panel plus diversifié d'émotions ?
Il la sentit poser sa tête sur ses genoux et il posa son regard sur la jeune fille aux cheveux roux. Elle s'était endormie, épuisée par sa crise de larmes. D'une main, qu'il ne se savait pas capable d'être aussi douce, il cueillit les quelques larmes qui coulaient encore et frotta lentement ses joues dans un geste qu'il espérait rassurant.
« Un si beau visage ne devrait pas être recouvert de larmes, » murmura-t-il, trop bas pour qu'elle ne l'entende. « Je suis bien assez triste pour deux. »
Il resta là un moment à veiller sur son sommeil, n'ayant pas grand-chose d'autre à faire à part réfléchir et s'occuper d'elle, Aizen ayant ordonné d'agir comme d'habitude. Alors il attendait et réfléchissait, que ferait-il quand les amis d'Orihime arriveraient ici ? Les ordres d'Aizen étaient de les éliminer une fois qu'ils arrivaient ici, mais tuer ce Kurosaki, ainsi que tous les autres ferait de la peine à l'humaine. Avant, il n'aurait pas hésité une seule seconde à tuer, mais maintenant, avec tous ces sentiments qui l'habitaient, il en était moins sûr. Il devait réfléchir. Et à beaucoup de choses finalement...
