Je ne suis plus tout à fait le même

« Et ces questions, » fit l'arrancar pour les faire réagir. « J'attends. »

Dumbledore intervint le premier. « Je crois que nous ferions mieux d'aller dans un endroit plus approprié. Allons dans mon bureau. »

« Il vaudrait mieux que j'aille chercher Nelliel, » fit Sunsun en sortant calmement.

Tout le monde lui jeta un regard horrifié.

« Ca marche. Guidez-vous avec votre pesquissa pour nous retrouver, j'augmenterai un peu ma pression. Mais attention ! Ce château est un vrai labyrinthe. »

« Oui, Espada. »

« Et je crois t'avoir déjà dit que tu peux m'appeler Ulquiorra ! Tu es une Espada toi aussi ! »

« Ulquiorra ? » fit Harribel qui regardait les humains. « Pourquoi ces humains vous regardent tous les deux comme si vous veniez de commettre un meurtre ? »

« Sans doute parce que l'on vient de parler Fourchelangue, » répliqua le Primera en haussant des épaules. « Ce n'est pas bien vu ici à cause de Salazar Serpentard et de son tout dernier héritier, Voldemort. Des mages noirs très puissants et dangereux. » Il sortit. « Je vous attends devant votre bureau, professeur. »

Ulquiorra et Harribel se dirigèrent calmement vers le bureau du directeur. La femme arrancar posait quelques questions sur le château, les tableaux et les cours qu'il y avit suivis, le Primera y répondit avec plaisir et aussi un peu de nostalgie. Ils croisèrent finalement l'esprit frappeur qui se faisait courser par une Espada aux cheveux turquoise qui riait aux éclats. En voyant Peeves en si mauvaise posture, Ulquiorra ne put qu'éclater de rire à son tour, surprenant le Tercera. Il en riait encore quand ils furent rejoints au pied de la gargouille par tout le petit monde sorcier.

« Qu'est-ce qui te fait rire ainsi ? » demanda Sirius.

« Peeves, » répondit l'arrancar. « J'ai vu Peeves complètement flippé parce que le Septimo l'a pris en chasse pour jouer. Juste un plaisir des yeux. »

Les deux derniers maraudeurs sourirent en échangeant un regard tandis que ses meilleurs amis le regardaient en se demandant comment ils avaient pu rater ça. Sunsun finit par arriver avec Nelliel qui ne semblait pas vraiment ravie qu'on l'ait coupé dans sa séance de jeu. Ulquiorra en fut peiné pour elle et lui dit qu'il avait bien ri du spectacle et qu'il reviendrait sûrement au château une autre fois et que l'esprit frappeur ne risquait pas de s'enfuir. Il y eut un hurlement de terreur alors que les Espadas montaient les escaliers en colimaçon en riant. Il semblerait que Peeves les ait entendus.

Ulquiorra tint la porte à ses camarades pour les laisser passer avant d'entrer lui-même et de fermer la porte. Il sourit en voyant les trois femmes Espadas immobiles à regarder partout autour d'elles. Le bureau n'avait pas changé. Exactement le même que dans ses souvenirs. La pièce était grande et belle, de forme circulaire. Il pouvait voir la nuit étoilée par les fenêtres. Sur les tables et les meubles, il y avait de nombreux instruments étranges en argent et en bronze qui bourdonnaient et vibraient en relâchant de petits nuages de fumée. Il y avait le bureau en chêne massif sculpté dont les pieds rappelaient les pattes d'un hippogriffe. Fumseck chantait doucement sur son perchoir en or. En un coup d'œil, le Primera repéra la pensine de Dumbledore dans un coin, le Choixpeau magique au sommet d'une étagère et l'épée de Gryffondor dans une vitrine. Un grand feu ronronnait dans la cheminée, diffusant une douce chaleur dans la pièce, et les murs du bureau étaient couverts de portraits d'anciens directeurs et directrices de Poudlard qui somnolaient dans leur cadre.

Dumbledore fit apparaître de nombreux sièges et tous s'installèrent. Sauf Snape qui restait encore et toujours, fidèle à lui-même, debout les bras croisés sur le torse. McGonagall fixait les lèvres pincées Harribel d'un œil désapprobateur. L'arrancar n'appréciait vraiment pas d'être regardée de la sorte. Encore moins par une femme.

« Vous avez un problème ? » demanda-t-elle, agressive.

