Le prix de la mort d'un homme
La nuque de Voldemort se brisa dans un craquement sinistre et le corps s'écroula sur le sol comme une poupée de chiffon. Les mangemorts encore en vie cessèrent tout combat et se rendirent. Le sortilège anti-transplanage étant encore et toujours actif, malgré la mort de Tom. Il devait certainement avoir des sorciers du Ministère à l'extérieur. Il envoya Harribel en reconnaissance. Grimjow rassemblait tous les mangemorts au même endroit et se délectait de leur frayeur tandis qu'Ulquiorra se précipitait vers Severus.
Le nuage de poussière s'était dissipé révélant un spectacle d'horreur. Des lames d'obsidienne étaient fichées dans le sol. Les gigais de Nelliel et Sunsun avaient été détruits, transpercés par les lames noires coupantes comme des lames de rasoir. Elles avaient remarqué que trop tard l'attaque vicieuse de la sorcière et avaient du abandonner leur corps artificiel. Sunsun s'était occupée de l'humain pendant que Nelliel tuait Bellatrix avant de revenir auprès de Severus.
Elles avaient tenté de retirer les quatre lames qui transperçaient le corps du serpentard mais elles se brisaient comme du verre, se cassant en infimes morceaux dans la plaie béante, rendant leur extraction impossible. Il y en avait eu une dans la jambe, une dans la hanche, une à l'épaule et la dernière avait transpercé son torse, blessant un poumon et son estomac, déclenchant une hémorragie interne.
Ulquiorra se défit rapidement de sa forme libérée et posa son zanpakuto au sol pour prendre l'homme dans ses bras. Severus respirait difficilement et du sang coulait de sa bouche. Il tendit une main tremblante vers le visage de l'arrancar et la posa sur sa joue en lui faisant un faible sourire. Le Gryffondor posa sa propre main sur celle de son ancien professeur et, dorénavant, ami.
« Il nous faut Orihime, » dit-il à ses Espadas. « Elle seule peut encore le soigner. »
« On arrivera jamais à la chercher et la ramener ici avant qu'il meurt, Ulquiorra, » fit Harribel en s'agenouillant à ses côtés. « Il y avait bien des sorciers dont Dumbledore. Ils s'occupent des autres humains. »
Le vieux mage s'approcha du groupe et s'agenouilla de l'autre coté du Serpentard.
« Severus, mon garçon, » fit-il avec tristesse en prenant son autre main. « Je suis désolé. »
« N'usez pas de mots dont vous ignorez le sens, Dumbledore, » cracha le mourant avec le peu de venin et de colère qu'il pouvait encore exprimer dans sa douleur. « Pas après ce que vous avez fait à Harry. »
Dumbledore se tendit face à la remarque mais ne répondit pas alors que Severus écartait sa main ensanglantée de celle parcheminée du mage qu'il avait pendant un temps respecté et en qui il avait confiance, jusqu'à il y a un peu plus d'une semaine. Il écarta ses prunelles onyx du regard bleu perçant pour se plonger dans celui plus chaleureux et d'un émeraude si pur qu'il fit un vrai sourire, pas un petit en coin, mais un beau qu'il ne réservait à l'origine qu'à Lily ou à sa mère, et maintenant il le faisait pour la première fois à Harry, le fils qu'il aurait tant aimé avoir mais que le monde lui avait empêché de chérir.
« Szayel a reçu l'ordre d'amener tous les morts du champ de bataille directement dans les geôles de Las Noches, » dit doucement Ulquiorra. « Des cellules individuelles. Tu te retrouveras dans l'une d'entre elles. Je viendrais t'y chercher Severus. »
Le serpentard hocha faiblement la tête alors qu'il commençait à frissonner par la quantité de sang que son corps avait déjà perdue. Il avait de moins en moins mal et il se sentait partir mais il resta accrocher aux prunelles émeraudes du Gryffondor.
« La reverrais-je ? » demanda-t-il, la voix à peine plus forte qu'un murmure.
