Pour qu'il comprenne
« J'aurais plusieurs questions à vous poser, Mr Potter, » fit Snape, le tirant de ses pensées.
« Je vous écoute, monsieur. »
« Que faisiez-vous au Manoir Malfoy et pourquoi personne ne vous a vu ? »
Ulquiorra releva un sourcil. L'homme en face de lui le regardait tant bien que mal. Il devait être encore flou à ses yeux. Il sentait aussi la tension que sa présence et celle des autres arrancars lui faisaient ressentir. Cela faisait beaucoup de puissantes pressions spirituelles à supporter. Malgré le fait qu'ils étaient tous au minimum, cela restait énorme pour un simple humain. Heureusement que Snape était un sorcier relativement puissant. Et il se tenait sur ses gardes. Maintenant qu'ils étaient immobiles depuis un moment et que les odeurs étaient un peu plus fortes, le Primera pouvait sentir une légère touche de peur émaner de Snape. Très légère. Mais il la cachait bien. S'il n'avait pas ses sens accrus, il n'aurait rien remarqué. Mais il ressentait aussi autre chose de plus enfoui. C'était cela qui le poussait à le protéger d'une certaine manière.
« Vous avez un millier de questions qui vous trottent dans la tête et ceci est votre première ? » dit-il, un brin amusé.
Il reçut le regard noir Made in Snape. Il rit doucement.
« Vous savez, ce regard n'aura plus jamais aucun effet sur moi. » Il rit encore en faisant venir à lui deux tasses de thé. « Dès le moment où je vous ai revu, j'ai su que vous étiez l'un de ses hommes de mains, un mangemort. » Il vit Snape se tendre encore plus, sur la défensive. « Je ne vous juge pas. Chacun fait ses choix. Parfois, ils sont bons, parfois non. Je vous ai simplement surveillé. Je savais qu'à un moment où à un autre vous le rejoindriez pour une réunion. Au moment où votre marque a commencé à vous brûler, votre énergie s'est agitée et je vous ai directement rejoint dans le bureau de Dumbledore. Et de là, je vous ai suivi jusqu'au Manoir Malfoy. »
Il but une gorgée de thé.
« Quant à vous seconde question, je vous ai déjà répondu. Tout à un lien avec l'énergie spirituelle. Votre corps apprend à la voir. Elle est beaucoup moins dense dans le monde des humains. C'est pourquoi vous n'y êtes pas habitué et pourquoi vous ne m'avez pas vu, ni aucun autre mangemort. Voldemort lui-même est aveugle. Cela dit, il m'a senti. »
« Que voulez-vous dire ? » fit Snape, étonné.
« Quand j'ai fait un tour de la table, je suis passé juste derrière lui, j'ai vu ses muscles se tendre. Il m'a senti. Enfin, je crois. Ce n'était pas le plus important sur le moment. Je voulais savoir ce qu'il en était vraiment de la situation et Szayel n'avait pas su vraiment me renseigner à ce sujet. Il lui manque encore beaucoup de clefs pour comprendre le monde sorcier. Alors j'ai décidé de prendre directement les informations dont j'avais besoin à la source. Je dois dire que vous m'avez relativement bien cerné. Ainsi que les trois Espadas qui m'ont accompagné à Poudlard. Je suis toutefois étonné que vous n'ayez pas dit exactement ma relation avec elles alors que je vous l'ai clairement énoncée. »
« Le fait que vous êtes leur roi ? » ricana Snape.
Le serpentard émit un drôle de rire. Ulquiorra resta impassible. Il pouvait comprendre qu'il ne le croyait pas. Il y a encore à peine deux ans, il suivait des cours de potions dans sa classe et l'homme le considérait comme un gamin fauteur de trouble. Cela devait être difficile pour lui de considérer la possibilité qu'il soit roi du Hueco Mundo, monde dont il ne comprenait rien, ni même ne pouvait ne serait-ce qu'imaginer l'étendue ou la population.
Voyant que le gryffondor en face de lui ne réagissait pas, qu'il restait d'un sérieux hors du commun, Snape se calma.
« Vous n'êtes quand même pas sérieux, Potter ? » demanda-t-il. « Vous, un roi ?! »
« Difficile à croire, je vous l'accorde. Mon statut de Primera Espada est encore récent. La règle de ce monde est simple. Manger ou être mangé. Tout est une question de survie et de puissance. Je suis pour le moment le plus puissant hollow, le plus puissant arrancar de tout le Hueco Mundo. Tant qu'il n'y aura personne de plus puissant que moi, je garderai le titre de roi. C'est ainsi que cela fonctionne ici. »
« Vous et votre amie, vous employez des termes que je ne comprends pas, » dit Snape en posant ses avant-bras sur la table et croisant ses mains.