« Calme-toi, Harribel, » ordonna directement Ulquiorra. « Elle ne fixe que ta tenue. Je t'avais dit de mettre quelque chose de plus décent justement pour éviter ça. »

« Je ne vois pas pourquoi je devrais m'habiller selon le gout des humains ! »

« Alors ne te plains pas de leurs regards d'envie pour certains … » Il fixait son meilleur ami Ron qui se ramassa un coup de coude dans les côtes. « … ou désapprobateurs pour d'autres. C'était à prévoir. Enfin, fais ce que tu veux. Sauf les tuer, cela va de soi. »

Les sorciers se tendirent sous la menace potentielle.

Ulquiorra s'assit sur un canapé, à côté de Sunsun et attendit que les questions arrivent. Se fut Hermione qui se lança la première.

« Qui nous a sauvé de Remus quand nous courions dans la forêt le soir de pleine lune en troisième année ? »

Le dit Remus pâlit à la révélation. Ulquiorra resta pensif quelques instants.

« C'est pas Buck ? L'hippogriffe de Hagrid ? Quand nous sommes retournés trois heures en arrière pour le sauver lui et Sirius et coincer Pettigrow au passage. Il a donné un sérieux coup sur la tête du loup. »

« Cela explique le mal de tête, » marmonna Remus en se frottant le front comme s'il ressentait encore la douleur.

Hermione sourit. Bonne réponse.

« Quel a été le premier cadeau que je t'ai offert, Harry ? » demanda Sirius.

« Un éclair de feu. Mais tu n'avais pas signé. Tu me l'as envoyé juste après que mon Nimbus 2000 a fait une malheureuse rencontre avec le Saule Cogneur. »

« La créature dans mon bureau la première fois que tu es venu me voir ? » demanda directement Remus avec un léger sourire.

« Un strangulot. »

Les deux maraudeurs, Ron et Hermione foncèrent sur Ulquiorra pour le prendre dans ses bras. Ce dernier qui s'y attendait se leva et les intercepta avec joie, un immense sourire sur les lèvres.

« Cet excès de mièvrerie est assez touchante, » fit la voix douce de Snape depuis son coin. « Mais je ne suis toujours pas convaincu de son identité. »

Il avait sorti sa baguette en bois d'ébène. Ulquiorra le vit et sortit immédiatement la sienne et se mit en position défensive.

« Je peux savoir ce que vous faites, professeur ? » demanda-t-il calmement.

« Je m'apprête à rentrer dans votre esprit pour m'assurer que vous ne mentez pas. »

« Je ne pense pas que cela soit une bonne idée, » répliqua le Primera en se redressant et baissant sa baguette. « Lors de ces derniers mois, j'ai vécu et subi de nombreuses choses. »

« Rien que je ne pourrais supporter, j'en suis sûr, » répondit le serpentard avec un sourire en coin.

« Vraiment ? Pourriez-vous supportez de voir ma propre mort ? Ma douleur ? Mon désespoir ? Je ne suis plus tout à fait le même, professeur. »

Ulquiorra regarda chaque sorcier dans les yeux. Ils étaient déstabilisés par ses propos.

« J'ai changé considérablement. Ma mort a été tellement douloureuse, pire même que le doloris, que j'en ai oublié mon identité pendant un temps. Je me suis forgée une nouvelle identité et je porte aujourd'hui le nom d'Ulquiorra Schiffer. »

« Qu'est-ce que tu racontes, Louveteau ? » demanda Sirius. « Tu es toujours en vie. Sinon tu ne serais pas devant nous. »

« Je dis la vérité, Sirius, » fit Ulquiorra en mettant ses mains dans ses poches. « Remus, je suppose que tu as remarqué que je n'ai pas la même odeur … Mon énergie est différente, plus puissante et brutale. Même avec ces corps artificiels, on ne peut pas totalement la dissimuler. Mon passage à travers le voile a été horrible. Et en arrivant de l'autre coté, j'ai su en me regardant que j'étais mort. Et puis la douleur est survenue et j'ai changé. Je suis à présent ce qu'on appelle un arrancar, un hollow évolué. Et c'est parce que je suis un hollow que je ne veux pas que le professeur Snape rentre dans ma tête. Merlin seul sait quels dégâts son esprit pourrait subir en visitant l'esprit d'un mort ! C'est trop risqué ! »

« Je ne crois pas un mot de ce que vous dites, jeune homme ! » claqua Snape. « J'ai horreur que l'on se moque de moi et la plaisanterie a assez duré ! »

La magie de l'homme était noire et suffocante, dangereuse pour la plupart des personnes dans la pièce. McGonagall avait fait un pas en arrière avec ses trois lions pour les protéger, Sirius et Remus avaient dégainé leur baguette et menaçaient le serpentard et Dumbledore et les quatre arrancars de la pièce restaient immobile et observaient.