« Un jour peut-être, Severus, » répondit le Primera en comprenant qu'il parlait de Lily. « Un jour peut-être. »
Le regard onyx de l'homme perdit son éclat alors que la vie quittait son corps. L'arrancar ferma les yeux vides d'un geste lent. La chaîne de karma s'était brisée et son âme était déjà partie pour le Hueco Mundo subir sa hollowmorphose. Il allait souffrir encore un peu avant d'avoir la paix.
Ulquiorra releva son regard du corps du serpentard pour croiser le regard bleu de Dumbledore.
« J'ai détruit tous les détraqueurs qui étaient dans le secteur, » dit-il platement, surprenant le mage. « Il n'en reste aucun. »
« Et comment cela se passera pour Azkaban ? »
« Je ne sais pas. »
« Mais la plupart de mangemorts doivent selon nos lois, subir le baiser du détraqueur après vingt années d'emprisonnement. »
« Vous détruisez leur âme donc, » comprit Ulquiorra. « Et pas de la manière la plus douce, » ajouta-t-il, se souvenant de sa propre expérience avec ces créatures sombres. Il soupira. « Nous continuerons cette conversation plus tard. Faites ce que vous devez faire pour les mangemorts. Moi, je ramène Severus à Poudlard. Il mérite un dernier hommage de sa maison. »
« Bien sûr, Harry. »
Le Primera souleva sa précieuse charge et, après un coup d'œil à ses Espadas, prit la route du collège. Il parcourut rapidement la route et arriva avant que les premières lueurs de l'aube ne viennent colorer l'horizon. Il mena le corps à l'infirmerie à défaut de savoir où l'amener. Mme Pomfresh s'était précipitée vers lui en le voyant porter ainsi l'homme dans ses bras mais elle avait porté sa main au visage après avoir fait un sort de diagnostic. Il était mort et partit loin de son corps depuis deux bonnes heures. Il n'y avait plus rien à faire.
« Que s'est-il passé ? »
« Je ne connais pas le sortilège employé mais Bellatrix Lestrange a envoyé ce qui ressemblait à des lames de verre noir vers Severus, » répondit Ulquiorra en posant le corps de l'homme sur un lit avant de le recouvrir d'un drap blanc.
« Obscuri vitri pilum, » dit sombrement l'infirmière. « De la magie noire. »
« Je m'en serais douté, Mme Pomfresh. »
« Il a du beaucoup souffrir. »
« Rien comparé à ce qu'il est sûrement en train de ressentir en cet instant. La hollowmorphorse n'est pas quelque chose de très … agréable à vivre. »
Elle grimaça, peinée, mais ne dit rien de plus et s'assit sur la chaise à coté du lit pour veiller sur le corps de l'homme aigri qui était devenu avec le temps son ami. Ulquiorra sortit et alla chercher sa mère qui patrouillait à quelques kilomètres de là pour lui informer de la situation. Elle pleura une seule larme pour lui mais la vie à la Soul Society lui avait endurci le cœur et elle était habituée à perdre des compagnons d'armes. Severus n'était qu'un de plus.
« Il m'a demandé s'il te reverrait un jour, » dit Ulquiorra en plongeant son regard dans celui de sa mère.
« Il est maintenant un hollow, Harry, » soupira-t-elle.
« Tout comme moi. »
« Je ne sais pas. Cela va contre les lois de la Soul Society. »
« Pas pour le moment, il ne sera guidé que par sa faim mais quand il se sera stabilisé et s'il arrive à avoir l'esprit assez puissant et volontaire pour être plus qu'un simple hollow. »
« Crois-en mon expérience. Severus est peut-être quelqu'un de très calme mais il a une volonté de fer et un esprit brillant. Il ne disparaîtra pas si facilement. »
« Et je m'en réjouis un peu. Je compte le prendre sous mon aile. » Elle releva un sourcil. « Je n'ai aucune fraccion. Ce serait pour moi l'occasion d'en choisir une et Severus était la chauve-souris de Poudlard. Et il semble m'avoir énormément marqué de mon vivant puisque c'est lui qui m'a guidé lors de mon combat contre Aizen quand j'ai fusionné avec le Hogyoku. »
Ils restèrent un moment silencieux à observer le soleil se lever au loin.
« Est-ce que tu sais où est papa ? » demanda soudain Ulquiorra.