« Dites-moi quels mots vous posent problème et je tacherai de vous les expliquer. »
Ulquiorra expliqua alors le monde qui était devenu le sien, les shinigamis, les hollows, la différence entre un hollow et un arrancar, l'existence des Vizards, la guerre récente contre Aizen qui l'avait élevé au rang de Primera Espada – explication du concept d'Espada au passage – ainsi que le retour en force de sa mémoire. Il lui raconta aussi l'hallucination de son subconscient qui avait pris l'apparence du Maître des Potions. Snape écouta attentivement les propos de son ancien élève. Il n'était pas encore convaincu de la réalité de tout cela.
« Tout cela est bien beau, Potter. Une magnifique histoire, » coupa-t-il au bout d'un moment. « Mais qu'est-ce qui me prouve qu'il s'agit de la vérité ? »
Ulquiorra soupira et se leva. Il attrapa son professeur par la taille et le jeta sur son épaule. Il parcourut Las Noches en quelques sonidos et il sortit dans le désert. Il continua à courir vers le lieu de sa naissance. Snape sur son épaule ne cessait de cracher menaces et promesses de vengeance et de tortures pour oser le traiter de la sorte. Il sauta de la falaise et le jeta sur le sol sablonneux à proximité du lac d'acide. L'Espada ôta son haori et s'éloigna quelques peu de l'homme.
« POTTER ! » hurla Snape « QUAND JE VOUS TROUVERAI, JE VOUS TUERAI DE MES PROPRES MAINS ! »
« Sauf que je suis déjà mort, professeur ! » fit Ulquiorra, soudain glacial. « Je suis mort à l'endroit même où vous vous trouvez ! Je suis mort ici, seul et sans personne ! J'hurlais de douleur alors que les maillons de ma chaîne de karma se dévoraient entre eux. J'ai continué à hurler quand elle a totalement disparu pour ne plus laisser qu'un trou béant dans ma poitrine ! Le doloris n'est rien comparé à ce que j'ai ressenti ! J'étais seul et désespéré ! Je n'avais personne sur qui me raccrocher pour garder un minimum d'humanité ! Je suis devenu un être froid et sans cœur seulement guidé par sa faim insatiable ! »
Il relâcha un peu de sa pression spirituelle pour obliger l'humain à s'agenouiller au sol. Il n'était pas vraiment en colère contre lui. Il voulait juste qu'il comprenne. Malheureusement, Snape était le genre d'homme à apprendre que par la douleur et la force.
« Je ne me souvenais d'absolument rien ! J'avais tout oublié de mon passé ! Je me souvenais à peine de ma transformation en hollow tellement la douleur avait été atroce ! A mon réveil j'étais seul ! La première âme que j'ai trouvée, je l'ai mangée pour calmer ma faim insatiable. Sauf que cette faim ne s'apaise jamais ! On en veut toujours plus ! Plus d'énergie, plus de pouvoir ! J'ai évolué seul, je me suis élevé au rang de Vasto Lordes seul ! Je n'avais aucune identité. Je me suis alors nommé Ulquiorra Schiffer. Mais cela n'avait rien changé ! J'étais et je restais seul. »
L'Espada sentit une énergie hollow arriver à grande vitesse dans leur direction. Plus précisément celle de Snape. Il pointa son doigt en direction de son sujet et chargea un cero. Il le fit exploser à quelques mètres seulement devant lui, le faisant sortir de sous les sables du désert. Il ressemblait à un ver géant. Il lui intima de déguerpir s'il ne voulait pas subir sa colère mais le hollow l'ignora pour charger l'humain. Il avait l'intention d'en faire son repas. Ulquiorra soupira et d'un pas de sonido, il arriva juste au-dessus du hollow et il lui donna un puissant coup de pied et le fit voler à plusieurs kilomètres.
Quand il reporta son attention sur Snape, il trouva ce dernier tremblant sur le sol. Son énergie suintait la tristesse et le désespoir à présent. Un désespoir similaire à celui qu'il avait lui-même ressenti en devenant hollow. Le désespoir qu'il inspirait à ses proies depuis. Désespoir qui le définissait si bien jusqu'à la venue d'Orihime au Hueco Mundo. Il s'approcha lentement de lui, il l'entendit pleurer et murmurer pardon à quelqu'un. Ulquiorra s'agenouilla devant cet homme qu'il avait pendant longtemps détesté.
« Pardonne-moi Lily, » murmura Snape.
Le cœur de l'Espada rata un battement. Il glissa sa main pâle et releva le visage de l'homme en face de lui. Ce qu'il y vit le figea. Il n'avait jamais vu le dur et froid Severus Snape aussi vulnérable et malheureux. Ses yeux onyx traduisaient une incommensurable peine alors que des larmes coulaient de son visage. Ulquiorra avait brisé la carapace de son ancien professeur.
