Le Hogyoku
« Tu es de retour, Ulquiorra, » ricana Aizen. « N'as-tu donc rien compris ? »
« Si, justement, » siffla l'arrancar. « Et c'est justement parce que j'ai compris que je vais te vaincre ! »
Le rictus mauvais du monstre se figea alors qu'il fixait Ulquiorra. « Tu crois pouvoir me vaincre ? »
« J'en suis persuadé. »
« Dans ce cas, prouve-le, » fit-il en le repoussant. « Joue tes cartes. Je ne crains absolument rien. Je vous battrai tous car je vous suis supérieur ! Mais je vous laisse tenter votre chance pour pouvoir voir ensuite le désespoir dans votre regard. »
« Sauf que tu oublies une chose, Aizen ! » claqua Ulquiorra. « Je suis l'Espada du désespoir ! Ce sentiment ne m'atteint pas de la même manière que les autres ! Je le contrôle et je l'inspire à mes ennemis ! Et aujourd'hui, Aizen, c'est toi mon ennemi ! »
Tout en disant cela, le Primera avait tendu le doigt et lancé son cero obscuras sur le monstre. On ne pouvait plus vraiment catégoriser Aizen de shinigami, pas avec la pression spirituelle monstrueuse qu'il avait en lui et ce regard violet intense. Il fit réapparaître sa plus puissante lance et l'envoya sur son adversaire à bout portant. Aizen ne put l'esquiver et se la prit de plein fouet. Ulquiorra se stabilisa le plus vite possible avec ses ailes alors qu'il était propulsé par le souffle de la déflagration. Sa lance était vachement puissante et meurtrière.
Il fonça rapidement, usant du sonido, pour se rapprocher du monstre et lui planta une nouvelle lame d'énergie dans son torse déjà endommagé, qu'il n'avait pas encore eu le temps de régénérer. L'arrancar posa ensuite sa main sur le hogyoku et insuffla de son énergie et, fort de son désir et de sa volonté, il arracha la perle du corps d'Aizen avec ses griffes. Il s'éloigna immédiatement du monstre. Ce dernier, même si le hogyoku n'était plus dans son corps, en possédait toujours les pouvoirs et se régénéra rapidement et prit une nouvelle forme. Ailée cette fois. S'il n'était pas aussi mauvais, Ulquiorra aurait dit qu'il s'était transformé en fée.
L'arrancar serra le hogyoku dans sa main tout en continuant d'y insuffler et sa pression spirituelle et son désir le plus profond. Il fut rejoint rapidement par Starck, Harribel, Grimjow, Ichigo Kurosaki et Ichimaru Gin.
« Tu as réussi, Ulquiorra, » ricana Grimjow avec un sourire carnassier.
« Pas encore, » fit le Primera. « Il en a toujours le plein contrôle. J'arrive à le sentir. »
« Naturellement que j'en ai le contrôle, je suis son maître, Ulquiorra. J'ai soumis le hogyoku pour qu'il réponde à mes désirs. Et tu ne pourras jamais en faire autant. Vous êtes tous faibles et insignifiants. »
« La ferme, face de serpent ! » cracha Ulquiorra. « Garde ton venin pour les faibles d'esprit ! »
Il augmenta encore sa puissance spirituelle et l'insuffla dans la pierre.
« Tu crois que c'est comme cela que tu vas y arriver ? » demanda Aizen en s'approchant lentement. « Tu n'auras jamais la volonté de le soumettre parce que tu ne désires rien. Tu es le vide, Ulquiorra Schiffer ! C'est ton essence même. »
« C'est devenu mon essence car j'ai perdu la mémoire et que j'étais seul lors de ma transformation en hollow ! Il y a de quoi être désespéré. »
« Et maintenant, tu as de l'espoir ? » fit le monstre, étonné. Il révéla encore cet horrible rictus qu'Ulquiorra avait envie d'arracher. « Laisse-moi rire. »
« Si cela peut te faire plaisir. »
« Je n'en crois pas un mot. »
« Crois ce que tu veux, Aizen, » répliqua Ulquiorra avec force. « Je me souviens maintenant pourquoi je suis devenu un hollow. »
« Ah vraiment ? Dis-moi pourquoi ? » fit le monstre, curieux.