« Non. Je ne l'ai jamais revu,» répondit-elle. « Et il n'est apparemment jamais apparu dans les registres des âmes arrivées au Rukongai. »
L'arrancar hocha doucement la tête, comprenant le sous-entendu. L'âme de James Potter a du servir de repas à un hollow qui passait par là, comme cela arrivait si souvent, ou était devenu lui-même un hollow.
« Ainsi s'éteignent les lignées Potter et Serpentard, » murmura-t-il platement.
« Pas encore, » sourit Lily en se tournant vers son fils.
« Hein ? »
« Quand Voldemort est arrivé à Godric's Hollow, il y a seize ans, je venais d'apprendre une merveilleuse nouvelle. J'étais enceinte. » Ulquiorra se figea, la bouge entrouverte dans une expression de stupeur. « Mon corps est mort et personne ne l'a jamais su. Je ne pense même pas que quelqu'un ait songé à faire le test, » dit-elle en riant doucement. « Quoi qu'il en soit, en arrivant à la Soul Society, j'ai remarqué au fil du temps que je l'étais toujours. Tu as un petit frère, Harry. Le portrait craché de ton père à ceci près qu'il a ma couleur de cheveux. »
« J'ai un petit frère, » fit l'arrancar d'une petite voix étonnée bien que son affirmation ressemblait plus à une question.
« Oui. A la mémoire de ton père, je l'ai appelé James. James Severus Potter. »
Ulquiorra sourit bêtement en regardant le paysage blanc s'illuminer peu à peu.
« Et puis, » continua-t-elle. « Quand tu rejoindras à ton tour la Soul Society, tu prolongeras la lignée Potter à ton tour. »
« Je peux déjà le faire maintenant, si je le souhaite, maman. Les hollows ne sont pas stériles. Le besoin de procréer n'est juste pas un besoin primaire chez nous. Nous vivons tellement longtemps et notre nombre augmente au fur et à mesure que les humains meurent que nous reproduire n'est pas une nécessité. C'est d'ailleurs pour cela que vous autres Shinigamis vous nous tuer depuis la nuit des temps. Trop de hollows vivants peut amener à un déséquilibre du monde. »
Il se releva et soupira.
« Quand tu pourras prendre des vacances, passe à Karakura chez Orihime, et emmène James. Cela me ferait très plaisir de le rencontrer. »
« Harry… »
« Je ne suis pas un hollow comme les autres, maman. Je suis un arrancar, et j'ai des sentiments et des désirs en plus de la faim. Faim que je contrôle parfaitement. Et tu sais parfaitement que mon âme n'est pas tachée par le crime ultime. Je suis juste une âme torturée parce que je suis mort dans le Hueco Mundo et non dans le monde des humains. Et tout cela par sacrifice pour sauver quelqu'un que j'aime comme un père. »
Il approcha de sa mère et lui embrassa la tempe avant de partir sans un mot si ce n'est un 'au revoir' et un 'Je t'aime maman', murmurés à l'oreille. Il retourna à Poudlard et écouta le discours de Dumbledore en hommage à Severus. Il avait observé les Serpentards, ils étaient bouleversés par la perte de l'homme si froid en apparence mais si préoccupés par leur bien-être. Lui parti, que deviendraient-ils ? Toutefois, ils cachaient presque tous leur tristesse et leur inquiétude derrière un masque de froideur ou d'indifférence.
Mais le comportement d'un serpentard en particulier l'intéressa plus que les autres. Malfoy avait l'air abattu. Il le suivit donc dans le couloir après l'hommage pour le vieux serpentard. Il le rattrapa aisément et lui prit doucement le bras pour le pousser dans une alcôve. Il plaça un sort d'intimité et d'indifférence autour d'eux.
« Malfoy, je suis désolé. »
« De quoi ? » cracha le blond.
« Je sais ce que Severus était pour toi. Ton parrain, presque ton deuxième père. Je suis désolé de ne pas avoir réussi à le convaincre de rester ici. »
« Il était plus têtu qu'une mule. »
« Il … est plus têtu qu'une mule, Malfoy. »
« Quoi ? » Il renifla, retenant les quelques larmes qui menaçaient de couler. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Qu'il n'a pas totalement disparu. Je ne sais pas s'il prendra conscience de qui il est tout de suite, mais il est maintenant avec moi de l'autre côté. Je te promets de tout faire pour le protéger le plus longtemps possible. »
La lèvre du blond trembla et une larme traîtresse finit par couler. Il voulut s'éloigner d'Ulquiorra mais l'arrancar l'en empêcha sans lui faire de mal. Au contraire, lentement, il rétrécit l'écart entre leurs deux corps et serra le serpentard dans ses bras.