Le serpentard de son côté voyait enfin nettement le jeune homme devant lui . Les deux yeux émeraudes de Lily avaient une allure plus animale avec ces pupilles verticales et deux traces comme des larmes barraient ses joues blanches. Une sorte de casque en os lui couvrait la moitié du crâne avec une corne qui s'élève vers le ciel. Mais ce qui le frappa plus que tout le reste fut le trou entre les deux clavicules de Potter. Il pouvait voir le désert au travers. Il vit également le chiffre 1 tatoué sur son torse rendant toute son histoire encore plus vraie.
« Je suis désolé, Potter, » sanglota Snape. « Tellement désolé. J'avais promis de vous protéger. »
Sa voix était brisée. L'homme lui-même était brisé. Ulquiorra posa une main rassurante sur son épaule.
« Je n'ai pas totalement disparu, professeur. C'est vous d'une certaine manière qui m'avez ramené. Du moins, ce que mon subconscient se souvenait de vous. Vous m'avez sauvé plus que n'importe qui dans cet univers pourri. Vous avez juste échoué la dernière fois parce que je me suis fait piéger. Il m'a pris par les sentiments. »
Il aida le quadragénaire à se relever.
« Mais vous savez, professeur, je pense que cela devait arriver. Car si je n'étais pas devenu un hollow, Aizen aurait gagné sa guerre et il aurait détruit l'univers entier et il n'y aurait plus eu de monde sorcier à sauver de Voldemort. Il n'y aurait tout simplement plus rien eu. »
« Il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore …, » murmura alors Snape, répétant ainsi un vers de la prophétie.
« Possible que le fait que je sois dorénavant un hollow pourrait changer la donne dans la guerre contre lui, » commenta Ulquiorra. « Mais pour le moment, je suis dans l'impossibilité d'agir. Je ne dois pas intervenir dans les affaires des humains. Cela ne me concerne pas. »
« Alors pourquoi m'avoir sauvé ? » demanda le serpentard en ravalant ses larmes et cachant à nouveau ses émotions derrière son masque de froideur.
« Parce que j'ai ressenti quelque chose en vous. Maintenant je suis sûr de ce que c'est. Votre désespoir. Voilà pourquoi je vous ai sauvé. Je l'ai longtemps ressenti au point que je le fais ressentir aux autres, à mes proies. Votre désespoir vous ronge à un tel point … »
L'Espada soupira mais n'ajouta rien sur le sujet. Il observa les lieux de sa naissance un instant.
« J'ai demandé à l'un de mes Espadas de faire plus de recherches sur le mage noir. Il y a quelque chose qui me chiffonne et m'intrigue avec lui. Pour le moment, je me dois de rester neutre mais cela pourrait changer en fonction des résultats que Szayel me rapportera. »
« Quel genre de résultats ? » demanda le Maître des Potions.
« Le genre qui pourrait mettre le roi du Hueco Mundo en colère, » fut la seule réponse qu'il eut.
Ulquiorra ramassa son haori et l'enfila lentement. Il se rapprocha de son ancien professeur de potion. « Pour rentrer à Las Noches, il va falloir que je vous porte. »
« C'est hors de question ! »
« Vous en aurez alors pour quinze jours de marche, professeur, » répliqua l'arrancar, une lueur amusée dans le regard alors qu'il entendait l'indignation dans la voix de Snape. « Cela ne me prendra qu'une quinzaine de minutes à vous ramener là-bas. On passera aussi par la laverie. Cette tenue ne vous sied vraiment pas. Vous êtes fait pour porter du noir. Je vous ramènerai ensuite à Poudlard. »
Le serpentard grogna pour la forme mais entre marcher une quinzaine de jours dans le désert alors qu'il n'avait pas de vivres ou se faire porter pendant quinze minutes, le moindre maux était bien de se faire porter bien que c'était un peu humiliant pour lui.
« Tant que vous ne racontez cela à personne, » maugréa-t-il à contrecœur.
Ulquiorra fit un sourire en coin. « Je resterais muet comme une tombe. »
Il prit son professeur sur son épaule et retourna à Las Noches aussi rapidement que possible. Il le posa à terre sur le sable du désert à quelques mètres des grandes portes. Snape put admirer la vue du désert ainsi que du palais.