« Par amour. Je me suis sacrifié pour sauver l'un des miens. La douleur me l'avait juste fait oublier. »
« L'amour ? Cette chose humaine si inutile et insignifiante ? »
Aizen partit dans un rire démoniaque, ce qui fit bouillir le Primera de l'intérieur. Il vit le monstre pointer son Zanpakuto vers lui. Il serra la mâchoire et se mit à murmurer à mesure qu'il ramenait à son esprit les visages qui étaient apparus de plus en plus souvent.
« Grimjow, Harribel, Starck, Noitra, Orihime, Ichigo, Hermione, Ron, Ginny, Luna, Neville, Sirius, Remus, Fred, George, Seamus, Dean, Cho, professeur McGonagall, professeur Dumbledore, Mrs Weasley, Mr Weasley, Tonks, professeur Maugrey, … »
Ses camarades le regardèrent en s'attendant à recevoir un ordre de leur roi. Ils furent surpris de l'entendre énoncer des noms. Tout simplement.
« Qu'est-ce qui lui arrive ? » demanda Ichigo.
Personne ne répondit à sa question car personne n'avait de réponse. Ulquiorra avait la main qui tremblait alors que ses doigts étaient serrés autour du Hogyoku. Une aura vert émeraude commença petit à petit à se dégager de lui. L'arrancar sentit la coque autour de la perle céder et l'énergie du Hogyoku l'envahir dans tout son être.
« NON ! » hurla Aizen en fonçant droit sur lui. « Je ne te laisserai pas faire ! »
Tous foncèrent sur le monstre sauf Ulquiorra qui tombait au sol, le souffle coupé par la puissance de la perle. Il se plongea en elle et alla sans s'en rendre compte dans son monde intérieur. Sauf que ce dernier avait changé.
Ulquiorra se releva dans une salle immense et vide. Il y avait quatre longues tables parallèles et au fond, une estrade sur laquelle il y avait une cinquième table. Il y avait derrière quatre immenses sabliers contenant des gemmes différentes : des émeraudes, des rubis, des saphirs et des diamants jaunes. Il y avait de grandes baies vitrées qui laissaient passer la lumière du jour.
« Ulquiorra ? » fit la voix de Murciélago derrière lui.
L'arrancar se retourna. Il vit en effet son zanpakuto. Il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau quand il prenait sa forme finale. Les ailes membraneuses d'un noir d'encre, semblables à celles d'une chauve-souris, les cornes sur la tête, la queue, la peau à moitié recouverte d'une fourrure épaisse et noire.
« Oui, Murciélago. Qui d'autre veux-tu que ce soit ? »
« C'est juste que je ne t'ai pas reconnu. »
Le regard de son Zanpakuto tourné vers son apparence fit froncer les sourcils de l'arrancar. Il baissa les yeux sur corps. Il ne portait pas sa tenue habituelle. Il portait un pantalon noir ainsi qu'une chemise blanche, un gilet sans manche sous une sorte de robe noire. Il portait également une cravate rouge et or et il avait un écusson dans les mêmes couleurs sur lequel un lion était représenté. Il regarda ses mains. Elles étaient moins pâles, plus de couleur chair, elles semblaient … vivantes.
« Et tu n'as plus ton masque non plus, » fit Murciélago. « Tes cheveux sont plus courts, tes yeux ont la même nuance de vert mais la pupille est ronde. Tu portes des lunettes aussi. Et tu as toujours cette cicatrice sur le front. »
Ulquiorra digéra l'information et continua à regarder autour de lui. Cet endroit lui était familier et pourtant tellement étranger.
« Que s'est-il passé ici ? Où sont les dunes du Hueco Mundo ? »
« Je ne sais pas. Le terrain a commencé à changer progressivement il y a quelques temps. D'abord c'était de petits détails puis le château est apparu et il y a même pas une heure, le jour s'est levé. »
« C'est sans doute ma mémoire qui en est la cause, » réfléchit le Primera.
« Alors où sommes-nous ? »
« Je ne me rappelle pas. »
« Vous êtes à Poudlard, » fit une grave et basse derrière lui.