« Pleurs, Drago, » murmura-t-il. « Il n'y a pas de honte à verser quelques larmes pour les personnes que l'on aime. »
Malfoy s'était tendu au geste du Gryffondor mais petit à petit, il se détendit et pleura dans les bras d'Ulquiorra. Ce dernier attendit tout simplement que le serpentard s'écarte de lui-même quand il se sentirait mieux. Au bout d'une dizaine de minutes, Drago s'écarta. L'arrancar lui tendit un mouchoir pour qu'il s'essuie le visage. Le blond l'accepta en silence.
« Garde-le, » dit-il doucement alors que Malfoy voulait le lui rendre. « Tu sembles en avoir plus besoin que moi. »
« Pourquoi ? »
« Pourquoi quoi, Drago ? »
« Pourquoi avoir fait cela ? Pourquoi m'avoir réconforté alors qu'on se déteste ? »
Ulquiorra soupira. « Je ne te déteste pas, Drago. C'est la façade que tu montres aux autres et la manière dont tu les blesses pour cacher tes propres faiblesses que je n'aime pas. Mais tu as été éduqué comme cela alors il serait injuste de ma part de te juger sur des actions en grande partie dictées par ton père et ta peur de le décevoir. C'est au contraire quelque chose que je peux comprendre. » Il posa sa main sur l'épaule du Serpentard. « Essaie maintenant d'être un peu plus le Drago Malfoy que tu veux être et plus celui que ton père voudrait que tu sois. Sois celui que Severus voudrait que tu deviennes. Quelqu'un de juste sur lequel on peut faire confiance. »
« Tu crois qu'ils m'accepteront alors que mes parents sont des mangemorts ? »
« Portes-tu la marque ? »
« Non, je devais la recevoir bientôt, » murmura le blond.
L'arrancar lui serra doucement l'épaule.
« A part par tes mots, as-tu fait du mal à quelqu'un ? »
« Non. Mais je n'ai rien fait non plus pour empêcher cela. »
« Je vais te dire un secret. Le Ministère non plus. Ce ne sont que mes Espadas et moi-même qui nous sommes occupés de Voldemort et ses fidèles. Je suivrai de près l'évolution des choses ici, si jamais ils vous embêtent trop, vous les enfants de mangemorts, j'irai déposer un souvenir au Chicaneur et je rendrai une petite visite à Rita Skeeter. Cela fera les pieds du Ministère. »
« Mais … C'est Serpentard, ça ! »
« Oui, je sais, » sourit Ulquiorra. « Le Choixpeau voulait m'envoyer chez les Serpents. »
« Alors pourquoi es-tu un Gryffondor ? »
« Je venais de me faire mon premier ami, Ron. Et tu l'as insulté. Alors j'ai répliqué. Et quand j'ai vu que tu as atterri à Serpentard, et Ron qui m'avait fait un commentaire sur les mages noirs qui avaient pour la plupart atterri dans cette maison, dont Voldemort justement. Pour moi, à l'époque, il était naturellement hors de question que j'aille à Serpentard. »
« Severus aurait sans doute aimé l'entendre. »
« Il le sait. Je lui ai dit la nuit dernière quand nous attendions dans le cimetière. »
Ulquiorra tendit la main vers Drago. Ce simple geste ramena le serpentard des années en arrière, dans le Poudlard Express alors qu'ils n'étaient encore que des enfants en route pour leur première année à Poudlard. Il fit un petit sourire en coin et la serra fermement. Le début d'une nouvelle amitié car même si Ulquiorra était un hollow, il ne comptait pas quitter tout de suite le monde des hommes, il avait encore tant de choses à apprendre. Il reviendrait faire régulièrement des sauts. Ce n'était pas comme s'il avait beaucoup de choses à faire à Las Noches, de toute façon.