Ulquiorra soupira. « Je me demande par quel miracle, c'est vous entre tous que mon subconscient a choisi pour me guider et me rendre la mémoire, » dit-il au bout d'un moment en se pinçant l'arête du nez. « Comment vous, professeur, alors que vous avez été un parfait connard avec moi dès l'instant où l'on s'est rencontré, vous avez pu être choisi par mon subconscient à la place de mes proches ?! En quoi avez-vous plus marqué ma vie que les autres, Snape ?! Vous n'êtes que la chauve-souris des … cachots. »

Il avait monté la voix et la pression spirituelle en s'avançant vers l'homme vêtu de noir. Ce dernier s'était écrasé sous sa puissance, comme tout le monde dans la pièce à l'exception des arrancars. Mais en disant la dernière phrase, il avait peut-être compris quelque chose.

« Ulquiorra ? » fit Harribel. « Quelque chose ne va pas ? »

« Non, ça va, Harribel, » répondit plus calmement le Primera. « Je viens de me rendre compte d'une chose. »

« Quoi donc ? »

« Ma Résureccíon. Elle… Elle ressemble par certains aspects à une chauve-souris. » Il grogna de frustration. « C'est pas vrai, j'aurais pu être n'importe quoi ! Un chien, un loup ou même un cerf et il a fallu que je sois une foutue chauve-souris ! »

Il sortit en trombe du bureau directorial, trop vite pour qu'un simple humain puisse le voir et même l'arrêter.

« Tu es content de toi, Servilus ? » cracha Sirius en sortant à son tour. « Harry revient et voilà comment tu le traites ?! »

Remus le suivit ainsi que tous les autres gryffondors de la pièce à l'exception de Dumbledore qui se rapprocha du Serpentard. Ce dernier se leva péniblement.

« Nous ferions mieux de le suivre, les filles, » fit Harribel en sortant à son tour.

Elles descendirent les escaliers et virent le petit monde qui les avait précédées autour d'un corps. Deux étaient agenouillés devant et criaient le nom d'Harry. La troisième Espada soupira.

« Ne vous fatiguez pas. Ce n'est qu'une coquille vide. Un gigai. Ulquiorra a préféré s'en débarrasser pour partir plus rapidement. »

« Donc, il n'est pas … » commença la jeune brune du nom d'Hermione avant de s'interrompre en voyant le corps de son ami, sans vie, les yeux ouverts dans le vide.

« Dans le sens où vous l'entendez, Harry Potter est bien mort il y a plus d'un an. Mais dans le sens où nous l'entendons, Ulquiorra est vivant. »

« Il n'est pas encore né celui qui pourra le tuer, » commenta Nelliel. « Il est d'une puissance … »

« Assez fort pour vaincre Voldemort ? » demanda Dumbledore qui arrivait avec Snape juste derrière encore légèrement tremblant par la pression spirituelle qui l'avait écrasée.

« Cela dépend de qui est ce Voldemort, » répondit Harribel alors qu'elle remarquait que tout le monde avait un frisson à ce nom.

Une odeur de peur se diffusa dans l'air. Les arrancars échangèrent un regard. La troisième Espada se souvint de certaines discussions avec Ulquiorra. Il y avait un humain qui l'effrayait dans ses rêves. Il n'avait jamais dit son nom mais peut-être était-ce cet homme.

« Voldemort est le plus grand mage noir de notre siècle et un meurtrier en puissance, » expliqua Dumbledore. « Harry était supposé se battre contre lui et le vaincre pour nous. Il devait sauver le monde sorcier. »

Les yeux verts d'Harribell se mirent à étinceler dangereusement. « Etes-vous en train de me dire que vous aviez mis le destin de votre monde sur les épaules d'un enfant ? »

Le visage du vieil homme s'assombrit par un voile de tristesse. « C'est ce que dit la prophétie. »

« Eclairez-moi, » fit-elle en avançant d'un pas. « Je suis du genre à accepter les sacrifices mais pas quand c'est du suicide pur et simple ! Encore moins quand il s'agit de celui d'un enfant ! »

Dumbledore soupira mais leur répéta la prophétie. « Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois... » Il soupira à nouveau. « Savez-vous où il pourrait aller ? J'aimerais lui parler. »

Les arrancars échangèrent encore un regard. Puis, Harribel prit le gigai d'Ulquiorra par le col et le tira sans ménagement derrière elle en se guidant de son pesquissa pour retrouver le Primera. Elle ne prit aucun compte des cris d'indignation des humains pour le traitement qu'elle donnait au corps artificiel. Ce n'était qu'une enveloppe vide ! Ils reprirent le chemin de la Grande Salle. Ils retrouvèrent Ulquiorra à la table des Gryffondor en train de savourer un bon morceau de tarte à la mélasse. Harribel jeta le gigai à ses pieds et s'assied à côté de l'arrancar. Sunsun s'installa en face.