Ulquiorra et Murciélago se retournèrent. Un homme d'une bonne trentaine d'années se tenait devant eux. Il était grand et mince et portait une robe et une cape noire qui lui donnaient une allure de chauve-souris à lui aussi. Son visage austère et froid était cireux et encadré par des cheveux gras et noirs. Il avait des yeux noirs et perçants et un nez crochu qui semblait avoir été cassé plus d'une fois.
« Et vous êtes ? » demanda Ulquiorra
« Ne vous foutez pas de moi, Mr Potter ! » claqua la voix de l'homme. « Et je ne dois certainement pas vous rappeler que vous devez dire professeur ou monsieur quand vous vous adressez à moi ! »
En entendant le nom de Potter et la voix désagréable de l'homme, Ulquiorra porta la main à sa tête en gémissant. Des centaines d'images, de souvenirs revinrent à l'avant de sa mémoire, en bloc, lui causant une migraine atroce. Il s'effondra à genoux sur le sol, tremblant, devant l'homme vêtu de noir. Murciélago s'agenouilla à ses côtés en criant son nom.
« Ulquiorra ! Ulquiorra, est-ce que ça va ? »
Mais l'arrancar ne répondit pas, tourné vers ses souvenirs. Il se voyait dans cette même salle, entouré de nombreux élèves de l'école, il venait d'être réparti à Gryffondor, la maison du lion. Il se voyait dans une salle de classe en compagnie de ce même homme froid et glacial avec d'autres élèves penchés sur des chaudrons. Il se voyait sur une estrade face à un blondinet qui le menaçait avec un serpent et il croisait à nouveau le regard onyx de ce même homme. Il se voyait dans son bureau à récurer des chaudrons ou à copier des lignes, ou même encore à subir des incursions mentales. Il se voyait dans la cabane hurlante avec cet homme, Sirius et Remus et ses deux meilleurs amis. Et il en vit des centaines de souvenirs comme cela.
Il se releva quelques minutes plus tard, haletant et la tête en feu. Murciélago le soutenait. Ulquiorra se rendit compte que son Zanpakuto le tenait par la taille et qu'il avait un bras sur son épaule. Il reporta son attention sur l'homme vêtu de noir.
« Professeur Snape, » dit-il lentement.
« Bien mieux, Mr Potter. »
« Potter ? » fit Murciélago. « Ulquiorra, explique-moi. »
« Mon nom quand j'étais humain. Harry Potter. »
Ulquiorra assura son équilibre et s'écarta de son Zanpakuto. Il n'aimait pas paraître faible. Il n'avait jamais aimé cela. Même devant ses amis, il s'était toujours montré fort, cachant la plupart de ses faiblesses. Toutefois la présence du professeur Snape dans son espace intérieur l'intriguait surtout car c'était logiquement impossible. Cela devait être une illusion.
« Je sais que vous n'êtes pas vraiment là. C'est impossible que le professeur Snape se trouve dans mon monde intérieur. Vous devez être une manifestation de mon subconscient ou du Hogyoku. Je me demande juste pourquoi c'est votre forme qui est utilisée et pas une autre. »
« C'est votre tête, Mr Potter, » répliqua le Maitre des Potions. « Pas la mienne. Mais je vois que vous n'êtes plus tout aussi bête. On pourra peut-être faire quelque chose de vous. »
« Je vais me le faire, » siffla Murciélago.
« Non ! » intervint l'arrancar en lui retenant le bras. « Tu réagis comme je réagissais autrefois. Ne rentre pas dans son jeu. C'est puéril et inutile. » Il se tourna à nouveau vers l'homme. « Professeur, dois-je savoir quelque chose avant de repartir combattre Aizen ? »
« N'oubliez pas vos objectifs cette fois, Mr Potter, » conseilla Snape, le visage impassible.
« Jamais, professeur. Je n'oublierai plus jamais. »
Ulquiorra partit vers l'extérieur de la Grande Salle et se dirigea vers la sortie de Poudlard pour sortir de son esprit et combattre Aizen et le vaincre. Murciélago resta dans le château, le nouvel espace mental de son maître, bien plus accueillant et chaleureux que le précédent qui n'était que des dunes de sables sous une voûte sombre sans la moindre lumière. Juste le croissant de lune pour éclairer leurs pas. Une pâle copie du ciel du Hueco Mundo.