« C'est immense. On dirait que des géants vivent ici. »
« Je suppose que c'était le cas, il y a longtemps. Je ne connais pas l'histoire de Las Noches si ce n'est son mode de fonctionnement. Et je ne pense pas que beaucoup la connaisse. Je devrais une fois demander à Starck ou à Harribel mais je ne suis pas sûr qu'eux-mêmes le sachent. »
Ulquiorra s'avança et poussa la lourde porte et laissa passer l'humain. Il le conduit jusqu'à la laverie. Snape observa un peu mieux les lieux, le sol de pierre était sombre et les colonnes gigantesques s'élevaient à au moins cinquante, si pas cent mètres de hauteur. Les flambeaux dégageaient des ombres bleutées tout autour d'eux. Ils croisèrent quelques arrancars. Tous témoignaient un certain respect à son ancien élève. Certains même s'étaient inclinés respectueusement sur son passage.
« Tous vous traitent-ils ainsi ? » demanda le serpentard, après qu'ils soient à nouveau seuls dans le couloir.
« Les adjuchas, oui. Ils ont peur de mourir si jamais ils me manquent de respect. Ils n'ont pas encore compris que je ne suis pas Aizen. Je veux bien entendre certaines choses. Mais avec le temps, ils comprendront peut-être. Je ne m'en tracasse pas. Les Espadas, c'est autre chose. Ils me respectent aussi car ils savent que je suis plus puissant qu'eux, mais on se bat et on se défie plus facilement. Un jour viendra où l'un d'eux me battra et prendra ma place. Ainsi vont les choses dans le Hueco Mundo. »
« Et cela ne vous gêne pas ? »
« Non. Je n'ai jamais voulu être un leader, que ce soit de mon vivant ou même maintenant. Je fais juste les choses parce que je le dois. Vous me disiez autrefois un commentaire du genre 'défendre la veuve et l'orphelin.' » Ulquiorra sourit en croisant les onyx de Snape. « Je n'ai pas vraiment changé à ce point de vue là. »
Le Maître des Potions soupira, faisant rire doucement l'arrancar. Ils arrivèrent quelques instants plus tard à la laverie et Snape put récupérer ses légendaires robes noires, totalement réparées. Ulquiorra l'attendait à l'entrée. En le voyant sortir, il commenta la tenue.
« Voilà qui vous ressemble plus. Le jour où vous deviendrez hollow et que vous serez assez puissant pour vivre ici, je ferai faire une tenue noire rien que pour vous. »
« Je vous demande pardon. »
L'Espada qui avait commencé à se diriger vers ses appartements s'arrêta et se retourna vers l'homme vêtu de noir.
« Vous êtes condamné à devenir l'un des nôtres, professeur. Votre âme est sombre, souillée par la vie que vous avez choisie. Je suis désolé mais jamais vous ne pourrez aller à la Soul Society. Le paradis n'est pas autorisé à certaines personnes à cause de leurs actes. »
« Donc, je suis condamné à l'Enfer, » renifla Snape.
« Oui, mais le Hueco Mundo n'est pas les Enfers. C'est plutôt un monde entre les deux. A votre mort, votre âme se désagrégera rapidement et vous deviendrez un hollow. Par contre, si en tant que Hollow, vous vous faites tuer, là les portes des Enfers s'ouvriront pour vous. »
« Je suppose que c'est le cas pour tous les hollows, » fit l'homme avec une pointe de tristesse dans la voix.
« Non. » Snape releva les yeux pour croiser le regard émeraude d'Ulquiorra. « Tout dépend de notre vie humaine, de nos actions. »
« Irez-vous en Enfer si vous venez un jour à vous faire tuer ? »
« Je pense que vous connaissez la réponse, professeur. »
« Je veux quand même l'entendre. »
« Mon âme est pure. Je n'ai jamais commis le péché ultime de mon vivant. Et même maintenant, je n'ai encore tué aucun humain, bien que techniquement, je le pourrais sans que cela noircisse mon âme. Si j'en viens à me faire purifier par un Shinigami, mon âme ira tout droit à la Soul Society. »
« Donc, si vous auriez tué le Seigneur des Ténèbres de votre vivant, vous auriez été condamné de toute façon, » comprit le Serpentard.
« Oui. L'Enfer m'aurait attendu au bout du chemin. »
Ils restèrent ainsi, debout l'un en face de l'autre dans un silence un peu pesant pendant quelques minutes.
« Seigneur Ulquiorra ! » fit un arrancar en apparaissant au bout du couloir.
C'était une fraccion de Szayel. Une grosse boule. On aurait dit presque un ballon de plage ou de piscine.
« Qu'y a-t-il, Luppi ? »
« L'espada Szayel vous demande. Il a découvert quelque chose. »
« Dis-lui que j'arrive. »
La Fraccion partit en courant. Ulquiorra prit la direction du laboratoire du Sexto avec Snape à ses côtés, mais d'un pas plus lent pour permettre à l'homme de le suivre.