« Ulquiorra, est-ce que je peux retourner m'amuser avec le gamin espiègle ? » demanda Nelliel avec un immense sourire.

« Si cela peut te faire plaisir, » répondit-il après avoir avalé sa bouchée.

« SUPER ! » fit-elle en courant vers l'extérieur de la pièce en sautillant.

« Peeves va vraiment passer une sale journée, » commenta le Primera en se servant une nouvelle part de tarte. « Enfin, pour une fois que c'est lui qui en prend plein la tronche … »

Dumbledore se rapprocha des femmes arrancars. « Excusez-moi très chère mais où est Harry ? J'avais cru comprendre que vous nous mèneriez à lui. »

« Concentrez-vous sur les particules d'énergie spirituelle et vous pourrez le voir, » répondit Harribel en se servant à manger.

« Vous vous moquez de nous ? » demanda le rouquin de la bande sans remarquer le verre de jus de citrouille s'élever et se vider. Il se passait des choses étranges à Poudlard tous les jours alors une de plus ou de moins …

« Harry, j'aime bien ta nouvelle coupe, » fit Luna de sa voix rêveuse en s'installant à coté de Sunsun. « C'est la nouvelle mode ? »

« Bonjour Luna, » répondit Ulquiorra. « Cela fait plaisir de te revoir. Non, c'est juste mon masque qui est comme ça. »

« Cela te va bien. Cela te rend plus intimidant qu'avant. Et plus beau. »

La remarque fit sourire l'arrancar. C'est vrai qu'il ressemblait beaucoup moins à cet enfant faible et maigre qu'il était autrefois. Il avait gagné en force, en puissance et en maturité. Il analysa la pression spirituelle de son amie, elle était légèrement différente que la plupart des sorciers. Cela pouvait expliquer qu'elle le voyait parfaitement et pas les autres.

« Au fait, Harry, peut-être que tu pourras m'éclairer. »

Ulquiorra releva la tête.

« Ta tenue me fait penser à celle d'une femme qui passe très souvent ici. Elle porte le même type de tenue mais en noir et avec une épée du même genre que la tienne. »

« Cette femme est une shinigami. Une âme psychopompe. Elle guide les âmes des morts vers la Soul Society et tue les êtres comme nous pour nous purifier et nous envoyer ensuite à la Soul Society ou en Enfer en fonction de notre vie humaine. » Il mâcha pensivement un morceau de sa tarte. « Elle vient souvent ici ? »

« Oui, au moins une fois tous les quinze jours. Un peu plus régulièrement depuis le début de la guerre. Mais elle ne s'approche pas vraiment de nous. »

« Cela ne m'étonne pas, » répondit Ulquiorra. « Ils n'ont pas vraiment le droit d'interagir avec les humains. La seule exception connue est le shinigami suppléant de Karakura et ses amis. »

« Et si tu retournais dans ton gigai, Ulquiorra. Ces humains s'impatientent quelque peu. »

Ulquiorra sauta directement dans le gigai et se releva pour vite finir sa part de tarte. Sirius, au lieu de retourner à la table des professeurs où était sa place, s'installa à côté de son filleul et Remus à coté de Luna. Cette dernière se leva pour laisser sa place à un Gryffondor, Hermione, et retourna à sa table. Le Primera se retrouva bien rapidement avec le bras de son parrain sur son épaule. Il revoyait l'éclat joyeux et maraudeur dans ses yeux gris et il en était heureux.

Le professeur Dumbledore voulut parler à Harry à propos de Voldemort mais il fut vite coupé par des regards noirs le fusillant. Le jeune homme revenait de loin, c'était inespéré, ce n'était pas pour le renvoyer directement sur le front. Mais l'intention du vieil homme n'avait pas échappé au Primera. Et sur ce point, il était d'accord avec Dumbledore. Une discussion s'imposait. Mais d'abord rattraper un peu le temps avec ses proches. Surtout que normalement, en tant que Hollow, il ne devait pas intervenir dans les affaires des humains. Cela ne le concernait plus. Il était surtout revenu pour ses amis et sa famille et non pour Voldemort. Mais cela n'allait pas l'empêcher de jeter un coup d'œil à la situation.